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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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d'après un dessin de Roger Loveless sur www.theotime.com dimanche 7 avril 30 (16 Nisan) RÉSUMÉ - Marie-Madeleine va en éclaireur 24 - Marthe et Marie d'Alphée chez Suzanne 26 - Un fort séisme les retient au palais 26 - Marie-Madeleine trouve le tombeau ouvert 26 - Elle court chercher Pierre et Jean 27 - Elle a une délicatesse pour Marie 27 - Suzanne et Salomé reçoivent le message de l'ange 28 - Elles reviennent au Cénacle, muettes 28 - Jeanne, Marie d'Alphée et Marthe vont vers les murs 29 - Pierre et Jean au tombeau avec Marie-Madeleine 29 - Marie-Madeleine et les deux anges 30 - Discours de la Magdeleine (Où l'as-tu mis ?) 30 - Elle reconnaît Jésus 31 - Elle annonce à Marie qu'il est ressuscité 32 - Pierre et Jean ne croient pas les femmes 32 - Marie d'Alphée et Salomé retournent au tombeau 32 - Et témoignent en vain qu'elles ont vu Jésus 33 - Le témoignage de Marie persuade Pierre 33 |
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24> Pendant ce temps les femmes, qui sont sorties de la maison,
cheminent en rasant les murs, ombres dans l’ombre. Pendant quelque temps
elles se taisent, toutes emmitouflées et rendues craintives par tant de
silence et de solitude. Puis, rassurées par le calme absolu de la ville,
elles se groupent et osent parler. “ Les portes
seront-elles déjà ouvertes ?” demande Suzanne. “ Certainement.
Regarde le premier jardinier qui entre avec ses légumes. Il va au marché”
répond Salomé. “Ils ne nous diront rien
?” demande encore Suzanne. “Qui ?” demande la
Magdeleine. 25> “Les soldats, à la Porte Judiciaire. Par là... il y en a peu
qui entrent et encore moins qui sortent... Nous donnerons des soupçons...” “Et avec cela ? Ils
nous regarderont. Ils verront cinq femmes qui vont vers la campagne. Nous
pourrions être aussi des personnes qui, après avoir fait la Pâque, vont vers
leurs villages.” “Pourtant… pour ne
pas attirer l’attention de quelque malintentionné, pourquoi ne sortons-nous
pas par une autre porte, en faisant ensuite le tour en rasant les murs ?” “Nous allongerons la
route.” “Mais nous serons
plus tranquilles. Prenons la Porte de l’Eau...” “Oh ! Salomé ! Si
j’étais à ta place, je choisirais la Porte Orientale ! Plus long serait le
tour que tu devrais faire ! Il faut faire vite et revenir vite”. C’est la
Magdeleine qui est si tranchante. “Alors une autre,
mais pas la Judiciaire. Sois gentille... ” demandent-elles toutes. “C’est bien. Alors,
puisque vous le voulez, passons chez Jeanne. Elle a recommandé de le lui
faire savoir. Si nous y étions allées directement on pouvait s’en passer.
Mais puisque vous voulez faire un tour plus long passons chez elle...” “Oh ! oui. A cause
aussi des gardes qu’on a mis là... Elle est connue et on la craint...” “Moi, je dirais de
passer aussi chez Joseph d’Arimathie. C’est le propriétaire de l’endroit.” “Mais oui ! Faisons
un cortège maintenant pour ne pas attirer l’attention ! Oh ! quelle
sœur craintive j’ai ! Ou plutôt, sais-tu, Marthe ? Faisons ainsi. Moi,
je vais en avant et je regarde. Vous, vous venez derrière avec Jeanne. Je me
mettrai au milieu du chemin s’il y a du danger, et vous me verrez, et nous
reviendrons en arrière. Mais je vous assure que les gardes, devant ceci, j’y
ai pensé (et elle montre une bourse pleine de pièces de monnaie), nous
laisserons tout faire.” “Nous le dirons
aussi à Jeanne, tu as raison.” “Alors, laissez-moi
aller. ” “Tu vas seule, Marie
? Je viens avec toi” dit Marthe qui craint pour sa sœur. “Non, tu vas avec
Marie d’Alphée chez Jeanne. Salomé et Suzanne t’attendront près de la porte,
à l’extérieur des murs. Et puis vous viendrez par la route principale toutes
ensemble. Adieu.” 26> Et Marie-Magdeleine coupe tout autre commentaire possible en
s’en allant rapidement avec son sac de baumes et son argent dans son sein. Elle vole tant sa
marche est rapide sur le chemin qui devient plus gai avec le premier rose de
l’aurore. Elle franchit la Porte Judiciaire pour aller plus vite et personne
ne l’arrête... Les autres la regardent
aller, puis tournent le dos à la bifurcation des routes où elles étaient et
en prennent une autre, étroite et sombre, qui s’ouvre ensuite, à proximité du
Sixte, sur une route plus large et dégagée où il y a de belles maisons. Elles
se séparent encore, Salomé et Suzanne continuent leur chemin pendant que
Marthe et Marie l’Alphée frappent à la porte ferrée et se montrent à
l’ouverture que le portier entrouvre. Elles entrent et
vont trouver Jeanne qui, déjà levée et entièrement vêtue de violet très foncé
qui la rend encore plus pâle, manipule aussi des huiles avec sa nourrice et
une servante. “Vous êtes venues ?
Dieu vous en récompense. Mais si vous n’étiez pas venues, j’y serais allée de
moi-même... Pour trouver du réconfort... car beaucoup de choses sont restées
troublées depuis ce jour redoutable. Et pour ne pas me sentir seule je dois
aller contre cette Pierre et frapper et dire : “Maître, je suis la pauvre
Jeanne... Ne me laisse pas seule Toi aussi... ” Jeanne pleure doucement mais
toute désolée pendant qu’Esther, sa nourrice, fait de grands gestes
incompréhensibles derrière sa maîtresse en lui mettant son manteau. “Je pars, Esther.” “Que Dieu te
réconforte !” Elles sortent du
palais pour rejoindre leurs compagnes. C’est à ce moment qu’arrive le bref et
fort tremblement de terre qui jette de nouveau dans la panique les habitants
de Jérusalem, encore terrorisés par les événements du Vendredi. Les trois femmes
reviennent sur leurs pas précipitamment et restent dans le large vestibule,
au milieu des servantes et des serviteurs qui crient et invoquent le
Seigneur, et elles y restent, craignant de nouvelles secousses... …La Magdeleine, de
son côté, est exactement à la limite de la ruelle qui conduit au jardin de
Joseph d’Arimathie quand la surprend le grondement puissant et pourtant
harmonieux de ce signe céleste alors que, dans la lumière à peine rosée de
l’aurore qui s’avance dans le ciel où encore à l’occident résiste une étoile
tenace, et qui rend blond l’air jusqu’alors vert clair, s’allume une grande
lumière qui descend comme si c’était un globe incandescent, splendide, qui
coupe en zigzag l’air tranquille. 27> Marie de Magdala en est presque effleurée et renversée sur le
sol. Elle se penche un
moment en murmurant : “Mon Seigneur !” et puis se redresse comme une tige
après le passage du vent et court encore plus rapidement vers le jardin. Elle
y entre rapidement comme un oiseau poursuivi et qui cherche son nid du côté
du tombeau taillé dans le roc. Mais bien qu’elle aille vite elle ne peut être
là quand le céleste météore fait office de levier et de flamme sur le sceau
de chaux mis pour renforcer la lourde pierre, ni quand avec le fracas final
la porte de pierre tombe en donnant une secousse qui s’unit à celle du
tremblement de terre qui, s’il est bref, est d’une violence telle qu’il
terrasse les gardes comme s’ils étaient morts. Marie, en arrivant,
voit ces inutiles geôliers du Triomphateur jetés sur le sol comme une gerbe
d’épis fauchés. Marie-Magdeleine ne rapproche pas le tremblement de terre de
la Résurrection. Mais, voyant ce spectacle, elle croit que c’est le châtiment
de Dieu sur les profanateurs du Tombeau de Jésus et elle tombe à genoux en
disant : “Hélas ! Ils l’ont enlevé !” Elle est vraiment
désolée, et elle pleure comme une fillette venue, sûre de trouver son père
qu’elle cherche, et qui trouve au contraire la demeure vide. Puis elle se
lève et s’en va en courant trouver Pierre et Jean. Et comme elle ne pense
qu’à prévenir les deux, elle ne pense plus à aller à la rencontre de ses
compagnes, à s’arrêter sur le chemin, mais rapide comme une gazelle elle
repasse par le chemin déjà fait, franchit la Porte Judiciaire et vole sur les
routes qui sont un peu animées, s’abat contre le portail de la maison
hospitalière et la bat et la secoue furieusement. La maîtresse lui
ouvre. “Où sont Jean et Pierre ?” demande Marie-Magdeleine haletante. “Là” et la femme lui
indique le Cénacle. Marie de Magdala
entre et dès qu’elle est à l’intérieur, devant les deux étonnés, elle dit à
voix basse par pitié pour la Mère et plus angoissée que si elle avait crié :
“Ils ont enlevé le Seigneur du Tombeau ! Qui sait où ils l’ont mis !” et pour
la première fois elle titube et vacille et pour ne pas tomber elle se
raccroche où elle peut. “Mais comment ? Que
dis-tu ?” demandent les deux. Et elle, haletante :
“Je suis allée en avant.., pour acheter les gardes... afin qu’ils nous
laissent faire. Eux sont là comme morts... Le Tombeau est ouvert, la pierre par
terre... Qui ? Qui a pu faire cela ? Oh ! venez ! Courons...” 28> Pierre et Jean
partent tout de suite. Marie les suit pendant quelques pas, puis elle revient en arrière. Elle saisit la maîtresse de la maison,
la secoue avec violence dans son prévoyant amour et lui souffle au visage :
“Garde-toi bien de faire passer quelqu’un chez elle (et elle montre la
porte de la pièce de Marie). Rappelle-toi que c’est moi la maîtresse. Obéis
et tais-toi.” Puis elle la laisse
épouvantée et elle rejoint les apôtres qui à grands pas vont vers le
Tombeau... …Suzanne et Salomé,
pendant ce temps, après avoir quitté leurs compagnes et rejoint les murs,
sont surprises par le tremblement de terre. Effrayées, elles se réfugient
sous un arbre et restent là, combattues entre le désir violent d’aller vers
le Tombeau et celui de courir chez Jeanne. Mais l’amour triomphe de la peur
et elles vont vers le Tombeau. Elles entrent encore
effrayées dans le jardin et voient les gardes évanouis.., elles voient une
grande lumière qui sort du Tombeau ouvert. Cela augmente leur effroi et finit
de se rendre complet quand, se tenant par la main pour s’encourager
mutuellement, elles se présentent sur le seuil et voient dans l’obscurité de
la chambre sépulcrale une créature lumineuse et très belle, qui sourit
doucement, et les salue de la place où elle est : appuyée à droite de la
pierre de l’onction dont la grisaille disparaît devant une si incandescente
splendeur. Elles tombent à
genoux, étourdies de stupeur.
Les femmes tombent
le visage contre terre et quand elles le lèvent elles s’enfuient comme si
elles étaient poursuivies par un châtiment. Elles sont terrorisées et
murmurent : “Nous allons mourir ! Nous avons vu l’ange du Seigneur !” Elles se calment un
peu en pleine campagne, et se concertent. Que faire ? Si elles disent ce
qu’elles ont vu, on ne les croira pas. Si elles disent aussi de venir de là,
elles peuvent être accusées par les juifs d’avoir tué les gardes. Non. Elles
ne peuvent rien dire ni aux amis ni aux ennemis... 29> Craintives, rendues muettes, elles reviennent par un autre
chemin à la maison. Elles entrent et se réfugient dans le Cénacle. Elles ne
demandent même pas de voir Marie... Et là, elles pensent que ce qu’elles ont
vu est une tromperie du Démon. Humbles comme elles le sont, elles jugent
“qu’il n’est pas possible qu’il leur ait été accordé de voir le messager de
Dieu. C’est Satan qui a voulu les effrayer pour les éloigner de là.” Elles pleurent et
prient comme des fillettes effrayées par un cauchemar... ...Le troisième
groupe, celui de Jeanne, Marie d’Alphée et Marthe, vu qu’il n’arrive rien de nouveau
se décide à aller là où certainement leurs compagnes les attendent. Elles
sortent dans les rues où maintenant il y a des gens apeurés qui commentent le
nouveau tremblement de terre et le rattachent aux faits du Vendredi et voient
aussi des choses qui n’existent pas. “Il vaut mieux
qu’ils soient tous effrayés ! Peut-être les gardiens le seront aussi et ne
feront pas d’objection” dit Marie d’Alphée.
Jean, plus rapide,
arrive le premier au Tombeau. Les gardes n’y sont plus et l’ange n’y est
plus. Jean s’agenouille, craintif et affligé, sur le seuil ouvert, pour
vénérer et recueillir quelque indice des choses qu’il voit. Mais il voit
seulement entassés par terre les linges mis par dessus le Linceul. “Il n’y est vraiment
pas, Simon ! Marie a bien vu. Viens, entre, regarde.” Pierre, tout
essoufflé par la grande course qu’il a faite, entre dans le Tombeau. Il avait
dit en route : “Je ne vais pas oser m’approcher de cet endroit.” Mais
maintenant il ne pense qu’à découvrir où peut être le Maître. Et il l’appelle
aussi, comme s’il pouvait être caché dans quelque coin obscur. L’obscurité, à cette
heure matinale, est encore forte dans le Tombeau auquel ne donne de la
lumière que la petite ouverture de la porte sur laquelle font de l’ombre Jean
et la Magdeleine... Et Pierre a du mal à voir et doit s’aider de ses mains
pour se rendre compte... Il touche, en tremblant, la table de l’onction et il
voit qu’elle est vide... “Il n’y est pas,
Jean ! Il n’y est pas !... Oh ! Viens toi aussi ! J’ai tant pleuré que je n’y
vois presque pas avec ce peu de lumière.” 30> Jean se relève et entre. Et pendant qu’il le fait Pierre
découvre le suaire placé dans un coin, bien plié avec à l’intérieur le
Linceul soigneusement roulé. “Ils l’ont vraiment
enlevé. Les gardes, ce n’était pas pour nous, mais pour faire cela... Et nous
l’avons laissé faire. En nous éloignant, nous l’avons permis...” “Oh ! où
l’auront-ils mis ?” “Pierre, Pierre !
Maintenant.., c’est vraiment fini !” Les deux disciples
sortent anéantis. “Allons, femme. Tu le
diras à la Mère...” “Moi, je ne
m’éloigne pas. Je reste ici... Quelqu’un viendra... Oh ! moi, je ne viens
pas... Ici il y a encore quelque chose de Lui. Elle avait raison, la Mère...
Respirer l’air où il a été c’est l’unique soulagement qui nous reste.” “L’unique
soulagement... Maintenant tu vois toi aussi que c’était une folie
d’espérer...” dit Pierre. Marie ne répond même
pas. Elle s’affaisse sur le sol, justement près de la porte, et elle pleure
pendant que les autres s’en vont lentement.
“Pourquoi
pleures-tu, femme ?” demande un des deux enfants lumineux, car ils ont
l’aspect de très beaux adolescents. “Parce qu’ils ont
emporté mon Seigneur et je ne sais où ils me l’ont mis.” Marie n’a pas peur
de leur parler, elle ne demande pas : “Qui êtes vous ?” Rien. Rien ne
l’étonne plus. Tout ce qui peut étonner une créature, elle l’a déjà subi.
Maintenant elle n’est plus qu’une chose brisée qui pleure sans force ni
retenue. L’enfant angélique
regarde son compagnon et sourit, et l’autre aussi. Et dans un éclair de joie
angélique tous deux regardent dehors, vers le jardin tout en fleurs avec les
millions de fleurs qui se sont ouvertes au premier soleil sur les pommiers
touffus de la pommeraie.
31> Un Homme qui la regarde avec pitié et lui demande : “Femme,
pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ?” Il est vrai que
c’est un Jésus assombri par sa pitié envers une créature que trop d’émotions
ont épuisée et qu’une joie imprévue pourrait faire mourir, mais je me demande
vraiment comment elle peut ne pas le reconnaître. Et Marie, au milieu
de ses sanglots : “Ils m’ont pris le Seigneur Jésus ! J’étais venue pour
l’embaumer en attendant qu’il ressuscite... J’ai rassemblé tout mon courage
et mon espérance, et ma foi, autour de mon amour.., et maintenant je ne le
trouve plus... Et même j’ai mis mon amour autour de ma foi, de mon espérance
et de mon courage, pour les défendre des hommes... Mais tout est inutile !
Les hommes ont enlevé mon Amour et avec Lui ils m’ont tout enlevé.., O mon
seigneur, si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et
moi je le prendrai... Je ne le dirai à personne... Ce sera un secret entre
toi et moi. Regarde : je suis la fille de Théophile, la sœur de Lazare, mais
je reste à genoux devant toi, pour te supplier comme une esclave. Veux-tu que
je t’achète son Corps ? Je le ferai. Combien veux-tu ? Je suis riche. Je puis
te donner autant d’or et de gemmes qu’il pèse. Mais rends-le-moi. Je ne te
dénoncerai pas. Veux-tu me frapper ? Fais-le. Jusqu’au sang si tu veux. Si tu
as de la haine pour Lui, fais-la-moi payer. Mais rends-le-moi. Oh ! ne
m’appauvris pas de cette misère, ô mon seigneur ! Pitié pour une pauvre femme
!... Pour moi, tu ne le veux pas ? Pour sa Mère, alors. Dis-moi ! Dis-moi où
est mon Seigneur Jésus. Je suis forte. Je le prendrai dans mes bras et je le
porterai comme un enfant dans un lieu sûr. Seigneur.., seigneur... tu le
vois.., depuis trois jours nous sommes frappés par la colère de Dieu à cause
de ce qu’on a fait au Fils de Dieu... N’ajoute pas la Profanation au Crime...
” “Marie !” Jésus
rayonne en l’appelant. Il se dévoile dans sa splendeur triomphante. “Rabboni !” Le cri
de Marie est vraiment “le grand cri” qui ferme le cycle de la mort. Avec le
premier, les ténèbres de la haine enveloppèrent la Victime des bandes
funèbres, avec le second les lumières de l’amour accrûrent sa splendeur. Et Marie se lève au
cri qui emplit le jardin, court aux pieds de Jésus, et voudrait les baiser.
Marie baise le sol
où il se trouvait et court vers la maison. Elle entre comme une fusée car le
portail est entrouvert pour livrer passage au maître qui sort pour aller à la
fontaine; elle ouvre la porte de la pièce de Marie et elle s’abandonne sur
son cœur en criant : “Il est ressuscité ! Il est ressuscité !” et elle
pleure, bienheureuse. Et pendant
qu’accourent Pierre et Jean, et que du Cénacle s’avancent Salomé et Suzanne
apeurées et qu’elles écoutent son récit, voilà qu’entrent aussi par la rue
Marie d’Alphée avec Marthe et Jeanne qui toutes essoufflées disent que “elles
y sont allées elles aussi et qu’elles ont vu deux anges qui se disaient le
gardien de l’Homme-Dieu et l’ange de sa Douleur et qu’ils ont donné l’ordre
de dire aux disciples qu’il était ressuscité.” Et comme Pierre
secoue la tête, elles insistent en disant : “Oui. Ils ont dit : 'Pourquoi
cherchez-vous le Vivant parmi les morts' ? Il n’est pas ici. Il est
ressuscité comme il le disait quand il était encore en Galilée. Ne vous le
rappelez-vous pas ? Il disait : “ Le Fils de l’homme doit être livré aux
mains des pécheurs et être crucifié mais le troisième il ressuscitera
. ”” Pierre secoue la
tête en disant : “Trop de choses ces jours-ci ! Vous en êtes restées
troublées.” La Magdeleine relève
la tête du sein de Marie et elle dit : “Je l’ai vu, je lui ai parlé. Il m’a
dit qu’il monte vers le Père et qu’il vient ensuite. Comme il était beau !”
et elle pleure comme elle n’a jamais pleuré, maintenant qu’elle n’a plus à se
torturer elle-même pour s’opposer au doute qui surgit de tous côtés. Mais Pierre et Jean
aussi restent très hésitants. Ils se regardent mais leurs yeux se disent :
“Imaginations de femmes !” Suzanne aussi et
Salomé osent alors parler, mais l’inévitable différence dans les détails des
gardes qui d’abord sont là comme morts et ensuite ne sont plus là, des anges
qui tantôt sont un et tantôt deux et qui ne se sont pas montrés aux apôtres,
des deux versions sur la venue de Jésus ici et sur le fait qu’il précède les
siens en Galilée, fait que le doute et, même, la persuasion des apôtres
augmente de plus en plus. Marie, la Mère
bienheureuse, se tait en soutenant la Magdeleine... Je ne comprends pas le
mystère de ce silence maternel. Marie d’Alphée dit à
Salomé : “Retournons-y toutes les deux. Voyons si nous sommes toutes
ivres...” Et elles courent dehors. 33> Les autres restent,
paisiblement ridiculisées par les deux apôtres, près de Marie qui
se tait, absorbée dans une pensée que chacun interprète à sa façon et sans
que personne comprenne que c’est de l’extase. Les deux femmes
âgées reviennent : “C’est vrai ! C’est vrai ! Nous l’avons vu. Il nous a dit
près du jardin de Barnabé : “Paix à vous. Ne craignez pas. Allez dire à mes
frères que je suis ressuscité et qu’ils aillent d’ici quelques jours en
Galilée. Là nous serons encore ensemble”. C’est ainsi qu’il a parlé. Marie a
raison. Il faut le dire à ceux de Béthanie, à Joseph, à Nicodème, aux
disciples les plus fidèles, aux bergers, aller, agir, agir... Oh ! il est
ressuscité !...” Elles pleurent toutes bienheureuses. “Vous êtes folles,
femmes. La douleur vous a troublées. La lumière vous a semblé un ange. Le
vent, une voix. Le soleil, le Christ. Je ne vous critique pas, je vous
comprends mais je ne puis croire qu’à ce que j’ai vu : le Tombeau ouvert et
vide et les gardes partis avec le Cadavre volatilisé.” “Mais si les gardes
eux-mêmes disent qu’il est ressuscité ! Si la ville est en émoi et si les
Princes des Prêtres sont fous de colère parce que les gardes ont parlé dans
leur fuite éperdue ! Maintenant ils veulent qu’ils disent autre chose et les
paient pour cela. Mais déjà on le sait, et si les juifs ne croient pas à la
Résurrection, ne veulent pas croire, beaucoup d’autres croient...” “Hum ! Les femmes
!...” Pierre hausse les épaules et il va s’en aller. Alors la Mère, qui a
toujours sur son cœur la Magdeleine qui pleure comme un saule sous une averse
à cause de sa trop grande joie et qui baise ses cheveux blonds, lève son
visage transfiguré et dit une courte phrase : “Il est réellement ressuscité.
Je l’ai eu dans mes bras et j’ai baisé ses plaies.” Et puis elle se penche
sur les cheveux de la passionnée et elle dit : “Oui, la joie est encore plus
forte que la douleur. Mais ce n’est qu’un grain de sable de ce que sera ton
océan de joie éternelle. Heureuse es-tu d’avoir par dessus la raison fait
parler ton esprit.” |
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Pierre n’ose plus nier, et avec un de ces
passages du Pierre d’autrefois, qui maintenant revient affleurer, dit et crie
comme si c’était des autres et non pas de lui que dépendait le retard : “Mais
alors, s’il en est ainsi, il faut le faire savoir aux autres, à ceux qui sont
dispersés dans les campagnes... chercher... agir... Allons, remuez-vous. S’il
devait vraiment venir, qu’il nous trouve au moins” et il ne s’aperçoit pas
qu’il reconnaît encore qu’il ne croit pas aveuglément à sa Résurrection. |
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