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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
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Référence version originale :
Vendredi 16 février 29 (13 Adar)
- Judas
se plaint de n'avoir plus d'argent 260 - Il
est bon d'être sans la moindre piécette 261 -
Pierre abordé par deux collecteurs du Temple 261 - Jésus
lit les pensées de Pierre et l'envoie pêcher 263 -
Pierre trouve le statère dans la gueule du poisson 264 - Il
raconte la remise aux deux collecteurs 264 |
Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 5 5.39. |
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260> Les deux barques
prises pour retourner à Capharnaüm glissent sur un lac invraisemblablement
paisible. C'est une vraie plaque de cristal bleu clair qui se recompose
immédiatement en sa lisse unité après le passage des deux barques. Ce ne sont
pas pourtant les barques de Pierre et de Jacques, mais deux barques louées à
Tibériade, peut-être. Et j'entends Judas qui se lamente un peu, parce qu'il est resté sans argent après cette dépense. 261> "On a pensé aux autres. Mais à
nous ? Comment allons-nous faire maintenant ? J'espérais que
Chouza... mais rien. Nous sommes dans la situation d'un mendiant, un de ceux
si nombreux qui se mettent sur les routes pour quêter les pèlerins"
bougonne-t-il à voix basse à Thomas. Mais
ce dernier, débonnaire, répond : "Qu'y a-t-il de mal, s'il en est
ainsi ? Moi, je ne me préoccupe absolument pas." "Oui,
mais pourtant, à l'heure du repas, tu as plus d'appétit que tout le
monde." "Bien
sûr ! J'ai faim. En cela aussi je suis vigoureux. Eh bien, aujourd'hui,
au lieu de demander aux hommes le pain et la pitance, je les demanderai
directement à Dieu." "Aujourd'hui !
Aujourd'hui ! Mais demain, nous serons dans la même situation; et de
même après-demain, et nous allons vers la Décapole où nous sommes inconnus,
et là les habitants sont à demi païens. Et ce n'est pas seulement le pain,
mais les sandales qui s'en vont en morceaux, et les pauvres qui nous
ennuient, et on pourrait se trouver mal et..." "Et
si tu continues, d'ici peu tu m'auras fait mourir et tu devras encore penser
à mon enterrement. Oh ! que de soucis ! Moi... je n'en ai vraiment
aucun. Je suis joyeux, tranquille comme un enfant qui vient de naître." Jésus,
qui paraissait absorbé dans ses pensées, assis à la proue, sur le bord, se
tourne et à haute voix il dit à Judas qui est à la poupe, mais il le dit
comme s'il parlait à tout le monde : "Que l'on soit sans la
moindre piécette, c'est très bien. La paternité de Dieu brillera encore
davantage, même dans les choses les plus humbles." "Depuis
quelques jours, pour Toi, tout est bien. C'est bien qu'il n'y ait pas de
miracle, bien que l'on ne nous offre rien, bien d'avoir donné tout ce que
nous avions, tout est bien, en somme... Mais moi, je me trouve bien mal à
l'aise... Tu es un cher Maître, un saint Maître, mais pour la vie
matérielle... tu ne vaux rien" dit Judas sans aigreur, comme s'il
faisait des observations à un bon frère qui se glorifie même de sa bonté
imprévoyante. Et
Jésus, en souriant, lui répond : "C'est ma plus grande qualité
d'être un homme qui ne vaut rien pour la vie matérielle... Et je répète qu'il
est bien d'être sans la moindre piécette" et il a un sourire lumineux. 262> La barque racle le fond et s'arrête. Ils
en descendent pendant que l'autre barque
accoste. Jésus, avec Judas, Thomas, Jude et Jacques, Philippe et Barthélemy,
se dirige vers la maison... Pierre
débarque de l'autre avec Mathieu, les fils de Zébédée, Simon le Zélote et
André. Mais alors que tous se mettent en marche, Pierre reste sur la rive à
parler avec les passeurs qui les ont conduits, et que peut-être il connaît,
et puis il les aide à repartir. Ensuite il remet son vêtement long et remonte
la plage pour aller à la maison. Pendant
qu'il traverse la place du marché, deux hommes viennent à sa rencontre et
l'arrêtent en disant : "Écoute, Simon de Jonas." "J'écoute.
Que voulez-vous ?"
"Bien
sûr qu'il les paie ! Pourquoi ne les paierait-il pas ?" "Mais...
parce qu'il se dit le Fils de Dieu et..." "Et
il l'est" réplique avec décision Pierre déjà rouge d'indignation. Et il
dit pour finir : "Pourtant, comme il est un fils de la Loi, et le
meilleur fils de la Loi, il paie ses drachmes comme tout israélite..." "Il
n'y paraît pas. On nous a dit qu'il ne le fait pas et nous Lui conseillons de
le faire." "Hum !"
grommelle Pierre dont la patience est presque à bout. "Hum !... Mon
Maître n'a pas besoin de vos conseils. Allez en paix, et dites à ceux qui
vous envoient que les drachmes seront payées à la première occasion." "Payées
à la première occasion !... Pourquoi pas tout de suite ? Qui nous
assure qu'il le fera, s'il est toujours çà et là, sans but ?" "Pas
tout de suite parce que, pour le moment, il ne possède pas la moindre
piécette. Vous pourriez le presser et il n'en sortirait pas la moindre
monnaie. Nous sommes tous sans argent, parce que nous, qui ne sommes
pas des pharisiens, qui ne sommes pas des scribes, qui ne sommes pas des
sadducéens, qui se sommes pas riches, qui ne sommes pas des espions, qui ne
sommes pas des aspics, nous avons coutume de donner aux pauvres ce que nous
avons, au nom de sa doctrine. Avez-vous compris ? Et pour l'instant,
nous avons tout donné, et tant que le Très-Haut n'y pense pas, nous pouvons
mourir de faim ou nous mettre à quêter au coin de la rue. Dites aussi cela à
ceux qui disent de Lui qu'il est un bambocheur. Adieu !" et il les
laisse en plan et s'en va en bougonnant tout rouge de colère. 263> Il entre dans la
maison et monte dans la pièce du haut où se trouve Jésus qui écoute quelqu'un
qui le prie d'aller dans une maison sur la montagne derrière Magdala, où il y
a quelqu'un qui meurt. Jésus
congédie l'homme en promettant d'y aller sans tarder et, après son départ, il
s'adresse à Pierre qui est assis pensif dans un coin et il lui dit :
"Qu'en dis-tu, Simon ? Régulièrement les rois de la terre, de qui
reçoivent-ils les tributs et l'impôt ? De leurs propres enfants ou des
étrangers ?" Pierre
sursaute et il dit : "Comment sais-tu, Seigneur, ce que je dois te
dire ?" Jésus
sourit en ayant l'air de dire : "Laisse tomber" puis il
dit : "Réponds à ce que je te demande." "Des
étrangers, Seigneur." "Donc
les enfants en sont exempts, comme de fait il est juste. Car un enfant est du
sang et de la maison de son père et il ne doit payer à son père que le tribut
de l'amour et de l'obéissance. Donc Moi, Fils du Père, je ne devrais pas
payer le tribut au Temple qui est la maison du Père. Tu leur as bien répondu.
Mais comme il y a une différence entre toi et eux, celle-ci : toi, tu
crois que je suis le Fils de Dieu, et eux, comme ceux qui les ont envoyés, ne
le croient pas, aussi, pour ne pas les scandaliser, je vais payer le tribut,
et tout de suite pendant qu'ils sont encore sur la place pour le
recevoir." "Et,
avec quoi, si nous n'avons pas la moindre piécette ?" demande Judas
qui s'est approché avec les autres. "Tu vois s'il est nécessaire d'avoir
quelque Chose ?" "Nous
allons nous le faire prêter par le maître de maison" [1] dit
Philippe. Jésus
fait signe de la main de se taire et il dit : 264> Pierre s'en va et on le voit peu après
sur la rive, qui monte sur un petit bateau qui est à l'eau. Il jette un filin
fin et solide, garni d'un petit caillou ou de plomb vers le bout et qui
se termine par le fil fin de la ligne proprement dite. Les eaux du lac
s'ouvrent avec des éclats argentés quand le poids y plonge, et puis tout
redevient tranquille pendant que l'eau revient au calme en faisant des
cercles concentriques... Mais
après un moment, le filin qui était lâche dans les mains de Pierre se tend et
vibre... Pierre tire, tire, tire, alors que la corde subit des secousses de
plus en plus énergiques. A la fin, il donne une saccade et le filin vole avec
sa proie qui voltige en l'air en faisant un arc au-dessus de la tête du
pêcheur et puis s'abat sur le sable jaunâtre où il se contorsionne par la
souffrance de l'hameçon qui lui fend le palais et de l'asphyxie qui commence.
C'est
un magnifique poisson, gros comme un turbot et qui pèse au moins trois kilos.
Pierre enlève l'hameçon de ses lèvres charnues, lui enfonce son gros doigt
dans la gueule, et il en sort une grosse pièce d'argent. Il la lève entre le
pouce et l'index pour la montrer au Maître qui se trouve sur le parapet de la
terrasse, puis il ramasse le filin, l'enroule, prend le poisson et court vers
la place. Les
apôtres sont stupéfaits... Jésus sourit et il dit : "Et ainsi nous
aurons supprimé un scandale..." Pierre
rentre : "Ils allaient venir ici, et avec Eli, le pharisien. J'ai
essayé d'être gentil comme une jeune fille et je les ai appelés en
disant : "Hé ! envoyés du Fisc ! Prenez ! Cela vaut
quatre drachmes, n'est-ce pas ? Deux pour le Maître et deux pour moi. Et
nous sommes quittes, n’est-ce pas ? Au revoir et spécialement à toi,
cher ami, dans la vallée de Josaphat"[3]. Ils se
sont fâchés parce que j'ai dit "Fisc". "Nous appartenons au
Temple et non au Fisc". "Vous percevez les taxes comme les
gabelous. Pour moi tout percepteur appartient au fisc" ai-je répondu.
Mais Eli m'a dit : "Insolent ! Tu me souhaites la mort ?"
"Non, ami ! Pas du tout. Je te souhaite un heureux voyage vers la
vallée de Josaphat : Tu ne vas pas pour la Pâque à Jérusalem ? Nous
pourrons donc nous rencontrer là, ami". "Je ne le désire pas, et je
ne veux pas que tu te permettes de me dire ton ami". "En effet,
c'est trop d'honneur" lui ai-je répondu. Et je suis parti. Le plus beau,
c'est qu'il y avait la moitié de Capharnaüm pour voir que j'ai payé pour Toi
et pour moi. Et ce vieux serpent ne pourra plus rien dire." |
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Les
apôtres ont dû tous rire pour le récit et la mimique de Pierre. Jésus voulait
rester impassible, mais pourtant il esquisse un léger sourire quand il dit :
"Tu es pire que la moutarde" et il dit pour finir :
"Cuisez le poisson et faisons vite. Au crépuscule je veux être revenu
ici." |
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[1] Thomas de Capharnaüm
[3] Vallée mythique où Dieu, selon le
prophète Joël, jugera les nations assemblées à la fin des temps. (Joël 3,2
et 12)