|
"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
||
|
Première décade de mars de l'an -5
- Marie s'active pour le repas du soir 112 - Arrivée de Joseph 114 - Elle le fait manger 114 - Ils parlent de tout et de rien 115 - Marie ira aider Élisabeth enceinte 115 - Les époux se séparent 116 |
1.27. |
||
|
112> Voici que m'apparaît la petite maison de Nazareth où se trouve
Marie. Marie toute jeune comme lorsque l'Ange de Dieu lui
apparut. Rien que de la voir me remplit l'âme du parfum virginal de cette
demeure, du parfum angélique qui persiste encore dans la pièce où l'Ange a
ondulé ses ailes d'or, du parfum divin qui s'est tout concentré sur Marie
pour faire d'elle une Mère et qui à présent se dégage d'elle. C'est
le soir, car les ombres commencent à envahir la pièce où était avant,
descendue du Ciel, une si grande lumière. 113> Marie, à genoux près
de son petit lit prie, les bras en croix sur sa poitrine, le visage tout
incliné vers la terre. Elle est encore vêtue comme elle l'était au moment de
l'Annonciation. Tout est pareil : le rameau fleuri dans son vase, les
meubles dans le même ordre. Seulement la quenouille et le fuseau sont placés
dans un coin avec son plumet de filasse pour l'une, et pour l'autre le fil
brillant qui y est enroulé. Marie
cesse de prier et se lève, le visage tout enflammé. La bouche sourit, mais
une larme fait briller son œil d'azur. Elle prend la lampe à huile et
l'allume avec la pierre à feu. Elle prend garde que tout soit bien en ordre
dans la petite chambre. Elle remet en place la couverture de la couchette qui
s'était déplacée. Elle ajoute de l'eau dans le vase du rameau fleuri et le
porte au dehors à la fraîcheur de la nuit. Puis elle rentre. Elle prend la broderie
placée sur le meuble à étagère, et la lampe allumée. Elle sort en fermant la
porte. Elle fait quelque pas dans le jardinet le long de la maison et puis
elle entre dans la petite pièce où j'ai vu l'adieu de Jésus et Marie. Je la
reconnais, bien qu'il manque quelque objet qui s'y trouvait alors. Marie
disparaît, emportant la lumière dans une autre petite pièce voisine, et je
reste là, avec la seule compagnie de son travail posé sur le coin de la
table. J'entends le pas léger de Marie qui va et vient, je l'entends remuer
de l'eau comme pour laver un objet, puis faire du menu bois. Je me rends
compte que c'est du bois par le bruit qu'il fait, Je m'aperçois qu'elle
allume le feu. Puis
elle revient. Elle sort dans le jardinet et elle rentre avec des pommes et
des légumes. Elle met les pommes sur la table, sur un plateau de métal gravé
au burin : il me semble de cuivre buriné. Elle retourne à la cuisine
(cette pièce était bien la cuisine). Maintenant la flamme du foyer se
projette joyeusement par la porte ouverte et fait danser des ombres sur les
murs. Il se
passe quelque temps et Marie revient avec un petit pain bis et une tasse de
lait chaud. Elle s'assied et trempe des tranches de pain dans le lait. Elle
les mange lentement. Puis, laissant la tasse à moitié, elle entre de nouveau
dans la cuisine et revient avec des légumes sur lesquels elle verse de
l'huile et les mange avec le pain. Elle se désaltère avec le lait; puis elle
prend. une pomme et la mange. Un repas de fillette. Marie mange et réfléchit
et sourit à une pensée intérieure. Elle se lève et tourne les yeux vers les
murs à qui elle semble communiquer un secret. De temps en temps elle devient
sérieuse, presque triste, mais après, le sourire revient. 114> On entend frapper à la porte.
Marie se lève et ouvre. Joseph entre. Ils se saluent. Puis Joseph s'assied sur un
tabouret en face de Marie, de l'autre côté de la table. Joseph
est un bel homme, dans toute la force de l'âge. Il aurait trente
cinq ans, au plus. Ses cheveux châtain sombre et sa barbe de même
couleur encadrent un visage régulier avec deux yeux doux, châtains presque
noirs. Le front est large et lisse, le nez petit, légèrement arqué, les joues
rondes d'un brun pas olivâtre avec des pommettes rosées. Il n'est pas très
grand, mais robuste et bien fait. Avant
de s'asseoir, il a enlevé son manteau, (c'est le premier que je vois de ce
genre) il est de forme ronde, fermé à la gorge par un crochet ou quelque
chose du même genre, avec un capuchon. Il est de couleur marron clair et
d'une étoffe imperméable en laine grège. Il ressemble à un manteau de
montagnard adapté pour abriter des intempéries. Avant de s'asseoir il offre à
Marie deux œufs et une grappe de raisin, un peu avancé mais bien conservé. Et
il sourit en disant : "On me l'a apporté de Cana. Les œufs c'est le
centurion qui me les a donnés pour une réparation que j'ai faite à son char.
Il avait eu une roue abîmée et leur travailleur est malade. Ils sont frais.
Il les a pris dans son poulailler. Bois-les. Ils te feront du bien." "Demain,
Joseph, maintenant j'ai mangé." "Mais
le raisin, tu peux le prendre, il est bon, doux comme du miel. Je l'ai porté
avec précaution pour ne pas l'abîmer. Mange-le. il y en a d'autre. Je t'en
apporterai demain un petit panier. Ce soir je n'ai pas pu parce que je viens
directement de la maison du centurion." "Oh
! alors, tu n'as pas encore soupé." "Non,
mais n'importe." Marie
se lève tout de suite et va à la cuisine. Elle revient avec encore du lait,
des olives et du fromage. "Je n'ai pas autre chose, dit-elle. Prends un
œuf." Joseph
ne veut pas. Les œufs sont pour Marie. Il mange avec appétit son pain avec le
fromage et boit le lait encore tiède. Puis il accepte une pomme et le repas
est terminé. Marie
prend sa broderie après avoir débarrassé la table de la vaisselle. Joseph
l'aide et reste lui aussi dans la cuisine quand elle en revient. Je l'entends
bouger pendant qu'il remet tout en place et attise le feu car la soirée est
fraîche. 115> Quand il revient,
Marie le remercie. Ils parlent entre eux. Joseph raconte comment il a passé
la journée. Il parle de ses neveux. Il s'intéresse au travail de Marie et à
ses fleurs. Il promet d'apporter de très belles fleurs que le centurion lui a
promises. "Ce sont des fleurs que nous n'avons pas. Il les a apportées
de Rome. Il m'en a promis des plants. Maintenant que la lune est favorable,
je vais te les planter. Elles ont une belle couleur et une odeur très
agréable. Je les ai vues l'été dernier car elles fleurissent en été. Elles te
parfumeront toute la maison. Je vais pouvoir les planter et les greffer. La
lune est favorable. C'est le moment." Marie
sourit et remercie. Un silence. Joseph regarde la tête blonde de Marie,
penchée sur la broderie. Un regard d'amour angélique. Certes, si un ange
regardait une femme d'un amour d'époux, c'est ainsi qu'il la regarderait. Marie, comme si elle prenait
une décision pose sur son sein la broderie et dit : "Joseph, j'ai
aussi quelque chose à te dire. Je n'ai jamais rien à dire car tu sais comme
je vis dans la retraite. Mais aujourd'hui, j'ai une nouvelle. J'ai appris que
notre parente Élisabeth, femme
de Zacharie, attend
un enfant..." [1] Joseph
écarquille les yeux et dit : "A cet âge ?" "A
cet âge" répond Marie en souriant. "Le Seigneur peut tout et Il a
voulu donner cette joie à notre parente." "Comment
le sais-tu ? La nouvelle est-elle sûre ?" "Il
est venu un messager, quelqu'un qui ne saurait mentir [2]. Je voudrais aller chez Élisabeth pour lui rendre service
et lui dire que je me réjouis avec elle. Si tu le permets..." "Marie,
tu es mon épouse, et moi je suis ton serviteur. Tout ce que tu fais est bien
fait. Quand veux-tu partir ?" "Le
plus tôt possible, mais je resterai là-bas des mois entiers." "Et
moi, je compterai les jours en t'attendant. Pars tranquille, je penserai à ta
maison et au jardinet. Tu trouveras tes fleurs belles comme si tu les avais
soignées. Seulement... attends. Je dois aller avant la Pâque à Jérusalem pour
acheter quelques objets utiles à mon travail. Si tu attends quelques jours,
je t'accompagnerai jusque là. Pas plus loin parce
que je dois revenir promptement. Mais jusque là
nous pouvons aller ensemble. Je suis plus tranquille si je ne te sais pas
seule sur les chemins. Au retour, tu me le feras savoir, je viendrai à ta
rencontre." 116> "Tu es si bon,
Joseph. Que le Seigneur te récompense par ses bénédictions et tienne loin de
toi la douleur. Je le prie toujours pour cela." Les
deux chastes époux se sourient angéliquement. Le silence se rétablit quelque
temps, puis Joseph se lève, il remet son manteau, relève le capuchon sur la
tête. Il salue Marie qui, elle aussi, s'est levée, et sort. Marie
le regarde sortir. Elle pousse un soupir comme si elle était peinée. Elle
lève les yeux au ciel et prie certainement. Elle
ferme la porte, plie son ouvrage, va à la cuisine. Elle éteint le feu ou le
couvre. Elle regarde si tout est bien en ordre. Elle prend la lampe et sort
en fermant la porte. Elle protège de la main la flamme qui tremble au vent
froid de la nuit. Elle entre dans sa chambre et prie encore. La
vision Se termine ainsi. |
|||
|
|
|||