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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" |
aucun accent |
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Dictée
du 18 février 1947 Extraite des "Cahiers de 1945 à 1950", page 341 et
suivantes |
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"En nous il y a le bien et le mal; mais en Jésus ?" Retour à l'article de Valtortiste91 répondant aux
allégations de "Famille chrétienne" MOTS-CLÉS
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Au sujet des visions des 24 et 25 février
1944, du 3 janvier 1945 et du 17 janvier 1945, Jésus dit :
J’aurais désiré que vous suiviez mon exemple
de prudence à l’égard du petit enfant que j'ai placé au milieu de vous: il se
doit de vous rapporter tout ce qu’il voit, autrement dit tout ce qui
est utilisé pour et contre le Christ, mais son inexpérience et la bonté
paternelle de Dieu lui servent de protection providentielle contre les plus
cruelles misères et actions des hommes et de Satan. Je l’aurais désiré par respect pour le petit
enfant dont les yeux contemplent Dieu, et je l’aurais voulu parce que cela
m’aurait montré votre état d’âme, que je souhaiterais être juste jusque dans
ses moindres nuances. Rien, dans la justice, n’est insignifiant, inutile ou
négligeable. La grande action visible de savoir mourir pour elle a de la
valeur, tout comme l’imitation silencieuse et cachée de moi par la manière de
se conduire envers ses frères, ses enfants spirituels ou vos disciples. Car
vous qui êtes pères et maîtres spirituels, bergers auxquels j’ai confié mes
agneaux, vous vous êtes volontairement consacrés à cette paternité
spirituelle et à cet enseignement des petits, et vous devez être mes
imitateurs. Enfin, je l’aurais désiré parce que vous
m’auriez montré l’état de votre intelligence, libre de tout ce qui suscite
confusion et brume dans la vérité si clairement compréhensible qui ressort de
mes pages; vous auriez aussi fait la preuve de la constante perfection de
Jésus Christ Dieu et Homme en toute circonstance de sa vie mortelle, dans
tous ses actes, paroles, et même silences. Il y a en effet des silences plus
parlants que toute parole, et plus instructifs que toute doctrine. D’ailleurs, cet épisode, dans le passage
que vous refusez d’accepter en le prétendant "inconvenant",
vous parle précisément par la magnifique leçon de mon silence opposé à la
partie impure de la tentation satanique. Dans mon silence, ma totale indifférence
aux sollicitations de Satan, vous auriez dû reconnaître la glorification du
Christ. Au contraire, vous lui avez trouvé un autre sens, celui d’un
avilissement pour le Christ. Le fait que le Christ soit tenté par l’impureté
vous donne l’impression qu’il est porté atteinte à sa dignité. Vous
confondez la tentative et le résultat. L’atteinte à la dignité, c’est le
résultat. L’échec de la tentative, c’est la glorification. Ne savez-vous pas
faire cette distinction ? Dans ce cas, vous n’avez pas su lire la vérité
passée sous silence quoique manifestement visible qui se trouve dans la
vision et dans les dictées.
Maintenant, si vous projetez sur cet épisode
le reflet de votre propre humanité parce que vous ne pouvez admettre
qu’on puisse ne pas se sentir troublé intérieurement par une tentation
extérieure, parce que vous ne pouvez admettre que le Christ lui-même, le
Saint de Dieu, puisse avoir été tenté de l’extérieur sans en éprouver de
trouble intérieur, alors c’est vous qui donnez cette coloration à l’épisode.
Mais vous ne pouvez pas dire qu’il révèle un trouble inconvenant du Christ :
en vérité, ce trouble ne peut être admis par respect pour la dignité du
Seigneur Jésus puisqu’il a toujours existé dans le Christ ordre et
harmonie entre chair et esprit, tous deux toujours respectueux et
parfaits pour rendre gloire à leur Créateur. Si donc votre avis diffère de ce
qui ressort sans l’ombre d’un doute de l’épisode en question, reconnaissez
que c’est vous qui projetez sur ce passage de l’épisode ce qui s’agite en
vous lorsque vous faites des "suppositions" — comme vous dites à
propos d’autres choses — qui sont vôtres, des suppositions que rien, dans
l’épisode, ne justifie ni ne permet de croire. C’est grave. Pourquoi m’obligez-vous à vous dicter ces
mots ? Ne voyez-vous pas la peine que vous me causez en me contraignant à
faire cette dictée uniquement pour certains parmi vous ? Ne comprenez-vous
pas qu’il n’est guère louable d’étaler au grand jour un scandale — que vous
ne sentez pas réellement — dans le seul but de troubler le porte-parole, de
l’inciter à douter de la Voix qui lui parle, à perdre confiance, ou encore
pour la tenter de modifier certains passages de l’ouvrage ? Ce que,
d’ailleurs, vous lui reprocheriez ensuite, et vous le lui opposeriez comme
preuve essentielle que l’Œuvre est le fruit de son imagination. Modifier
certaines parties de l’ouvrage comme si une créature pouvait se permettre de le
faire sur des pages que, moi, j’ai dictées ! Et pourquoi creuser encore et
toujours un point sur lequel je ne me suis pas arrêté, pas même lorsque je
l’ai subi, ni en pensée ni en parole en m’abaissant à en discuter avec Satan,
et sur lequel j'avais conseillé de ne pas s’arrêter et de ne pas revenir;
car il me dégoûte, maintenant comme autrefois
? Il me dégoûte, vous dis-je. Voilà la seule et unique réaction
que la laide insinuation de Satan a provoquée en moi. Une fois pour toutes, je vais maintenant vous
apporter les réponses que vous désirez, afin que vous ayez "cette pleine
clarté sur ce passage" qui, aux dires de l’un d’entre vous, "serait
souhaitable". Je vais vous les apporter. Ni le porte-parole ni
lui (encore moins !) ne se permettra ensuite de retoucher le texte pour le
rendre cristallin", comme le voudrait toujours l’un d’entre vous. Chacun
à sa place !
De qui vient la tentation ? Du démon, des
personnes mauvaises, des passions. Elle est donc causée par des facteurs
externes ou internes. Mais je vous assure, en vérité, que les plus dangereux
sont les facteurs internes, autrement dit les inclinations désordonnées et
les instincts ou incitations demeurés en l’homme avec les autres misères qui
sont la conséquence du péché d’Adam. Ces facteurs internes, Satan les excite
— ou tente de les exciter — par tous les moyens, et pour ce faire il est très
bien servi par les hommes qui vous entourent et par votre moi humain:
ce dernier est en effet un domaine de tentations toujours ravivées, car il
possède de fortes tendances à l’égoïsme de la matière et à la sensualité de
l’esprit, le premier poussant la chair à se rebeller contre Dieu et contre
l’âme, la seconde portant l’esprit à cet orgueil stupide qui se croit tout
permis, jusqu’à critiquer les œuvres de Dieu et ses justices.
Si votre bonne volonté, saintement
impitoyable, terrassait ces incitations, elles demeureraient stériles, comme
des plantes nuisibles desséchées, ou du moins étiolées au point de ne plus
pouvoir pousser; mais au contraire sujettes à s’affaiblir peu à peu, jusqu’à
leur destruction totale. L’homme, au contraire, les laisse exister en lui, et
elles poussent, toutes ragaillardies par les bouchées appétissantes que
l’homme imprudent lui accorde, sans réaliser que chaque compromis avec ce qui
est illicite — même s’il est petit et apparemment insignifiant, sans
conséquence — prépare des compromis plus graves. Car l’appétit pour les
concupiscences se renforce au fur et à mesure que leur saveur perd de son
piquant. Une fois satisfaite la violence toujours renaissante et croissante
des appétits, la force des instincts désordonnés s’accroît ; ces derniers
grandissent alors jusqu’à envahir l’homme tout entier et finissent par faire
tomber les barrières de la conscience. Ah ! Il en est comme d’un arbre placé dans un
endroit exigu. Tant qu’il n’a pas atteint son plein développement, il est
contenu dans l’enceinte où l’homme l’a placé, mais lorsqu’il a poussé et que
ses racines sont aussi grandes que ses frondaisons, alors elles ne peuvent
plus rester confinées dans cet endroit étriqué et s’insinuent sous la base
des murs d’enceinte à la recherche d’espace, comme les branches l’ont fait en
hauteur; ce faisant, leur poussée soulève les murs, les désagrège, les font
s’écrouler en ouvrant des brèches par lesquels peuvent entrer voleurs ou
enfants pour dépouiller frauduleusement l’arbre de ses fruits et de ses
branches, en le malmenant parfois jusqu’à provoquer sa mort. Dans le cas de
l’âme, l’arbre de l’inclination désordonnée aux concupiscences, s’opposant à
l’inclination de l’esprit vers sa fin — Dieu —, ouvre une brèche pour Satan
et pour le monde, qui s’allient pour séduire le moi imprudent, lui
apportant la mort ou la violation, la mutilation, de la belle intégrité de
l’esprit.
Il est logique qu’il en soit ainsi. Dans les
batailles que se livrent deux armées ennemies, où l’adversaire portera-t-il
ses assauts les plus violents ? Sur les positions les plus faibles ou les
moins importantes ? Non, sur les points essentiels, les mieux fortifiés. Les
autres ne sont que conquêtes faciles qu’on laisse pour la fin, quand les
troupes sont déjà fatiguées, juste pour les encourager à la victoire, afin
que cela les stimule pour mener les combats plus durs. Il serait bien sot, le
chef d’armée qui épuiserait les hommes et gâcherait des moyens pour faire
d’imposants déploiements de forces et qui gaspillerait des munitions contre
une ville aux remparts déjà écroulés à cause de l’incurie de ses défenseurs,
ou bien prête à se rendre sans combattre. Satan n’est jamais un conquérant stupide. Il
sait très bien organiser ses assauts. Et s’il voit de la faiblesse
spirituelle et morale, s’il se rend compte que les remparts de la conscience
sont grandement fragilisés — les mauvaises inclinations de l’homme ont servi
de bélier contre eux —, et, pire, là où il discerne un plein consentement à
l’accueillir en ami, il ne se lance pas dans de violents assauts mais se
contente d’user de séduction. Mais pour peu qu’il sente de la résistance et
prévoie une défaite, il s’avance avec force en mettant en œuvre tous ses moyens,
de la flatterie à la terreur, et il ne se lasse pas de s’y reprendre des
centaines, des milliers de fois, directement ou en ayant recours au monde et
aux circonstances, autrement dit à tous les moyens externes pour
conquérir sa proie ou tourmenter les enfants de Dieu — ce que recherche au
moins cet éternel ennemi des bons. En vérité, je vous dis que lorsqu’une
créature est parvenue à l’héroïcité de la vertu, ou que, comme le dit Paul,
lorsque la créature "s’est armée de force dans le Seigneur, de sa force
toute puissante", [4] c’est alors qu’il
convient de se revêtir "de
l’armure de Dieu pour être en état de tenir face aux manœuvres du
diable″, car c’est alors que, toujours selon l’Apôtre, la personne
"ne combat plus par la chair et le sang, mais contre les autorités et
les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les
esprits du mal qui habitent les espaces célestes", en d’autres termes
contre la force de l’enfer, lequel déchaîne directement les grandes rafales
des fortes tentations en un ultime effort pour essayer d’abattre l’âme de
géant qui lui résiste.
Gardez-le toujours en mémoire. Rappelez-vous
également que la vie de l’homme lui sert à expier le mal qu’il commet. Dans
le meilleur des cas — c’est-à-dire quand on ne commet pas la moindre faute
consciemment —, elle sert toujours d’expiation ou si vous préférez, de
souffrance consécutive au péché originel, bien que mon Sacrifice et la
réintégration dans la grâce que je vous ai ainsi obtenue l’ait réduite avec
surabondance; dès lors, chacun est tenu de souffrir pour retrouver ce degré
de justice, donné gratuitement, que possédèrent vos premiers parents avec la
vie. Oh, la sainte et immaculée innocence des premières créatures, que les
actuelles doivent rétablir par leur souffrance, en plus des dons gratuits que
je vous ai obtenus par mon Sacrifice ! [5] Par conséquent, quand vous voyez le Saint des
saints, ou quelque autre saint, fortement tenté, ne dites pas: "Cela est
inconvenant." Observez plutôt sa réaction. Voyez s’il reste
indifférent à la tentation, ce qui prouve qu’il est parvenu à la
perfection que je vous ai conseillée: "comme mon Père est parfait",
perfection qu’aucun agent ne saurait troubler; si vous voyez qu’il
reste indifférent à la tentation et qu’il a gagné le combat contre toutes les
réactions de la chair et du sang, ou si vous voyez un juste capable de lutter
en même temps contre le désordre provoqué par l’extérieur qui voudrait se
redresser, et contre la Bête qui le provoque et l’incite au désordre, ne
dites pas que c’est inconvenant. Reconnaissez au contraire que cela sert à
faire briller le degré de perfection atteint par la personne tentée, ou à
l’illuminer.
Seul l’homme peut donc être tenté, lui qui se
compose de substance matérielle et de substance spirituelle, et dont la
raison, l’intelligence et la conscience sont libres, pour pouvoir discerner
le bien et le mal et vouloir l’un ou l’autre. Seul l’homme, qui mène encore
son combat, peut être sujet à la tentation, en raison de sa triste hérédité
due au péché des premiers ancêtres de l’humanité. Depuis le jour de la chute d’Adam de son état
d’innocence à celui de pécheur, depuis le jour où la femme voulut connaître
de près l’arbre interdit et où le Serpent put parler à Ève, qui l’a écouté
attentivement au lieu de le fuir et a accueilli ses paroles mensongères et
ses désastreuses suggestions, l’homme se trouve perpétuellement près
de l’arbre du bien et du mal autour duquel Lucifer s’enroule, et il subit la
tentation. Mais c’est par sa victoire sur les
incitations au péché qu’il acquiert la justice et conquiert sa couronne
immortelle; sinon, s’il réitère le geste d’Ève et cueille le fruit interdit
en obéissant au Tentateur; il s’empoisonne jusqu’à parfois en mourir. C’est
précisément grâce à vos victoires sur les tentations extérieures et grâce à
votre maîtrise sur vos sens et sur l’orgueil — par conséquent sur les
excitations intérieures — que vous, les hommes, devenez "des dieux et
des fils du Très-Haut", [6] semblables à votre
Frère très saint Jésus, qui a subi des tentations mais sans jamais y céder;
parce qu’il a refusé de pécher. On peut être tenté sans notre assentiment.
Mais on ne devient pécheur qu’avec son consentement.
Ne me comprenez pas mal ! Je parle de
pressions et de circonstances, pas de luxures. Ces pressions et ces
circonstances étaient le fait de parents incompréhensifs, de citadins encore
plus obtus que ma parenté, de compatriotes hargneux, d’ennemis fourbes,
d’amis traîtres. Il n’y a pas que la sensualité qui pousse au péché. Il y a
bien d’autres causes. Et vous, que dites-vous ? Prétendez-vous, par exemple,
que la conduite de Judas n’aurait pas été cause de péché contre l’amour chez
quelqu’un d’autre ? Soutiendriez-vous encore que l’animosité des scribes, des
pharisiens et de tous mes adversaires n’était pas une tentation continuelle à
réagir humainement, alors qu’ils étaient si subtils pour s’opposer à moi et
que leurs moyens et leurs accusations étaient si bas ? Je n’ai pas péché. J’ai déclaré :
"Lequel d’entre vous peut me convaincre de péché ?" Je l’ai dit à
mes ennemis d’alors [8]. Je peux le répéter
à mes ennemis d’aujourd’hui, et même aux incrédules et à ceux qui doutent de
ma sainteté. Mais même si je ne le vous dis pas à vous, que je veux
considérer comme des amis malgré la peine que vous me causez en faisant
souffrir mon petit Jean [surnom donné à
Maria Valtorta], mes œuvres sont parlantes. Se trouverait-il la moindre parole, le
moindre acte rapporté dans l’ouvrage que j'ai dicté et expliqué qui puisse
vous convaincre de péché, d’un seul péché, de votre Maître ? Cet
ouvrage, c’est moi. Non seulement c’est moi qui l’ai dicté et expliqué, mais
c’est moi qui le vis, qui me présente à vous tel que j’étais quand j'étais un
mortel, dans l’environnement qui m’entourait, dans le petit monde saint de ma
famille, dans celui — plus large et plus divers, en fonction des individus
qui le composaient — de mes disciples, ou encore dans celui, plus vaste, de
toute la Palestine, qui était aussi plus changeant, agité et parcouru de
courants divers, semblable à une mer en mouvement autour de moi, sous un ciel
changeant de mars, parfois paisible et serein, juste après couvert de nuages
et parcouru par des vents tempétueux soulevant la mer en lames qui grondaient
leur rancœur contre moi et se faisaient menaçantes jusqu’à m’assaillir;
jusqu’à la violence finale du vendredi-saint. Pourquoi refusez-vous de me reconnaître ?
Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ? Pourquoi voulez-vous ressembler
à ceux qui s’opposaient à moi dans le temple en disant :
"Nous ne savons pas qui tu es" ? [9] Êtes-vous, vous
aussi, comme les apôtres qui montrèrent à la dernière Cène qu’ils ne me
connaissaient toujours pas pour ce que j’étais : le Verbe Fils du Père, qui
retourne au Père après être longtemps resté parmi les hommes pour leur
transmettre les paroles que le Père leur donnait ? [10] Mais eux, mes
pauvres apôtres, n’avaient pas encore reçu l’Esprit Saint, celui qui éclaire
toute vérité. Vous, en revanche, vous l’avez reçu. Sa lumière ne suffit-elle
pas à vous éclairer le Christ qui se trouve dans ces pages ?
Je vous le redemande : pourquoi m’obliger à
vous dicter ces mots ? Est-ce que ce sont ceux que je voudrais vous dire ? Ne
me faites pas souffrir. La douleur que me causent ceux que je veux considérer
comme mes amis est la douleur qui me fait le plus mal... Moi, Jésus, je n’ai jamais consenti au péché,
je n’ai jamais ressenti le moindre trouble pour le péché. Souvenez-vous-en,
le seul trouble que la puanteur du mal ait pu me causer en s’agitant autour
de moi était l’horreur; le dégoût de la faute. Je préférais approcher
un lépreux mourant de sa maladie plutôt qu’un homme en bonne santé mais
couvert des croûtes du vice et puant de luxure, surtout s’il était
impénitent. Mon amour infini pour les pécheurs, qu’il me fallait sauver; m’a
toujours aidé à surmonter ma nausée devant leur puanteur spirituelle. Mon
Père, mon Père seul sait quelle longue passion ce fut pour moi de devoir
vivre entouré des déchaînements des tentations et de la vague boueuse des
péchés qui parcourent la terre et font plier les hommes, les emportent.
Devoir vivre et voir le naufrage de tant d’hommes sans pouvoir emprisonner la
Bête, puisque le moment n’en était pas encore venu... Ce ne l’est toujours
pas. Elle continue donc son chemin, exhalant son haleine infernale, semant
son venin, suivie de la vague colossale et toujours plus haute de péchés de
plus en plus nombreux. Maintenant encore, j’en éprouve nausée et douleur.
Ils sont trois dans le ciel à témoigner de la
nature divine de Jésus, qui est le Christ de sa naissance à sa mort, puis
au-delà de la mort et de la résurrection pour les siècles des siècles, sans
nulle interruption, comme certains hérétiques ont voulu le soutenir. Le Père : durant ma vie publique, il me désigne
à trois reprises comme son Enfant bien-aimé, celui en qui il met sa
complaisance, et sa gloire. Sur le Mont Thabor, la voix du Père éternel fut
entendue par trois personnes seulement que, à cause de leur condition de
disciples, les négateurs peuvent taxer d’exaltation ou de mensonge ; puis au
Jourdain et tout particulièrement à Jérusalem, bondée en raison de
l’imminence de la Pâque des pains azymes, où beaucoup de monde — on pouvait
même parler de foule, où se mêlaient Israélites et païens, juifs et
prosélytes, disciples et ennemis du Christ — entendirent le témoignage de mon
Père. Par trois fois, à trois moments et en trois
lieux et circonstances, le Père m’a donc rendu témoignage sans jamais se
démentir. Or seules les vraies versions restent immuables, alors que
les fausses subissent avec le temps des altérations qui en dévoilent
l’origine mensongère. Si donc, par trois fois, à trois moments et en trois
lieux et circonstances, une Voix, d’une puissance toujours égale et bien
différente de la mienne comme de celle de tout autre homme, tonna du haut des
cieux pour rendre le même témoignage sur moi, c’est bien le signe que j’étais
réellement Dieu, semblable au Père; ce n’est en effet que d’un Enfant qui
soit Dieu comme lui que le Père peut dire se glorifier — puisqu’il l’a
engendré — et se complaire en lui, en le voyant aussi parfait que lui de par
sa nature divine, et parfait par volonté et grâce dans la nature humaine
qu’il a assumée. Le Verbe témoigne de la nature divine du Christ
par son enseignement plein de sagesse et par ses actes, dont la nature et la
puissance témoignent par eux-mêmes de celui qui prêche le premier et
accomplit les secondes: un Dieu. L’Esprit Saint, quant à lui, en
témoigne en se manifestant sous la forme d’une colombe au Jourdain et de feu
au Cénacle, à la Pentecôte, pour parachever l’œuvre du Christ, ce qu’il fait
en purifiant et en perfectionnant les apôtres en vue de leur ministère, selon
ma promesse, et en étant, pour ceux qui savent voir, présent et
transparent dans toute parole de sagesse infinie et charitable qui sortait
des lèvres du Maître, Jésus Christ. L’Esprit Saint ne vient jamais en aide
aux menteurs. Il les abandonne au Père du Mensonge et fuit loin d’eux. En
revanche, il est toujours resté à mes côtés, car je suis Jésus Christ Dieu et
Homme, comme je l’affirmais. Et trois choses rendent témoignage sur la
terre à ma véritable humanité : l’esprit que j'ai rendu comme tout un chacun
après une pénible agonie, mon sang versé lors de la Passion, et l’eau qui
jaillit de mon côté inanimé en même temps que les dernières gouttes de sang
de mon cadavre recueilli dans la cavité de mon cœur mort. Vous savez aujourd’hui
que seul un vrai corps laisse couler du sang en cas de blessure, et que seul
un vrai cadavre montre la séparation de la partie aqueuse du sang — ce que
vous appelez le sérum — du reste, qui se coagule en caillots ou, du moins,
devient plus épais et plus sombre que le sang vivant, si le temps écoulé de
la mort à l’écoulement du sang est encore trop court. Mais en ce qui me
concerne — et mon saint suaire est là pour en témoigner —, j’ai répandu des
caillots de sang parce que j’étais déjà mort depuis un certain temps quand je
fus blessé au côté, j'étais déjà devenu froid et raide, rapidement, à cause
des conditions particulières qui m’avaient conduit à une mort rapide.
Paul de Tarse écrit à ceux qui auraient pu le
démentir si sa description avait été exagérée ou mensongère : "Celui qui
a été abaissé de peu au-dessous des anges, Jésus, nous le voyons
couronné de gloire et d’honneur, parce qu’il a souffert la mort : (He 7,
26) il fallait que, par la grâce de Dieu, au bénéfice de tout homme, il
goûtât la mort. Il convenait en effet que, voulant conduire à la gloire un
grand nombre de fils, celui pour qui et par qui sont toutes choses rendît
parfait par des souffrances le chef qui devait les guider vers leur
salut... Puisque donc les enfants avaient en commun le sang et la chair; lui
aussi y participa pareillement afin de réduire à l’impuissance, par sa mort,
celui qui a la puissance de la mort... Car ce n’est certes pas des anges qu’il
se charge, mais c’est de la descendance d’Abraham qu’il se charge. En
conséquence, il a dû devenir en tout semblable à ses frères, afin de
devenir dans leurs rapports avec Dieu un grand prêtre miséricordieux et
fidèle, pour expier les péchés du peuple. Car du fait qu’il a lui-même
souffert par l’épreuve, il est capable de venir en aide à ceux qui sont
éprouvés... [13] Nous n’avons pas un
grand prêtre impuissant à compatir à nos faiblesses, lui qui a été éprouvé
en tout, d’une manière semblable, à l’exception du péché... [14] Tout
grand prêtre... est établi... afin d’offrir dons et sacrifices pour les
péchés. Il peut ressentir de la commisération pour les ignorants et les
égarés, puisqu’il est lui-même également enveloppé de faiblesse... [15] Oui,
tel est précisément le grand prêtre qu’il nous fallait, saint, innocent,
immaculé, séparé désormais des pécheurs, élevé plus haut que les
cieux." [16] Par conséquent Saul, qui était cultivé et
contemporain des juifs de mon temps, devenu Paul, rempli de sagesse de
vérité, connaissant la réalité de mon personnage historique et avec l’aide
des lumières de l’Esprit Saint, témoigne lui aussi que je suis vrai Dieu et
vrai Homme, égal au Père de par ma nature divine et incréée, égal à ma Mère
de par ma nature humaine et créée, Christ sans interruption et Réparateur,
Sauveur, parfait Rédempteur pour l’éternité. Si donc j’étais Homme, pourquoi n’aurais-je
pas dû subir les tentations comme tout un chacun ? Si le Père a voulu me
rendre "en tout semblable" à vous, pourquoi aurait-il dû m’accorder
l’injuste privilège de ne pas connaître la souffrance et l’effort des
tentations — et pourquoi aurais-je dû y prétendre —, alors que tous les
hommes les subissent et qu’ils y réagissent différemment en fonction de la
prépondérance ou de l’absence en eux de la bonne volonté de se sanctifier,
autrement dit en fonction de leur spiritualité ou de leur instinct charnel ?
Mais c’est justement parce que je me suis perfectionné par le moyen de la
souffrance continuelle que j'ai été l’Hostie parfaite ! Si le Père avait
voulu que le démon n’approche pas cet homme qu’était son Verbe incarné,
n’aurait-il pas pu l’en empêcher ? Ne l’a-t-il pas fait en me dissimulant
pendant trente ans aux recherches de Satan, par tout un ensemble de
circonstances providentielles ? S’il l’avait voulu, lui était-il impossible
de poser des limites aux tentations qui m’assaillaient, s’il avait voulu en
permettre certaines mais pas toutes, pas celle-ci précisément, car
inconvenante pour le Christ ? N’aurait-il pas pu me rendre supérieur aux
hommes et aux anges ? Pourquoi donc m’avoir rendu de peu inférieur aux anges
et semblable aux hommes ? Est-ce que ces mots de l’Apôtre qui affirme que je
suis un homme en tout semblable aux autres ne contredisent pas le passage où
il dit que je suis de peu inférieur aux anges ? Ne vous serais-je donc pas
semblable ? Ne serais-je donc pas semblable à Dieu, puisque Dieu est plus
grand que les anges ? L’Apôtre aurait-il proféré des blasphèmes, des sottises
ou des mensonges ? Et s’il ne l’a pas fait, en quoi consiste cette
différence, cette égalité et cette infériorité dans le fait d’être différent
des anges, inférieur à eux, égal aux hommes et en même temps inégal puisque
je suis de peu inférieur aux anges ? Mais n’est-ce pas blasphématoire de
prétendre que le Verbe incarné est inférieur aux anges ? En quoi consiste
cette différence qui est en moi, par rapport aux anges et aux hommes ?
Je vais cependant vous montrer cette
différence, et vous dire comment il est possible que je sois semblable à vous
et en même temps de peu inférieur aux anges. Je suis comme vous, je suis l’Homme, par
conséquent je suis indéniablement inférieur aux anges, car l’homme n’est pas
cette créature spirituelle qu’est l’ange, la plus noble de la création :
ceux-ci sont purement spirituels, ils possèdent une grande intelligence, et une
intelligence rapide puisqu’ils ne sont pas appesantis par la chair et les
sens ; ils sont confirmés en grâce et adorent sans relâche le Seigneur dont
ils comprennent la pensée et l’accomplissent sans nul obstacle. Mais l’homme
peut-il s’élever lui-même à un niveau surnaturel ? Il le peut s’il vit
volontairement dans la pureté, l’obéissance, l’humilité, avec charité, à
l’instar des anges. Or tout cela, je l’ai fait. Ce Jésus, créé de peu
inférieur aux anges, devint Homme par le divin désir de son Père, afin d’être
le Rédempteur. Par la suite, il devint de peu inférieur aux anges par sa
volonté personnelle et pour vous donner l’exemple qu’un homme peut, s’il le
veut, s’élever lui-même à la perfection angélique, en menant une vie
angélique. Oh ! Vie humaine tellement unie au surnaturel
qu’elle réduisait à néant les voix et les faiblesses de la matière pour
endosser les voix et les perfections angéliques ! Vie qui oublie la
concupiscence, mais vivante d’amour, dans l’amour ! L’homme qui devient ange,
c’est la créature composée de deux substances qui en purifient la partie la
plus basse par les feux de la charité; or c’est dans la charité que se
trouvent toutes les vertus comme autant de graines à l’intérieur d’un unique
fruit, à tel point qu’on peut dire qu’elle s’en dépouille, mieux, qu’elle la
dépouille de tout ce qui est matérialité jusqu’à rendre la matière digne
d’entrer un jour dans le Royaume de l’Esprit. Elle dépose dans le sépulcre
son vêtement purifié dans l’attente de l’ordre final. Mais elle en jaillira
dans une telle gloire qu’elle fera l’admiration des anges eux-mêmes, car la
beauté des corps ressuscités et glorifiés causera l’étonnement respectueux
des anges, qui admireront leurs frères de création en disant : "Nous avons su rester en état de grâce
avec une seule substance ; les hommes, eux, ont remporté l’épreuve par
leur esprit et leur chair. Gloire à Dieu pour la double victoire des
élus". Semblable en tout aux hommes, le Christ a
voulu atteindre la beauté de la perfection angélique par une vie sans ombre,
sans péché ni même d’attirance pour le péché ; tout en restant homme pour
subir la mort avec sa chair et son sang pour expier les fautes de la chair,
du sang, de l’esprit et de l’orgueil de la vie, avec toute, toute, toute la
souffrance pour réparer toute, toute, toute la Faute, il devint de peu
inférieur aux anges et éleva la nature humaine à la perfection des anges.
L’Apôtre ne ment donc pas, ne blasphème pas
et ne se contredit pas quand il affirme, en des mots inspirés, que Jésus,
l’Homme, s’est fait de peu inférieur aux anges grâce à une spiritualité
héroïque. Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu l’Esprit Saint n’ont pas manqué
de fournir au Rédempteur le seul vêtement qui lui convenait pour qu’il soit
ce qu’il devait être et puisse vous racheter — ainsi que par ce grand acte
qu’est son Sacrifice — par cette continuelle leçon qu’est sa croissance en
grâce jusqu’à parvenir à la perfection spirituelle, ceci pour vous sauver
de votre ignorance, de cette ignorance consécutive au péché qui amoindrit les
forces de l’homme et l’influence en lui insinuant que, puisqu’il est
davantage formé de matière que d’esprit, il ne peut tenter d’évoluer
spirituellement. Non. Si la matière vous semble occuper une
telle place en vous et être toute-puissante, c’est que vous la voyez et que
vous entendez hurler ses voix bestiales. Elle vous paraît tellement
importante parce que vous la redoutez et que vous ne voulez pas la faire
souffrir par peur de souffrir. Elle vous le paraît parce que Satan vous en
altère les contours, et aussi parce que vous ne savez pas. Vous êtes encore
ignorants de ce qu’est réellement cette chose magnifique qu’est l’âme, de ce
qu’est cette chose toute-puissante qu’est l’âme unie à Dieu. Laissez vos peurs de côté. Abandonnez vos
ignorances. Regardez-moi. Moi, qui suis l’homme, j'ai atteint la perfection
de la justice en étant un homme tout comme vous, parce que je l’ai voulu.
Imitez-moi. Ne craignez rien. Gardez votre âme unie à Dieu et avancez.
Montez. Montez dans les régions lumineuses du surnaturel. Qu’une volonté
ardente entraîne votre chair là où votre âme s’élève. Devenez des anges.
Devenez des séraphins. Le démon ne pourra plus vous blesser profondément. Ses
flèches tomberont à vos pieds après avoir frappé votre cuirasse, et vous ne
serez pas troublés, comme je ne l’ai pas été. Il était donc juste que le Père ne m’accorde
pas une nature différente de celle de l’homme, bien que cela lui ait été
possible. C’était juste. Nul ne pourra me dire, lorsque je vous propose ma
loi et que je vous dis :"Suivez-la si vous voulez être là où je
suis": "Toi, tu peux y être parce que tu es différent de moi, que
la chair attaque férocement. Tu as vaincu Satan parce que, en toi, la chair
n’est pas l’alliée de Satan.″ Personne ne peut me reprocher une
victoire facile ni se décourager sous prétexte d’une différence de création.
Nous avons, vous comme moi, les mêmes éléments — la chair, l’intelligence et
l’âme — qui nous permettent de vivre, de comprendre et de vaincre.
J’appartiens à la descendance d’Adam autant que vous.
Et je ne l’ai pas fait. Moi, l’Homme, je n’ai
pas péché. Mon Père m’a fait de la même race que vous pour bien vous montrer
qu’être homme ne signifie pas être pécheur. Tout comme vous, j’appartenais à
la nature humaine. Sachez être victorieux, comme je le suis. Le Père a fait
de moi un homme qui puisse partager avec vous la chair et le sang par
lesquels vaincre Satan, en mourant, et il a exigé que l’auteur de votre salut
devienne parfait en tant qu’homme, par sa volonté propre et au moyen
de la souffrance, et qu’il obtienne la gloire en raison de la mort qu’il aura
subie. N’est-ce donc pas une mort que de savoir
mourir à tout ce qui est séduction ? N’est-ce pas une mort permanente à tout
ce qui est concupiscence pour vivre éternellement au ciel ? J’ai commencé à consommer mon Sacrifice
pour vaincre Satan, le monde, la chair — qui triomphent depuis trop de temps
— dès mon premier acte de volonté contre les voix de la chair, du monde et de
son roi des ténèbres. Je suis mort à moi-même afin de vivre. Je suis mort à
moi-même pour vous permettre de vivre par mon exemple. Je suis mort sur la
croix pour vous donner la Vie. Destiné à devenir votre grand prêtre
miséricordieux, il me fallait bien connaître les combats de l’homme par une
connaissance d’homme, tout en restant fidèle devant Dieu pour vous apprendre
à le rester vous aussi. Je suis votre grand prêtre miséricordieux car, ayant
souffert et ayant été mis à l’épreuve, je n’avais pas ce dégoût hautain et cet
isolement glacial de ceux qui prétendent, à la vue de leurs frères faibles ou
pécheurs: "Je leur suis supérieur et je garde mes distances pour ne pas
risquer de contaminer ma perfection", sans savoir qu’ils appartiennent à
la race éternelle des pharisiens. Je suis votre grand prêtre expert et
miséricordieux car j'étais compatissant et prêt à tendre la main, moi, le
Vainqueur du mal, aux faibles qui ne savent pas toujours le fouler aux pieds
comme je l’ai fait. Dites-moi, vous qui vous scandalisez de lire
que j’ai subi cette tentation-là, ai-je donc porté atteinte à ma
Perfection divine et humaine parce que le Tentateur s’est approché de trop
près de moi ? Qu’est-ce qui s’est altéré en moi ? Qu’est-ce qui a été
corrompu ? Rien, pas la plus fugitive
des pensées. Cette tentation n’est-elle pas la plus commune et
celle à laquelle les hommes cèdent le plus volontiers ? Conscient qu’elle est
celle qui obtient le plus facilement le consentement des hommes, n’est-elle
pas aussi la plus fréquemment utilisée par Satan ? N’est-ce pas la porte —
celle de l’impureté, de la luxure — qui permet bien souvent à Satan d’entrer
dans les cœurs ? N’est-ce pas son moyen préféré et son arme favorite pour
obtenir d’y entrer et de le corrompre ? Quel autre moyen a-t-il pris au commencement
des jours de l’homme pour défigurer la plante sans tare de l’humanité ? Comme
a-t-il réussi à corrompre l’innocence de vos deux premiers ancêtres ? Si
l’acte d’Ève s’était limité à l’imprudence de s’approcher de l’arbre interdit
et même d’écouter le Serpent, mais sans lui obéir ni céder à ses
insinuations, le péché serait-il apparu ? La condamnation serait-elle tombée
? Non. Au contraire, en repoussant les séductions de Satan, vos premiers
ancêtres auraient imité les bons anges vainement tentés par Lucifer lors de
sa rébellion, et ils auraient obtenu un accroissement de grâce.
Observons ensemble le paroxysme croissant de
la faute et les degrés de la chute, puis comparons-le à l’épisode de ma
tentation. Si l’on y porte un regard limpide avec un cœur honnête, on ne
pourra éviter de conclure que la tentation, cet élément incontestable du mal,
ne devient pas péché mais mérite pour ceux qui savent la subir sans y céder.
Souffrir ne signifie pas jouir. On souffre un martyre, on ne souffre pas une
jouissance. La tentation est une souffrance pour les saints, mais une
jouissance pervertie pour ceux qui ne sont pas saints mais l’accueillent et
lui obéissent. Donc Ève, douée d’une science proportionnelle
à son état — notez bien ceci, car c’est une circonstance aggravante de sa
faute — et par conséquent consciente de la valeur de la prudence, s’approche
de l’arbre interdit. Première erreur, bien que légère. Elle y va avec
légèreté, non pas dans la bonne intention de se recueillir au centre du
jardin d’Eden pour s’isoler et prier. Arrivée là, elle entre en conversation
avec l’Inconnu. Le phénomène d’un animal parlant ne lui met pas la puce à
l’oreille, alors que les autres avaient beau avoir une voix, ils ne s’exprimaient
pas de façon compréhensible pour l’homme. Deuxième erreur. Voici la
troisième: malgré sa surprise, elle ne prie pas Dieu de lui expliquer ce
mystère, elle ne se rappelle pas et ne réfléchit pas même que Dieu a averti
ses enfants que cet arbre était celui du bien et du mal, et qu’il fallait
donc considérer comme imprudent d’accueillir tout ce qu’il en venait sans en
avoir d’abord demandé à Dieu la véritable nature. Quatrième erreur : elle a
cru avec une foi plus forte à l’affirmation d’un inconnu qu’aux conseils de
son Créateur. Cinquième erreur : le désir de connaître ce que Dieu seul
connaissait et de lui devenir semblable. La sixième consiste en l’appétit des
sens qui veulent goûter, voir, palper, sentir, et enfin manger ce que
l’inconnu lui avait suggéré de cueillir et de goûter. Septième erreur : une
fois tentée, devenir tentatrice. Passer du service de Dieu à celui de Satan,
en oubliant les paroles de Dieu pour répéter celles de Satan à son compagnon,
et l’entraîner à voler le droit de Dieu. L’ardeur du désir avait atteint son
paroxysme. La montée de cette courbe fatale avait atteint son plus haut
point. C’est alors que le péché fut consommé complètement par l’adhésion
d’Adam aux flatteries de sa compagne, et ce fut la chute des deux de l’autre
côté de la courbe. Chute rapide, beaucoup plus rapide que la montée car
appesantie par la faute accomplie, sans compter que le poids de celle-ci
s’aggravait en raison de ses conséquences : fuite loin de Dieu, excuses
insuffisantes et exemptes de charité et de justice, et même de sincérité lors
de l’aveu de l’erreur, esprit de rébellion latente qui empêche de demander
pardon. S’ils se cachent, ce n’est pas dû à la
souffrance d’être entachés par la faute ou d’apparaître tels aux yeux de
Dieu, mais parce qu’ils sont nus, autrement dit en raison du mal qui est
désormais entré en eux, fait tout considérer sous un jour nouveau, et les
rend ignorants au point de ne plus savoir considérer que Dieu, qui les avait
créés et leur avait fait don de toute la création, savait parfaitement qu’ils
étaient nus; il n’avait pas non plus pris soin de les habiller et ne s’était
pas indigné de les voir nus, parce qu’il n’y avait pas lieu de recouvrir
l’innocence ni de s’indigner à la vue d’un corps innocent. Écoutez les réponses des deux fautifs, c’est
exactement le signe d’une tentation non repoussée et de ses coupables
conséquences : "J’ai entendu ton pas dans le jardin... j’ai eu peur
parce que je suis nu et je me suis caché"; "C’est la femme que tu
as mise auprès de moi qui m’a donné de l’arbre, et j’ai mangé";
"C’est le serpent qui m’a séduite, et j’ai mangé″.[18] Il manque au nombre de toutes ces paroles la
seule qui devait s’y trouver : "Pardon, parce que j’ai péché !″ Il
y manque donc l’amour pour Dieu, et la charité à l’égard du prochain. Adam
accuse Ève, Ève accuse le serpent. Il y manque enfin la sincérité de la
confession. Ève confesse ce qui est indéniable. Mais elle croit pouvoir
cacher à Dieu les préliminaires du péché, c’est-à-dire sa légèreté, son
imprudence, sa faible volonté, contaminée aussitôt après qu’elle eut fait le
premier pas vers la désobéissance au saint commandement de ne pas s’exposer à
la tentation de cueillir le fruit interdit. Ce commandement devait lui servir
de mise en garde — or elle était très intelligente — pour lui faire
comprendre qu’ils n’étaient pas forts au point de se mettre impunément dans
les conditions de pécher sans en venir à pécher. Ils y seraient parvenus
s’ils avaient perfectionné par leur propre volonté la liberté que Dieu leur
avait accordée, en s’en servant uniquement pour le bien. Ève ment donc à Dieu
lorsqu’elle passe sous silence la raison pour laquelle elle a mangé du fruit:
pour devenir comme Dieu. La triple concupiscence est donc en l’homme. Tous
les signes de l’amitié avec le serpent sont évidents dans l’orgueil, la
rébellion, le mensonge, la luxure, l’égoïsme qui se substituent aux vertus
qui existaient précédemment.
Je me rends moi aussi à un endroit solitaire.
Mais pourquoi ? Quand ? Pour quoi faire ? Pour me préparer par la pénitence —
cette préparation indispensable aux œuvres de Dieu — à ma mission sur le
point de commencer. La paix qui me protégeait avait pris fin, celle de la
maison, de ma famille, de ma ville, cette paix qu’effleuraient à peine les
inévitables oppositions de pensée entre ma parenté et moi, entre eux qui
étaient tout humanité et rêvaient pour moi à des joies humaines, et moi qui
étais tout esprit. Le temps de l’évangélisation allait commencer, accompagné
des dangers de l’exaltation et de la haine, des contacts avec les pécheurs et
de tout ce qui forme ce qu’on appelle communément le monde. Je me prépare par la pénitence et l’oraison.
Je parachève ma préparation par la victoire sur Satan. Ah, il a bien senti
que le Vainqueur était apparu lorsqu’il m’a vu être inébranlable devant la
séduction impure et forte contre la faim, l’orgueil et la cupidité. Mais je
veux que vous me contempliez à ce moment que vous jugez inconvenant, et que
vous compariez le pur Jésus et le couple pur de vos premiers ancêtres, en qui
le venin du Serpent put agir parce qu’ils ont voulu l’accueillir, sans
vouloir faire l’effort de le repousser, étant donné qu’ils s’en étaient imprudemment
approchés. Je n’ai pas cherché Satan. C’est lui qui m’a cherché. Une fois
qu’il m’eut trouvé, j'ai souffert de sa proximité. C’était une expérience
nécessaire pour pouvoir être votre grand prêtre miséricordieux, éprouvé tout
comme vous, non pas dédaigneux envers vous, mais exemple pour vous.
Le Christ ne fuit pas lâchement parce qu’il
est poursuivi, pas plus qu’il ne marchande, troque ou discute avec le
Tentateur sur des choses si basses qu’elles ne méritent aucune discussion. L’homme, la plus noble créature de la terre,
douée de raison, d’esprit et consciente de sa fin, ne doit pas se corrompre
par quelque contact réel ou métaphorique avec la luxure. Qu’il ne la regarde
pas, ne discute pas, mais lève les yeux et contemple Dieu. Il lui faut aimer
Dieu et son prochain, en enfant de Dieu, et l’invoquer. Qu’il garde le
silence envers Satan et envers lui-même, envers la partie de son être qui
voudrait discuter de choses charnelles. Silence des lèvres et silence de la
pensée sur des sujets qui exhalent des fumées homicides. Il n’y a pas
toujours de silence là où les lèvres sont closes. Il arrive que le cœur, les
pensées ou la volonté parlent et délirent avec impureté même si les lèvres savent se taire et les
yeux rester baissés, sinon même prendre des poses inspirées pour tromper les
hommes : car les hommes voient l’extérieur de l’homme, mais non pas Dieu qui
voit à l’intérieur et a en horreur toute forme de mensonge mental pour faire
croire à une sainteté apparente, comme toute espèce de luxure mentale et de
mensonge calculé et calculateur. Pourquoi Satan a-t-il commencé sa tentation
par l’impureté ? Parce que c’est le péché le plus répandu. On le retrouve
partout dans le monde, dans tous les milieux et malheureusement dans toutes
les conditions. Elle prend différents noms. Parfois, elle se revêt même de
légitimité, mais souille les chambres nuptiales légitimes comme le lit des
prostituées, et je passe sur d’autres considérations. Ensuite, parce que cela
lui a si bien servi, la première fois, à faire entrer le mal dans le cœur de
l’homme. Parce qu’il pensait pouvoir par ce seul moyen écraser pour toujours
toute idée de rédemption en corrompant l’irremplaçable Rédempteur. Enfin
parce qu’il avait besoin de s’assurer que j'étais bien le Rédempteur. Il avait deviné que j'étais désormais dans le
monde. Il me recherchait. Il était partout où il trouvait quelque forme de
sainteté. Mais il voyait qu’elles étaient toutes relatives, ce qui le rendait
incertain. Des années durant, il n’avait pas réussi à déchirer le voile qui
entourait le mystère de ma Mère et le mien. La manifestation du Jourdain
l’avait ébranlé. Mais sa terreur devant moi le faisait hésiter encore pour
rester en paix. Il voulait et ne voulait pas savoir qui j’étais. Savoir pour
avoir l’illusion de me vaincre. Ne pas savoir pour ne pas avoir l’illusion
d’être vaincu par l’Homme. Il m’a tenté de cette manière. La fermeté de
mon attitude, si différente de celle de tout un chacun — qui fuit,
s’épouvante, cède ou se moque en se prétendant fort pour tomber ensuite plus
bas que celui qui fuit — lui apprit qui j’étais. Convaincu de cela, il
insiste. Sa première tentation dissimule déjà les trois autres, et en
particulier la dernière. Mes yeux le glacent. Mon silence l’exaspère. Ma
tranquillité l’effraie. Il sent qu’une force s’oppose à lui qu’il est vain
d’espérer faire plier. Il sent que le Pur ne peut que ressentir du dégoût
devant le fruit malhonnête qu’il lui tend. Il tente alors une séduction apparemment
licite : "Ordonne à ces pierres de devenir du pain." Avoir faim de pain est humain, ce n’est
plus bestial comme l’est la luxure, cette faim de chair. C’est alors que je
réponds, en homme, en enfant de Dieu, non parce que je suis le Verbe mais
parce que je suis de la descendance d’Adam tout comme vous. Je réponds pour
honorer le Seigneur à trois reprises. Et Satan, convaincu qu’il était inutile
de me tenter encore, ne m’a plus présenté la luxure. Ce n’est pas le cas des
hommes. Eux, ils sont plus sots que Satan et m’ont tenté pour pouvoir dire
aux foules : "C’est un pécheur." Les pages de l’Œuvre vous montrent
comment les hommes n’eurent jamais plus de chance que Satan, dans aucun
domaine. Tenté dans tous les domaines et par tous, je
suis resté sans péché. Grand prêtre éternel, je suis resté par ma propre
volonté innocent, immaculé, séparé des pécheurs, devenu ange en ayant aboli
ma sensualité pour servir uniquement l’esprit.
Après cette leçon, relisez d’un cœur pur et
sans préjugé les épisodes que vous attaquez comme inconvenants, et dites-moi
si vous pouvez encore les considérer comme tels. Espèces d’obstinés, pour ne pas prononcer le
mot "pardonne moi", — le second en beauté après "je
t’aime" — vous objectez : “Mais tu as dit à Judas que le bien et le mal étaient en
toi". C’est inconvenant ! Et plus loin tu dis : "La
tentation est mordante. L’acte satisfait ou parfois dégoûte, alors que la tentation ne s’éloigne pas mais, comme un arbre
élagué, elle produit une frondaison plus robuste." Cela nous permet de
supposer que tu as été troublé, et toujours plus fortement, pour n’avoir pas
satisfait la tentation impure." Ressemblez-vous donc à Judas, qui ne comprenait jamais, n’arrivait pas à comprendre, ne pouvait comprendre parce qu’il était trop envahi par son humanité malade, qui projetait son reflet sur toute chose ? Si vous êtes comme lui, je vous exhorte à changer votre manière de penser. Et je vous dis de vous rappeler à qui je parlais : à un homme qui, en tant que pécheur — en particulier dans le domaine de la luxure — avec préméditation et ténacité, ne pouvait accepter les confidences de Jésus avec le respect qui leu |