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Vision du dimanche 27 mai 1945
178> La foule augmente toujours
plus à mesure que les jours passent . Il y
a des hommes, des femmes, des vieillards, des enfants, des riches, des
pauvres. Le couple Étienne-Hermas est
toujours là, bien qu'il ne soit pas encore réuni aux anciens disciples à la
tête desquels se trouve Isaac. Il y a aussi le nouveau couple constitué hier
par le vieillard et la femme. Ils sont tout à fait devant, près de leur
Consolateur, et ils paraissent beaucoup plus à l'aise qu'hier. Le vieil
homme, comme pour se dédommager des longs mois ou des années où sa
fille l'a abandonné, a mis sa main rugueuse sur les genoux de la femme et
celle-ci la caresse par ce besoin inné, chez la femme moralement saine,
d'être maternelle.
Jésus passe près d'eux pour monter à sa chaire rustique et en
passant caresse la tête du vieillard qui le regarde déjà comme un Dieu.
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179> Pierre dit
quelque chose à Jésus qui lui fait un signe comme pour dire : "Peu
importe." Mais je ne comprends pas ce
que dit l'apôtre qui pourtant reste à côté de Jésus et auquel s'unissent
ensuite Jude Thaddée et Matthieu. Les
autres sont perdus dans la foule.
"La paix soit à vous tous ! Hier j'ai parlé de la prière, du
serment, du jeûne . Aujourd'hui
je veux vous instruire sur d'autres perfections. Elles sont elles
aussi : prière, confiance, sincérité, amour, religion.
La première dont je vais parler, c'est le
juste usage des richesses changées, par la bonne volonté du serviteur fidèle,
en autant de richesses célestes. Les trésors de la terre ne durent pas, mais
les trésors du Ciel sont éternels. Avez-vous en vous l'amour de ce qui vous
appartient ? Cela vous fait-il de la peine de mourir, parce que vous ne
pouvez plus vous occuper de vos biens et que vous devez les laisser ? Et
alors, transportez-les au Ciel ! Vous dites : "N'entre pas au
Ciel ce qui est de la terre et tu enseignes que l'argent est la chose la plus
dégoûtante de la terre. Comment alors pouvons-nous le transporter au
Ciel ?" Non, vous ne pouvez pas emporter les pièces de monnaie, qui
sont matérielles, dans le Royaume où tout est spirituel, mais vous pouvez
emporter le fruit de ces monnaies. Quand vous donnez votre or à un banquier,
pourquoi le donnez- vous ? Pour qu'il le fasse fructifier. Vous ne vous
en privez certainement pas, même momentanément, pour qu'il vous le rende tel
quel. Mais vous voulez que pour dix talents il vous en rende dix plus un, ou
davantage encore. Alors, vous êtes heureux et vous louez le banquier. Autrement
vous dites : "Il est honnête, mais c'est un imbécile". Et
puis, si au lieu de dix plus un, il ne vous en rend que neuf en disant :
"J'ai perdu le reste", vous le dénoncez et le faites jeter en
prison.
Qu'est-ce que c'est que le fruit de l'argent ? Est-ce que par hasard le
banquier sème vos deniers et les arrose pour les faire croître ? Non. Le
fruit est donné par un astucieux maniement des affaires de sorte qu'avec les
hypothèques et les prêts à intérêt, l'argent croît de l'intérêt justement
requis pour l'or qui a été prêté. N'en est-il pas ainsi ? Or, écoutez.
Dieu vous donne les richesses terrestres, à certains beaucoup, à d'autres à
peine le nécessaire pour vivre, et Il vous dit: "Maintenant, c'est à
toi. Je te les ai données. Fais de ces moyens une fin telle que mon amour le
désire pour ton bien. Je te les confie, mais pas pour que tu en fasses sortir
un mal. À cause de l'estime que j'ai pour toi, par reconnaissance pour mes
dons, fais fructifier tes biens en vue de cette vraie Patrie".
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180> Et voici la méthode pour
arriver à cette fin.
Ne veuillez pas accumuler vos trésors sur la terre en vivant pour eux, en
vous montrant cruels à cause d'eux, en vous attirant les malédictions du prochain
et de Dieu à cause d'eux. Ils ne le méritent pas. Pour eux aucune sécurité
ici-bas. Les voleurs peuvent toujours vous les enlever. Le feu peut détruire
les maisons. Les maladies des plantes ou des troupeaux peuvent anéantir les
fruits ou les animaux. Que de dangers guettent les biens ! Qu'ils soient
immobiliers comme les maisons ou incorruptibles comme l'or; qu'ils soient,
par leur nature, périssables comme tout ce qui vit, comme le sont les
végétaux et les animaux; que ce soit enfin des étoffes précieuses, qui
peuvent être détériorées. La foudre sur les maisons ou l'incendie ou
l'inondation; et les voleurs, la rouille, la sécheresse, les rongeurs, les
insectes dans les champs; le tournis, les fièvres, les estropiements, les
épidémies chez les animaux; les mites pour les étoffes précieuses et les rats
pour les meubles de prix; la casse de la vaisselle, l'oxydation des lustres
et des grilles artistiques; tout; tout peut être détérioré.
Mais si de tout ce bien terrestre vous en faites un bien surnaturel, voilà
qu'il échappe à toute détérioration du temps, des hommes et des intempéries. Faites-vous des trésors au Ciel où n'entrent
pas les voleurs et où il n'arrive aucun malheur .
Appliquez miséricordieusement votre travail à toutes les misères de la
terre. Caressez-les, oui, vos pièces de monnaie, baisez-les si vous voulez,
réjouissez-vous des moissons prospères, des vignes chargées de grappes, des oliviers
qui ploient sous le poids d'innombrables olives, des brebis au sein fécond et
aux mamelles gonflées. Faites tout cela. Mais que ce ne soit pas d'une façon
stérile, humaine. Faites-le par amour et admiration, joyeusement et par
calcul surnaturel.
"Merci, mon Dieu, pour cet argent, pour ces moissons, pour ces arbres,
pour ces brebis, pour ces commerces! Merci brebis, arbres, prés, commerces
qui m'êtes si utiles! Soyez tous bénis, parce que par ta bonté, ô Éternel,
par votre bonté, ô choses, voici que je peux faire tant de bien à qui a faim,
à qui est nu, sans toit, malade, seul... L'an dernier, je l'ai fait pour dix.
Cette année - bien que j'aie donné beaucoup en aumônes, j'ai davantage
d'argent, plus riches sont les moissons et plus nombreux les troupeaux -
voici que je vais donner deux fois, trois fois plus que l'an passé, pour que
tous, même ceux qui n'ont rien personnellement, se réjouissent avec moi et te
bénissent avec moi, Toi, Seigneur Éternel".
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181> Voilà la prière du juste.
Cette prière qui, unie à l'action, transporte vos biens au Ciel et non
seulement vous les conserve pour l'éternité mais vous les fait trouver
augmentés des fruits saints de l'amour.
Ayez votre trésor au Ciel, pour y avoir votre cœur ,
au-dessus et au-delà du danger pour que non seulement l'or, les maisons, les
champs, les troupeaux ne puissent subir des malheurs, mais pour que votre
propre cœur ne soit pas attaqué, enlevé, corrompu, brûlé, tué par l'esprit du
monde. Si vous agissez ainsi, vous aurez votre trésor dans votre cœur parce
que vous aurez Dieu en vous, jusqu'au jour bienheureux où vous serez en Lui.
Pensez donc, pour ne pas diminuer le fruit de la charité, à être charitables
par esprit surnaturel. Comme je l'ai dit pour la prière et le jeûne, je le
dis aussi pour la bienfaisance et pour toutes les bonnes œuvres que vous
pouvez faire.
Conservez, le bien que vous faites, à l'abri des
violations de la sensualité du monde. Conservez-le vierge de la louange
humaine. Ne profanez pas la rose parfumée; véritable encensoir de parfums
agréables au Seigneur, la rose parfumée de votre charité et de vos bonnes actions. Ce qui profane le
bien, c'est l'esprit d'orgueil, le désir d'être remarqué quand on fait le
bien et la recherche des louanges. La rose de la charité est alors souillée
et corrompue par les limaçons visqueux de l'orgueil satisfait et il tombe sur
l'encensoir les pailles puantes de la litière sur laquelle l'orgueilleux se
complaît comme un animal repu.
Oh ! ces actes de bienfaisance faits pour qu'on parle de vous !
Mais il vaut mieux, bien mieux de ne pas en faire ! Celui qui ne les
fait pas pèche par dureté. Celui qui les fait en faisant connaître la somme
donnée et le nom du bénéficiaire en mendiant la louange, pèche par orgueil en
faisant connaître l'offrande. C'est comme s'il disait : "Voyez ce
que je puis ?". Il pèche par défaut de charité car il mortifie le
bénéficiaire en faisant connaître son nom, il pèche par avarice spirituelle
en voulant accumuler les louanges humaines... C'est de la paille, de la
paille, rien de plus, Faites en sorte que ce soit Dieu qui vous loue avec ses
anges.
Vous, quand vous
faites l'aumône , ne sonnez pas de la trompette pour attirer l'attention
des passants et être honorés comme les hypocrites qui cherchent les
applaudissements des hommes et pour cela ne font l'aumône que là où ils
peuvent être vus d'un grand nombre de gens.
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182> Eux aussi ont reçu leur
récompense et n'en recevront pas d'autre de Dieu. Vous, ne tombez pas dans
cette même faute et dans cette présomption. Mais quand vous faites l'aumône,
que votre main gauche ne sache pas ce que fait la main droite
, tant
est cachée et pudique votre aumône, et puis oubliez-la. Ne restez pas
à admirer l'acte que vous avez fait vous gonflant comme le crapaud qui
s'admire avec ses yeux voilés dans l'étang et qui, voyant dans l'eau
tranquille l'image des nuages, des arbres, du char arrêté près de la rive et
qui se voyant lui si petit par rapport à ces objets, se gonfle d'air jusqu'à
en éclater. Votre charité elle-même est un rien comparée à l'Infini qui est
la Charité de Dieu, et si vous voulez devenir semblables à Lui et rendre
votre petite charité, grosse, grosse, grosse pour égaler la sienne, vous vous
remplirez du vent de l'orgueil et finirez par périr.
Oubliez-le. Oubliez l'acte lui-même. Il vous restera toujours présente
une lumière, une parole douce comme le miel et cela vous rendra le jour
lumineux, doux, bienheureux. Car cette lumière sera le sourire de Dieu, ce
miel la paix spirituelle qui est encore Dieu, cette voix la voix du Dieu-Père
qui vous dira : "Merci". Lui voit le mal caché et le bien qui
se cache et il vous en récompensera. Je vous le..."
"Maître, tu démens tes paroles !" L'insulte, rusée et imprévue
vient du milieu de la foule. Tous se retournent vers cette voix. Il y a de la
confusion.
Pierre dit : "Je te l'avais dit ! Hé ! quand il y en a un
de ceux-là... rien ne va plus !"
Dans la foule, on siffle l'insulteur, on crie contre lui. Jésus est le seul
qui reste calme. Il a croisé les bras sur sa poitrine et se tient droit, le
front éclairé par le soleil, droit sur son rocher, dans son habit bleu foncé.
L'insulteur continue, sans souci des réactions de la foule : "Tu es
un mauvais maître car tu enseignes ce que tu ne fais pas et..."
"Tais-toi ! Va-t-en ! Honte à
toi !" crie la foule. Et encore : "Va trouver tes
scribes ! À nous, le Maître nous suffit. Les hypocrites avec les
hypocrites ! Faux maîtres ! Usuriers !..." et ils
continueraient, mais Jésus dit d'une voix de tonnerre :
"Silence ! Laissez-le parler" et les gens ne crient plus mais
murmurent leurs reproches accompagnés d’œillades furieuses.
"Oui. Tu enseignes ce que tu ne fais pas. Tu dis qu'on doit faire
l'aumône sans être vus et hier, en présence de tout un peuple, tu as dit à
deux pauvres : "Restez et je vais vous rassasier".
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183> "J'ai dit :
"Que restent les deux pauvres. Ils seront des hôtes
bénis et donneront de la saveur à notre pain". Rien de plus. Je
n'ai pas dit vouloir les rassasier. Quel est le pauvre qui n'a pas au moins
un pain ? C'était pour nous une joie de leur donner notre bonne
amitié."
"Hé ! oui ! Tu es astucieux et tu sais faire
l'agneau !..."
Le vieillard se lève, se retourne et levant son bâton, il crie :
"Langue infernale, toi qui accuses le Saint, tu crois peut-être tout
connaître et pouvoir accuser avec ce que tu sais ? Comme tu ignores qui
est Dieu et qui est Celui que tu insultes, ainsi tu ignores ses actions. Il
n'y a pour les connaître que les anges et mon cœur qui est dans la
jubilation, Écoutez, hommes, écoutez tous et rendez-vous compte si Jésus est
le menteur et l'orgueilleux que cette balayure du Temple veut dire.
Lui..."
"Tais-toi, Ismaël ! Tais-toi par amour pour Moi ! Si je t'ai
fait heureux, fais-moi heureux en te taisant" lui dit Jésus sur un ton
de prière.
"Je t'obéis, Fils Saint. Mais laisse-moi dire cette seule chose :
la bénédiction du vieil israélite fidèle est sur Lui dont j'ai reçu les
bienfaits de la part de Dieu. Cette bénédiction, Dieu l'a mise sur mes lèvres
pour moi et pour Sara, ma nouvelle fille . Mais
sur ta tête, il n'y aura pas de bénédiction. Je ne te maudis pas. Je
ne souille pas par une malédiction ma bouche qui doit dire à Dieu:
"Accueille-moi". Je n'ai même pas maudit celle qui m'a renié et
déjà Dieu m'en récompense. Mais il y aura quelqu'un pour prendre en mains la
cause de l'Innocent qu'on accuse et d'Ismaël, ami de Dieu qui le bénit."
Une clameur fait suite au discours du vieillard qui s'assied de nouveau et un
homme s'esquive et s'éloigne, accablé de reproches. Puis la foule crie à
Jésus : "Continue, continue, Maître Saint ! Nous, nous
n'écoutons que Toi, et Toi, écoute-nous. N'écoute pas ces corbeaux
maudits ! Ils sont jaloux que nous t'aimions plus qu'eux ! Mais en
Toi, il y a la Sainteté, en eux la perversité. Parle, parle ! Tu vois
que nous ne désirons rien d'autre que ta parole. Maisons, commerces, tout
cela n'est rien pour qui veut t'entendre."
"Oui, je vais parler. Mais ne vous
faites pas de soucis. Priez pour ce malheureux. Pardonnez comme je pardonne,
car si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père des Cieux vous
pardonnera aussi vos péchés . Mais
si vous avez de la rancune et si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père
ne vous pardonnera pas non plus vos fautes. Et tous ont besoin de pardon.
Je vous disais que Dieu vous récompensera, même si vous ne Lui demandez pas
une récompense pour le bien que vous aurez fait.
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184> Mais vous, ne faites pas le
bien pour avoir une récompense, pour avoir une garantie pour le lendemain. Ne
faites pas le bien en le mesurant, retenus par la crainte: "Et puis,
pour moi, en aurai-je encore ? Et si je n'ai plus rien, qui viendra à
mon aide ? Trouverai-je quelqu'un pour faire pour moi ce que j'ai
fait ? Et quand je ne pourrai plus rien donner, est-ce qu'on m'aimera
encore ?
Regardez : j'ai des amis puissants parmi les riches et des amis parmi
les miséreux. Et en vérité, je vous dis que ce ne sont pas les amis puissants
qui sont les plus aimés. Je vais chez eux non parce que je me recherche ou
recherche mes intérêts, mais parce que d'eux je puis recevoir beaucoup pour
qui ne possède rien. Moi, je suis pauvre. Je n'ai rien. Je voudrais posséder
tous les trésors du monde et les changer en pain pour ceux qui ont faim, en
maisons pour ceux qui sont sans toit, en vêtements pour ceux qui sont nus, en
remèdes pour les malades. Vous direz : "Toi, tu peux guérir".
Oui, je peux cela et autre chose. Mais il n'y a pas toujours la foi chez les
autres et Moi, je ne puis faire ce que je ferais et ce que je voudrais faire,
si je trouvais dans les cœurs la foi pour Moi. Je voudrais faire du bien même
à ceux qui n'ont pas la foi et puisqu'ils ne demandent pas le miracle au Fils
de l'homme je voudrais, d'homme à homme, les secourir. Mais je n'ai rien.
C'est pour cela que je tends la main à ceux qui possèdent et je
demande : "Fais-moi la charité, au nom de Dieu". Voilà
pourquoi j'ai des amitiés en haut lieu. Demain, quand je ne serai plus sur la
terre, il y aura encore des pauvres et
Moi, je n'y serai plus ni pour faire des miracles pour ceux qui ont la foi,
ni pour faire l'aumône pour amener à la foi. Mais alors mes amis riches
auront appris à mon contact comment on s'y prend pour faire le bien et mes
apôtres, à mon contact aussi, auront appris à faire l'aumône par amour pour
les frères. Et les pauvres seront toujours secourus.
Eh bien, hier j'ai reçu, de quelqu'un qui ne possède rien, plus que ce que
m'ont donné tous ceux qui possèdent .
C'est un ami aussi pauvre que Moi. Mais il m'a donné une chose qui ne peut
s'acheter avec de l'argent et qui m'a rendu heureux en me rappelant tant
d'heures sereines de mon enfance et de ma jeunesse quand chaque soir sur ma
tête se posaient les mains du Juste et que j'allais me reposer avec sa
bénédiction pour protéger mon sommeil. Hier cet ami pauvre m'a fait roi par
sa bénédiction. Vous voyez que ce que lui m'a donné, personne d'entre mes
amis riches ne me l'a jamais donné. Ne craignez donc pas. Même si vous n'avez
pas de quoi faire l'aumône, il suffit que vous ayez l'amour et la sainteté.
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185> Vous pourrez faire du bien à
qui est pauvre, épuisé ou affligé. C'est pour cela que je vous dis : ne vous inquiétez pas trop par crainte de
posséder peu. Vous aurez toujours le nécessaire. Ne soyez pas trop préoccupés
en pensant à l'avenir .
Personne ne sait quel avenir il a devant lui. Ne réfléchissez pas à ce que
vous mangerez pour vous garder en vie, ni de quoi vous vous couvrirez pour
tenir au chaud votre corps. La vie de votre esprit est bien plus précieuse
que votre ventre et vos membres, elle vaut beaucoup plus que la nourriture et
le vêtement, comme la vie matérielle vaut plus que la nourriture, et le corps
plus que le vêtement. Et votre Père le sait. Sachez-le donc, vous aussi.
Regardez les oiseaux: ils ne sèment pas, ils ne moissonnent pas , ils
n'amassent pas dans les greniers et pourtant ils ne meurent pas de faim car
le Père céleste les nourrit. Vous hommes, créatures préférées du Père, vous
valez beaucoup plus qu'eux.
Qui de vous, avec tout son savoir-faire peut ajouter à sa taille une seule
coudée ?
Si vous ne réussissez pas à allonger votre taille, ne serait-ce que d'une
palme, comment pouvez-vous penser à changer votre future situation en augmentant
vos richesses pour vous garantir une longue et heureuse vieillesse ?
Pouvez-vous dire à la mort : "Tu viendras me prendre quand je
voudrai" ? Vous ne le pouvez pas. Pourquoi alors vous préoccuper du
lendemain ? Et pourquoi vous faites-vous tant de soucis par crainte de
rester sans vêtements ? Regardez comment croissent les lis des champs :
ils ne travaillent pas, ils ne filent pas, ils ne vont pas chez les marchands
de drap faire des achats. Et pourtant je vous assure que Salomon, lui-même,
avec toute sa gloire ne fut jamais vêtu comme l'un d'eux. Maintenant, si Dieu
revêt ainsi l'herbe des champs qui vit aujourd'hui et qui demain servira à
chauffer le four ou à nourrir le troupeau et qui devient finalement cendre ou
fumier, il prendra bien plus soin de vous, ses fils.
Ne soyez pas des gens de peu de foi. Ne vous inquiétez pas pour un avenir
incertain en disant : "Quand je serai vieux, comment
mangerai-je ? Que boirai-je ? Comment m'habillerai-je ?"
Ces préoccupations laissez-les aux gentils qui
n'ont pas la certitude lumineuse de la paternité divine. Vous vous l'avez et
vous savez que votre Père connaît vos besoins et qu'il vous aime. Fiez-vous
donc à Lui. Cherchez d'abord les choses vraiment nécessaires : la foi,
la bonté, la charité, l'humilité, la miséricorde, la pureté, la justice, la
douceur, les trois ou quatre vertus principales et toutes, toutes les autres
encore de façon à être les amis de Dieu et à avoir droit à son Royaume.
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186> Et je vous assure que tout le
reste vous sera donné par surcroît, sans même que vous le demandiez. Il n'y
pas de riche plus riche que le saint et de plus assuré que lui. Dieu est avec
le saint. Le saint est avec Dieu. Il ne demande rien pour son corps et Dieu
lui donne le nécessaire. Mais il travaille pour son esprit, auquel Dieu donne
Lui-même ici-bas, et le Paradis après la vie.
Ne vous mettez donc pas en peine pour ce qui ne mérite pas votre peine.
Affligez-vous d'être imparfaits et non d'être mal pourvus de biens
terrestres. Ne vous mettez pas à la torture pour le
lendemain. Demain pensera à lui-même ,
et vous y penserez quand vous le vivrez. Pourquoi y penser dès
aujourd'hui ? La vie n'est-elle pas déjà suffisamment pleine des
souvenirs pénibles d'hier et des pensées torturantes d'aujourd'hui pour
éprouver le besoin d'y mettre encore les cauchemars des "que
sera ?" demain ? Laissez à chaque jour ses ennuis ! Il y
aura toujours dans la vie plus de peines que nous ne voudrions, sans ajouter
les peines à venir aux présentes ! Dites toujours la grande parole de
Dieu : "Aujourd'hui".
Soyez ses fils, créés à sa ressemblance. Dites donc avec Lui :
"Aujourd'hui".
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