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"L'Évangile tel qu'il m'a été
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de l’Église catholique |
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" Maître, que dois-je
faire... ? " 2052 2053 A cette première réponse, une seconde vient s’ajouter :
" Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le
aux pauvres, et tu auras un trésor aux cieux ; puis viens,
suis-moi " (Mt 19, 21). Elle n’annule pas la première. La suite de
Jésus Christ comprend l’accomplissement des commandements. La Loi n’est pas
abolie (cf. Mt 5, 17), mais l’homme est invité à la retrouver en la Personne
de son Maître, qui en est l’accomplissement parfait. Dans les trois évangiles
synoptiques, l’appel de Jésus adressé au jeune homme riche, de le suivre dans
l’obéissance du disciple et dans l’observance des préceptes, est rapproché de
l’appel à la pauvreté et à la chasteté (cf. Mt 19, 6-12. 21. 23-29). Les
conseils évangéliques sont indissociables des commandements. 2054 Jésus a repris les dix commandements, mais il a manifesté la
force de l’Esprit à l’œuvre dans leur lettre. Il a prêché la
" justice qui surpasse celle des scribes et des
pharisiens " (Mt 5, 20) aussi bien que celle des païens (cf. Mt 5,
46-47). Il a déployé toutes les exigences des commandements. " Vous
avez entendu qu’il a été dit aux ancêtres : Tu ne tueras pas ... Eh
bien ! Moi je vous dis : quiconque se fâche contre son frère en
répondra au tribunal " (Mt 5, 21-22). 2055 Lorsqu’on lui pose la question : " Quel est le
plus grand commandement de la Loi ? " (Mt 22, 36), Jésus
répond : " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur,
de toute ton âme et de tout ton esprit ; voilà le plus grand et le
premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton
prochain comme toi-même. A ces deux commandements se rattache toute la Loi,
ainsi que les Prophètes " (Mt 22, 37-40 ; cf. Deutéronome 6,
5 ; Lv 19, 18). Le Décalogue doit être
interprété à la lumière de ce double et unique commandement de la charité,
plénitude de la Loi : Le précepte : tu ne commettras pas d’adultère ; tu ne
tueras pas ; tu ne voleras pas ; tu ne convoiteras pas, et tous les
autres se résument en ces mots : tu aimeras ton prochain comme toi-même.
La charité ne fait point de tort au prochain. La charité est donc la loi dans
sa plénitude (Rm 13, 9-10). Le Décalogue dans l’Écriture Sainte 2056 Le mot " Décalogue " signifie littéralement
" dix paroles " (Exode 34, 28 ; Deutéronome 4,
13 ; 10, 4). Ces " dix paroles ", Dieu les a
révélées à son peuple sur la montagne sainte. Il les a écrites " de
son Doigt " (Exode 31, 18 ; Deutéronome 5, 22), à la
différence des autres préceptes écrits par Moïse (cf. Deutéronome 31, 9. 24).
Elles constituent des paroles de Dieu à un titre éminent. Elles nous sont
transmises dans le livre de l’Exode (cf. Exode 20, 1-17) et dans celui du
Deutéronome (cf. Deutéronome 5, 6-22). Dès l’Ancien Testament, les livres
saints font référence aux " dix paroles " (cf. par
exemple Os 4, 2 ; Jr 7, 9 ; Ez 18, 5-9).
Mais c’est dans la nouvelle Alliance en Jésus Christ que leur plein sens sera
révélé. 2057 Le Décalogue se comprend d’abord dans le contexte de l’Exode
qui est le grand événement libérateur de Dieu au centre de l’ancienne
Alliance. Qu’ils soient formulés comme des préceptes négatifs, des
interdictions, ou comme des commandements positifs (comme :
" honore ton père et ta mère "), les " dix
paroles " indiquent les conditions d’une vie libérée de l’esclavage
du péché. Le Décalogue est un chemin de vie : Si tu aimes ton Dieu, si tu marches dans ses voies, si tu gardes
ses commandements, ses lois et ses coutumes, tu vivras et tu te
multiplieras " (Deutéronome 30, 14). Cette force libératrice du Décalogue apparaît par exemple dans
le commandement sur le repos du sabbat, destiné également aux étrangers et
aux esclaves : Souvenez-vous : vous étiez des esclaves sur une terre
étrangère. Le Seigneur votre Dieu vous en a fait sortir à main forte et à
bras étendu (Deutéronome 5, 15). 2058 Les " dix paroles " résument et proclament
la loi de Dieu : " Telles sont les paroles que vous adressa le
Seigneur quand vous étiez tous assemblés sur la montagne. Il vous parla du
milieu du feu, dans la nuée et les ténèbres d’une voix puissante. Il n’y
ajouta rien et les écrivit sur deux tables de pierre qu’il me
donna " (Deutéronome 5, 22). C’est pourquoi ces deux tables sont
appelées " le Témoignage " (Exode 25, 16). Elles
contiennent en effet les clauses de l’alliance conclue entre Dieu et son
peuple. Ces " tables du Témoignage " (Exode 31, 18 ;
32, 15 ; 34, 29) doivent être déposées dans " l’arche "
(Exode 25, 16 ; 40, 1-2). 2059 Les " dix paroles " sont prononcées par
Dieu au sein d’une théophanie (" Sur la montagne, au milieu du feu,
le Seigneur vous a parlé face à face " : Deutéronome 5, 4).
Elles appartiennent à la révélation que Dieu fait de lui-même et de sa
gloire. Le don des commandements est don de Dieu lui-même et de sa sainte
volonté. En faisant connaître ses volontés, Dieu se révèle à son peuple. 2060 Le don des commandements et de la Loi fait partie de l’Alliance
scellée par Dieu avec les siens. Suivant le livre de l’Exode, la révélation
des " dix paroles " est accordée entre la proposition de
l’Alliance (cf. Exode 19) et sa conclusion (cf. Exode 24), – après que le
peuple se soit engagé à " faire " tout ce que le Seigneur
avait dit, et à y " obéir " (Exode 24, 7). Le Décalogue
n’est jamais transmis qu’après le rappel de l’Alliance (" Le
Seigneur, notre Dieu, a conclu avec nous une alliance à
l’Horeb " : Deutéronome 5, 2). 2061 Les commandements reçoivent leur pleine signification à
l’intérieur de l’Alliance. Selon l’Écriture, l’agir moral de l’homme prend
tout son sens dans et par l’Alliance. La première des " dix
paroles " rappelle l’amour premier de Dieu pour son peuple : Comme il y avait eu, en châtiment du péché, passage du paradis
de la liberté à la servitude de ce monde, pour cette raison, la première
phrase du Décalogue, première parole des commandements de Dieu, porte sur la
liberté " Moi, je suis le Seigneur, ton Dieu, qui t’ai fait sortir
de la terre d’Égypte, de la maison de servitude " (Exode 20,
2 ; Deutéronome 5, 6) (Origène, hom. in Ex. 8,
1). 2062 Les commandements proprement dits viennent en second
lieu ; ils disent les implications de l’appartenance à Dieu instituée
par l’Alliance. L’existence morale est réponse à l’initiative aimante
du Seigneur. Elle est reconnaissance, hommage à Dieu et culte d’action de
grâce. Elle est coopération au dessein que Dieu poursuit dans l’histoire. 2063 L’alliance et le dialogue entre Dieu et l’homme sont encore
attestés du fait que toutes les obligations sont énoncées à la première
personne (" Je suis le Seigneur ... ") et adressées à un
autre sujet (" tu ... "). Dans tous les commandements de
Dieu, c’est un pronom personnel singulier qui désigne le destinataire.
En même temps qu’à tout le peuple, Dieu fait connaître sa volonté à chacun en
particulier : Le Seigneur prescrivit l’amour envers Dieu et enseigna la
justice envers le prochain, afin que l’homme ne fut ni injuste, ni indigne de
Dieu. Ainsi, par le Décalogue, Dieu préparait l’homme à devenir son ami et à
n’avoir qu’un seul cœur avec son prochain .... Les paroles du Décalogue
demeurent pareillement chez nous [chrétiens]. Loin d’être abolies, elles ont
reçu amplification et développement du fait de la venue du Seigneur dans la
chair (S. Irénée, hær. 4, 16, 3-4). Le Décalogue dans la Tradition de l’Église 2064 En fidélité à l’Écriture et conformément à l’exemple de Jésus,
la Tradition de l’Église a reconnu au Décalogue une importance et une
signification primordiales. 2065 Depuis saint Augustin, les
" dix commandements " ont une place prépondérante dans la
catéchèse des futurs baptisés et des fidèles. Au quinzième siècle, on prit
l’habitude d’exprimer les préceptes du Décalogue en formules rimées, faciles
à mémoriser, et positives. Elles sont encore en usage aujourd’hui. Les
catéchismes de l’Église ont souvent exposé la morale chrétienne en suivant
l’ordre des " dix commandements ". 2066 La division et la numérotation des commandements a varié au
cours de l’histoire. Le présent catéchisme suit la division des commandements
établie par saint Augustin et devenue traditionnelle dans l’Église
catholique. Elle est également celle des confessions luthériennes. Les Pères
grecs ont opéré une division quelque peu différente qui se retrouve dans les
Églises orthodoxes et dans les communautés réformées. 2067 Les dix commandements énoncent les requêtes de l’amour de Dieu
et du prochain. Les trois premiers se rapportent davantage à l’amour de Dieu,
et les sept autres à l’amour du prochain. Comme la charité comprend deux préceptes auxquels le Seigneur
rapporte toute la loi et les prophètes ..., ainsi les dix préceptes sont
eux-mêmes divisés en deux tables. Trois ont été écrits sur une table et sept
sur l’autre (S. Augustin, serm. 33, 2, 2 : PL
38, 208). 2068 Le Concile de Trente enseigne que les dix commandements
obligent les chrétiens et que l’homme justifié est encore tenu de les
observer (cf. DS 1569-1570). Et le Concile Vatican II l’affirme :
" Les évêques, successeurs des apôtres, reçoivent du Seigneur ...
la mission d’enseigner toutes les nations et de prêcher l’Evangile à toute
créature, afin que tous les hommes, par la foi, le baptême et
l’accomplissement des commandements, obtiennent le salut " (Lumen gentium 24). L’unité du Décalogue 2069 Le Décalogue forme un tout indissociable. Chaque
" parole " renvoie à chacune des autres et à
toutes ; elles se conditionnent réciproquement. Les deux Tables
s’éclairent mutuellement ; elles forment une unité organique. Transgresser
un commandement, c’est enfreindre tous les autres (cf. Jc
2, 10-11). On ne peut honorer autrui sans bénir Dieu son Créateur. On ne
saurait adorer Dieu sans aimer tous les hommes ses créatures. Le Décalogue
unifie la vie théologale et la vie sociale de l’homme. Le Décalogue et la loi naturelle 2070 Les dix commandements appartiennent à la révélation de Dieu.
Ils nous enseignent en même temps la véritable humanité de l’homme. Ils
mettent en lumière les devoirs essentiels, et donc indirectement, les droits fondamentaux,
inhérents à la nature de la personne humaine. Le Décalogue contient une
expression privilégiée de la " loi naturelle " : Dès le commencement, Dieu avait enraciné dans le cœur des
hommes les préceptes de la loi naturelle. Il se contenta d’abord de les leur
rappeler. Ce fut le Décalogue (S. Irénée, hær. 4,
15, 1). 2071 Bien qu’accessibles à la seule raison, les préceptes du
Décalogue ont été révélés. Pour atteindre une connaissance complète et
certaine des exigences de la loi naturelle, l’humanité pécheresse avait
besoin de cette révélation : Une explication plénière des commandements du Décalogue fut
rendue nécessaire dans l’état de péché à cause de l’obscurcissement de la
lumière de la raison et de la déviation de la volonté (S. Bonaventure, sent.
4, 37, 1, 3). Nous connaissons les commandements de Dieu par la révélation
divine qui nous est proposée dans l’Église, et par la voix de la conscience
morale. L’obligation du Décalogue 2072 Puisqu’ils expriment les devoirs fondamentaux de l’homme envers
Dieu et envers son prochain, les dix commandements révèlent, en leur contenu
primordial, des obligations graves. Ils sont foncièrement immuables et
leur obligation vaut toujours et partout. Nul ne pourrait en dispenser. Les
dix commandements sont gravés par Dieu dans le cœur de l’être humain. 2073 L’obéissance aux commandements implique encore des obligations
dont la matière est, en elle-même, légère. Ainsi l’injure en parole est-elle
défendue par le cinquième commandement, mais elle ne pourrait être une faute
grave qu’en fonction des circonstances ou de l’intention de celui qui la
profère. " Hors de moi, vous ne pouvez rien
faire " 2074 Jésus dit : " Je suis la vigne ; vous êtes
les sarments. Celui qui demeure en moi et moi en lui, celui-là porte beaucoup
de fruit ; car hors de moi, vous ne pouvez rien faire " (Jn 15, 5). Le fruit évoqué dans cette parole est la
sainteté d’une vie fécondée par l’union au Christ. Lorsque nous croyons en
Jésus Christ, communions à ses mystères et gardons ses commandements, le
Sauveur vient lui-même aimer en nous son Père et ses frères, notre Père et
nos frères. Sa personne devient, grâce à l’Esprit, la règle vivante et
intérieure de notre agir. " Voici quel est mon commandement :
vous aimer les uns les autres, comme je vous ai aimés " (Jn 15, 12). En bref 2075 2076 Par sa pratique et par sa prédication, Jésus a attesté la
pérennité du Décalogue. 2077 Le don du Décalogue est accordé à l’intérieur de
l’Alliance conclue par Dieu avec son peuple. Les commandements de Dieu
reçoivent leur signification véritable dans et par cette Alliance. 2078 En fidélité à l’Écriture et conformément à l’exemple de
Jésus, la Tradition de l’Église a reconnu au Décalogue une importance et une
signification primordiales. 2079 Le Décalogue forme une unité organique où chaque
" parole " ou " commandement "
renvoie à tout l’ensemble. Transgresser un commandement, c’est enfreindre
toute la Loi (cf. Jc 2, 10-11). 2080 Le Décalogue contient une expression privilégiée de la
loi naturelle. Il nous est connu par la révélation divine et par la raison
humaine. 2081 Les dix commandements énoncent, en leur contenu
fondamental, des obligations graves. Cependant, l’obéissance à ces préceptes
implique aussi des obligations dont la matière est, en elle-même, légère. 2082 Ce que Dieu commande, Il le rend possible par sa grâce. Chapitre premier : "Tu aimeras le Seigneur
ton dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit" 2083 Dieu a aimé le premier. L’amour du Dieu Unique est rappelé dans
la première des " dix paroles ". Les commandements
explicitent ensuite la réponse d’amour que l’homme est appelé à donner à son
Dieu. Article 1 Je suis le Seigneur, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays
d’Egypte, de la maison de servitude. Tu n’auras pas d’autres dieux que moi.
Tu ne te feras aucune image sculptée, rien qui ressemble à ce qui est dans
les cieux là-haut, ou sur la terre ici-bas, ou dans les eaux en dessous de la
terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces images ni ne les serviras (Exode
20, 2-5 ; cf. Deutéronome 5, 6-9). Il est écrit : " C’est le Seigneur, ton Dieu,
que tu adoreras, et à Lui seul tu rendras un culte " (Mt 4, 10). I. " Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu
le serviras " 2084 2085 Le Dieu unique et vrai révèle d’abord sa gloire à Israël (cf.
Exode 19, 16-25 ; 24, 15-18). La révélation de la vocation et de la
vérité de l’homme est liée à la révélation de Dieu. L’homme a la vocation de
manifester Dieu par son agir en conformité avec sa création " à
l’image et à la ressemblance de Dieu " : Il n’y aura jamais d’autre Dieu, Tryphon,
et il n’y en a pas eu d’autre, depuis les siècles ... que celui qui a fait et
ordonné l’univers. Nous ne pensons pas que notre Dieu soit différent du
vôtre. Il est le même qui a fait sortir vos pères d’Égypte " par sa
main puissante et son bras élevé ". Nous ne mettons pas nos
espérances en quelque autre, il n’y en a pas, mais dans le même que vous, le
Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob (S. Justin, dial. 11, 1). 2086 La foi 2087 Notre vie morale trouve sa source dans la foi en Dieu qui nous
révèle son amour. S. Paul parle de l’ "obéissance de la
foi " (Rm 1, 5 ; 16, 2) comme de la
première obligation. Il fait voir dans la " méconnaissance de
Dieu " le principe et l’explication de toutes les déviations
morales (cf. Rm 1, 18-32). Notre devoir à l’égard
de Dieu est de croire en Lui et de Lui rendre témoignage. 2088 Le premier commandement nous demande de nourrir et de garder
avec prudence et vigilance notre foi et de rejeter tout ce qui s’oppose à
elle. Il y a de diverses manières de pécher contre la foi : Le doute volontaire portant sur la foi néglige ou refuse
de tenir pour vrai ce que Dieu a révélé et que l’Église propose à croire. Le doute
involontaire désigne l’hésitation à croire, la difficulté de surmonter
les objections liées à la foi ou encore l’anxiété suscitée par l’obscurité de
celle-ci. S’il est délibérément cultivé, le doute peut conduire à
l’aveuglement de l’esprit. 2089 L’incrédulité est la négligence de la vérité révélée ou
le refus volontaire d’y donner son assentiment. " L’hérésie
est la négation obstinée, après la réception du baptême, d’une vérité qui
doit être crue de foi divine et catholique, ou le doute obstiné sur cette
vérité. L’apostasie est le rejet total de la foi chrétienne. Le schisme
est le refus de la soumission au Souverain Pontife ou de communion avec les membres
de l’Église qui lui sont soumis " (Codex Juris
Canonici, can. 751). L’Espérance 2090 2091 Par le désespoir, l’homme cesse d’espérer de Dieu son
salut personnel, les secours pour y parvenir ou le pardon de ses péchés. Il s’oppose
à la Bonté de Dieu, à sa Justice – car le Seigneur est fidèle à ses promesses
-, et à sa Miséricorde. 2092 2093 2094 II. " C’est a lui seul que tu
rendras un culte " 2095 L’adoration 2096 De la vertu de religion, l’adoration est l’acte premier. Adorer
Dieu, c’est le reconnaître comme Dieu, comme le Créateur et le Sauveur, le
Seigneur et le Maître de tout ce qui existe, l’Amour infini et
miséricordieux. " Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et c’est à lui
seul que tu rendras un culte " (Luc 4, 8) dit Jésus, citant le
Deutéronome (6, 13). 2097 Adorer Dieu, c’est, dans le respect et la soumission absolue
reconnaître le " néant de la créature " qui n’est que par
Dieu. Adorer Dieu, c’est comme Marie, dans le Magnificat, le louer, l’exalter
et s’humilier soi-même, en confessant avec gratitude qu’Il a fait de grandes
choses et que saint est son nom (cf. Luc 1, 46-49). L’adoration du Dieu
unique libère l’homme du repliement sur soi-même, de l’esclavage du péché et
de l’idolâtrie du monde. La prière 2098 Les actes de foi, d’espérance et de charité que commande le
premier commandement s’accomplissent dans la prière. L’élévation de l’esprit
vers Dieu est une expression de notre adoration de Dieu : prière de louange
et d’action de grâce, d’intercession et de demande. La prière est une
condition indispensable pour pouvoir obéir aux commandements de Dieu.
" Il faut toujours prier sans jamais se lasser " (Luc 18,
1). Le sacrifice 2099 Il est juste d’offrir à Dieu des sacrifices en signe
d’adoration et de reconnaissance, de supplication et de communion :
" Est un véritable sacrifice toute action opérée pour adhérer à
Dieu dans la sainte communion et pouvoir être bienheureux " (S.
Augustin, civ. 10, 6). 2100 Pour être véridique, le sacrifice extérieur doit être
l’expression du sacrifice spirituel : " Mon sacrifice, c’est
un esprit brisé ... " (Psaume 51, 19). Les prophètes de l’Ancienne
Alliance ont souvent dénoncé les sacrifices faits sans participation
intérieure (cf. Am 5, 21-25) ou sans lien avec l’amour du prochain (cf. Is 1,
10-20). Jésus rappelle la parole du prophète Osée : " C’est la
miséricorde que je désire, et non le sacrifice " (Mt 9, 13 ;
12, 7 ; cf. Os 6, 6). Le seul sacrifice parfait est celui que le Christ
a offert sur la croix en totale offrande à l’amour du Père et pour notre
salut (cf. He 9, 13-14). En nous unissant à son sacrifice nous pouvons faire
de notre vie un sacrifice à Dieu. Promesses et vœux 2101 En plusieurs circonstances, le chrétien est appelé à faire des promesses
à Dieu. Le baptême et la confirmation, le mariage et l’ordination en
comportent toujours. Par dévotion personnelle, le chrétien peut aussi
promettre à Dieu tel acte, telle prière, telle aumône, tel pèlerinage, etc.
La fidélité aux promesses faites à Dieu est une manifestation du respect dû à
la Majesté divine et de l’amour envers le Dieu fidèle. 2102 2103 En certains cas, l’Église peut, pour des raisons
proportionnées, dispenser des vœux et des promesses (cf. Codex Juris Canonici, can. 692 ; 1196-1197). Le devoir social de religion et le droit à la liberté
religieuse 2104 " Tous les hommes sont tenus de chercher la vérité,
surtout en ce qui concerne Dieu et son Église ; et quand ils l’ont
connue, de l’embrasser et de lui être fidèles " (DH 1). Ce devoir
découle de " la nature même des hommes " (DH 2). Il ne
contredit pas un " respect sincère " pour les diverses
religions qui " apportent souvent un rayon de la vérité qui
illumine tous les hommes " (NA 2), ni l’exigence de la charité qui
presse les chrétiens " d’agir avec amour, prudence, patience,
envers ceux qui se trouvent dans l’erreur ou dans l’ignorance de la
foi " (DH 14). 2105 Le devoir de rendre à Dieu un culte authentique concerne
l’homme individuellement et socialement. C’est là " la doctrine
catholique traditionnelle sur le devoir moral des hommes et des sociétés à
l’égard de la vraie religion et de l’unique Église du Christ " (DH
1). En évangélisant sans cesse les hommes, l’Église travaille à ce qu’ils
puissent " pénétrer d’esprit chrétien les mentalités et les mœurs,
les lois et les structures de la communauté où ils vivent " (AA
10). Le devoir social des chrétiens est de respecter et d’éveiller en chaque
homme l’amour du vrai et du bien. Il leur demande de faire connaître le
culte de l’unique vraie religion qui subsiste dans l’Église catholique et
apostolique (cf. DH 1). Les chrétiens sont appelés à être la lumière du monde
(cf. AA 13). L’Église manifeste ainsi la royauté du Christ sur toute la
création et en particulier sur les sociétés humaines (cf. Léon XIII, enc. " Immortale
Dei " ; Pie XI, enc. " Quas primas "). 2106 " Qu’en matière religieuse, nul ne soit forcé d’agir
contre sa conscience, ni empêché d’agir, dans de justes limites, suivant sa
conscience en privé comme en public, seul ou associé à d’autres "
(DH 2). Ce droit est fondé sur la nature même de la personne humaine dont la
dignité lui fait adhérer librement à vérité divine qui transcende l’ordre
temporel. C’est pourquoi il " persiste même en ceux-là qui ne
satisfont pas à l’obligation de chercher la vérité et d’y adhérer "
(DH 2). 2107 " Si, en raison des
circonstances particulières dans lesquelles se trouvent des peuples, une
reconnaissance civile spéciale est accordée dans l’ordre juridique de la cité
à une société religieuse donnée, il est nécessaire qu’en même temps, pour
tous les citoyens et toutes les communautés religieuses, le droit à la
liberté en matière religieuse soit reconnu et respecté " (DH 6). 2108 Le droit à la liberté religieuse n’est ni la permission morale
d’adhérer à l’erreur (cf. Léon XIII, enc.
" Libertas præstantissimum "),
ni un droit supposé à l’erreur (cf. Pie XII, discours 6 décembre 1953), mais
un droit naturel de la personne humaine à la liberté civile, c’est-à-dire à
l’immunité de contrainte extérieure, dans de justes limites, en matière
religieuse, de la part du pouvoir politique. Ce droit naturel doit être
reconnu dans l’ordre juridique de la société de telle manière qu’il constitue
un droit civil (cf. DH 2). 2109 Le droit à la liberté religieuse ne peut être de soi ni
illimité (cf. Pie VI, bref " Quod aliquantum "),
ni limité seulement par un " ordre public " conçu de
manière positiviste ou naturaliste (cf. Pie IX, enc.
" Quanta cura "). Les " justes
limites " qui lui sont inhérentes doivent être déterminées pour
chaque situation sociale par la prudence politique, selon les exigences du
bien commun, et ratifiées par l’autorité civile selon des " règles
juridiques conformes à l’ordre moral objectif " (DH 7). III. " Tu n’auras pas d’autres dieux devant
moi " 2110 La superstition 2111 La superstition est la déviation du sentiment religieux et des
pratiques qu’il impose. Elle peut affecter aussi le culte que nous rendons au
vrai Dieu, par exemple, lorsqu’on attribue une importance en quelque sorte magique
à certaines pratiques, par ailleurs légitimes ou nécessaires. Attacher à la
seule matérialité des prières ou des signes sacramentels leur efficacité, en
dehors de dispositions intérieures qu’ils exigent, c’est tomber dans la
superstition (cf. Mt 23, 16-22). L’idolâtrie 2112 Le premier commandement condamne le polythéisme. Il
exige de l’homme de ne pas croire en d’autres dieux que Dieu, de ne pas
vénérer d’autres divinités que l’Unique. L’Écriture rappelle constamment ce
rejet des " idoles, or et argent, œuvres de mains
d’hommes ", elles qui " ont une bouche et ne parlent pas,
des yeux et ne voient pas ... ". Ces idoles vaines rendent
vain : " Comme elles, seront ceux qui les firent, quiconque
met en elles sa foi " (Psaume 115, 4-5. 8 ; cf. Is 44, 9-20 ;
Jr 10, 1-16 ; Dn 14, 1-30 ; Ba 6 ; Sg 13, 1 – 15, 19). Dieu, au contraire, est le
" Dieu vivant " (Jos 3, 10 ; Psaume 42, 3 ;
etc.), qui fait vivre et intervient dans l’histoire. 2113 L’idolâtrie ne concerne pas seulement les faux cultes du
paganisme. Elle reste une tentation constante de la foi. Elle consiste à
diviniser ce qui n’est pas Dieu. Il y a idolâtrie dès lors que l’homme honore
et révère une créature à la place de Dieu, qu’il s’agisse des dieux ou des
démons (par exemple le satanisme), de pouvoir, de plaisir, de la race, des
ancêtres, de l’Etat, de l’argent, etc. " Vous ne pouvez servir Dieu
et Mammon ", dit Jésus (Mt 6, 24). De nombreux martyrs sont morts
pour ne pas adorer " la Bête " (cf. Ap
13-14), en refusant même d’en simuler le culte. L’idolâtrie récuse l’unique
Seigneurie de Dieu ; elle est donc incompatible avec la communion divine
(cf. Ga 5, 20 ; Ep 5, 5). 2114 La vie humaine s’unifie dans l’adoration de l’Unique. Le
commandement d’adorer le seul Seigneur simplifie l’homme et le sauve d’une
dispersion infinie. L’idolâtrie est une perversion du sens religieux inné de
l’homme. L’idolâtre est celui qui " rapporte à n’importe quoi
plutôt qu’à Dieu son indestructible notion de Dieu " (Origène, Cels. 2, 40). Divination et magie 2115 Dieu peut révéler l’avenir à ses prophètes ou à d’autres
saints. Cependant l’attitude chrétienne juste consiste à s’en remettre avec
confiance entre les mains de la Providence pour ce qui concerne le futur et à
abandonner toute curiosité malsaine à ce propos. L’imprévoyance peut
constituer un manque de responsabilité. 2116 Toutes les formes de divination sont à rejeter :
recours à Satan ou aux démons, évocation des morts ou autres pratiques
supposées à tort " dévoiler " l’avenir (cf. Deutéronome
18, 10 ; Jr 29, 8). La consultation des horoscopes, l’astrologie, la
chiromancie, l’interprétation des présages et des sorts, les phénomènes de
voyance, le recours aux médiums recèlent une volonté de puissance sur le
temps, sur l’histoire et finalement sur les hommes en même temps qu’un désir
de se concilier les puissances cachées. Elles sont en contradiction avec
l’honneur et le respect, mêlé de crainte aimante, que nous devons à Dieu
seul. 2117 Toutes les pratiques de magie ou de sorcellerie
par lesquelles on prétend domestiquer les puissances occultes pour les mettre
à son service et obtenir un pouvoir surnaturel sur le prochain, – fût-ce pour
lui procurer la santé -, sont gravement contraires à la vertu de religion.
Ces pratiques sont plus condamnables encore quant elles s’accompagnent d’une
intention de nuire à autrui ou qu’elles recourent ou non à l’intervention des
démons. Le port des amulettes est lui aussi répréhensible. Le spiritisme
implique souvent des pratiques divinatoires ou magiques. Aussi l’Église
avertit-elle les fidèles de s’en garder. Le recours aux médecines dites
traditionnelles ne légitime ni l’invocation des puissances mauvaises, ni
l’exploitation de la crédulité d’autrui. 2118 2119 2120 2121 La simonie (cf. Ac 8, 9-24) se
définit comme l’achat ou la vente des réalités spirituelles. A Simon le
magicien, qui voulait acheter le pouvoir spirituel qu’il voyait à l’œuvre
dans les apôtres, Pierre répond : " Périsse ton argent, et toi
avec lui, puisque tu as cru acheter le don de Dieu à prix
d’argent " (Ac 8, 20). Il se conformait
ainsi à la parole de Jésus : " Vous avez reçu gratuitement,
donnez gratuitement " (Mt 10, 8 ; cf. déjà Is 55, 1). Il est
impossible de s’approprier les biens spirituels et de se comporter à leur
égard comme un possesseur ou un maître, puisqu’ils ont leur source en Dieu.
On ne peut que les recevoir gratuitement de Lui. 2122 " En dehors des offrandes
fixées par l’autorité compétente, le ministre ne demandera rien pour
l’administration des sacrements, en veillant toujours à ce que les
nécessiteux ne soient pas privés de l’aide des sacrements à cause de leur pauvreté "
(Codex Juris Canonici, can. 848). L’autorité compétente fixe ces
" offrandes " en vertu du principe que le peuple chrétien
doit subvenir à l’entretien des ministres de l’Église. " L’ouvrier
mérite sa nourriture " (Mt 10, 10 ; cf. Luc 10, 7 ; 1Corinthiens
9, 5-18 ; 1 Tm 5, 17-18). 2123 2124 Le nom d’athéisme recouvre des phénomènes très divers. Une
forme fréquente en est le matérialisme pratique qui borne ses besoins et ses
ambitions à l’espace et au temps. L’humanisme athée considère faussement que
l’homme " est pour lui-même sa propre fin, le seul artisan et le
démiurge de son histoire " (GS 20, § 1). Une autre forme de
l’athéisme contemporain attend la libération de l’homme d’une libération
économique et sociale à laquelle " s’opposerait par sa nature même,
la religion, dans la mesure où érigeant l’espérance de l’homme sur le mirage
d’une vie future, elle le détournerait d’édifier la cité
terrestre " (GS 20, § 2). 2125 En tant qu’il rejette ou refuse l’existence de Dieu, l’athéisme
est un péché contre la vertu de religion (cf. Rm 1,
18). L’imputabilité de cette faute peut être largement diminuée en vertu des
intentions et des circonstances. Dans la genèse et la diffusion de
l’athéisme, " les croyants peuvent avoir une part qui n’est pas
mince, dans la mesure où, par la négligence dans l’éducation de la foi, par
des représentations trompeuses de la doctrine, et aussi par des défaillances
de leur vie religieuse, morale et sociale, on peut dire qu’ils voilent
l’authentique visage de Dieu et de la religion plus qu’ils ne le
révèlent " (GS 19, § 3). 2126 Souvent l’athéisme se fonde sur une conception fausse de
l’autonomie humaine, poussée jusqu’au refus de toute dépendance à l’égard de
Dieu (cf. GS 20, § 1). Pourtant, " la reconnaissance de Dieu ne
s’oppose en aucune façon à la dignité de l’homme, puisque cette dignité
trouve en Dieu lui-même ce qui la fonde et ce qui l’achève " (GS
21, § 3). L’Église sait " que son message est en accord avec le
fond secret du cœur humain " (GS 21, § 7). L’agnosticisme 2127 L’agnosticisme revêt plusieurs formes. Dans certains cas,
l’agnostique se refuse à nier Dieu ; il postule au contraire l’existence
d’un être transcendant qui ne pourrait se révéler et dont personne ne saurait
rien dire. Dans d’autres cas, l’agnostique ne se prononce pas sur l’existence
de Dieu, déclarant qu’il est impossible de la prouver et même de l’affirmer
ou de la nier. 2128 L’agnosticisme peut parfois contenir une certaine recherche de
Dieu, mais il peut également représenter un indifférentisme, une fuite devant
la question ultime de l’existence, et une paresse de la conscience morale.
L’agnosticisme équivaut trop souvent à un athéisme pratique. IV. " Tu ne te feras aucune
image sculptée... " 2129 2130 Cependant dès l’Ancien Testament, Dieu a ordonné ou permis
l’institution d’images qui conduiraient symboliquement au salut par le Verbe
incarné : ainsi le serpent d’airain (cf. Nb 21, 4-9 ; Sg 16, 5-14 ; Jn 3,
14-15), l’arche d’Alliance et les chérubins (cf. Exode 25, 10-22 ; 1 R
6, 23-28 ; 7, 23-26). 2131 C’est en se fondant sur le mystère du Verbe incarné que le
septième Concile œcuménique, à Nicée (en 787), a justifié, contre les
iconoclastes, le culte des icônes : celles du Christ, mais aussi celles
de la Mère de Dieu, des anges et de tous les saints. En s’incarnant, le Fils
de Dieu a inauguré une nouvelle " économie " des images. 2132 Le culte chrétien des images n’est pas contraire au premier commandement
qui proscrit les idoles. En effet, " l’honneur rendu à une image
remonte au modèle original " (S. Basile, Spir.
18, 45 : PG 32, 149C), et " quiconque vénère une image, vénère
en elle la personne qui y est dépeinte " (Concile de Nicée
II : DS 601 ; cf. Concile de Trente : DS 1821-1825 ;
Concile de Vatican II : SC 126 ; Lumen gentium
67). L’honneur rendu aux saintes images est une " vénération
respectueuse ", non une adoration qui ne convient qu’à Dieu
seul : Le culte de la religion ne s’adresse pas aux images en
elles-mêmes comme des réalités, mais les regarde sous leur aspect propre
d’images qui nous conduisent à Dieu incarné. Or le mouvement qui s’adresse à
l’image en tant que telle ne s’arrête pas à elle, mais tend à la réalité dont
elle est l’image (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 81, 3, ad 3). En bref 2133 2134 Le premier commandement appelle l’homme à croire en Dieu,
à espérer en Lui et à L’aimer par-dessus tout. 2135 " C’est le Seigneur ton Dieu que tu
adoreras " (Mt 4, 10). Adorer Dieu, Le prier, Lui offrir le culte
qui Lui revient, accomplir les promesses et les vœux qu’on Lui a faits, sont
des actes de la vertu de religion qui relèvent de l’obéissance au premier
commandement. 2136 Le devoir de rendre à Dieu un culte authentique concerne
l’homme individuellement et socialement. 2137 L’homme " doit pouvoir professer librement la
religion en privé et en public " (DH 15). 2138 La superstition est une déviation du culte que nous
rendons au vrai Dieu. Elle éclate dans l’idolâtrie, ainsi que dans les
différentes formes de divination et de magie. 2139 L’action de tenter Dieu, en paroles ou en actes, le
sacrilège, la simonie sont des péchés d’irréligion interdits par le premier
commandement. 2140 En tant qu’il rejette ou refuse l’existence de Dieu,
l’athéisme est un péché contre le premier commandement. |
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