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254> Jésus entre dans la synagogue de Capharnaüm qui se remplit
lentement de fidèles, car c'est le sabbat. On est grandement étonné de le
voir. Tous se le montrent du doigt en chuchotant, et quelqu'un tire le
vêtement de tel ou tel apôtre pour demander quand ils sont revenus, car
personne ne savait qu'ils étaient de retour.
"Nous venons juste de débarquer au "Puits du figuier" venant
de Bethsaïda, pour ne pas faire un pas de plus
qu'il n'est permis, ami" répond Pierre à Urie
le pharisien, et celui-ci, blessé de s'entendre appeler ami par un pêcheur,
s'en va, dédaigneux, rejoindre les siens au premier rang.
"Ne les excite pas, Simon !" avertit André.
"Les exciter ? Il m'a interrogé et j'ai répondu en disant aussi que nous
avions évité de marcher, par respect pour le sabbat."
"Ils diront que nous avons fatigué avec la barque..."
"Ils en arriveront à dire que nous avons fatigué en respirant! Imbécile!
C'est la barque qui fatigue, c'est le vent et l'eau, pas nous quand nous
allons en barque."
André encaisse la réprimande et se tait.
Après les prières préliminaires, vient le moment de la lecture d'un passage
et son explication. Le chef de la synagogue demande à Jésus de le faire, mais
Jésus montre les pharisiens en disant : "Qu'ils le fassent
eux." Mais, comme ils ne veulent pas le faire, il Lui faut parler.
Jésus lit le passage du premier livre des Rois où on raconte comment David,
trahi par les Zipheis, fut signalé à Saül qui était
à Gabaa . Il rend le rouleau
et commence à parler.
"Violer le commandement de la charité, de l'hospitalité, de l'honnêteté,
est toujours mal. Mais l'homme n'hésite pas à le faire avec la plus grande
indifférence. Nous avons ici un double récit de cette violation et la
punition de Dieu qui la sanctionna.
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La conduite des Zipheis
était fourbe. Celle de Saül ne l'était pas moins. Les premiers, lâches dans
l'intention de se concilier le plus fort et d'en tirer profit. Le second,
lâche dans l'intention de se débarrasser de l'oint du Seigneur. L'égoïsme,
par conséquent, les associait. Et à l'indigne proposition, le faux et pécheur
roi d'Israël ose donner une réponse où se trouve nommé le Seigneur :
"Soyez bénis par le Seigneur". 255> Dérision à l'égard
de la justice de Dieu ! Dérision habituelle ! Sur les méchancetés
de l'homme, trop souvent on invoque à titre de récompense ou de garantie le
Nom du Seigneur et sa bénédiction. Il est dit : "Ne nomme pas en
vain le Nom de Dieu" . Et peut-il y avoir
chose plus vaine, pire : plus mauvaise que celle de le nommer pour
accomplir un crime contre le prochain ?? Et pourtant c'est un péché plus
commun que tout autre, accompli avec indifférence même par ceux qui sont
toujours les premiers dans les assemblées du Seigneur, dans les cérémonies et
dans l'enseignement. Rappelez-vous que c'est un péché de chercher, de noter,
de préparer tout ce qui peut nuire au prochain. C'est aussi un péché de faire
chercher, noter, préparer par d'autres tout ce qui peut nuire au prochain.
C'est amener les autres au péché en les tentant par des récompenses ou des
menaces de représailles.
Je vous préviens que c'est un péché. Je vous préviens qu'une semblable
conduite est égoïsme et haine. Et vous savez que la haine et l'égoïsme sont
les ennemis de l'amour. Je vous le fais remarquer parce que je me préoccupe
de vos âmes. Parce que je vous aime. Parce que je ne vous veux pas pécheurs.
Parce que je ne veux pas que Dieu vous punisse, comme il advint à Saül qui,
pendant qu'il poursuivait David pour le prendre et le tuer, eut son pays
détruit par les Philistins. En vérité, cela arrivera toujours à qui nuit au
prochain. Sa victoire durera autant que l'herbe dans le pré. Elle aura vite
fait de pousser, mais aussi de sécher et d'être écrasée par les pieds
indifférents des passants. Alors que la bonne conduite, une vie honnête,
peine à naître et à s'affermir, mais une fois formée comme vie habituelle,
devient un arbre puissant et feuillu que les tourbillons eux-mêmes ne
sauraient arracher et que la canicule ne brûle pas. En vérité, celui qui est
fidèle à la Loi, mais réellement fidèle, devient un arbre puissant que les
passions ne plient pas, et qui n'est pas brûlé par le feu de Satan. J'ai
parlé. Si quelqu'un veut ajouter quelque chose, qu'il le fasse."
"Nous te demandons si c'est pour nous, les pharisiens, que tu as
parlé."
"La synagogue serait-elle pleine de pharisiens ? Vous êtes quatre.
La foule comprend des centaines de personnes. La parole est pour tout le
monde."
"L'allusion pourtant était claire."
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256> "En vérité, on n'a jamais vu que quelqu'un,
seulement indiqué par une comparaison, s'accuse de lui-même ! Et c'est
ce que vous faites, Mais pourquoi vous accusez-vous si Moi je ne vous accuse
pas ? Vous savez peut-être que vous agissez comme je l'ai dit ?
Moi, je ne le sais pas. Mais, s'il en est ainsi, repentez-vous-en. Car l'homme
est faible et peut pécher. Mais Dieu lui pardonne s'il s'élève en lui un
repentir sincère et le désir de ne plus pécher. Mais certainement persévérer
dans le mal est un double péché et sur lui ne descend pas le pardon."
"Nous, nous n'avons pas ce péché."
"Et alors ne vous affligez pas de mes paroles." L'incident est clos
et la synagogue se remplit du chant des hymnes. Puis il semble que
l'assemblée va se séparer sans autres incidents. Mais le pharisien Joachim
découvre un homme dans la foule et lui indique par des signes et le regard de
venir au premier rang. C'est un homme d'environ cinquante ans et il a un bras
atrophié devenu, même pour la main, beaucoup plus petit que l'autre, car
l'atrophie a détruit les muscles.
Jésus le voit et voit tout ce qu'on a combiné pour le Lui faire voir. Il a
sur le visage une expression de dégoût et de compassion qui passe comme un
éclair mais qui est très visible. Pourtant il ne dévie pas le coup. Au
contraire, il fait face à la situation avec fermeté.
"Viens ici, au milieu"
commande-t-il à l'homme. Et, quand il l'a devant Lui, il se tourne vers les
pharisiens et leur dit : "Pourquoi me tentez-vous ? N'ai-je
pas à peine cessé de parler contre les pièges et la haine ? Et vous, ne
venez-vous pas de dire : "Nous n'avons pas ce péché" ?
Vous ne répondez pas ? Répondez au moins à ceci : est-il permis de
faire du bien ou du mal le jour du sabbat ? Est-il permis de sauver ou
d'enlever la vie? Vous ne répondez pas? Moi, je répondrai pour vous, et en
présence de tout le peuple qui jugera mieux que vous, parce qu'il est simple
et sans haine ni orgueil. Il n'est pas permis le sabbat de faire un travail.
Mais, comme il est permis de prier, de même il est permis de faire du bien,
car le bien est une prière plus grande encore que les hymnes et les psaumes
que nous avons chantés. Alors que ni le sabbat, ni un autre jour, il n'est
permis de faire le mal. Et vous, vous l'avez fait, en manœuvrant pour avoir
ici cet homme qui n'est même pas de Capharnaüm et que vous avez fait venir
depuis deux jours, sachant que j'étais à Bethsaïda
et pensant que je serais venu dans ma ville. Et vous l'avez fait pour essayer
de me mettre en accusation. 257> Et vous commettez ainsi le péché de
tuer votre âme au lieu de la sauver. Mais pour ce qui me concerne, je vous
pardonne et je ne décevrai pas la foi de cet homme que vous avez fait venir
en disant que je le guérirais alors que vous vouliez me tendre un piège. Lui
n'est pas coupable, car il est venu sans autre intention que celle de guérir.
Et que cela soit. Homme, étends ta main et va en paix."
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L'homme obéit et sa main devient saine, comme l'autre. Il s'en sert tout de
suite pour prendre un pan du manteau de Jésus pour le baiser en Lui
disant : "Tu sais que je ne connaissais pas leur véritable
intention. Si je l'avais sue, je ne serai pas venu, préférant garder ma main
morte plutôt que de m'en servir contre Toi. Ne m'en veux donc pas."
"Va en paix, homme. le sais la vérité, et à ton égard je n'ai que
bienveillance."
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