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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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Vision d'une des
dernières grandes persécutions sous Maximien. Un vieux prêtre évangélise et
baptise de son propre sang, un groupe de gladiateurs |
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Index des "Cahiers" >> Sommaire de février 1945 Vision du 20 février 1945 |
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RETOURS AUX FICHES
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23> Je ne sais comment
je vais arriver à écrire tout cela : je sens en effet que Jésus veut se
présenter avec son Évangile tel qu’il l’a vécu, et j'ai souffert toute la
nuit pour me rappeler la vision qui suit; j’en ai gribouillé les paroles que
j’ai entendues comme je le pouvais, pour ne pas les oublier.
Une foule de
chrétiens de tout âge s’entassent dans cette pièce, spacieuse mais sombre :
la lumière y pénètre seulement par une porte ouverte sur un couloir qui mène
certainement à l’intérieur du cirque, et peut-être à l’extérieur, ainsi que
par une petite fenêtre, un soupirail bas plutôt, au niveau du sol du cirque
d’où proviennent des bruits de foule. Il y a là des enfants de quelques
années à peine, encore dans les bras de leur mère — deux d’entre eux, qui
doivent avoir près de deux ans tètent encore le sein épuisé de leur mère —
aussi bien que de faibles vieillards. Il s’y trouve aussi
des gladiateurs qui ont déjà revêtu le casque et l’armure correspondants;
cette dernière les défend sans les défendre, puisqu’elle laisse à découvert
des parties vitales de leur corps telles que la gorge ainsi que des régions
de l’abdomen à la hauteur et à l’endroit du foie et de la rate. Ils portent
cette armure incomplète à même la peau et tiennent une dague courte et large
de la forme d’une feuille de châtaigner plus ou moins. Ce sont de fort beaux
hommes, non pas tant de visage que de corps — ils sont robustes et harmonieux
et à chaque mouvement je peux en observer l’agile mobilité des muscles —.
Certains ont des cicatrices d’anciennes blessures, d’autres n’en montrent
aucun signe. Ils discutent ensemble et je note qu’ils doivent provenir de
pays soumis à Rome — ce sont sûrement des prisonniers de guerre — car ils ne
parlent qu’un latin très bâtard, prononcé d’une voix dure et gutturale, quand
ils s’adressent aux chrétiens qui, en attendant la mort, chantent leurs hymnes
doux et tristes. Un gladiateur de
presque deux mètres de haut, un vrai colosse blond comme le miel et aux yeux
clairs bleu-gris, — des yeux doux en dépit de l’ombre de fer que la visière
du casque reflète sur son visage — s’adresse à un vieillard entièrement vêtu
de blanc, digne, austère, - plus encore, ascétique - que tous les chrétiens
entourent du plus grand respect : 25> "Père blanc, si
les fauves t’épargnent, moi, je devrai te tuer. Tels sont les ordres. Or cela
me déplaît, car j'ai laissé en Pannonie [3] un vieux père comme
toi". - Ne regrette rien,
mon fils. Tu m’ouvres le ciel. De toute ma longue vie, jamais je n’aurai reçu
un don plus beau que celui que tu me fais. - La mort et les
luttes existent même au ciel, là où ton Dieu se trouve sûrement, tout comme
nos dieux sont dans le mien et les dieux d’ici dans le ciel de Rome. Veux-tu
continuer à souffrir par la haine des dieux comme tu souffres ici ? - Mon Dieu est seul.
Il règne dans son ciel avec amour et justice. Ceux qui y parviennent ne
connaissent qu’une joie éternelle. - Je l’ai entendu
dire par une foule de chrétiens au cours de cette persécution. J’ai dit à une
fillette qui me souriait au moment où j'abaissais la dague vers elle... et
j'ai fait semblant de la tuer, mais je ne l’ai pas fait pour la sauver, parce
qu’elle était tendre et blonde comme une jeune bruyère de nos forêts, ...
mais cela ne m’a servi à rien... Je n’ai pas pu la faire sortir de là et, le
lendemain... c’est aux serpents que fut livré ce corps de lait et de
rose..." L’homme se tait, il paraît triste. "Que lui as-tu
dit, mon fils, demande le vieil homme. - J’ai dit : "Tu
vois ? Je ne suis pas méchant. Mais c’est mon métier. Je suis un esclave de
guerre. S’il est vrai que ton Dieu est juste, dis-lui de se souvenir
d’Albulus - on m’appelle comme ça à Rome - et de se manifester, lui et ses
bienfaits." Elle m’a répondu : "Oui″ Mais cela fait
maintenant plusieurs jours, et personne n’est venu. - Tant que tu ne
seras pas chrétien, Dieu ne se montrera pas à toi autrement que par
l’intermédiaire de ses serviteurs. Or combien ne t’en a-t-il pas apporté !
Tout chrétien est un serviteur de Dieu, tout martyr un ami, au point de vivre
dans les bras de Dieu.
26> - C’est ma dernière
joie de la terre, mon fils, et elle est bien grande. Que Jésus, mon Dieu et
mon Maître te bénisse pour cela. Je suis prêtre, Albulus, j’ai passé ma vie à
le prêcher et à lui amener bien des créatures. Mais je n’espérais plus avoir
cette joie. Écoute..." Le vieil homme lui raconte alors la vie de Jésus,
à lui comme aux autres gladiateurs qui se pressent tout autour, de sa
naissance à sa mort en croix et il esquisse les exigences essentielles de la
foi. Il parle assis sur une grosse pierre qui lui sert de banquette; il est
paisible, solennel, tout de pureté avec ses cheveux longs, sa barbe à la
Moïse et ses vêtements; son regard et ses paroles sont pleines d’ardeur. Il
s’interrompt deux fois seulement pour bénir deux groupes de chrétiens emmenés
dans l’arène pour être jetés, au cours de jeux nautiques, en pâture aux
crocodiles. Puis il se remet à parler au cercle des robustes gladiateurs,
presque tous roses et blonds, qui l’écoutent bouche bée. Ce docteur de
l’Église s’appelle Chrysostome. Mais quel nom donner alors à celui qui ne se
nomme pas ? Il termine par ces
mots : "Voilà l’essentiel de ce qu’il faut croire pour obtenir le
baptême et le ciel.″ Les voix robustes des
gladiateurs - une dizaine - font résonner la voûte basse : " Nous le
croyons. Donne-nous ton Dieu. - Je n’ai rien pour
vous asperger, pas la moindre goutte d’eau ou d’autre liquide, et mon heure
est venue. Mais vous trouverez le moyen... Non ! Dieu me l’inspire ! Un
liquide est prêt pour vous. - Les chrétiens aux lions,
ordonne le surveillant. Tous !″ Le vieux prêtre en
tête, suivi par les autres, au nombre desquels se trouvent les mères sur les
seins desquelles les bébés se sont endormis, entrent dans l’arène en
chantant.
J’allais oublier
quelque chose. Il y a, au centre de l’arène, un... je ne sais comment le
décrire. C’est une construction en marbre d’où s’élèvent vers le ciel de fins
jets d’eau impalpables; sur la plateforme de cette construction, d’un ovale
allongé et haute d’à peine deux mètres, se trouvent des statuettes de dieux
en or, et des tripodes où brûlent de l’encens ont été disposés devant elles.
Un lion a bondi après
s’être approché en rampant presque par terre, le terrasse et le saisit par
l’épaule. Le vêtement et les cheveux de neige du vieil homme sont déjà tout
rouges. C’est le signal de
l’attaque des fauves. La meute des fauves s’élance et bondit sur le troupeau
des doux. D’un coup de patte, une lionne arrache à une mère l’un de ses bébés
endormis, un coup de patte si féroce qu’il emporte la partie du sein de la
mère; celle-ci, peut-être déchirée jusqu’au cœur, tombe à la renverse sur le
sable et meurt. À coups de queue et de patte, l'animal défend son tendre
repas et le dévore en un clin d’œil. Il en reste une petite trace rouge sur
le sable, unique trace du bébé martyr, tandis que le fauve se lève en se
léchant les babines. 28> Toutefois les
chrétiens sont nombreux et, en comparaison, il n’y a pas suffisamment de
fauves. En outre, peut-être sont-ils déjà rassasiés. Plus que pour dévorer,
ils tuent pour tuer. Ils jettent à terre, égorgent, éventrent, lèchent un peu
puis passent ailleurs, à une autre proie. Le peuple s’inquiète
car les chrétiens n’ont guère de réaction et les bêtes ne sont pas assez
féroces. Il hurle : "À mort ! À mort ! À mort aussi l’intendant ! Ce ne
sont pas là des lions, mais des chiens bien nourris ! Mort aux traîtres de Rome et de César !″
Albulus court vers le
vieux prêtre. La foule crie : "Fais-le souffrir ! Lève-le, qu’on puisse
voir le coup ! Allez, Albulus !″
Mais Albulus se penche vers le vieillard pour lui demander quelque
chose et, sur son assentiment, il hèle ses compagnons qui ont auparavant
écouté parler le vieux prêtre. Je n’arrive pas à
comprendre ce qu’ils font, s’ils se font bénir ou ce qui se passe, car leurs
corps robustes forment une sorte de toit au-dessus du vieil homme prostré.
Mais je le comprends lorsque je vois qu’une main sénile, déjà vacillante, se
lève sur le groupe de têtes serrées l’une contre l’autre, les asperge du sang
dont elle s’est remplie comme une coupe, puis retombe. Eclaboussés par ce
sang, les gladiateurs se redressent d’un bond et lèvent leurs dagues, qui
brillent dans la lumière. Ils hurlent d’une voix forte : "Ave César,
empereur ! Les triomphateurs te
saluent." Puis, avec la rapidité
de l’éclair, ils s’élancent vers la construction au centre du cirque, sautent
dessus, renversent les idoles et les piétinent. La foule hurle, comme
prise de folie. Il y a ceux qui voudrait défendre leur gladiateur préféré,
ceux qui invoque une mort atroce pour ces nouveaux chrétiens... Quant à eux,
revenus dans l’arène, ils se sont alignés, sereins, magnifiques comme des
statues de géants, un nouveau sourire sur leur visage fier.
Les gladiateurs non
convertis, qui pendant ce temps ont égorgé les chrétiens à demi-morts aussi
méthodiquement qu’un boucher saigne les agneaux, se retournent et avec la
même froideur et précision automatiques, ils ouvrent la gorge de leurs
compagnons à l’endroit de la veine jugulaire. Telle une brassée d’épis
taillés tige après tige par la serpe, les dix nouveaux chrétiens, aspergés du
sang du prêtre martyr font de leur propre sang un vêtement de pourpre
éternelle et tombent le sourire aux lèvres, sur le dos, les yeux tournés vers
le ciel où se lève leur jour bienheureux. |
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J’ignore de quel cirque il s’agit, j’ignore à
quel âge du christianisme. Je n’ai aucun élément. Je vois et je rapporte ce
que je vois. Je n’ai jamais mis les pieds en quelque arène, cirque ou Colisée
que ce soit, de sorte que je ne peux donner la moindre indication. D’après la
foule et la présence de César, je suppose que cela se passe à Rome. Mais je
ne le sais pas. La vision du vieux prêtre martyr et de ses derniers baptisés
me restent au plus profond du cœur, voilà tout. |
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[1] Les persécutions sous Dioclétien
et Maximien, en 303, furent les plus longues et les plus violentes de toutes.
On l'appela l'ère des Martyrs. Dioclétien excité par Galérius, son gendre,
publia quatre édits pendant son règne : par le premier, il ordonna de démolir
les églises, de brûler les livres saints et de priver les chrétiens de leurs
droits civils ; le second édit prononça l'emprisonnement des chefs de l'Eglise
; le troisième ordonna d'employer les tortures contre les prêtres qui
refuseraient de sacrifier aux idoles ; enfin un quatrième édit fit couler des
flots de sang, en étendant à tous les chrétiens l'obligation de sacrifier.
Cependant après cette dernière lutte le paganisme s'avoua vaincu. Galérius,
dans l'édit de 311, accorda aux chrétiens le droit d'exercer librement leur
religion. Source : http://www.infobretagne.com
[2] La cavea désigne le
bâtiment où se trouve les gradins de l'amphithéâtre.
[3] Actuellement la Hongrie.
L'empereur Maximien qui est présent dans cette scène, est un général s'étant
illustré dans différentes guerres dont celle de Pannonie. C'est l'époque de la
Tétrarchie.