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22> Marie maintenant est
prosternée le visage contre terre. On dirait une pauvre chose abattue. On
dirait cette fleur morte de soif dont elle a parlé.
La fenêtre close s’ouvre avec un impétueux battement de ses lourds volets et,
avec le premier rayon de soleil, Jésus entre.
Marie, qui s’est secouée au bruit et qui lève la tête pour voir quel vent a
ouvert les volets, voit son Fils rayonnant : beau, infiniment plus beau qu’il
ne l’était avant d’avoir souffert, souriant, vivant, plus lumineux que le
soleil, vêtu d’un blanc qui paraît de la lumière tissée, et qui s’avance vers
elle.
Elle se redresse sur ses genoux et, joignant en croix les mains sur sa
poitrine, elle dit dans un sanglot qui est rire et pleur : "Seigneur,
mon Dieu." Et elle reste ainsi ravie dans sa contemplation, le visage
tout baigné de larmes, mais devenu serein, pacifié par le sourire et
l’extase.
Mais Lui ne veut pas la voir, sa Maman, à genoux comme une servante. Et il
l’appelle en lui tendant les mains, des blessures desquelles sortent des
rayons qui rendent encore plus lumineuse sa Chair glorieuse : "Maman
!"
Mais ce n’est pas la parole affligée des colloques et des adieux d’avant la
Passion, ni la lamentation déchirée de la rencontre sur le Calvaire et de
l’agonie. C’est un cri de triomphe, de joie, de libération, de fête, d’amour,
de gratitude.
Et il se penche sur sa Mère qui n’ose pas le toucher et lui met les mains
sous ses coudes pliés, la lève, la serre sur son Cœur et l’embrasse.
Oh ! alors Marie comprend que ce n’est pas une vision, que c’est son Fils réellement
ressuscité, que c’est son Jésus, le Fils qui l’aime encore en Fils. Et
avec un cri elle se jette à son cou, l’embrasse et le baise, en riant dans
ses pleurs. Elle baise son front où il n’y a plus de blessures, sa tête qui n’est
plus dépeignée ni couverte de sang, ses yeux éblouissants, ses joues guéries,
sa bouche qui n’est plus enflée. Et puis elle Lui prend les mains et en baise
le dessus et la paume, sur les blessures rayonnantes, et tout à coup se
baisse à ses pieds, les découvre de dessous son vêtement de splendeur et les
baise. Puis elle se lève, le regarde, n’ose pas.
23> Mais Lui sourit et
comprend. Il entrouvre son vêtement sur la poitrine et il dit : "Et
celle-là, Maman, tu ne la baise pas, celle qui t’a fait si mal et que toi
seule es digne de baiser ? Embrasse-moi sur le
Cœur, Maman. Ton baiser m’enlèvera le dernier souvenir de tout ce qui est
douleur et me donnera cette joie qui manque encore à ma Joie de
Ressuscité." Il prend dans ses mains le visage de sa Mère et en pose les
lèvres sur la lèvre de la blessure du Côté, d’où sortent des flots de lumière
très vive.
Le visage de Marie est auréolé par cette lumière, plongé comme il l’est dans
ses rayons. Elle le baise, le baise pendant que Jésus la caresse. Elle ne se
lasse pas de le baiser. On dirait un assoiffé qui ait attaché sa bouche à la
source et en boit la vie qui lui échappait.
Maintenant Jésus parle.
"Tout est fini, Maman. Maintenant tu ne dois plus pleurer pour ton Fils.
L’épreuve est accomplie. La Rédemption est arrivée. Maman, merci de m’avoir
conçu, élevé, aidé dans la vie et dans la mort.
J’ai senti venir à Moi tes prières. Elles
ont été ma force dans la douleur, mes compagnes dans mon voyage sur la Terre
et au delà de la Terre. Elles sont venues avec Moi sur la Croix et dans les
Limbes. Elles étaient l’encens qui précédait le Pontife qui allait appeler
ses serviteurs pour les amener dans le temple qui ne meurt pas : dans mon
Ciel. Elles sont venues avec Moi dans le Paradis, précédant comme une voix
angélique le cortège des rachetés guidés par le Rédempteur pour que les anges
fussent prêts pour saluer le Vainqueur qui revenait dans son Royaume. Elles
ont été entendues et vues par le Père et par l’Esprit qui en ont souri comme
de la fleur la plus belle et du chant le plus doux nés dans le Paradis. Elles
ont été connues par les Patriarches et les nouveaux Saints, par les nouveaux,
les premiers habitants de ma Jérusalem, et Moi je t’apporte
leurs remerciements, Maman, en même temps que le baiser des parents et que
leur bénédiction et celle de Joseph, ton époux d’âme.
Le Ciel tout entier chante son hosanna à toi, ma Mère, Maman Sainte ! Un
hosanna qui ne meurt pas, qui n’est pas menteur comme celui qui m’a été donné
il y a quelques jours.
Maintenant je vais trouver le Père avec mon
vêtement humain. Le Paradis doit voir le Vainqueur dans son vêtement d’Homme
avec lequel il a vaincu le Péché de l’Homme. Mais ensuite je viendrai encore.
Je dois confirmer dans la Foi ceux qui ne croient pas encore et ont besoin de
croire pour amener les autres à la foi, je dois fortifier ceux qui sont
chétifs et qui auront besoin de tant de force pour résister au monde. 24> Puis je monterai au
Ciel, mais je ne te laisserai pas seule, Maman. Tu vois ce voile ? Dans mon
anéantissement, j’ai dégagé encore une puissance de miracle pour Toi, pour te
donner ce réconfort. Mais j’accomplis pour toi un autre miracle. Tu me
posséderas dans le Sacrement, réel comme je l’étais quand tu me portais. Tu
ne seras jamais seule. En ces jours tu l’as été.
Mais pour ma Rédemption il fallait aussi cette douleur que tu as éprouvée.
Beaucoup sera continuellement ajouté à la Rédemption car il sera
continuellement créé beaucoup de Pêché. J’appellerai tous mes serviteurs à
cette coparticipation rédemptrice. Tu es celle qui à elle seule fera plus que
tous les autres saints ensemble. C’est pour cela aussi qu’il fallait
ce long abandon. Maintenant il est fini.
Je ne suis plus séparé du Père. Tu ne seras plus séparée du Fils. Et ayant le
Fils, tu as notre Trinité. Ciel vivant, tu porteras sur la Terre la Trinité
parmi les hommes et tu sanctifieras l’Église, toi, Reine du Sacerdoce et Mère
des Chrétiens. Puis je viendrai te prendre. Et ce ne sera plus Moi en toi,
mais toi en Moi, dans mon Royaume, pour rendre plus beau le Paradis.
Maintenant je m’en vais, Maman. Je vais rendre heureuse l’autre Marie. Puis
je monte vers le Père. C’est de là que je viendrai à ceux qui ne croient pas.
Maman, ton baiser pour bénédiction, et ma Paix à toi pour compagne.
Adieu."
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