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Liste des sigles

SS. Jean-Paul II et Maria Valtorta
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Chapitre
premier : la dignité de la personne humaine
Article 7 - Les vertus
1803
"Tout ce qui est
vrai, tout ce qui est digne, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout
ce qui est aimable, tout ce qui a bon renom, s’il est quelque vertu et s’il
est quelque chose de louable, que ce soit pour vous ce qui compte" (Philippiens 4, 8).
La vertu est une disposition habituelle et ferme à faire le
bien. Elle permet à la personne, non seulement d’accomplir des actes bons,
mais de donner le meilleur d’elle-même. De toutes ses forces sensibles et
spirituelles, la personne vertueuse tend vers le bien ; elle le poursuit
et le choisit en des actions concrètes.
Le but d’une vie vertueuse consiste à devenir semblable à Dieu
(Saint Grégoire de Nysse, beat. 1 : PG 44,
1200D).
I. Les vertus humaines
1804
Les vertus humaines
sont des attitudes fermes, des dispositions stables, des perfections
habituelles de l’intelligence et de la volonté qui règlent nos actes, ordonnent
nos passions et guident notre conduite selon la raison et la foi. Elles
procurent facilité, maîtrise et joie pour mener une vie moralement bonne.
L’homme vertueux, c’est celui qui librement pratique le bien.
Les vertus morales sont humainement acquises. Elles sont les
fruits et les germes des actes moralement bons ; elles disposent toutes
les puissances de l’être humain à communier à l’amour divin.
Distinction des vertus cardinales
1805
Quatre vertus
jouent un rôle charnière. Pour cette raison on les appelle
" cardinales " ; toutes les autres se regroupent
autour d’elles. Ce sont : la prudence, la justice, la force et la
tempérance. " Aime-t-on la rectitude ? Les vertus sont les
fruits de ses travaux, car elle enseigne tempérance et prudence, justice et
courage " (Sg 8, 7). Sous d’autres noms,
ces vertus sont louées dans de nombreux passages de l’Écriture.
1806
La prudence est
la vertu qui dispose la raison pratique à discerner en toute circonstance
notre véritable bien et à choisir les justes moyens de l’accomplir.
"L’homme avisé surveille ses pas" (Pr 14, 15). "Soyez sages et
sobres en vue de la prière" (1 P 4, 7). La prudence est la "droite
règle de l’action", écrit saint Thomas (s. th. 2-2, 47, 2) après
Aristote. Elle ne se confond ni avec la timidité ou la peur, ni avec la
duplicité ou la dissimulation. Elle est dite auriga
virtutum : elle conduit les autres vertus
en leur indiquant règle et mesure. C’est la prudence qui guide immédiatement
le jugement de conscience. L’homme prudent décide et ordonne sa conduite
suivant ce jugement. Grâce à cette vertu, nous appliquons sans erreur les
principes moraux aux cas particuliers et nous surmontons les doutes sur le
bien à accomplir et le mal à éviter.
1807
La justice est
la vertu morale qui consiste dans la constante et ferme volonté de donner à
Dieu et au prochain ce qui leur est dû. La justice envers Dieu est appelée
" vertu de religion ". Envers les hommes, elle dispose à
respecter les droits de chacun et à établir dans les relations humaines
l’harmonie qui promeut l’équité à l’égard des personnes et du bien commun.
L’homme juste, souvent évoqué dans les Livres saints, se distingue par la
droiture habituelle de ses pensées et la rectitude de sa conduite envers le prochain.
" Tu n’auras ni faveur pour le petit, ni complaisance pour le
grand ; c’est avec justice que tu jugeras ton prochain " (Lv 19, 15). " Maîtres, accordez à vos esclaves
le juste et l’équitable, sachant que, vous aussi, vous avez un Maître au
ciel " (Col 4, 1).
1808
La force est la
vertu morale qui assure dans les difficultés la fermeté et la constance dans
la poursuite du bien. Elle affermit la résolution de résister aux tentations
et de surmonter les obstacles dans la vie morale. La vertu de force rend
capable de vaincre la peur, même de la mort, d’affronter l’épreuve et les
persécutions. Elle dispose à aller jusqu’au renoncement et au sacrifice de sa
vie pour défendre une juste cause. " Ma force et mon chant, c’est
le Seigneur " (Psaume 118, 14). " Dans le monde, vous
aurez de l’affliction, mais courage, moi j’ai vaincu le monde " (Jn 16, 33).
1809
La tempérance
est la vertu morale qui modère l’attrait des plaisirs et procure l’équilibre
dans l’usage des biens créés. Elle assure la maîtrise de la volonté sur les
instincts et maintient les désirs dans les limites de l’honnêteté. La
personne tempérante oriente vers le bien ses appétits sensibles, garde une
saine discrétion et " ne se laisse pas entraîner pour suivre les
passions de son cœur " (Si 5, 2 ; cf. 37, 27-31). La
tempérance est souvent louée dans l’Ancien Testament : " Ne te
laisse pas aller à tes convoitises, réprime tes appétits " (Si 18,
30). Dans le Nouveau Testament, elle est appelée " modération "
ou " sobriété ". Nous devons " vivre avec modération,
justice et piété dans le monde présent " (Tt 2, 12).
Bien vivre n’est autre chose qu’aimer Dieu de tout son cœur, de
toute son âme et de tout son agir. On Lui conserve un amour entier (par la
tempérance) que nul malheur ne peut ébranler (ce qui relève de la force), qui
n’obéit qu’à Lui seul (et ceci est la justice), qui veille pour discerner
toutes choses de peur de se laisser surprendre par la ruse et le mensonge (et
ceci est la prudence) (Saint Augustin, mor. eccl. 1, 25, 46 : PL 32, 1330-1331).
Les
vertus et la grâce
1810
Les vertus humaines
acquises par l’éducation, par des actes délibérés et par une persévérance
toujours reprise dans l’effort, sont purifiées et élevées par la grâce
divine. Avec l’aide de Dieu, elles forgent le caractère et donnent aisance
dans la pratique du bien. L’homme vertueux est heureux de les pratiquer.
1811
Il n’est pas facile
pour l’homme blessé par le péché de garder l’équilibre moral. Le don du salut
par le Christ nous accorde la grâce nécessaire pour persévérer dans la
recherche des vertus. Chacun doit toujours demander cette grâce de lumière et
de force, recourir aux sacrements, coopérer avec le Saint-Esprit, suivre ses
appels à aimer le bien et à se garder du mal.
II. Les vertus théologales
1812
Les vertus humaines s’enracinent dans les vertus théologales qui adaptent les
facultés de l’homme à la participation de la nature divine (cf. 2 P 1, 4).
Car les vertus théologales se réfèrent directement à Dieu. Elles disposent
les chrétiens à vivre en relation avec la Sainte Trinité. Elles ont Dieu Un
et Trine pour origine, pour motif et pour objet.
1813
Les vertus théologales
fondent, animent et caractérisent l’agir moral du chrétien. Elles informent
et vivifient toutes les vertus morales. Elles sont infusées par Dieu dans
l’âme des fidèles pour les rendre capables d’agir comme ses enfants et de
mériter la vie éternelle. Elles sont le gage de la présence et de l’action du
Saint Esprit dans les facultés de l’être humain. Il y a trois vertus
théologales : la foi, l’espérance et la charité (cf. 1 Co 13, 13).
La foi
1814
La foi est la vertu
théologale par laquelle nous croyons en Dieu et à tout ce qu’Il nous a dit et
révélé, et que la Sainte Église nous propose à croire, parce qu’Il est la
vérité même. Par la foi " l’homme s’en remet tout entier librement
à Dieu " (DV 5). C’est pourquoi le croyant cherche à connaître et à
faire la volonté de Dieu. " Le juste vivra de la foi "
(Romains 1, 17). La foi vivante " agit par la charité "
(Galates 5, 6).
1815
Le don de la foi demeure en celui qui n’a pas péché contre elle (cf. Cc.
Trente : DS 1545). Mais " sans les œuvres, la foi est
morte " (Jc 2, 26) : privée de
l’espérance et de l’amour, la foi n’unit pas pleinement le fidèle au Christ
et n’en fait pas un membre vivant de son Corps.
1816
Le disciple du Christ ne doit pas seulement garder la foi et en vivre, mais
encore la professer, en témoigner avec assurance et la répandre :
" Tous doivent être prêts à confesser le Christ devant les hommes
et à le suivre sur le chemin de la Croix, au milieu des persécutions qui ne
manquent jamais à l’Église " (Lumen gentium
42 ; cf. DH 14). Le service et le témoignage de la foi sont requis pour
le Salut : " Quiconque se déclarera pour moi devant les
hommes, je me déclarerai, moi aussi, pour lui devant mon Père qui est aux
cieux ; mais celui qui me reniera devant les hommes, je le renierai, moi
aussi, devant mon Père qui est aux cieux " (Mt 10, 32-33).
L’espérance
1817
L’espérance est la
vertu théologale par laquelle nous désirons comme notre bonheur le Royaume
des cieux et la Vie éternelle, en mettant notre confiance dans les promesses
du Christ et en prenant appui, non sur nos forces, mais sur le secours de la
grâce du Saint-Esprit. " Gardons indéfectible la confession de
l’espérance, car celui qui a promis est fidèle " (Hébreux 10, 23).
" Cet Esprit, il l’a répandu sur nous à profusion, par Jésus Christ
notre Sauveur, afin que, justifiés par la grâce du Christ, nous obtenions en
espérance l’héritage de la vie éternelle " (Tt 3, 6-7).
1818
La vertu
d’espérance répond à l’aspiration au bonheur placée par Dieu dans le cœur de
tout homme ; elle assume les espoirs qui inspirent les activités des
hommes ; elle les purifie pour les ordonner au Royaume des cieux ;
elle protège du découragement ; elle soutient en tout
délaissement ; elle dilate le cœur dans l’attente de la béatitude
éternelle. L’élan de l’espérance préserve de l’égoïsme et conduit au bonheur
de la charité.
1819
L’espérance
chrétienne reprend et accomplit l’espérance du peuple élu qui trouve son
origine et son modèle dans l’espérance d’Abraham comblé en Isaac des
promesses de Dieu et purifié par l’épreuve du sacrifice (cf. Genèse 17,
4-8 ; 22, 1-18). " Espérant contre toute espérance, il crut et
devint ainsi père d’une multitude de peuples " (Romains 4, 18).
1820
L’espérance
chrétienne se déploie dès le début de la prédication de Jésus dans l’annonce
des béatitudes. Les béatitudes élèvent notre espérance vers le Ciel
comme vers la nouvelle Terre promise ; elles en tracent le chemin à travers
les épreuves qui attendent les disciples de Jésus. Mais par les mérites de
Jésus Christ et de sa passion, Dieu nous garde dans "l’espérance qui ne
déçoit pas" (Romains 5,5). L’espérance est "l’ancre de l’âme",
sûre et ferme, "qui pénètre ... là où est entré pour nous, en
précurseur, Jésus " (Hébreux 6,19-20). Elle est aussi une arme qui
nous protège dans le combat du salut : "Revêtons la cuirasse de la
foi et de la charité, avec le casque de l’espérance du salut" (1Théssaloniciens
5, 8). Elle nous procure la joie dans l’épreuve même : "avec la
joie de l’espérance, constants dans la tribulation" (Romains 12, 12).
Elle s’exprime et se nourrit dans la prière, tout particulièrement dans celle
du Pater, résumé de tout ce que l’espérance nous fait désirer.
1821 Nous pouvons donc espérer la gloire du ciel promise par Dieu à
ceux qui l’aiment (cf. Romains 8, 28-30) et font sa volonté (cf. Mt 7, 21).
En toute circonstance, chacun doit espérer, avec la grâce de Dieu,
" persévérer jusqu’à la fin " (cf. Mt 10, 22 ; cf.
Cc. Trente : DS 1541) et obtenir la joie du ciel, comme l’éternelle
récompense de Dieu pour les bonnes œuvres accomplies avec la grâce du Christ.
Dans l’espérance l’Église prie que " tous les hommes soient
sauvés " (1 Tm 2, 4). Elle aspire à être, dans la gloire du ciel,
unie au Christ, son Epoux :
Espère, ô mon âme, espère. Tu ignores le jour et l’heure.
Veille soigneusement, tout passe avec rapidité, quoique ton impatience rende
douteux ce qui est certain, et long un temps bien court. Songe que plus tu
combattras, plus tu prouveras l’amour que tu portes à ton Dieu, et plus tu te
réjouiras un jour avec ton Bien-Aimé, dans un
bonheur et un ravissement qui ne pourront jamais finir (Ste. Thérèse de
Jésus, excl. 15, 3).
La
charité
1822
La charité est la
vertu théologale par laquelle nous aimons Dieu par-dessus toute chose pour
Lui-même, et notre prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu.
1823
Jésus fait de la
charité le commandement nouveau (cf. Jn 13,
34). En aimant les siens " jusqu’à la fin " (Jn 13, 1), il manifeste l’amour du Père qu’il reçoit. En
s’aimant les uns les autres, les disciples imitent l’amour de Jésus qu’ils
reçoivent aussi en eux. C’est pourquoi Jésus dit : " Comme le
Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour "
(Jn 15, 9). Et encore : " Voici mon
commandement : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai
aimés " (Jn 15, 12).
1824
Fruit de l’Esprit et
plénitude de la loi, la charité garde les commandements de Dieu
et de son Christ : " Demeurez en mon amour. Si vous gardez mes
commandements, vous demeurerez en mon amour " (Jn
15, 9-10 ; cf. Mt 22, 40 ; Romains 13, 8-10).
1825
Le Christ est mort par
amour pour nous alors que nous étions encore " ennemis "
(Romains 5, 10). Le Seigneur nous demande d’aimer comme Lui jusqu’à nos ennemis
(Mt 5, 44), de nous faire le prochain du plus lointain (cf. Lc 10, 27-37), d’aimer les enfants (cf. Mc 9, 37) et les
pauvres comme Lui-même (cf. Mt 25, 40. 45).
L’apôtre
saint Paul a donné un incomparable tableau de la charité :
" La charité prend patience, la charité rend service, elle ne
jalouse pas, elle ne plastronne pas, elle ne s’enfle pas d’orgueil, elle ne
fait rien de laid, elle ne cherche pas son intérêt, elle ne s’irrite pas,
elle n’entretient pas de rancune, elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais
elle trouve sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, elle croit tout, elle
espère tout, elle endure tout " (1 Co 13, 4-7).
1826
" Sans la
charité, dit encore l’Apôtre, je ne suis rien ... ". Et tout ce qui
est privilège, service, vertu même ... " sans la charité, cela ne
me sert de rien " (1 Co 13, 1-4). La charité est supérieure à
toutes les vertus. Elle est la première des vertus théologales :
" Les trois demeurent : la foi, l’espérance et la charité.
Mais la charité est la plus grande " (1 Co 13, 13).
1827
L’exercice de toutes
les vertus est animé et inspiré par la charité. Celle-ci est le
" lien de la perfection " (Col 3, 14) ; elle est la forme
des vertus ; elle les articule et les ordonne entre elles ;
elle est source et terme de leur pratique chrétienne. La charité assure et
purifie notre puissance humaine d’aimer. Elle l’élève à la perfection
surnaturelle de l’amour divin.
1828
La pratique de la vie
morale animée par la charité donne au chrétien la liberté spirituelle des
enfants de Dieu. Il ne se tient plus devant Dieu comme un esclave, dans la
crainte servile, ni comme le mercenaire en quête de salaire, mais comme un
fils qui répond à l’amour de " celui qui nous a aimés le premier "
(1 Jn 4, 19) :
Ou
bien nous nous détournons du mal par crainte du châtiment, et nous sommes
dans la disposition de l’esclave. Ou bien nous poursuivons l’appât de la
récompense et nous ressemblons aux mercenaires. Ou enfin c’est pour le bien
lui-même et l’amour de celui qui commande que nous obéissons ... et nous
sommes alors dans la disposition des enfants (Saint Basile, reg. fus. prol. 3 : PG 31, 896B).
1829
La charité a pour fruits
la joie, la paix et la miséricorde ; elle exige la bienfaisance et la
correction fraternelle ; elle est bienveillance ; elle suscite la
réciprocité, demeure désintéressée et libérale ; elle est amitié et
communion :
L’achèvement
de toutes nos œuvres, c’est la dilection. Là est la fin ; c’est pour
l’obtenir que nous courons, c’est vers elle que nous courons ; une fois
arrivés, c’est en elle que nous nous reposerons (Saint Augustin, ep. Jo. 10, 4).
III. Les dons et les Fruits du Saint-Esprit
1830
La vie morale des chrétiens est soutenue par les dons du Saint-Esprit.
Ceux-ci sont des dispositions permanentes qui rendent l’homme docile à suivre
les impulsions de l’Esprit Saint.
1831
Les sept dons
du Saint-Esprit sont la sagesse, l’intelligence, le conseil, la force, la
science, la piété et la crainte de Dieu. Ils appartiennent en leur plénitude
au Christ, Fils de David (cf. Isaïe 11, 1-2). Ils complètent et mènent à leur
perfection les vertus de ceux qui les reçoivent. Ils rendent les fidèles
dociles à obéir avec promptitude aux inspirations divines.
Que
ton Esprit bon me conduise sur une terre unie (Psaume 143, 10).
Tout
ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu... Enfants et donc
héritiers ; héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ (Romains 8, 14.
17).
1832
Les fruits de l’Esprit sont des perfections que forme en nous le Saint-Esprit
comme des prémices de la gloire éternelle. La tradition de l’Église en
énumère douze : "charité, joie, paix, patience, longanimité, bonté,
bénignité, mansuétude, fidélité, modestie, continence, chasteté"
(Galates 5, 22-23 vulg.).
En
bref
1833
La vertu est une disposition habituelle et ferme à faire le bien.
1834
Les vertus humaines sont des dispositions stables de l’intelligence et de la
volonté, qui règlent nos actes, ordonnent nos passions et guident notre
conduite selon la raison et la foi. Elles peuvent être regroupées autour de
quatre vertus cardinales : la prudence, la justice, la force et la
tempérance.
1835
La prudence dispose la raison pratique à discerner, en toute circonstance,
notre véritable bien et à choisir les justes moyens de l’accomplir.
1836
La justice consiste dans la constante et ferme volonté de donner à Dieu et au
prochain ce qui lui est dû.
1837
La force assure, dans les difficultés, la fermeté et la constance dans la
poursuite du bien.
1838
La tempérance modère l’attrait des plaisirs sensibles et procure l’équilibre
dans l’usage des biens créés.
1839
Les vertus morales grandissent par l’éducation, par des actes délibérés et
par la persévérance dans l’effort. La grâce divine les purifie et les élève.
1840
Les vertus théologales disposent les chrétiens à vivre en relation avec la
Sainte Trinité. Elles ont Dieu pour origine, pour motif et pour objet, Dieu
connu par la foi, espéré et aimé pour Lui-même.
1841
Il y a trois vertus théologales : la foi, l’espérance et la charité (cf.
1 Co 13, 13). Elles informent et vivifient toutes les vertus morales.
1842
Par la foi nous croyons en Dieu et nous croyons tout ce qu’Il nous a révélé
et que la Sainte Église nous propose à croire.
1843
Par l’espérance nous désirons et attendons de Dieu avec une ferme confiance
la vie éternelle et les grâces pour la mériter.
1844
Par la charité nous aimons Dieu par-dessus toute chose et notre prochain
comme nous-même pour l’amour de Dieu. Elle est le
" lien de la perfection " (Col 3, 14) et la forme de
toutes les vertus.
1845
Les sept dons du Saint Esprit accordés aux chrétiens sont la sagesse,
l’intelligence, le conseil, la force, la science, la piété et la crainte de
Dieu.
Article 8 - Le péché
I.
La miséricorde et le péché
1846
L’Évangile est la révélation, en Jésus Christ, de la miséricorde de Dieu pour
les pécheurs (cf. Lc 15). L’ange l’annonce à
Joseph : " Tu lui donneras le nom de Jésus : car c’est
lui qui sauvera son peuple de ses péchés " (Mt 1, 21). Il en va de
même de l’Eucharistie, sacrement de la Rédemption : " Ceci est
mon sang, le sang de l’Alliance, qui va être répandu pour une multitude en
rémission des péchés " (Mt 26, 28).
1847
" Dieu nous a créés sans nous, il n’a pas voulu nous sauver sans
nous " (Saint Augustin, serm. 169, 11,
13 : PL 38, 923). L’accueil de sa miséricorde réclame de nous l’aveu de
nos fautes. " Si nous disons : ‘Nous n’avons pas de péché’,
nous nous abusons, la vérité n’est pas en nous. Si nous confessons nos
péchés, Il est assez fidèle et juste pour remettre nos péchés et nous
purifier de toute injustice " (1 Jn 1,
8-9).
1848 Comme l’affirme saint Paul : " Où le péché s’est
multiplié, la grâce a surabondé ". Mais pour faire son œuvre, la
grâce doit découvrir le péché pour convertir notre cœur et nous conférer
" la justice pour la vie éternelle par Jésus Christ Notre
Seigneur " (Romains 5, 20-21). Tel un médecin qui sonde la plaie
avant de la panser, Dieu, par sa Parole et par son Esprit, projette une
lumière vive sur le péché :
La conversion requiert la mise en lumière du péché, elle
contient en elle-même le jugement intérieur de la conscience. On peut y voir
la preuve de l’action de l’Esprit de vérité au plus profond de l’homme, et
cela devient en même temps le commencement d’un nouveau don de la grâce et de
l’amour : " Recevez l’Esprit Saint ". Ainsi, dans
cette " mise en lumière du péché " nous découvrons un
double don : le don de la vérité de la conscience et le don de la
certitude de la rédemption. L’Esprit de vérité est le Consolateur (DeV 31).
II. La définition du péché
1849
Le péché est une faute contre la raison, la vérité, la conscience
droite ; il est un manquement à l’amour véritable, envers Dieu et envers
le prochain, à cause d’un attachement pervers à certains biens. Il blesse la nature
de l’homme et porte atteinte à la solidarité humaine. Il a été défini comme
" une parole, un acte ou un désir contraires à la loi
éternelle " (Saint Augustin, Faust. 22, 27 : PL 42, 418 ;
Saint Thomas d’A., s. th. 1-2, 71, 6).
1850
Le péché est une
offense de Dieu : "Contre toi, toi seul, j’ai péché. Ce qui est mal
à tes yeux, je l’ai fait" (Psaume 51,6). Le péché se dresse contre
l’amour de Dieu pour nous et en détourne nos cœurs. Comme le péché premier,
il est une désobéissance, une révolte contre Dieu, par la volonté de devenir
"comme des dieux", connaissant et déterminant le bien et le mal
(Genèse 3,5). Le péché est ainsi "amour de soi jusqu’au mépris de
Dieu" (Saint Augustin, civ. 14, 28). Par cette
exaltation orgueilleuse de soi, le péché est diamétralement contraire à
l’obéissance de Jésus qui accomplit le salut (cf. Philippiens
2, 6-9).
1851
C’est précisément
dans la Passion où la miséricorde du Christ va le vaincre, que le péché
manifeste le mieux sa violence et sa multiplicité : incrédulité, haine
meurtrière, rejet et moqueries de la part des chefs et du peuple, lâcheté de
Pilate et cruauté des soldats, trahison de Judas si dure à Jésus, reniement
de Pierre et abandon des disciples. Cependant, à l’heure même des ténèbres et
du Prince de ce monde (cf. Jn 14, 30), le sacrifice
du Christ devient secrètement la source de laquelle jaillira intarissablement
le pardon de nos péchés.
III. La diversité des péchés
1852
La variété des péchés est grande. L’Écriture en fournit plusieurs listes.
L’épître aux Galates oppose les œuvres de la chair au fruit de
l’Esprit : " On sait bien tout ce que produit la chair :
fornication, impureté, débauche, idolâtrie, magie, haines, discorde,
jalousie, emportements, disputes, dissensions, scissions, sentiments d’envie,
orgies, ripailles et choses semblables – et je vous préviens, comme je l’ai
déjà fait, que ceux qui commettent ces fautes là n’hériteront pas du Royaume
de Dieu " (5, 19-21 ; cf. Romains 1, 28-32 ; 1 Co 6,
9-10 ; Ep 5, 3-5 ; Col 3, 5-8 ; 1 Tm
1, 9-10 ; 2 Tm 3, 2-5).
1853 On
peut distinguer les péchés selon leur objet, comme pour tout acte humain, ou
selon les vertus auxquelles ils s’opposent, par excès ou par défaut, ou selon
les commandements qu’ils contrarient. On peut les ranger aussi selon qu’ils concernent
Dieu, le prochain ou soi-même ; on peut les diviser en péchés spirituels
et charnels, ou encore en péchés en pensée, en parole, par action ou par
omission. La racine du péché est dans le cœur de l’homme, dans sa libre
volonté, selon l’enseignement du Seigneur : "Du cœur en effet
procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux
témoignages, diffamations. Voilà les choses qui rendent l’homme impur"
(Mt 15, 19). Dans le cœur réside aussi la charité, principe des œuvres bonnes
et pures, que blesse le péché.
IV. La gravité du péché : péché mortel et véniel
Haut de
page
1854
Il convient
d’apprécier les péchés selon leur gravité. Déjà perceptible dans l’Écriture
(cf. 1 Jn 5, 16-17), la distinction entre péché
mortel et péché véniel s’est imposée dans la tradition de l’Église.
L’expérience des hommes la corrobore.
1855
Le péché mortel
détruit la charité dans le cœur de l’homme par une infraction grave à la loi
de Dieu ; il détourne l’homme de Dieu, qui est sa fin ultime et sa
béatitude en Lui préférant un bien inférieur.
Le péché véniel laisse subsister la charité, même s’il
l’offense et la blesse.
1856
Le péché mortel,
attaquant en nous le principe vital qu’est la charité, nécessite une nouvelle
initiative de la miséricorde de Dieu et une conversion du cœur qui
s’accomplit normalement dans le cadre du sacrement de la
Réconciliation :
Lorsque la volonté se porte à une chose de soi contraire à la
charité par laquelle on est ordonné à la fin ultime, le péché par son objet
même a de quoi être mortel... qu’il soit contre l’amour de Dieu, comme le
blasphème, le parjure, etc. ou contre l’amour du prochain, comme l’homicide,
l’adultère, etc ... En revanche, lorsque la volonté
du pécheur se porte quelquefois à une chose qui contient en soi un désordre
mais n’est cependant pas contraire à l’amour de Dieu et du prochain, tel que
parole oiseuse, rire superflu, etc., de tels péchés sont véniels (Saint
Thomas d’A., s. th. 1-2, 88, 2).
1857
Pour qu’un péché
soit mortel trois conditions sont ensemble requises :
" Est péché mortel tout péché qui a pour objet une matière grave,
et qui est commis en pleine conscience et de propos délibéré " (RP
17).
1858
La matière
grave est précisée par les Dix commandements selon la réponse de Jésus au
jeune homme riche : " Ne tue pas, ne commets pas d’adultère,
ne vole pas, ne porte pas de faux témoignage, ne fais pas de tort, honore ton
père et ta mère " (Mc 10, 18). La gravité des péchés est plus ou
moins grande : un meurtre est plus grave qu’un vol. La qualité des
personnes lésées entre aussi en ligne de compte : la violence exercée
contre les parents est de soi plus grave qu’envers un étranger.
1859
Le péché mortel
requiert pleine connaissance et entier consentement. Il
présuppose la connaissance du caractère peccamineux de l’acte, de son
opposition à la Loi de Dieu. Il implique aussi un consentement suffisamment
délibéré pour être un choix personnel. L’ignorance affectée et
l’endurcissement du cœur (cf. Mc 3, 5-6 ; Lc 16,
19-31) ne diminuent pas, mais augmentent le caractère volontaire du péché.
1860
L’ignorance
involontaire peut diminuer sinon excuser l’imputabilité d’une faute
grave. Mais nul n’est censé ignorer les principes de la loi morale qui sont
inscrits dans la conscience de tout homme. Les impulsions de la sensibilité,
les passions peuvent également réduire le caractère volontaire et libre de la
faute, de même que des pressions extérieures ou des troubles pathologiques.
Le péché par malice, par choix délibéré du mal, est le plus grave.
1861
Le péché mortel est
une possibilité radicale de la liberté humaine comme l’amour lui-même. Il
entraîne la perte de la charité et la privation de la grâce sanctifiante,
c’est-à-dire de l’état de grâce. S’il n’est pas racheté par le repentir et le
pardon de Dieu, il cause l’exclusion du Royaume du Christ et la mort
éternelle de l’enfer, notre liberté ayant le pouvoir de faire des choix pour
toujours, sans retour. Cependant si nous pouvons juger qu’un acte est en soi
une faute grave, nous devons confier le jugement sur les personnes à la
justice et à la miséricorde de Dieu.
1862
On commet un
péché véniel quand on n’observe pas dans une matière légère la mesure
prescrite par la loi morale, ou bien quand on désobéit à la loi morale en
matière grave, mais sans pleine connaissance ou sans entier consentement.
1863
Le péché véniel
affaiblit la charité ; il traduit une affection désordonnée pour des
biens créés ; il empêche les progrès de l’âme dans l’exercice des vertus
et la pratique du bien moral ; il mérite des peines temporelles. Le
péché véniel délibéré et resté sans repentance nous dispose peu à peu à
commettre le péché mortel. Cependant le péché véniel ne rompt pas l’Alliance
avec Dieu. Il est humainement réparable avec la grâce de Dieu. " Il
ne prive pas de la grâce sanctifiante ou déifiante
et de la charité, ni par suite, de la béatitude éternelle " (RP
17) :
L’homme ne peut, tant qu’il est dans la chair, éviter tout
péché, du moins les péchés légers. Mais ces péchés que nous disons légers, ne
les tiens pas pour anodins : si tu les tiens pour anodins quand tu les
pèses, tremble quand tu les comptes. Nombre d’objets légers font une grande
masse ; nombre de gouttes emplissent un fleuve ; nombre de grains
font un monceau. Quelle est alors notre espérance ? Avant tout, la
confession ... (Saint Augustin, ep. Jo. 1, 6).
1864
" Tout
péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit
ne sera pas remis " (Mt 12, 31 ; cf. Mc 3, 29 ; Lc 12, 10). Il n’y a pas de limites à la miséricorde de
Dieu, mais qui refuse délibérément d’accueillir la miséricorde de Dieu par le
repentir rejette le pardon de ses péchés et le salut offert par l’Esprit
Saint (cf. DeV 46). Un tel endurcissement peut
conduire à l’impénitence finale et à la perte éternelle.
V. La prolifération du péché
Haut de
page
1865
Le péché crée un entraînement au péché ; il engendre le vice par la
répétition des mêmes actes. Il en résulte des inclinations perverses qui
obscurcissent la conscience et corrompent l’appréciation concrète du bien et
du mal. Ainsi le péché tend-il à se reproduire et à se renforcer, mais il ne
peut détruire le sens moral jusqu’en sa racine.
1866
Les vices peuvent être rangés d’après les vertus qu’ils contrarient, ou
encore rattachés aux péchés capitaux que l’expérience chrétienne a
distingués à la suite de Saint Jean
Cassien et de Saint Grégoire le
Grand (mor. 31, 45 : PL 76, 621A). Ils sont appelés
capitaux parce qu’ils sont générateurs d’autres péchés, d’autres vices. Ce
sont l’orgueil, l’avarice, l’envie, la colère, l’impureté, la gourmandise, la
paresse ou acédie.
1867
La tradition
catéchétique rappelle aussi qu’il existe des " péchés qui crient
vers le ciel ". Crient vers le ciel : le sang d’Abel (cf.
Genèse 4, 10) ; le péché des Sodomites (cf. Genèse 18, 20 ; 19,
13) ; la clameur du peuple opprimé en Egypte (cf. Ex 3, 7-10) ; la
plainte de l’étranger, de la veuve et de l’orphelin (cf. Ex 22, 20-22) ;
l’injustice envers le salarié (cf. Dt 24,
14-15 ; Jc 5, 4).
1868
Le péché est un acte personnel. De plus, nous avons une responsabilité dans
les péchés commis par d’autres, quand nous y coopérons :
– en
y participant directement et volontairement ;
– en
les commandant, les conseillant, les louant ou les approuvant ;
– en
ne les révélant pas ou en ne les empêchant pas, quand on y est tenu ;
– en
protégeant ceux qui font le mal.
1869
Ainsi le péché rend les hommes complices les uns des autres, fait régner
entre eux la concupiscence, la violence et l’injustice. Les péchés provoquent
des situations sociales et des institutions contraires à la Bonté divine. Les
" structures de péché " sont l’expression et l’effet des
péchés personnels. Elles induisent leurs victimes à commettre le mal à leur
tour. Dans un sens analogique elles constituent un " péché
social " (cf. RP 16).
En
bref
1870
" Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire à
tous miséricorde " (Romains 11, 32).
1871
Le péché est " une parole, un acte ou un désir contraires à la loi
éternelle. Il est une offense à Dieu. Il se dresse contre Dieu dans une
désobéissance contraire à l’obéissance du Christ.
1872
Le péché et un acte contraire à la raison. Il blesse la nature de l’homme et
porte atteinte à la solidarité humaine.
1873
La racine de tous les péchés est dans le cœur de l’homme. Leurs espèces et
leur gravité se mesurent principalement selon leur objet.
1874
Choisir délibérément, c’est-à-dire en le sachant et en le voulant, une chose
gravement contraire à la loi divine et à la fin dernière de l’homme, c’est commettre
un péché mortel. Celui-ci détruit en nous la charité sans laquelle la
béatitude éternelle est impossible. Sans repentir, il entraîne la mort
éternelle.
1875
Le péché véniel constitue un désordre moral réparable par la charité qu’il
laisse subsister en nous.
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