"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta
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  5.315 - Il viaggio verso Jiftael le riflessioni di Giovanni di Endor.

  3.314 - Towards Jiphthahel.


mardi
12 décembre 28
6 Tébeth

vers Jiphtaël


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Jean d'Endor pardonne à Judas le mal qu’il lui fait


- Discussion sur l'itinéraire 22

- Pierre fait contre mauvaise fortune bon coeur 23

- Les difficultés d'un raccourci escarpé 24

- Jean d'Endor pardonne à Judas 25

- Sur les hauteurs de Jiphtaël 26

 

5.3.
Vers Jiphtaël


22> Il doit avoir plu toute la nuit. Mais, avec l'aube, s'est levé un vent sec qui a repoussé les nuages vers le sud, au-delà des collines de Nazareth. Aussi un timide soleil d'hiver ose paraître et, par son rayonnement, il allume un diamant sur chaque feuille d'olivier. Mais c'est un vêtement de gala que les oliviers auront vite fait de perdre parce que le vent le secoue de leurs frondaisons qui semblent pleurer des éclats de diamants qui se perdent ensuite dans les herbes couvertes de rosée ou sur la route boueuse.

Pierre, avec l'aide de Jacques et d'André, prépare le char et l'âne. Les autres ne se montrent pas encore. Mais ensuite ils sortent, l'un après l'autre, d'une cuisine peut-être, parce qu'ils disent aux trois qui sont dehors : "Maintenant allez vous restaurer." Et ces derniers s'en vont pour sortir peu après, et cette fois avec Jésus.

"J'ai remis la couverture à cause du vent" explique Pierre. "Si tu veux vraiment aller à Jiphtaël, nous allons l'avoir en face... et il sera piquant. Je ne sais pas pourquoi nous ne prenons pas la route directe pour Sicaminon, et puis celle de la côte... Elle est plus longue mais moins difficile. Tu as entendu ce que disait ce berger que j'ai fait habilement chanter ? Il a dit : "Jotapate dans les mois d'hiver est isolée. Il n'y a qu'une route pour y aller, et avec les agneaux on n'y va pas... On ne doit rien avoir sur les épaules car il y a des passages où l'on avance plutôt avec les mains qu'avec les pieds, et les agneaux ne peuvent pas nager... Il y a deux cours d'eau souvent en crue et la route elle-même est un torrent qui coule sur un fond de roches. Moi, j'y vais après les Tabernacles et en 23> plein printemps, et j'y fais de bonnes ventes parce qu'alors il s'approvisionnent pour des mois". Voilà ce qu'il a dit... Et nous. avec cet équipage... (et il donne un coup de pied à la roue du char). et avec ce bourricot... Hum !..."

"Le chemin direct de Sephoris a Sicaminon était meilleur. Mais il est très fréquenté... Rappelle-toi qu'il est bien de ne pas laisser de traces de Jean..."

"Le Maître a raison. Nous pourrions trouver aussi Isaac avec de disciples... Et puis à Sicaminon !..." dit le Zélote.

"Et alors... allons-y..."

"Je vais appeler ces deux..." dit André.

Et pendant qu'il le fait, Jésus prend congé d'une vieille et d'un enfant qui sortent d'un bercail avec des seaux de lait. Surviennent aussi des bergers barbus que Jésus remercie pour l'hospitalité de la nuit pluvieuse. Jean et Sintica sont déjà sur le char qui, conduit par Pierre, se dirige sur la route. Jésus, accompagné du Zélote et de Mathieu, suivi d'André, de Jacques, de Jean et des deux fi d'Alphée, hâte le pas pour le rejoindre.

Le vent coupe le visage et gonfle les manteaux. La couverture étendue sur les cercles du char, claque comme une voile bien que la pluie de la nuit l'ait alourdie : "Allons, qu'elle sèche vite !" murmure Pierre en la regardant. "Pourvu que ne se dessèchent pas les poumons de ce pauvre homme !... Attends, Simon de Jonas... On fait ainsi." Il arrête l'âne et enlève son manteau, monte sur le char et en enveloppe Jean soigneusement.

"Mais, pourquoi ? J'ai déjà le mien…"

"Parce que moi à tirer l'âne j'ai déjà chaud comme si j'étais dans un four. Et puis je suis habitué, moi, à rester déshabillé sur la barque, et plus que jamais déshabillé quand il y a de la tempête. Le froid m'aiguillonne et je suis plus leste. Allons, reste bien couvert Elle m'a fait tant et tant de recommandations Marie à Nazareth que si tu prends mal, je ne pourrai plus jamais paraître devant elle..."

Il descend du char et reprend la bride en activant la marche de l'âne. Mais bien vite, il doit appeler à l'aide son frère et aussi Jacques, pour aider l'âne à sortir d'un passage boueux où la roue s'est enfoncée. Et ils avancent, en poussant à tour de rôle le char pour aider l'âne qui raidit ses pattes robustes dans la boue et qui tire, pauvre bête, éclaboussant et haletant de fatigue et de gourmandise, car Pierre excite sa marche en lui montrant des bouchées pain et des trognons de pommes qu'il ne lui donne pourtant que 24> pendant les arrêts.

"Tu es un trompeur, Simon de Jonas" dit en plaisantant Mathieu qui observe la manœuvre.

"Non. J'applique la bête à son devoir, et avec douceur. Si je n'agissais pas ainsi, il faudrait me servir du fouet. Et il me déplaît de le faire. Je ne pique pas la barque quand elle fait des caprices, et c'est du bois. Pourquoi devrais-je piquer celui-là qui est chair ? Maintenant, c'est lui ma barque... elle est dans l'eau... et comment ! Aussi je le traite comme je traite ma barque. Je ne suis pas Doras, moi ! Vous savez ? Je voulais l'appeler Doras avant de l'acheter. Mais j'ai entendu son nom, et il ma plu. Je le lui ai laissé..."

"Comment s'appelle-t-il ?" demandent-ils curieux. "Devinez !" et Pierre rit dans sa barbe.

On dit les noms les plus étranges et ceux des plus féroces pharisiens ou sadducéens et cætera. Mais Pierre hoche toujours la tête. Ils s'avouent vaincus.

"Il s'appelle Antoine. N'est-ce pas un beau nom ? Ce maudit romain ! On voit que le grec qui m'a vendu l'âne était brouillé lui aussi avec Antoine !"

Tout le monde rit, pendant que Jean d'Endor explique : "Ce sera un des collecteurs d'impôts après la mort de César. Est-il vieux ?"

"Il peut avoir soixante-dix ans... et il doit avoir fait tous les métiers... Maintenant il a une auberge à Tibériade..."

Ils sont au triple carrefour de Sephoris au croisement des routes Nazareth-Ptolémaïs, Nazareth-Sicaminon, Nazareth-Jotapate. La borne consulaire porte la triple indication : Ptolémaïs, Sicaminon, Jotapate.

"Entrons-nous à Sephoris, Maître ?"

"C'est inutile. Allons à Jiphtaël, sans nous arrêter. Nous mangerons en marchant. Il faut y être avant le soir."

Ils vont, ils vont, franchissant deux torrents en crue et ils attaquent les premières pentes d'un ensemble de collines en direction nord-sud, qui au nord forment un nœud à pic qui ensuite se prolonge vers l'est.

"Là se trouve Jiphtaël" dit Jésus.

"Je ne vois rien" dit Pierre.

"C'est au nord. De notre côté, il y a des pentes à pic et de même à l'orient et au couchant."

"De sorte qu'il faut contourner toute la montagne ?"

"Non. Il y a un chemin près de la montagne plus haute, à son pied, dans la vallée. C'est un sérieux raccourci, mais très escarpé."

25> "Tu y es allé ?"

"Non, mais je le sais."

Vraiment, quel chemin escarpé ! Il paraît se précipiter à la rencontre de la nuit tant la lumière est réduite au fond de cette vallée qui me fait penser aux Malebolge dantesques tant elle est effroyable et escarpée, une route vraiment taillée dans le roc, pour ainsi dire en escalier, tant elle est hérissée de dénivellements, un chemin étroit, sauvage, resserré entre un torrent rageur et une côte encore plus escarpée qui monte rapide vers le nord. C'est au point que quand ils y arrivent, ils en sont effarés...

Si la lumière augmente au fur et à mesure que l'on monte, en revanche la fatigue croît aussi. Les apôtres déchargent le char des sacs personnels, et Sintica descend aussi pour que le char soit le plus léger possible. Jean d'Endor, qui après ses quelques paroles n'avait plus ouvert la bouche que pour tousser, voudrait descendre lui aussi. Mais on ne le lui permet pas et il reste où il est pendant que tous poussent et tirent bête et véhicule, et suent à chaque changement de niveau. Mais personne ne proteste, au contraire tous essaient de se montrer satisfaits. de l'exercice pour ne pas humilier les deux pour lesquels ils le font et qui, plus d'une fois, ont exprimé des paroles de regret pour cette fatigue.

La route fait un angle droit et puis un autre détour, encore plus court, qui se termine dans une ville juchée sur une pente si rapide que, comme dit Jean de Zébédée, elle donne l'impression qu'elle va glisser dans la vallée avec ses maisons.

"Mais elle est très solide, elle ne fait qu'un avec le roc."

"Comme Ramot, alors..." dit Sintica qui s'en souvient.

"Plus encore. Ici le roc est une partie des maisons et pas seulement leur base. Cela rappelle davantage Gamala. Vous en souvenez-vous ?"

"Oui, et avec elle nous pensons aux porcs..." dit André.

"C'est justement de là que nous sommes partis pour Tarichée et le Thabor et Endor" rappelle Simon le Zélote.

"Je suis destiné à vous donner des souvenirs pénibles et de grandes fatigues..." soupire Jean d'Endor.

"Mais non ! Tu nous a donné une fidèle amitié, rien de plus, ami" dit impétueusement Jude d'Alphée; Et tous s'unissent à lui pour le confirmer plus nettement.

"Et pourtant... je n'ai pas été aimé... Personne ne me le dit... Mais je sais réfléchir, rassembler les faits dispersés en un seul tableau. Ce départ, non, il n'était pas prévu, et la décision n'a pas 26> été spontanée..."

"Pourquoi parles-tu ainsi, Jean ?" demande doucement Jésus, affligé.

"Parce que c'est vrai. On n'a pas voulu de moi. C'est moi, pas d'autres, même pas les grands disciples, qui ai été choisi pour aller au loin."

"Et Sintica, alors ?" demande Jacques d'Alphée qui s'attriste de la clarté qui vient à la pensée de l'homme d'Endor.

"Sintica vient pour que je ne sois pas renvoyé seul... pour me cacher, par pitié, la vérité..."

"Non, Jean !..."

"Si, Maître. Et tu vois ? Je pourrais te dire le nom de celui qui me torture. Sais-tu où je le lis ? Je le lis rien qu'à regarder ces huit bons ! Il me suffit de réfléchir à l'absence des autres pour le lire ! Celui par lequel tu m'as trouvé, est aussi celui qui voudrait me faire trouver par Belzébuth. C'est lui qui m'a amené à cette heure et qui t'y a amené, Maître, car Toi aussi, tu souffres Comme moi et peut-être plus que moi, et il m'a amené à cette heure pour me faire revenir au désespoir et à la haine. Car il est mauvais, il est cruel, il est envieux et il est autre chose encore. C'est Judas de Kériot, l'âme ténébreuse parmi tes serviteurs toute lumière..."

"Ne parle pas ainsi, Jean. Il n'est pas le seul qui manque. Tous ont été absents pour les Encénies, sauf le Zélote qui n'avait pas de famille. De Kériot, et en cette saison, on n'arrive pas en quelques étapes. Il y a environ deux cent milles à parcourir[1] et il était juste qu'il aille chez sa mère comme Thomas. Nathanaël aussi, je l'ai épargné parce qu'il est âgé, et avec lui Philippe pour lui tenir compagnie..."

"Oui, les trois autres ne sont pas ici... Mais, ô bon Jésus, tu connais les cœurs car tu es le Saint ! Mais tu n'es pas seul à les connaître ! Même les pervers connaissent Les pervers car ils se reconnaissent en eux. Moi, j'ai été pervers, et je me suis retrouvé dans mes pires instincts en Judas. Mais je lui pardonne. Pour une seule raison je lui pardonne de m'envoyer mourir si loin : car c'est justement par lui que je suis venu à Toi. Et que Dieu Lui pardonne le reste... tout le reste."

Jésus n'ose pas démentir... Il se tait. Les apôtres se regardent entre eux alors qu'à force de bras ils poussent Le char sur le chemin glissant.

Le soir est proche quand ils arrivent à la ville où, inconnus parmi les inconnus, ils prennent leur logement dans une auberge située 27> sur la hauteur au sud du pays. Une hauteur qui donne le vertige quand on regarde en bas, le long de son mur, tant elle est à pic et profonde. Au fond, une rumeur et rien de plus, dans l'ombre paisible qui envahit la vallée et où rugit un torrent.


[1] Près de 300 km.