|
|
"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" |
aucun accent |
||
|
jeudi 22 juin 28 vers Dora
- Départ silencieux pendant la nuit 182 - Marie d'Alphée voudrait savoir de Jacques 182 - Jésus la rassure 184 - Marie la rassure à propos de Jude 184 - Tous sont émus 185 - Jude aussi réconforte sa mère 185 - Ce soir à Dora et demain à Césarée Maritime 186 - La Madeleine travaillée par le feu sur l'enclume 187 |
4.116. |
|||
|
182> Il fait encore nuit, une très belle nuit de lune à son couchant, lorsque silencieusement Jésus, avec les apôtres et les femmes et en plus Jean d'Endor et Hermastée, font leurs adieux à Isaac, le seul qui soit réveillé, et ils commencent à marcher le long de la rive. Le bruit des pas ne fait entendre qu'un léger craquement sur les cailloux que foulent les sandales, et personne ne parle jusqu'à ce que soit dépassée de quelques mètres la derrière maisonnette. Certainement les dormeurs dans celle-ci ou dans les autres qui la précèdent n'ont pas remarqué le départ silencieux du Maître et de ses amis. Le silence est profond. Seule la mer parle à la lune qui va bientôt se coucher, et elle raconte à la plage les histoires des profondeurs avec son flot allongé de haute marée qui commence, laissant sur la rive un espace sec toujours plus étroit. Cette fois les femmes sont devant avec Jean, le Zélote, Jude Thaddée et Jacques d'Alphée qui aident les femmes à franchir les petits écueils parsemés ça et là, humides de sel et glissants. Le Zélote est avec Marie-Magdeleine, Jean avec Marthe, alors que Jacques d'Alphée s'occupe de sa mère et de Suzanne et que le Thaddée ne cède à personne l'honneur de prendre dans sa robuste et longue main, qui est une autre ressemblance avec Jésus, la petite main de Marie pour l'aider dans les passages difficiles. Chacun parle à voix basse avec celle qu'il accompagne. Tous veulent, semble-t-il, respecter le sommeil de la Terre. Le Zélote parle sans interruption avec Marie de Magdala et je vois plusieurs fois Simon ouvrir les bras en un geste qui exprime : "C'est ainsi, et il n'y a rien d'autre à faire" mais je n'entends pas ce qu'ils disent, se trouvant plus en avant. Jean parle seulement de temps en temps avec Marthe qu'il accompagne, en lui montrant la mer et le Carmel dont la pente tournée vers le couchant reçoit encore la lumière blanche de la lune. Peut-être parle-t-il de la route qu'il a parcourue l'autre fois en côtoyant le Carmel de l'autre côté. Jacques aussi, qui est entre Marie d'Alphée et Suzanne, parle du Carmel. Il dit à sa mère : "Jésus m'a promis de monter là-haut seul avec moi, et de me dire quelque chose, à moi seulement."[1][1] "Que voudra-t-il te dire, mon fils ? Tu me le répéteras après ?" 183> "Maman, si c'est un secret, je ne puis te le dire" répond en souriant de son sourire si affectueux Jacques, dont la ressemblance avec Joseph, époux de Marie, est très sensible pour les traits et encore davantage dans sa paisible douceur. "Pour la mère, il n'y a pas de secrets." "Je n'en ai pas, en effet. Mais si Jésus veut m'emmener là-haut pour me parler seul à seu1 c'est signe qu'il veut que personne ne sache ce qu'il a à me dire. Et toi, maman, tu es ma chère maman que j'aime tant, mais Jésus est au-dessus de toi et aussi sa volonté. Mais je Lui demanderai; quand ce sera le moment, si je peux te dire ses paroles. Es-tu contente ?" "Tu oublieras de le Lui demander..." "Non, maman. Je ne t'oublie jamais, même si tu es loin de moi. Quand j'entends ou que je vois quelque chose de beau, je pense toujours : "si maman était là!" "Chéri ! Donne-moi un baiser, mon fils." Marie d'Alphée est émue. Mais l'émotion ne tue pas la curiosité. Elle revient à l'assaut après quelques instants de silence : "Tu as dit : sa Volonté. Alors tu as compris qu'il veut t'exprimer une de ses volontés. Allons, cela au moins tu peux le dire. Cela, il te l'a dit en présence des autres." "A vrai dire j'étais devant avec Lui seulement" dit Jacques en souriant. "Mais les autres pouvaient entendre." "Il ne m'a pas beaucoup parlé, maman. Il m'a rappelé les paroles et la prière d'Elie sur le Carmel : "Des prophètes du Seigneur, je suis le seul qui soit resté"[2][2]. "Exauce-moi, afin que le peuple reconnaisse que Tu es le Seigneur Dieu".[1][3]" "Et que voulait-il dire ?" "Que de choses, maman, tu veux savoir ! Va trouver Jésus, alors, et il te le dira" dit Jacques en éludant la question. "Il aura voulu dire que, puisque le Baptiste est pris, Lui seul reste prophète en Israël et que Dieu doit le conserver longtemps pour que le, peuple soit instruit" dit Suzanne. "Hum ! J'ai du mal à croire que Jésus demande de rester longtemps. Pour Lui, il ne demande rien... Allons, mon Jacques, dis-le à ta mère !" "La curiosité est un défaut, maman. C'est une chose inutile, dangereuse, parfois douloureuse. Fais un bel acte de mortification..." "Hélas ! N'aura-t-il pas voulu dire que ton frère sera emprisonné, tué peut-être ?" demande Marie d'Alphée toute bouleversée. "Jude n'est pas tous les prophètes, maman, même si, pour
ton amour, chacun de tes fils est le monde entier..." 184> "Je pense aussi aux autres parce que... parce que vous faites certainement partie des prophètes de l'avenir, Alors... alors, si tu restes seul... Si toi tu restes seul, c'est signe que les autres, que mon Jude... oh !..." Marie d'Alphée plante là Jacques et Suzanne et vive, comme une jeune fille, elle revient en arrière sans se soucier de la question que lui pose le Thaddée. Elle arrive, comme si elle était poursuivie, dans le groupe de Jésus. "Mon Jésus... je parlais avec mon fils... de ce que tu lui a dit... du Carmel... d'Elie,.. des prophètes... Tu as dit... que Jacques restera seul... Et de Jude, qu'adviendra-t-il ? C'est mon fils, tu le sais ?" dit-elle toute essoufflée par l'angoisse et par la course qu'elle a faite. "Je le sais, Marie. Et je sais aussi que tu es heureuse qu'il soit mon apôtre. Tu vois que tu as tous les droits comme mère et Moi, je les ai comme Maître et Seigneur." "C'est vrai... c'est vrai... mais Jude est mon enfant !..." et Marie; entrevoyant l'avenir, pleure abondamment. "Oh ! que de larmes versées inutilement ! Mais on pardonne tout à un cœur de mère. Viens ici, Marie. Ne pleure pas : Je t'ai déjà réconfortée une autre fois. Alors aussi, je t'ai promis que la grande douleur que tu éprouvais, t'aurait valu, de la part de Dieu, de grandes grâces, pour toi, pour ton Alphée, pour tes enfants..." Jésus a posé son bras sur l'épaule de sa tante l'attirant tout près de Lui. ..Il commande à ceux qui étaient avec Lui : "Vous, allez de l'avant..." Puis, seul avec Marie de Cléophas, il
recommence à parler. "Oui, mais... Que lui feras-tu à Jude, à mon Jude ?" "Je l'aimerai encore plus que je ne l'aime maintenant." "Non, non. Il y a une menace dans ces paroles. Oh ! Jésus ! Oh! Jésus !..." La Vierge Marie revient en arrière elle aussi pour consoler sa belle-sœur de la douleur dont elle ne connaît pas encore la nature et, quand elle l'apprend, car sa belle-sœur la voyant à son côté pleure encore plus fort en lui en faisant part, alors elle devient plus pâle que la lune elle-même. Marie d'Alphée gémit : "Dis-le-lui, toi. Non, non, pas la mort pour mon Jude..." 185> Les pleurs de Marie, si forts dans le silence de l'aube naissante, ont fait que tout le monde est revenu en arrière pour savoir ce qui est arrivé. Ainsi on entend les paroles de la Vierge Marie et l'émotion gagne tout le monde. Marie de Magdala pleure en murmurent : "Et moi, ce tourment je l'ai donné à ma mère, dès cette Terre." Marthe pleure en disant : "C'est une douleur réciproque la séparation entre les enfants et la mère." Pierre aussi a des larmes aux yeux, et le Zélote dit à Barthélemy : "Quelles paroles de sagesse pour expliquer ce que sera la maternité d'une bienheureuse !" "Et comme les choses seront appréciées par une mère bienheureuse au travers des lumières de Dieu et de la maternité spiritualisée... Cela vous coupe le souffle comme devant un lumineux mystère" lui répond Nathanaël. L'Iscariote dit à André : "La maternité se dépouille de toute pesanteur des sens et devient toute ailée, dite de cette façon. Il nous semble voir nos mères déjà transformées en une inconcevable beauté." "C'est vrai. La nôtre, Jacques, nous aimera ainsi. Imagines-tu comme sera alors parfait son amour ?" dit Jean à son frère, et c'est le seul qui ait un sourire lumineux tant il est joyeusement ému par la pensée que sa mère arrive à aimer d'une manière parfaite. "Je regrette d'avoir causé tant de douleur" dit
Jacques d'Alphée. "Mais elle en a vu plus que je ne lui en ai dit...
Crois-moi, Jésus." 186> "Je le sais, je le sais. Mais Marie est en train de se travailler elle-même et c'est un coup plus fort de scalpel. Pourtant il lui enlève un si grand poids mort" dit Jésus. "Allons, mère. C'est assez pleuré ! Cela me fait de la peine que tu souffres comme une pauvre femme qui ne connaît pas les certitudes du Royaume de Dieu. Tu ne ressembles en rien à la mère des fils Macchabées" lui reproche sévèrement le Thaddée tout en embrassant sa mère et il achève, en la baisant sur la tête parmi ses cheveux grisonnants : "Tu sembles une fillette qui a peur des ombres et des histoires qu'on lui raconte pour l'épouvanter. Et pourtant tu sais où me trouver : en Jésus. Quelle maman ! Quelle maman ! Tu devrais pleurer si on t'avait dit que moi, plus tard, je devais trahir Jésus, l'abandonner, devenir un damné. Alors, oui. Tu devrais pleurer du sang même. Mais, avec l'aide de Dieu, cette douleur je ne te la donnerai jamais, ma mère. Je veux rester avec toi pour toute l'éternité..." Le reproche d'abord, les caresses ensuite, finissent par tarir les pleurs de Marie d'Alphée qui maintenant est toute honteuse de sa faiblesse. La lumière, dans le passage de la nuit au jour, s'est affaiblie car la lune s'est couchée et le jour n'a pas encore commencé. Mais c'est un court intermède crépusculaire. Tout de suite après la lumière, d'abord couleur de plomb puis grisâtre, puis verdâtre, puis laiteuse avec des traces bleues, finalement claire presque comme de l'argent immatériel, s'affirme toujours plus, facilitant le chemin sur la grève humide restée découverte par le flot, pendant que l’œil se réjouit à la vue de la mer qui devient d'un bleu plus clair qui va bientôt s'éclairer de facettes brillantes comme des gemmes. Puis l'air imprègne son argent d'un rose toujours plus net jusqu'à ce que ce rose doré de l'aurore devienne une pluie rose rouge sur la mer, sur les visages, sur les campagnes, avec des contrastes de teintes toujours plus vives, qui arrivent à leur plus grande perfection au moment qui pour moi est le plus beau du jour, lorsque le soleil, bondissant hors des limites de l'orient, envoie son premier rayon sur les montagnes et les pentes, les bois, les prés et les immenses espaces de la mer et du ciel, accentuant toutes les couleurs, que ce soit la blancheur des neiges ou des lointains montagneux d'un indigo qui se change en un vert de jaspe, ou que ce soit le cobalt d'un ciel qui s'atténue pour recevoir le rose, ou que ce soit le saphir veiné de jade et rayé de perles de la mer. 187> Et aujourd'hui la mer est un véritable miracle de beauté. Non pas morte dans un calme pesant, non pas bouleversée par la lutte des vents, mais d'une vie majestueuse rendue vivante par des vagues très faibles que marquent des rides couronnées d'une crête d'écume. "Nous arriverons à Dora avant que le soleil ne soit brûlant et nous repartirons au crépuscule. Demain, à Césarée, ce sera la fin de votre fatigue, mes sœurs. Et nous aussi nous nous reposerons. Votre char vous attend certainement. Là, nous nous séparerons... Pourquoi pleures-tu, Marie ? Me faudra-t-il donc voir aujourd'hui pleurer toutes les Marie ?" dit Jésus à Marie-Magdeleine. "Cela la peine de te quitter" dit sa sœur en l'excusant. "Il n'est pas dit que 1'on ne se revoie pas, et bientôt." Marie fait signe que non. Ce n'est pas pour cela qu'elle pleure. Le Zélote explique : "Elle craint de ne pas savoir être bonne sans ton voisinage. Elle craint... elle craint d'être tentée trop fortement quand tu n'es pas tout près pour éloigner le démon. Elle m'en parlait tout à l'heure."
"Seigneur... je pleure aussi, parce qu'à Césarée... Césarée est remplie de mes péchés. Maintenant je les vois tous… J'aurai beau- coup à souffrir dans mon humanité..." "Cela me fait plaisir. Plus tu souffriras et mieux cela vaudra. Parce que, ensuite, tu ne souffriras plus de ces peines inutiles.
Marie de Magdala s'efforce d'avaler ses larmes et ses sanglots et tombe à genoux. Elle baise les pieds de Jésus et, s'efforçant d'affermir sa voix, elle dit : "Oui, mon Seigneur. Je ferai ce que tu veux." "Lève-toi alors et sois sereine." |
||||
|
|
||||