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Vision du lundi 10 septembre 1945
356> Jésus se trouve sur une des collines de
la rive occidentale du lac. À ses yeux apparaissent les villes et les pays
épars sur les rivages de l'une et l'autre côte, mais
exactement au-dessous de la colline, se trouvent Magdala et Tibériade, la
première avec son quartier riche, avec ses nombreux jardins, nettement séparé
des pauvres maisons des pêcheurs, paysans et du menu peuple par un torrent
maintenant tout à fait à sec. L'autre qui n'est que splendeur, ignorante de
tout ce qui est misère et décadence, et qui rit, belle et toute neuve au
soleil, en face du lac. Entre les deux, les jardins potagers, peu nombreux
mais bien tenus, de la plaine étroite, et puis les oliviers qui montent à
l'assaut des collines. Derrière Jésus, on voit de cette cime la selle du mont
des Béatitudes, au pied duquel passe la voie principale qui va de la
Méditerranée à Tibériade. C'est peut- être à cause de la proximité de cette
voie principale très fréquentée que Jésus a choisi cette localité à laquelle
beaucoup de gens peuvent accéder des nombreuses villes du lac ou de
l'intérieur de la Galilée et d'où, le soir, il est facile de revenir chez soi
ou de trouver l'hospitalité dans beaucoup de pays. La chaleur aussi est
tempérée par l'altitude et par les arbres de haute futaie qui, au sommet, ont
pris la place des oliviers.
Il y a en effet beaucoup de gens, outre les apôtres et les disciples. Des
gens qui ont besoin de Jésus pour leur santé, ou pour des conseils, des gens
venus par curiosité, des gens qu'ont amené des amis, ou venus pour faire
comme les autres. Une foule, en somme. La saison n'est plus sous l'influence
de la canicule mais elle tend aux grâces languissantes de l'automne et elle invite
plus que jamais à se mettre en route à la recherche du Maître.
Jésus a déjà guéri les malades et parlé aux gens et certainement sur le thème
des richesses injustes et de la nécessité de s'en détacher pour gagner le
Ciel, et de l'absolue nécessité de ce détachement pour être son disciple. Et
maintenant, il est en train de répondre aux questions de tel ou tel des
disciples riches qui sont un peu troublés par cette exigence.
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357> Le scribe Jean
dit : "Dois-je donc détruire ce que je possède, en en dépouillant
les miens ?"
"Non. Dieu t'a donné des biens.
Fais-les servir à la Justice et uses-en avec justice. C'est-à-dire sers-t-en
pour subvenir aux besoins de ta famille, c'est un devoir; traite humainement
les serviteurs, c'est de la charité; fais-en profiter les pauvres, subviens
aux besoins des disciples pauvres. Voilà que les richesses ne seront pas pour
toi un obstacle mais une aide."
Et puis, parlant à tous, il dit : "En vérité je vous dis que le
même danger de perdre le Ciel par amour des richesses peut-être aussi le fait
d'un disciple plus pauvre si, devenu mon prêtre, il manque à la justice en
pactisant avec le riche, Celui qui est riche ou mauvais, bien des fois
essaiera de vous séduire par des cadeaux pour que vous approuviez sa manière
de vivre et son péché. Et il y en aura, parmi mes disciples, qui succomberont
à la tentation des cadeaux. Cela ne doit pas être. Que le Baptiste vous
instruise. Vraiment lui, bien qu'il ne fût ni juge ni magistrat, avait la
perfection du juge et du magistrat, tels que les décrit le Deutéronome :
"Tu n'auras pas de préférences, tu n'accepteras pas de cadeaux, parce
qu'ils aveuglent les yeux des sages et altèrent les paroles des justes" . Trop
souvent l'homme laisse ébrécher l'épée de la justice par l'or qu'un pécheur
passe sur le fil. Non, cela ne doit pas être. Sachez être pauvres, sachez
savoir mourir, mais ne pactisez jamais avec la faute. Même pas avec l'excuse
de faire servir cet or au profit des pauvres. C'est un or maudit et il ne
leur procurerait pas du bien. C'est l'or d'une compromission infâme. Vous
vous êtes constitués disciples pour être maîtres, médecins et rédempteurs.
Que seriez-vous si vous consentiez au mal par intérêt ? Des maîtres
d'une science mauvaise, des médecins qui tuent le malade, non pas des
rédempteurs mais des gens qui coopèrent à la ruine des cœurs."
Un homme de la foule s'avance et dit : "Je ne suis pas disciple,
mais je t'admire. Réponds donc à cette question : "Est-il permis à
quelqu'un de retenir l'argent d'un autre ?"
"Non, homme. C'est un vol, comme d'enlever la bourse à un passant."
"Même si c'est l'argent de la famille ?"
"Oui Il n'est pas juste que quelqu'un s'approprie l'argent de tous les
autres."
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358> "Alors, Maître, viens à Abelmain sur la route de Damas et ordonne à mon frère de
partager avec moi l'héritage du père qui est mort sans avoir laissé un mot
d'écrit, Il a tout pris pour lui, et remarque que nous sommes jumeaux nés
d'un premier et unique enfantement. J'ai donc les mêmes droits que lui."
Jésus le regarde et dit : "C'est une situation pénible et
certainement ton frère n'agit pas bien. Mais tout ce que je peux faire, c'est
de prier pour toi et davantage pour lui pour qu'il se convertisse, et venir
dans ton pays pour évangéliser en touchant ainsi son cœur. Le chemin ne m'est
pas pénible si je peux mettre la paix entre vous."
L'homme, furieux, bondit : "Et que veux-tu que j'en fasse de tes
paroles ? Il faut bien autre chose que des paroles, en ce
cas !"
"Mais ne m'as-tu pas dit de commander à ton frère de..."
"Commander ce n'est pas évangéliser. Un ordre est toujours accompagné
d'une menace. Menace-le de le frapper dans sa personne, s'il ne me donne pas
ce qui m'appartient. Tu peux le faire. Comme tu donnes la santé, tu peux
donner la maladie."
"Homme, je suis venu pour convertir, non pour frapper. Mais, si tu as
foi dans mes paroles, tu trouveras la paix."
"Quelles paroles ?"
"Je t'ai dit que je prierai pour toi et pour ton frère, pour que tu sois
consolé et que lui se convertisse."
"Des histoires ! Des histoires ! Je n'ai pas la naïveté d'y
croire. Viens et commande."
Jésus, qui était doux et patient, se fait imposant et sévère. Il se redresse
- auparavant il se tenait un peu penché sur le petit homme corpulent et
enflammé de colère - et il dit : "Homme, qui m'a établi juge et arbitre
entre vous ? Personne. Mais pour faire disparaître un désaccord entre
deux frères, j'acceptais de venir pour remplir ma mission de pacificateur et
de rédempteur et, si tu avais cru à mes paroles, en revenant à Abelmain tu aurais trouvé ton frère déjà converti. Tu ne
sais pas croire, et tu n'auras pas le miracle. Toi, si le premier tu avais pu
mettre la main sur le trésor, tu l'aurais gardé en en privant ton frère parce
que, en vérité, si vous êtes nés jumeaux, vous avez aussi des passions
jumelles et toi, comme ton frère, vous avez un seul amour : l'or, une
seule foi : l'or. Reste donc avec ta foi. Adieu."
L'homme s'en va en maudissant, au scandale de la foule qui voudrait le punir.
Mais Jésus s'y oppose. Il dit : "Laissez-le aller. Pourquoi
voulez-vous vous salir les mains en frappant une brute ? Moi, je lui
pardonne, parce qu'il est possédé par le démon de l'or qui fait de lui un
dévoyé. Faites-le, vous aussi. Prions plutôt pour ce malheureux afin qu'il
redevienne homme à l'âme belle de liberté."
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359> "C'est
vrai. Son visage même est devenu horrible par l'effet de sa cupidité. Tu l'as
vu ?" se demandent l'un à l'autre les disciples et ceux qui étaient
près de l'homme cupide.
"C'est vrai ! C'est vrai ! Il ne semblait plus être ce qu'il
était avant."
"Oui. Quand ensuite il a repoussé le Maître, pour un peu il l'aurait
frappé tout en le maudissant, son visage est devenu celui d'un démon."
"D'un démon tentateur. Il voulait porter le Maître à la
méchanceté..."
"Écoutez" dit Jésus. "Vraiment les altérations de l'âme se
reflètent sur le visage. C'est comme si le démon affleurait à la surface de
celui qu'il possède. Ils sont peu nombreux ceux qui, étant des démons par
leurs actes ou leur attitude, ne trahissent pas ce qu'ils sont. Et ces gens
peu nombreux sont parfaits dans le mal et parfaitement possédés.
Le visage du juste, au contraire, est toujours beau même s'il est
matériellement difforme, par suite d'une beauté surnaturelle qui se répand de
l'intérieur sur l'extérieur. Et ce n'est pas par manière de parler mais les
faits le démontrent, nous observons chez celui qui est pur de tout vice la
fraîcheur de la chair elle-même. L'âme est en nous et nous possède tout
entier. Les puanteurs d'une âme corrompue corrompent même la chair, alors que
les parfums d'une âme pure la préservent. L'âme impure pousse la chair à des
péchés obscènes, et ces derniers vieillissent et déforment. L'âme pure pousse
la chair à une vie pure et cela conserve la fraîcheur et communique la
majesté.
Faites en sorte qu'en vous demeure la pure jeunesse de l'esprit, ou qu'elle
ressuscite si elle est déjà perdue, et veillez à vous garder de toute
cupidité que ce soit des sens ou du pouvoir. La vie de l'homme ne dépend pas
de l'abondance des biens qu'il possède. Ni cette vie, ni encore moins
l'autre : celle qui est éternelle, mais de sa manière de vivre. Et avec
la vie, le bonheur de cette terre et du Ciel. Car le vicieux n'est jamais
heureux, réellement heureux. Alors que celui qui est vertueux est toujours
heureux d'une céleste allégresse, même s'il est pauvre et seul. La mort même
ne l'impressionne pas, parce qu'il n'a pas de fautes ni de remords qui lui
fassent craindre la rencontre avec Dieu, et qu'il n'a pas de regrets pour ce
qu'il laisse sur la terre. Lui sait que c'est au Ciel que se trouve son
trésor et, comme quelqu'un qui s'en va prendre possession de l'héritage qui
lui revient et d'un héritage saint, il s'en va joyeux, empressé, à la
rencontre de la mort qui lui ouvre les portes du Royaume où se trouve son
trésor.
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360> Faites-vous tout de suite votre trésor.
Commencez-le dès votre jeunesse, vous qui êtes jeunes; travaillez
infatigablement, vous les plus âgés qui, à cause de votre âge, êtes plus près
de la mort. Mais, puisque la mort est une échéance inconnue et que souvent
l'enfant tombe avant le vieillard, ne renvoyez pas au lendemain le travail de
vous faire un trésor de vertu et de bonnes œuvres pour l'autre vie, de peur
que la mort ne vous rejoigne sans que vous ayez mis de côté un trésor pour le
Ciel. Nombreux sont ceux qui disent : "Oh ! je suis jeune et
fort ! Pour le moment, je jouis sur la terre, après je me convertirai"
Grande erreur !
Écoutez cette parabole. La campagne d'un
homme riche lui avait rapporté d'abondantes récoltes. Elles étaient vraiment
miraculeuses. Il contemple avec joie toute cette richesse qui s'accumule sur
ses champs et sur son aire et qui ne trouve pas de place dans les greniers et
qu'on abrite sous des hangars provisoires et jusque dans les pièces de la
maison, et il dit : "J'ai travaillé comme un esclave, mais la terre
ne m'a pas déçu. J'ai travaillé pour dix récoltes et maintenant je veux me
reposer pour autant de temps. Comment ferai-je pour loger toute cette
récolte ? Je ne veux pas la vendre, car cela m'obligerait à travailler
pour avoir, l'an prochain, une nouvelle récolte. Voici ce que je vais
faire : je démolirai mes greniers et j'en ferai de plus grands pour
loger toutes mes récoltes et tous mes biens. Et puis, je dirai à mon
âme : 'Oh ! mon âme ! Tu as maintenant des biens pour plusieurs
années. Repose-toi donc, mange et bois et profites-en' ". Cet homme,
comme beaucoup, confondait le corps et l'esprit et il mélangeait le sacré au
profane, parce que réellement dans les jouissances et l'oisiveté l'âme ne
jouit pas mais languit, et celui-là aussi, comme beaucoup, après la première
bonne récolte dans les champs du bien, s'arrêtait car il lui semblait avoir
tout fait.
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361> Mais, ne savez-vous pas
que quand on a mis la main à la charrue, il faut persévérer une année, dix,
cent, tant que dure la vie, car s'arrêter est un crime envers soi-même, parce
qu'on se refuse une gloire plus grande, et c'est régresser, car celui qui
s'arrête, généralement, non seulement ne progresse plus mais revient en
arrière ? Le trésor du Ciel doit augmenter d'année en année pour être
bon, puisque si la Miséricorde divine doit être bienveillante, même avec ceux
qui ont eu peu d'années pour le former, elle ne sera pas complice des
paresseux qui, ayant une longue vie, font peu de chose. Le trésor doit être en
continuelle croissance. Autrement ce n'est plus un trésor qui porte du fruit,
mais un trésor inerte et cela se produit au détriment de la paix promise du
Ciel. Dieu dit à l'homme sot : "Homme sot qui confonds le corps et
les biens de la terre avec ce qui est esprit et qui, d'une grâce de Dieu te
fais un mal, sache que cette nuit même on te demandera ton âme et quand elle
sera partie, le corps restera sans vie. Ce que tu as préparé, à qui cela
reviendra-t-il ? L'emporteras-tu avec toi ? Non. Tu viendras, dépouillé
des récoltes terrestres et des œuvres spirituelles, en ma présence et tu
seras pauvre dans l'autre vie. Il valait mieux faire de tes récoltes des
œuvres de miséricorde pour le prochain et pour toi car, en étant
miséricordieux pour les autres, tu serais miséricordieux pour ton âme. Et au
lieu de nourrir des pensées d'oisiveté, mettre en œuvre des activités d'où tu
pouvais tirer un profit utile pour ton corps et de grands mérites pour ton
âme, jusqu'au moment où je t'aurais appelé". Et l'homme mourut cette
nuit-là, et fut jugé avec sévérité.
En vérité, je vous dis qu'il en arrive ainsi pour celui qui thésaurise pour
lui-même et ne s'enrichit pas aux yeux de Dieu. Mainte- nant allez et
faites-vous un trésor de l'enseignement qui vous est donné. La paix soit avec
vous."
Et Jésus bénit et il se retire dans un bois avec les apôtres et les disciples
pour se restaurer et se reposer. Mais, tout en mangeant, il parle encore en
continuant l'instruction précédente, en reprenant un thème déjà présenté aux apôtres
plusieurs fois et je crois qu'il le sera toujours insuffisamment car l'homme
est trop en proie aux peurs sans fondement.
"Croyez" dit-il, "que c'est seulement de cet enrichissement de
vertu qu'il faut se préoccuper. Et veillez à ce que la vôtre ne soit jamais
une préoccupation agitée, inquiète. Le Bien est l'ennemi des inquiétudes, des
peurs, des empressements qui se ressentent encore trop de la cupidité, de la
jalousie, des méfiances humaines.
Que votre travail soit constant, confiant,
paisible, sans brusques départs et brusques arrêts. Ainsi font les onagres
sauvages, mais personne ne les utilise, à moins d'être fou, pour cheminer en
sécurité. Paisibles dans les victoires, paisibles dans les défaites. Même le
chagrin pour une erreur commise, qui vous afflige parce que par cette erreur
vous avez déplu à Dieu, doit être paisible, réconforté par l'humilité et la
confiance.
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362> L'accablement, la
rancœur envers soi-même est toujours l'indice de l'orgueil, et ainsi même de
la défiance. Si quelqu'un est humble, il sait qu'il est un pauvre homme sujet
aux misères de la chair qui parfois triomphe. Si quelqu'un est humble, il a
confiance non pas tant en lui-même qu'en Dieu et il reste calme, même dans
les défaites, en disant : "Pardonne-moi,
Père. Je sais que Tu connais ma faiblesse qui parfois l'emporte. Je crois que
Tu as pitié de moi. J'ai la ferme confiance que Tu m'aideras à l'avenir
encore plus qu'auparavant, bien que je Te donne si peu de
satisfaction".
Et ne soyez ni indifférents ni avares des biens de Dieu. Donnez de ce que
vous avez en fait de sagesse et de vertu. Soyez actifs en matière spirituelle
comme les hommes le sont pour les choses de la chair. Et, en ce qui concerne
la chair, n'imitez pas les gens du monde qui ne cessent de trembler pour leur
lendemain, par peur qu'il leur manque le superflu, que la maladie arrive,
qu'arrive la mort, que leurs ennemis puissent leur nuire, et ainsi de suite.
Dieu sait de quoi vous avez besoin. Ne
craignez donc pas pour votre lendemain. Dégagez-vous des peurs, plus lourdes
que les chaînes des galériens. Ne vous mettez pas en peine pour votre vie, ni
pour la nourriture, ni pour la boisson, ni pour le vêtement. La vie de
l'esprit est plus que celle du corps, et le corps est plus que le vêtement,
car c’est par le corps et non par le vêtement que vous vivez et que, par la
mortification du corps, vous aidez l'esprit à obtenir la vie éternelle. Dieu
sait jusqu'à quand il laissera votre âme dans votre corps, et jusqu'à ce
moment, il vous donnera ce qui vous est nécessaire. Il le donne aux corbeaux,
animaux impurs qui se repaissent de cadavres et qui ont leur raison d'exister
justement dans cette fonction qui est la leur de nous débarrasser des corps
en putréfaction, et ne vous le donnera-t-il pas à vous ? Eux n'ont pas
de locaux pour les vivres, ni de greniers, et pourtant Dieu les nourrit quand
même. Vous êtes des hommes et non pas des corbeaux. Et puis, présentement,
vous êtes la fleur des hommes parce que vous êtes les disciples du Maître,
les évangélisateurs du monde, les serviteurs de Dieu. Et pouvez-vous penser
que Dieu, qui a soin des lys des vallées et les fait croître et les revêt
d'un vêtement plus beau que n'en a eu Salomon, sans qu'ils fassent d'autre
travail que parfumer en adorant, croyez-vous qu'il puisse vous oublier même
pour le vêtement ?
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363> Vous qui ne pouvez ajouter
par vous-mêmes une dent à votre bouche dégarnie, ni allonger d'un pouce une
jambe raccourcie, ni rendre l'acuité à une vue brouillée. Et, si vous ne
pouvez faire ces choses, pouvez-vous penser pouvoir éloigner de vous la
misère et la maladie et faire sortir de la nourriture de la poussière ?
Vous ne le pouvez. Mais ne soyez pas des gens de peu de foi. Vous aurez
toujours ce qui vous est nécessaire. Ne vous mettez pas en peine comme les
gens du monde qui se donnent du mal pour pourvoir à leurs plaisirs. Vous avez
votre Père qui sait de quoi vous avez besoin. Vous devez seulement chercher,
et que ce soit le premier de vos soucis, le Royaume de Dieu et sa justice, et
tout le reste vous sera donné en plus.
Ne craignez pas, vous qui êtes de mon petit
troupeau. Il a plu à mon Père de vous appeler au Royaume pour que vous
possédiez ce Royaume. Vous pouvez donc y aspirer et aider le Père par votre
bonne volonté et votre sainte activité. Vendez vos biens, faites-en l'aumône si vous
êtes seuls. Donnez aux vôtres les moyens d'existence qui compensent votre
abandon de la maison pour me suivre, car il est juste de ne pas enlever le
pain aux enfants et aux épouses. Et, si vous ne pouvez sacrifier les
richesses d'argent, sacrifiez les richesses d'affection. Elles aussi sont une
monnaie que Dieu estime pour ce qu'elles sont : de l'or plus pur que
tout autre, des perles plus précieuses que celles qui sont arrachées aux
mers, et des rubis plus rares que ceux des entrailles de la terre. Car
renoncer à la famille pour Moi, c'est charité parfaite plus que de l'or sans
un atome impur, c'est une perle faite de larmes, un rubis fait du sang qui
gémit de la blessure du cœur déchiré par la séparation d'avec le père et la
mère, l'épouse et les enfants.
Mais ces bourses ne s'usent pas, ce trésor ne s'amoindrit jamais. Les voleurs
ne pénètrent pas au Ciel. Le ver ne ronge pas ce qui y a été déposé. Et ayez
le Ciel dans votre cœur et votre cœur au Ciel, près de votre trésor. Car le
cœur, chez l'homme bon ou chez le méchant, est là où se trouve ce qui vous
semble votre cher trésor. Car, de même que le cœur est là où se trouve le
trésor (au Ciel), ainsi le trésor est là où se trouve le cœur (c'est-à-dire
en vous), et même le trésor est dans le cœur, et avec le trésor des saints se
trouve, dans le cœur, le Ciel des saints.
Soyez toujours prêts comme celui qui est sur le point de partir en voyage, ou
qui attend son maître. Vous êtes les serviteurs du Maître-Dieu. A toute heure
Il peut vous appeler où Il est, ou bien venir où vous êtes. Soyez donc
toujours prêts à partir ou à Lui faire honneur, la taille ceinte de la
ceinture de voyage ou de travail et avec à la main la lampe allumée. Sortant
d'une fête de noces avec quelqu'un qui vous a précédés dans les Cieux ou dans
la consécration à Dieu sur la terre. Dieu peut se souvenir de vous qui
attendez et peut dire : "Allons chez Etienne ou chez Jean ou bien
chez Jacques et chez Pierre". Et Dieu est rapide dans sa venue, ou pour
dire : "Viens". Soyez donc prêts à Lui ouvrir la porte quand
Il arrivera ou à partir s'Il vous appelle.
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364> Bienheureux ces serviteurs que le Maître, en
arrivant, trouvera en train de veiller. En vérité, pour les récompenser de
leur attente fidèle, il se ceindra le vêtement et, après les avoir fait
asseoir à table, Il se mettra à les servir. Il peut venir à la première
veille, comme à la seconde ou à la troisième. Vous ne le savez pas. Soyez
donc toujours vigilants. Et bienheureux si vous l'êtes et qu'ainsi vous
trouve le Maître ! Ne vous flattez pas en disant : "On a le
temps ! Cette nuit Il ne vient pas", il vous en arriverait du mal.
Vous ne savez pas. Si quelqu'un savait quand le voleur va venir, il ne laisserait
pas sa maison sans surveillance pour que le malandrin puisse en forcer la
porte ou les coffres-forts. Vous aussi, soyez prêts
car, au moment où vous y penserez le moins, le Fils de l'homme viendra en
disant : "C'est l'heure".
Pierre qui a été jusqu'à oublier de finir son repas pour écouter le Seigneur,
voyant que Jésus se tait, demande : "Ce que tu dis, c'est pour nous
ou pour tous ?"
"C'est pour vous et pour tous, mais c'est davantage pour vous, car vous
êtes comme des intendants mis par le Maître à la tête des serviteurs et vous
êtes doublement obligés d'être prêts, à la fois pour vous comme intendants et
pour vous comme simples fidèles.
Que doit être l'intendant mis par le maître à la tête de ses serviteurs pour
donner à chacun au moment voulu sa juste part ? Il doit être avisé et
fidèle. Pour accomplir son propre devoir, pour faire accomplir à ceux
qui sont au-dessous de lui leur propre devoir. Autrement en
souffriraient les intérêts du maître qui paie l'intendant pour qu'il agisse
en son nom et veille sur ses intérêts en son absence. Bienheureux le
serviteur que le maître, en revenant à sa maison, trouve en train d'agir avec
fidélité, habileté et justice. En vérité je vous dis qu'il l'établira
intendant des autres propriétés aussi, de toutes ses propriétés, se reposant
et se réjouissant en son cœur pour la sécurité que ce serviteur lui donne.
365> Mais si ce serviteur
dit : "Oh ! c’est bon ! Le maître est très loin et il m'a
écrit que son retour sera retardé. Je peux donc faire ce que bon me semble et
puis, quand je verrai que son retour est proche, j'y pourvoirai". Et il
commencera à manger et à boire jusqu'à en être ivre et à donner des ordres
d'ivrogne. Comme les bons serviteurs qui dépendent de lui refusent de les
exécuter pour ne pas faire tort à leur maître, il se met à battre les
serviteurs et les servantes jusqu'à les rendre malades et languissants. Il
croit être heureux et il dit : "Je goûte enfin ce que c'est qu'être
maître et d'être craint de tous". Mais, que lui arrivera-t-il ? Il
lui arrivera que le maître reviendra au moment où il s'y attend le moins, en
le surprenant justement en train d'empocher l'argent ou de corrompre quelque
serviteur parmi les plus faibles. Alors, je vous le dis, le maître le
chassera de sa place d'intendant et jusque des rangs de ses serviteurs, car
il n'est pas permis de garder les infidèles et les traîtres parmi des
serviteurs honnêtes. Et il sera d'autant plus puni que le maître l'avait
davantage aimé et instruit.
Car plus on connaît la volonté et la pensée du maître, plus on est tenu de
l'accomplir avec exactitude. S'il n'agit pas comme le maître le lui a dit, en
détail, comme à aucun autre, il recevra de nombreux coups, alors que celui,
en tant que serviteur de second rang est bien peu au courant et se trompe
tout en croyant bien faire, sera moins puni. A qui on a beaucoup donné, il
sera beau- coup demandé, et il devra rendre beaucoup, celui qui a été chargé
de beaucoup, car mes intendants devront rendre compte même de l'âme d'un tout
petit d'une heure.
Mon choix n'est
pas un frais repos dans un bosquet fleuri. Je suis venu apporter le feu sur
la terre, et que puis-je désirer sinon qu'il s'enflamme ? Aussi je
m'épuise et je veux que vous vous épuisiez jusqu'à la mort et jusqu'à ce que
toute la terre soit un brasier de feu céleste.
Quant à Moi, je dois être baptisé d'un baptême. Et comme je serai angoissé
tant qu'il ne sera pas accompli ! Vous ne vous demandez pas
pourquoi ? Parce que, par ce baptême, je pourrai faire de vous des
porteurs du Feu, des agitateurs qui se mouvront dans toutes et contre
toutes les couches de la société pour en faire une unique chose : le
troupeau du Christ.
Croyez-vous que je sois venu mettre la paix
sur la terre ? Et selon la manière de voir de la terre ? Non, mais
au contraire, la discorde et la désunion. Parce que, désormais et jusqu'à ce
que toute la terre soit un unique troupeau, de cinq qui sont dans une maison,
il y en aura deux contre trois, et le père sera contre le fils, et ce dernier
contre son père, et la mère contre ses filles, et celles-ci contre celle-là,
et les belles-filles et les belles-mères auront un motif de plus de ne pas
s'entendre, car il y aura un langage nouveau sur certaines lèvres, et il se
produira une sorte de Babel, parce qu'un soulèvement profond ébranlera le
royaume des affections humaines et surhumaines. Mais ensuite viendra l'heure
où tout s'unifiera en une langue nouvelle que parleront tous ceux que le
Nazaréen aura sauvés, et les eaux des sentiments s'épureront alors que les
scories tomberont au fond et que brilleront à la surface les eaux limpides
des lacs célestes.
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366> En vérité, mon service n'est
pas un repos selon le sens que l'homme donne à ce mot. Il faut un héroïsme
inlassable. Mais je vous le dis : à la fin il y aura Jésus, toujours et
encore Jésus, qui ceindra son vêtement pour vous servir et puis s'assiéra
avec vous à un banquet éternel et on oubliera fatigue et douleur.
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