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15> C'est le soir. Une
nouvelle soirée d'adieux pour la petite maison de Nazareth et ses habitants.
Un autre souper durant lequel la peine rend la nourriture sans attrait pour
les bouches, et taciturnes les personnes. À la table est assis Jésus avec
Jean et Sintica, et Pierre, Jean, Simon et Mathieu. Les autres n'ont pas pu s'y
asseoir. Elle est si petite la table de Nazareth ! Tout juste faite pour
une petite famille de justes où on peut tout au plus faire asseoir le pèlerin
et l'affligé pour les restaurer par l'amour plus que par la nourriture !
Au maximum, ce soir-là, Margziam aurait pu s'asseoir, parce que c'est un
enfant, et très mince, qui occupe peu de place...
Mais Margziam, très sérieux et silencieux, mange
dans un coin, assis sur un petit banc aux pieds de Porphyrée que la Vierge a
installée sur le siège du métier et qui, douce et silencieuse, mange la
nourriture qu'on lui a donnée, en portant un regard de pitié sur les deux qui
vont bientôt partir et qui essaient d'avaler leurs bouchées en restant la
tête baissée pour cacher leurs visages brûlés par les larmes.
Les autres, c'est-à-dire les deux fils d'Alphée, André et Jacques de Zébédée,
se sont installés dans la cuisine près d'une sorte de maie, mais on les voit
par la porte ouverte.
Marie très Sainte et Marie d'Alphée vont et viennent en servant les uns et
les autres, maternelles, angoissées, tristes. Et si Marie très Sainte caresse
de son sourire, si douloureux ce soir-là, ceux qu'elle approche, Marie
d'Alphée, moins réservée et plus familière, joint au sourire l'acte et la
parole y ajoutant un baiser ou une caresse suivant le bénéficiaire,
encourageant tel ou tel à prendre de la nourriture et présentant les mets les
plus indiqués selon les besoins de chacun et en vue du voyage. Je crois que,
par une pitié affectueuse pour Jean qui est épuisé et qui en ces jours
d'attente est encore plus amaigri, elle se donnerait elle-même à manger tant
elle s'efforce de le persuader de prendre ceci ou cela en en vantant la
saveur et les propriétés salutaires. Mais malgré toutes ses... séductions,
les mets restent presque intacts dans l'assiette de Jean, et Marie d'Alphée
s'en afflige comme une mère qui voit son bébé repousser son sein.
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16> "Mais tu ne peux
partir ainsi, fils !" s'écrie-t-elle. Et dans son âme maternelle
elle ne réfléchit pas que Jean a à peu près le même âge qu'elle et que le nom
de fils ne convient guère. Mais elle ne voit en lui qu'une créature qui
souffre et ainsi elle ne trouve que ce nom pour le consoler... "Voyager
l'estomac vide, sur ce char cahotant dans le froid humide de la nuit, cela te
fera mal. Et puis ! qui sait comment vous mangerez pendant cet horrible
et long voyage !... Éternelle pitié ! En mer, pendant tant de
milles ! Moi, je mourrais de peur. Et le long des côtes phéniciennes, et
puis !... ce sera encore pire ! Et sûrement le patron du bateau
sera un philistin ou un phénicien ou de quelque nation d'enfer... et il
n'aura pas pitié... Allons donc, pendant que tu es encore près d'une mère qui
t'aime bien !... Mange : rien qu'un petit morceau de cet excellent
poisson. Seulement pour faire plaisir à Simon de Jonas qui l'a préparé à
Bethsaïda avec tant d'amour et qui aujourd'hui m'a indiqué comment le
préparer, pour toi et pour Jésus, pour bien vous restaurer. Cela ne te va
pas ? ...Alors... oh ! cela tu vas le manger !" et elle
court vers la cuisine et en rapporte un plat de bouillie fumante. Je ne sais
pas ce que c'est... C'est certainement une sorte de farine ou bien de grains cuits
dans du lait jusqu'à en devenir de la bouillie : "Regarde, cela je
l'ai fait parce je me souviens qu'un jour tu m'en as parlé comme d'un doux
souvenir de ta petite enfance... C'est bon et cela fait du bien. Allons, un
petit peu."
Jean se laisse servir quelques cuillerées de cette bouillie dans son assiette
et essaie de l'avaler, mais des larmes descendent pour mêler leur sel à la
nourriture pendant qu'il baisse encore plus la tête.
Les autres font grand honneur à ce plat qui doit être pour eux un délice.
Leurs visages se sont éclairés en le voyant et Margziam s'est levé... mais
ensuite, il a éprouvé le besoin de demander à Marie très Sainte: "Est-ce
que je peux en manger ? Il manque cinq jours pour la fin du vœu..."
"Oui, mon fils, tu peux en manger" dit Marie en le caressant. Mais
l'enfant est encore hésitant et alors Marie, pour calmer les scrupules du
petit disciple, interpelle son Fils : "Jésus, Margziam
demande s'il peut manger de l'orge mondé... à cause du miel qui en fait un
plat doux, tu sais..."
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17> "Oui, oui, Margziam. Ce soir, je te dispense de ton sacrifice à
condition que Jean mange lui aussi son orge au miel. Vois comme l'enfant le
désire ? Aide-le donc à obtenir cette chose" et Jésus, qui a Jean
près de Lui, lui prend la main et la lui tient pendant que Jean s'efforce,
par obéissance, de finir son orge.
Marie d'Alphée est plus contente maintenant, et elle revient l'assaut avec un
beau plat de poires cuites au four, toutes fumantes. Elle rentre du jardin
avec son plateau et elle dit : "Il pleut. Cela commence. Quel
malheur !"
"Mais non ! Cela vaut mieux, au contraire ! Ainsi il n'y aura
personne sur les routes. Quand on part, les salutations font toujours mal...
Il vaut mieux filer avec le vent dans les voiles et sans trouver des
bas-fonds ou des écueils qui imposent des arrêts et une marche lente. Et les
curieux sont justement des bas-fonds et de écueils..." dit Pierre qui
voit en tout événement les voiles et la navigation.
"Merci, Marie. Mais je ne mange rien d'autre" dit Jean en cherchant
à repousser les fruits.
"Ah ! cela, non ! C'est Marie qui les a cuites. Veux-tu
mépriser la nourriture qu'elle a préparée ? Regarde comme elle les a
bien préparées ! Avec leurs épices dans le petit trou... et leur beurre
à la base... Ce doit être un dessert de roi, un sirop. Elle s'est rougie elle
aussi au feu du four pour les dorer à point. Et elles sont bonnes pour la
gorge, pour la toux... Elles réchauffent et guérissent. Marie, dis-lui, toi,
comme elles réussissaient bien à mon Alphée quand il était malade. Mais il
les voulait faites par toi. Hé ! oui c'est que tes mains sont saintes et
donnent la santé !... Bénis sont les mets que tu prépares !... Il
était plus tranquille, mon Alphée après avoir mangé ces poires... sa
respiration était plus douce... Mon pauvre mari !..." et Marie
saisit l'occasion de ce souvenir pour pouvoir finalement pleurer et sortir
pour pleurer. Je fais peut-être une supposition méchante, mais je crois que
sans la pitié qu'elle a pour les deux qui vont partir, le "pauvre
Alphée" n'aurait pas eu une seule larme de son épouse, ce soir-là...
Marie d'Alphée était toute éplorée pour Jean et Sintica, et pour Jésus,
Jacques et Jude qui s'en allaient, tellement qu'elle a ouvert une issue à ses
larmes pour ne pas étouffer.
Marie lui succède alors, en mettant sa main sur l'épaule de Sintica qui est
en face de Jésus, entre Simon et Mathieu. "Allons, mangez. Voulez-vous
donc partir en me laissant aussi l'angoisse que vous êtes partis presque à
jeun ?"
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18> "Moi, j'ai mangé,
Mère" dit Sintica en levant son visage fatigué
et marqué par les pleurs qu'elle a versés depuis plusieurs jours. Et puis
elle incline son visage sur l'épaule où se trouve la main de Marie, en
frottant sa joue sur la petite main pour en être caressée. Marie caresse avec
l'autre main ses cheveux et attire à elle la tête de Sintica qui maintenant
appuie son visage sur son sein.
"Mange, Jean, cela te fera réellement du bien. Tu as besoin de ne pas te
refroidir. Toi, Simon de Jonas, tu veilleras à lui donner le lait chaud avec
le miel tous les soirs ou, au moins, de l'eau très chaude et miellée.
Souviens-le-toi."
"Je pourvoirai moi aussi, Mère. Sois tranquille" dit Sintica.
"En effet, j'en suis sûre. Mais tu
feras cela lorsque tu seras installée à Antioche. Pour le moment y pensera
Simon de Jonas. Et rappelle-toi, Simon, de lui donner beaucoup d'huile
d'olive. C'est pour cela que je t'ai donné ce flacon. Attention à ne pas le
casser. Et si tu vois que sa respiration est plus difficile, fais comme je
t'ai dit avec l'autre vase de baume. Prends ce qu'il faut pour oindre la
poitrine, les épaules et les reins, et réchauffe-le jusqu'à pouvoir le
toucher sans te brûler, et puis masse-le et couvre-le tout de suite avec ces
bandes de laine que je t'ai données. Je l'ai préparé exprès. Et toi, Sintica,
souviens-toi de sa composition, pour en refaire. Tu pourras toujours trouver
des lys, et du camphre et des dictames, de la résine et des œillets avec des
lauriers et de l'armoise et le reste. J'ai entendu dire que Lazare a là-bas,
à Antigonea, des jardins d'essences."
"Et splendides" dit le Zélote qui les a vus. Et il ajoute :
"Moi, je ne conseille rien, mais je dis que pour Jean cet endroit
devrait lui être salutaire aussi bien pour l'esprit que pour la chair, plus
qu'Antioche. Il est abrité des vents, l'air est léger, qui vient des bois de
résineux situés sur les pentes d'une petite colline qui protège des vents de
la mer mais qui cependant permet aux sels de mer bienfaisants de se répandre
jusque-là : un endroit tranquille, silencieux, gai pourtant avec les
myriades de fleurs et les oiseaux qui y vivent en paix... Enfin vous verrez
vous ce qui vous convient le mieux. Sintica est si judicieuse ! Parce
qu'en ces choses, il vaut mieux s'en remettre aux femmes, n'est-ce
pas ?"
"En effet je confie mon Jean précisément au bon sens et au bon cœur de Sintica" dit Jésus.
"Et moi aussi" dit Jean d'Endor. "Moi... moi... moi, je n'ai
plus aucune énergie... et... je ne serai jamais plus utile à rien..."
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19> "Jean, ne dis pas
cela ! Quand l'automne dépouille les arbres, il n'est pas dit qu'ils
soient inertes. Au contraire, ils travaillent avec une énergie cachée à
préparer le triomphe de la prochaine fructification. Pour toi, c'est la même
chose. Maintenant tu es dépouillé par le vent froid de cette douleur. Mais en
réalité, au plus profond de toi-même, tu travailles déjà pour les nouveaux
ministères. Ta peine elle-même te poussera à l'action. Moi, j'en suis
certaine. Et alors, toi tu seras, tu seras toujours celui qui m'aidera, moi,
pauvre femme, qui ai encore tant à apprendre pour devenir quelque chose de
Jésus."
"Oh ! que veux-tu donc que je sois désormais ?! Je n'ai plus
rien faire... Je suis fini !"
"Non, ce n'est pas bien de dire cela ! Seulement celui qui meurt
peut dire : "Je suis fini comme homme". Pas les autres. Tu
crois que tu n'as plus rien à faire ? Il te reste encore ce que tu m'as
dit un jour: accomplir le sacrifice. Et comment, sinon par la souffrance
Jean, à toi, démagogue, il est prétentieux de citer les sages, mais je te
rappelle Gorgias de Léontine. Lui enseignait qu'on n'expie, en cette
vie ou dans l'autre, que par les douleurs et les souffrances. Et je te
rappelle encore notre grand Socrate : "Désobéir à celui qui nous
est supérieur, qu'il soit dieu ou homme, c'est mal et honteux". Or, si
c'était juste de le faire pour obéir à une injuste sentence donnée par des
hommes injustes, que sera-ce s'il s'agit d'un ordre donné par l'Homme très
saint et par notre Dieu ? C'est une grande chose d'obéir, seulement
parce que c'est obéir. C'est donc une très grande chose que d'obéir à un
ordre saint, que moi je juge et qu'avec moi tu dois également juger, comme
une grande miséricorde. Tu ne cesses de dire que ta vie arrive à son terme
que tu ne sens pas encore d'avoir annulé tes dettes envers la Justice. Et
pourquoi ne prends-tu pas cette grande douleur comme un moyen d'arriver à
annuler ces dettes, et de le faire dans le court laps de temps qui te reste
encore ? Une grande douleur pour avoir une grande paix ! Crois-moi
qu'il vaut la peine de la souffrir. L'un que chose qui soit importante dans
la vie, c'est d'arriver à la mort après avoir conquis la Vertu."
"Tu me redonnes du courage, Sintica... Fais-le toujours."
"Je le ferai. Je te le promets ici. Mais seconde-moi, en homme et en chrétien."
Le repas est fini. Marie ramasse les poires qui restent et les met dans un
vase pour les donner à André, qui sort et revient en disant "Il pleut
toujours plus. Moi, je dirais qu'il vaut mieux..."
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20> "Oui. Attendre, c'est
toujours prolonger l'agonie. Je vais tout de suite préparer la bête. Et vous
aussi, venez avec les coffres et le reste. Toi aussi, Porphyrée. Vite ! Tu
es si patiente que l'âne en est charmé et se laisse habiller (c'est le mot
qu'il emploie) sans entêtement. Après, s'en chargera André qui te ressemble.
Allons, en route !" et Pierre pousse hors de la pièce et de la
cuisine tout le monde sauf Marie, Jésus, Jean d'Endor et Sintica.
"Maître ! Oh ! Maître, aide-moi ! C'est l'heure de... me
sentir fendre le cœur ! Oui, elle est venue ! Oh ! pourquoi,
bon Jésus, ne m'as-tu pas fait mourir ici, après avoir eu déjà le déchirement
de ma condamnation et après avoir fait l'effort de l'accepter ?!"
Et Jean tombe sur la poitrine de Jésus, en pleurant tout angoissé.
Marie et Sintica essaient de le calmer et Marie, bien que toujours si
réservée, le détache de Jésus en l'embrassant, en l'appelant :
"Fils chéri, mon fils préféré"...
Sintica, à ce moment, s'agenouille aux pieds de
Jésus en disant : "Bénis-moi, consacre-moi pour que je
sois fortifiée. Seigneur, Sauveur et Roi, ici, en présence de ta Mère, je
jure et je promets de suivre ta doctrine et de te servir jusqu'à mon dernier soupir.
Je jure et je promets de me vouer à ta doctrine et à ceux qui te suivent, par
amour pour Toi, Maître et Sauveur. Je jure et je promets que ma vie n'aura
pas d'autre but, et que tout ce qu'est le monde et la chair est pour moi
définitivement mort, alors qu'avec l'aide de Dieu et des prières de ta Mère,
j'espère vaincre le démon pour qu'il ne m'induise pas en erreur et qu'à
l'heure de ton Jugement je ne sois pas condamnée. Je jure et je promets que
les séductions et les menaces ne me feront pas plier et que je m'en
souviendrai, à moins que Dieu n'en dispose autrement. Mais j'espère en Lui et
je crois en sa Bonté, ce qui me donne la certitude qu'il ne me laissera pas à
la merci de forces obscures plus fortes que les miennes. Consacre ta
servante, ô Seigneur, pour qu'elle soit défendue contre les embûches de tout
ennemi."
Jésus lui met les mains sur la tête, les paumes ouvertes comme font aussi les
prêtres, et prie sur elle.
Marie conduit Jean auprès de Sintica et le fait agenouiller en disant :
"Lui aussi, mon Fils, pour qu'il te serve dans la sainteté et la
paix."
Et Jésus répète son geste sur la tête inclinée du pauvre Jean. Puis il le
relève et fait lever Sintica, en mettant leurs mains dans les mains de Marie
et en disant : "Et que ce soit elle, la dernière qui vous caresse
ici" et il sort rapidement pour aller je ne sais où.
"Mère, adieu ! Je n'oublierai jamais ces jours" gémit Jean.
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21> "Moi non plus, je
ne t'oublierai pas, fils chéri."
"Moi aussi, Mère... Adieu. Permets-moi de t'embrasser encore. Oh !
après tant d'années je m'étais rassasiée de baisers maternels !
Maintenant, plus..." Sintica pleure dans les
bras de Marie qui l'embrasse.
Jean sanglote sans retenue. Marie l'embrasse lui aussi. Maintenant, elle les
a tous les deux dans ses bras, vraie Mère des chrétiens, et elle effleure de
ses lèvres très pures la joue rugueuse de Jean, un baiser pudique, mais si
affectueux. Et, avec le baiser restent les larmes de la Vierge sur la joue
émaciée...
Pierre entre : "C'est prêt. Allons..." et il ne dit rien
d'autre cause de l'émotion.
Margziam qui suit son père comme l'ombre suit le
corps, s'attache au cou de Sintica et l'embrasse, il embrasse Jean et lui
donne des baisers, des baisers... Mais il pleure lui aussi.
Ils sortent, Marie tenant Sintica par la main et Margziam à la main de Jean.
"Nos manteaux..." dit en pleurant Sintica, et elle va rentrer.
"Ils sont ici, ils sont ici. Vite, prenez..." dit Pierre rudement
pour ne pas s'émouvoir mais, derrière les deux qui s'enveloppent da leurs
manteaux, il essuie ses larmes avec le dos de la main...
Là-bas, au-delà de la haie, la lumière mouvante du char met une tache jaune
dans l'air obscur... La pluie bruit dans les feuillages des oliviers, résonne
sur le bassin plein d'eau... Un pigeon, éveillé par la lumière des lampes que
les apôtres tiennent à l'abri des manteaux, tout bas pour éclairer les
sentiers pleins de flaque d'eau, roucoule lamentablement...
Jésus est déjà près du char sur lequel on a tendu une couverture pour servir
de capote.
"Allons, allons ! Il pleut beaucoup !" dit Pierre pour
les faire presser. Et, pendant que Jacques de Zébédée remplace Porphyrée à la
bride, lui, sans façons, soulève de terre Sintica et la pose sur le char et,
avec encore plus de promptitude, il saisit Jean d'Endor et il le met dessus
et il monte lui aussi, en donnant immédiatement au pauvre âne un coup de
fouet si énergique que celui-ci se précipite en avant bousculant presque
Jacques. Et Pierre insiste jusqu’à ce qu'ils se trouvent sur la vraie route à
une bonne distance des maisons... Un dernier cri d'adieu suit ceux qui
partent et qui pleurent sans se retenir...
Pierre arrête ensuite la monture hors de Nazareth, en attend Jésus et les
autres qui ne tardent pas à les rejoindre en marchant rapidement sous la
pluie battante.
22> Ils prennent une route à
travers les jardins pour arriver de nouveau au nord de la ville, sans la
traverser, Mais Nazareth est plongée dans la nuit et elle dort sous l'eau
glacée de la nuit d'hiver... et je crois que le bruit des sabots de l'âne,
peu sensible sur le terrain détrempé, en terre battue, n'est pas même perçu
par des veilleurs éventuels...
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