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7> Commencement de la troisième
année.
Jean, Jacques, Matthieu et André sont déjà arrivés à Nazareth et, en attendant Pierre, se promènent dans le jardin de Nazareth, plaisantant
avec Margziam
ou bien parlant entre eux. Je ne vois
personne d'autre, comme si Jésus était sorti
et Marie occupée au ménage. À
cause du four qui fume, je dirais qu'elle est occupée au pain.
Ils sont contents les quatre apôtres d'être dans la maison du Maître, et ils le
manifestent. Margziam, par au moins trois fois, leur dit : "Ne riez
pas ainsi !" Et la troisième fois, Matthieu remarque la
recommandation et demande : "Pourquoi, mon garçon ? N'est-il
pas juste d'être contents d'être ici ? Toi, tu as joui de cet endroit,
hein ? Maintenant, c'est notre tour" et il lui donne une
chiquenaude amicale. Margziam le regarde avec beaucoup de sérieux, mais il
sait se taire.
Jésus rentre avec les cousins Jude et Jacques qui, avec
force démonstration, saluent les compagnons dont ils ont été séparés pendant
de longs jours.
Marie
d'Alphée sort la tête du fournil, toute
rouge et enfarinée, et elle sourit à ses fils.
En dernier revient le Zélote en
disant : "J'ai tout fait, Maître. D'ici peu, Simon sera ici."
"Quel Simon ? Mon frère ou
Simon de Jonas ?"
"Ton frère, Jacques. Il vient avec toute sa famille te saluer."
En effet, quelques minutes après, des coups à la porte et un bavardage
annoncent l'arrivée de Simon d'Alphée qui entre le premier en tenant par la
main un petit d'environ
huit ans, derrière lui entre Salomé, entourée de sa nichée.
Marie d'Alphée sort du fournil et embrasse ses petits-enfants, heureuse de
les voir là.
"Tu pars donc de nouveau ?" demande Simon alors que ses
enfants lient amitié avec Margziam qui, me semble-t-il, ne connaît bien que
le seul Alphée qui a été guéri.
"Oui, c'est le moment."
"Tu auras encore des jours de pluie !"
"Peu importe. Chaque jour nous rapproche du printemps."
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8> "Tu vas à Capharnaüm ?"
"J'y irai certainement, mais pas tout de suite. Maintenant je vais aller
à travers la Galilée et au-delà."
"Je viendrai te trouver quand je te saurai à Capharnaüm. Je t'amènerai
ta Mère et la mienne."
"Je
t'en serai reconnaissant. Maintenant, ne la néglige pas. Elle reste toute
seule. Amène-lui les petits. Ici, ils ne se corrompent pas. Sois-en
certain..."
Simon rougit violemment à cause de l'allusion que fait Jésus à son ancienne
manière de voir, et du coup d’œil très significatif de sa femme qui semble
lui dire : "Tu entends ? C'est pour toi."
Mais Simon détourne la conversation en disant : "Où est ta
Mère ?"
"Elle est en train de faire le pain, mais elle va venir..."
Les enfants de Simon, cependant, n'attendent pas davantage, et ils s'en vont,
derrière la grand-mère, dans le fournil. Et voilà qu'une fillette, à peine
plus grande que le petit Alphée qui a été guéri, en sort presque aussitôt en
disant : "Marie pleure. Pourquoi ? Hein ! Jésus ?
Pourquoi pleure-t-elle ta Mère ?"
"Elle pleure ? Oh ! chérie ! .Je vais la trouver"
dit Salomé avec empressement.
Et Jésus explique : "Elle pleure parce que je pars... Mais tu
viendras lui tenir compagnie, n'est-ce pas ? Elle t'apprendra à broder
et tu la réjouiras. Me le promets-tu ?"
"J'y viendrai moi aussi, maintenant que le père m'y laisse venir"
dit Alphée, en mangeant une petite fouace chaude qu'on lui a donnée.
Mais si chaude que soit la fouace qu'on peut à peine tenir entre les doigts,
je la crois froide en comparaison de la chaleur que produit la honte de Simon
d'Alphée quand il entend les paroles de son petit garçon. Bien que ce soit
une matinée d'hiver plutôt froide, avec un vent du nord qui chasse les nuages
du ciel mais qui pique aussi l'épiderme, Simon est couvert d'une sueur
abondante, comme en plein été...
Mais Jésus fait semblant de ne pas s'en apercevoir et les apôtres paraissent
prendre un grand intérêt à ce que disent les enfants de Simon, ainsi
l'incident prend fin et Simon peut se ressaisir et demander à Jésus pourquoi
tous les apôtres ne sont pas là.
"Simon de Jonas va arriver. Les autres me rejoindront au bon moment.
Nous avons déjà convenu."
"Tous ?"
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9> "Tous."
"Même Judas de
Kériot ?"
"Même lui..."
"Jésus, viens un moment avec moi" demande instamment le cousin
Simon. Et après qu'ils se soient écartés vers le fond du jardin, Simon
demande : "Mais, sais-tu bien ce qu'est Judas de Simon ?"
"C'est un homme d'Israël. Rien de plus, rien de moins."
"Oh ! Tu ne voudras pas me dire qu'il est..." il va
s'échauffer et élever la voix.
Mais Jésus le calme en l'interrompant et en
lui mettant la main sur l'épaule, et il lui dit : "Il
est tel que le font les idées dominantes et les gens qui l'approchent. C'est
pourquoi, à titre d'exemple, si ici (et il appuie fortement sur le
mot) il avait trouvé toutes les âmes justes et les esprits ouverts
à la vérité, il n'aurait pas eu le désir de pécher. Mais il ne les a pas
trouvés. Au contraire, il a trouvé un milieu tout humain auquel il a adapté à
son aise et d'une façon absolue son moi très humain qui rêve, voit,
travaille pour Moi et en Moi comme roi d'Israël, au sens humain du
terme, comme tu me rêves et que tu voudrais me voir et comme tu aurais envie
de travailler, toi, et avec toi Joseph ton frère, et avec vous deux, Lévi, le
chef de la synagogue de Nazareth, et Mattathias et Siméon et Matthias et
Benjamin et Jacob et, à part trois ou quatre, vous tous de Nazareth. Et non
seulement de Nazareth... Et il a de la peine à se former parce que vous tous
contribuez à le déformer, Toujours davantage, C'est le plus faible de mes
apôtres. Mais, pour l'instant, il n'est pas plus qu'un faible. Il a de bons
mouvements, il a des volontés qui sont droites, il a de l'amour pour Moi. De
l'amour dévié dans sa forme, mais toujours de l'amour. Vous ne l'aidez pas à séparer
ces tendances bonnes de celles qui ne le sont pas et que forment son moi, ces
dernières vous les aggravez de plus en plus en faisant pénétrer en son
intérieur vos incrédulités et vos limites humaines. Mais allons à la maison,
les autres nous y ont précédés..."
Simon le suit un peu mortifié. Ils sont presque sur le seuil quand il retient
Jésus et Lui dit : "Mon Frère, tu es en colère contre
moi ?"
"Non. Mais j'essaie de te former toi aussi comme je forme tous les
autres disciples. Ne m'as-tu pas dit que tu voulais l'être ?"
"Oui, Jésus. Mais les autres fois, tu ne parlais pas ainsi, même quand
tu faisais des reproches. Tu étais plus doux…"
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10> "Et à quoi cela a-t-il
servi ? Je l'ai été autrefois. Cela fait deux années que je le suis...
Vous vous êtes reposés sur ma patience et ma bonté, ou bien vous avez affilé
vos crocs et vos griffes. L'amour vous a servi à me nuire. N'est-ce pas
vrai ? ..."
"Oui. c'est vrai. Mais alors tu ne seras plus bon ?"
"Je serai juste. Et même, en l'étant, je serai toujours Celui que vous
ne méritez pas, ô vous d'Israël, qui ne voulez pas reconnaître en Moi le
Messie promis."
Ils entrent dans la petite pièce qui est tellement bondée que plusieurs sont
passés dans la cuisine ou l'atelier de Joseph, et ce sont les apôtres, sauf
les deux fils d'Alphée restés près de leur mère et de leur belle-sœur,
auxquels s'unissent maintenant Marie qui entre, tenant par la main le petit
Alphée. Sur le visage de Marie on voit clairement les traces des larmes
qu'elle a versées.
Elle est sur le point de répondre à Simon qui lui assure qu'il viendra chez
elle tous les jours, quand, dans la ruelle tranquille, s'avance un petit char
et avec un tel bruit de grelots qu'il attire par le vacarme qu'il fait
l'attention des fils d'Alphée, et pendant que l'on frappe du dehors, on ouvre
en même temps du dedans. Voici qu'apparaît le visage joyeux de Simon Pierre,
encore assis sur le char, qui frappe avec le manche du fouet... À côté de
lui, timide mais souriante, Porphyrée est assise sur des tas de caisses qui
lui font comme un trône.
Margziam accourt dehors pour saluer sa mère adoptive. Les autres sortent
aussi et avec eux Jésus.
"Maître, me voici. J'ai amené mon épouse, et de cette façon, parce que
c'est une femme qui ne peut faire une longue route. Marie, que le Seigneur
soit avec toi. Et avec toi, Marie d'Alphée." Il regarde tout le monde
pendant qu'il descend de son véhicule et qu'il aide sa femme à descendre, et
il adresse un salut à tout le monde.
On voudrait l'aider à décharger le char, mais lui s'y oppose énergiquement.
"Plus tard, plus tard" dit-il et, sans façons, il va vers la large
porte de l'atelier de Joseph et il l'ouvre toute grande en essayant d'y faire
entrer le char tout chargé. Mais, naturellement, il ne peut pas passer.
Pourtant la manœuvre sert à distraire les hôtes et à leur faire comprendre
qu'ils sont de trop... Et en effet Simon d'Alphée prend congé avec toute sa
famille...
"Oh ! Maintenant que nous sommes seuls pensons à nous..." dit
Simon de Jonas en faisant reculer l'âne qui fait du vacarme comme dix,
couvert comme il l'est de sonnailles, au point que Jacques de Zébédée ne peut
s'empêcher de demander en riant : "Mais où l'as-tu trouvé ainsi
harnaché ?"
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11> Mais Pierre est occupé
à prendre les caisses qui étaient sur le char et à les passer à Jean et à
André, qui s'attendent à en sentir le poids et qui restent stupéfaits de la
légèreté des caisses et qui expriment tout haut leur étonnement...
"Filez dans le jardin et ne faites pas les moineaux apeurés"
ordonne Pierre en descendant à son tour avec une petite caisse réellement
lourde qu'il met dans un coin de la petite pièce.
"Et maintenant, au tour de L'âne et du char. L'âne et le char ?
L'âne et le char !... Cela c'est difficile !... Et pourtant il faut
que tout soit dans la maison..."
"Dans le jardin, Simon" dit à mi-voix Marie. "Il y a un abri
dans la haie, au fond. Il n'est pas visible parce qu'il est couvert de
branches. ..Mais il y en a un. Suis le sentier le long de la maison, entre
celle-ci et le jardin voisin, et je vais venir te montrer où est l'entrée...
Qui vient dégager les ronces qui le couvrent ?"
"Moi. Moi." Tout le monde accourt dans le fond du jardin pendant
que Pierre s'en va avec son bruyant équipage et que Marie d'Alphée ferme la
porte... Et à coups de faucille on dégage la grille rustique et on ouvre
l'abri où on fait entrer l'âne et le char.
"C'est bien ! Et maintenant, enlevons tout cela qui me casse les
oreilles !" et Pierre se met à couper tous les liens qui tiennent
les sonnailles attachées au harnachement.
"Mais pourquoi alors as-tu laissé tout cela ?" demande André.
"Pour que tout Nazareth m'entende arriver. Et j'y ai réussi...
Maintenant je les enlève pour que tout Nazareth ne nous entende pas
partir. C'est pour cela que j'ai mis les caisses vides... Nous partirons
avec les caisses pleines, et personne, si quelqu'un nous voit, ne s'étonnera
de voir une femme assise sur les caisses à côté de moi. Celui qui est loin
d'ici se vante de posséder le bon sens et le sens pratique, Mais quand je
veux, je l'ai moi aussi…"
"Mais pourquoi, mon frère, tout cela est-il nécessaire ?"
demande André qui a donné à boire à l'âne, en l'amenant près du bûcher
rustique près du four.
"Pourquoi ? Mais tu ne sais pas ? ...Maître, mais ils ne
savent encore rien ?"
"Non, Simon. Je t'attendais pour parler. Venez tous dans l'atelier. Les
femmes sont bien là où elles sont, et tu as bien fait d'agir ainsi, Simon de
Jonas."
Ils vont dans l'atelier alors que Porphyrée avec l'enfant et les deux Marie
restent dans la maison.
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12> "J'ai voulu que
vous veniez ici parce que vous devez m'aider à faire
partir très loin Jean et Sintica. C'est depuis les Tabernacles que j'ai pris
cette décision. Vous avez bien vu qu'il était impossible de les garder avec
nous et même de les garder ici, sous peine de mettre en danger leur paix.
Comme toujours, Lazare de Béthanie m'aide dans cette œuvre. Ils sont déjà
prévenus. Simon Pierre le sait depuis quelques jours. Vous le savez
maintenant. Cette nuit nous allons quitter Nazareth, même s'il y a de l'eau
et du vent au lieu de la première lune. Nous aurions dû déjà être partis,
mais je suppose que Simon a eu des difficultés pour trouver le moyen de
transport..."
"Et comment ! J'allais désespérer de le trouver. Mais grâce à un
grec dégoûtant de Tibériade, j'ai pu finalement l'avoir... Et ce sera
commode..."
"Oui. Ce sera commode, surtout pour Jean d'Endor."
"Où est-il, on ne le voit pas ?" demande Pierre.
"Dans sa pièce avec Sintica."
"Et... comment a-t-il pris la chose ?" demande encore Pierre.
"Avec beaucoup de douleur, la femme aussi..."
"Et Toi aussi, Maître. Ton front est marqué d'une ride qui n'y était
pas, et tu as l’œil sévère et triste" observe Jean.
"C'est vrai. J'ai beaucoup de douleur... Mais parlons de ce que nous
devons faire. Écoutez-moi bien, car ensuite nous devrons nous quitter. Nous
partirons ce soir, au milieu de la première veille. Nous partirons comme des
gens qui s'enfuient... parce qu'ils sont coupables. Au contraire nous
n'allons pas faire du mal, nous ne nous enfuyons pas pour avoir mal agi. Mais
nous nous en allons pour empêcher d'autres de le faire à qui n'aurait pas la
force de le supporter. Nous partirons donc... Nous prendrons la route de Sephoris... Et nous ferons la pause à mi-chemin, dans une
maison, pour partir à l'aube. C'est une maison avec beaucoup de portiques
pour les animaux. Il s'y trouve des bergers amis d'Isaac. Je les connais, ils
m'abriteront sans rien demander. Puis nous devrons absolument atteindre Jiphtaël avant le soir et s'y reposer. Penses-tu que l'animal le
puisse ?"
"Bien sûr ! Il me l'a fait payer ce sale grec, mais c'est une bonne
bête, solide."
"C'est bien. Le matin suivant, nous irons à Ptolémaïs et nous nous séparerons. Vous, sous la conduite de
Pierre qui est votre chef et auquel vous devrez obéir aveuglément, vous irez
par mer jusqu'à Tyr. Là, vous trouverez un bateau en partance pour Antioche. Vous y monterez en donnant cette lettre à lire au
patron du navire.
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13> Elle est de Lazare de
Théophile. Vous passerez pour ses serviteurs, envoyés sur ses terres
d'Antioche, ou plutôt à ses jardins d'Antigonea. C'est ce que vous êtes
pour tous. Sachez être attentifs, sérieux, prudents et silencieux. En
arrivant à Antioche, allez tout de suite chez Philippe, intendant de Lazare,
auquel vous donnerez cette lettre..."
"Maître, il me connaît" dit le Zélote. "Très bien."
"Mais comment me croira-t-il un serviteur ?"
"Pour Philippe, il n'est pas besoin. Il sait qu'il doit recevoir loger
deux amis de Lazare et les aider en tout. C'est-ce qui est écrit. Quant à
vous, vous les avez accompagnés. Rien de plus. Il vous appelle :
"ses chers amis de Palestine". Et c'est ce que vous êtes tous
ensemble unis dans la foi et dans l'action que vous accomplissez. Vous vous
reposerez jusqu'à ce que le navire, après avoir terminé ses opérations de
déchargement et de chargement, reparte pour Tyr. De Tyr, vous viendrez en
barque jusqu'à Ptolémaïs et, là, vous me rejoindrez à Aczib..."
"Pourquoi ne viens-tu pas avec nous, Seigneur ?" dit Jean en
soupirant.
"Parce que je reste à prier pour vous et spécialement pour ces
malheureux. Je reste à prier. Ainsi commence ma troisième année de vie
publique.
Elle commence par un départ bien triste, comme la première et seconde, Elle
commence par une grande prière et une grande pénitence comme la première...
Car celle-ci a les difficultés douloureuses de la première, et davantage
encore. Alors je me préparais convertir le monde, maintenant je me prépare à
une œuvre bien plus vaste et bien plus puissante. Mais, écoutez-moi bien : sachez que si
la première année j'ai été l'Homme-Maître, le Sage qui appelle à la Sagesse
par une humanité parfaite et la perfection de l'intelligence, et si la
seconde, j'ai été le Sauveur et l'Ami, le Miséricordieux qui passe en
accueillant, en pardonnant, en compatissant, en supportant, la troisième, je
serai le Dieu Rédempteur Roi, le Juste. Ne vous étonnez donc pas si vous
voyez en Moi des apparences nouvelles, si dans l'Agneau vous voyez briller le
Fort Qu'a répondu Israël à mon invitation d'amour, à mes bras ouverts qui
disaient : "Viens : j'aime et je pardonne" ? Par une
fermeture une dureté de cœur toujours croissante, par le mensonge, les
pièges. Eh bien, soit.
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14> Je l'avais appelé, dans
toutes ses classes, en abaissant mon front jusqu'à la poussière. Sur la
Sainteté qui s'humiliait, il a craché.
Je l'avais invité à se sanctifier. Il m'a répondu en se livrant au démon.
J'ai fait mon devoir, en tout. Mon devoir, il l'a appelé "péché".
Je me suis tu. Mon silence, il l'a appelé preuve de culpabilité.
J'ai parlé. Ma parole, il l'a appelée blasphème.
Maintenant, cela suffit !
Il ne m'a pas laissé un moment de répit. Il ne m'a pas accordé une joie. Et
la joie, pour Moi, c'était de voir grandir dans la vie de l'esprit ceux qui
venaient de naître à la Grâce. Ils leur ont dressé des embûches, ils les ont
arrachés à mon cœur en leur donnant, en même temps qu'à Moi, la douleur des
pères et des enfants arrachés l'un à l'autre, pour les protéger contre un
Israël mauvais.
Eux, les puissants d'Israël qui se disent "sanctificateurs" et se
vantent de l'être, m'empêchent, voudraient m'empêcher, de sauver et de jouir
de ceux que j'ai sauvés.
J'ai maintenant depuis des mois et des mois un Lévi publicain pour ami et à
mon service, et le monde voit si Mathieu est scandale ou émulation, mais
l'accusation ne tombe pas. Et elle ne tombera pas pour Marie de Lazare et
tant, tant d'autres que je sauverai.
Maintenant, c'est assez !
Je m'en vais sur ma route toujours plus âpre et baignée de pleurs... Je m'en
vais... Mais aucune de mes larmes ne tombera inutilement. Elles crient à mon
Père... Et puis criera une humeur bien plus puissante. Moi, je m'en vais. Qui
m'aime me suive et se virilise, car l'heure de la sévérité arrive. Je ne
m'arrête pas. Rien ne m'arrête.
Eux aussi ne s'arrêteront pas... Mais malheur à eux ! Malheur à
eux ! Malheur à ceux pour qui l'Amour devient Justice !... Le signe
du Nouveau Temps sera d'une Justice sévère pour tous ceux qui sont obstinés
dans leur péché contre les paroles du Seigneur et contre l'action du Verbe du
Seigneur !..."
Jésus semble un archange punisseur. Je dirais qu'il flamboie contre le mur
noir de fumée tant ses yeux resplendissent... Il semble que resplendisse
jusqu'à sa voix, qui a les tons aigus du bronze et de l'argent quand on les
frappe violemment.
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