|
47>
Manaën marche vivement avec les bergers par les pentes qui conduisent de
Béthanie à Jérusalem. Une belle route va directement en direction de
l’oliveraie. C’est vers elle que tourne Manaën, après avoir quitté
les bergers qui veulent entrer dans la ville, par petits groupes, pour
aller au Cénacle.
Un
peu avant, je le remarque par leurs conversations, ils doivent avoir
rencontré Jean qui venait vers Béthanie apporter la nouvelle de la Résurrection
et l’ordre d’être tous en Galilée dans quelques jours. Ils se
quittent justement parce que les bergers veulent répéter personnellement
à Pierre ce qu’ils ont déjà dit à Jean, à savoir que le Seigneur,
en apparaissant à Lazare, a dit de se réunir au Cénacle.
Manaën
monte par un chemin secondaire vers une maison au milieu d’une
oliveraie. Une belle maison, entourée par des cèdres du Liban qui
dominent par leurs masses imposantes les nombreux oliviers de la montagne.
Il entre, sûr de lui, et dit au serviteur qui est accouru : " Où
est ton maître ?"
"De
ce côté avec Joseph qui est venu depuis peu."
" Dis-lui
que je suis ici."
Le
serviteur va et revient avec Nicodème et Joseph. Les voix des trois se mêlent
en un seul même cri : "Il est ressuscité ! "
Ils
se regardent, étonnés de le savoir tous. Puis Nicodème prend son ami et
l’entraîne dans une pièce intérieure. Joseph les suit.
"Tu
as osé revenir ?"
"Oui.
Lui a dit : “Au Cénacle”. Je désire vivement le voir maintenant,
glorieux, pour m’enlever la douleur du souvenir que j’ai de Lui,
attaché et couvert d’immondices comme un malfaiteur frappé par
l’indignation du monde."
"Oh
! nous aussi, nous voudrions le voir... Et pour nous enlever l’horreur
du souvenir de son supplice, de ses blessures sans nombre... Mais Lui ne
s’est montré qu’aux femmes" murmure Joseph.
" C’est
juste. Elles Lui ont été toujours fidèles, ces années-ci. Nous avions
peur. La Mère l’a dit : " Un bien pauvre amour que le vôtre
s’il a attendu cette heure pour se montrer ! " " objecte
Nicodème.
"Mais
pour défier Israël qui Lui est plus opposé que jamais, nous aurions
bien besoin de le voir !.... Si tu savais ! Les gardes ont parlé... 48>
Maintenant les Chefs du Sanhédrin et les pharisiens, pas encore
convertis par une telle colère du Ciel, s’en vont chercher qui peut être
informé de sa Résurrection pour l’emprisonner. J’ai envoyé le petit
Martial — un enfant s’échappe plus facilement — pour prévenir ceux
de la maison de se tenir sur leurs gardes. Du Trésor du Temple ils ont
tiré des deniers sacrés pour payer les gardes, afin qu’ils disent que
les disciples l’ont enlevé et que ce qu’ils ont dit avant de la Résurrection
n’était qu’un mensonge, parce qu’ils craignaient d’être punis.
La ville bout comme un chaudron, et il y a des disciples qui la quittent déjà
par peur... Je veux parler des disciples qui n’étaient pas à Béthanie… "
" Oui,
nous aurions besoin de sa bénédiction pour avoir du courage. "
" Il
est apparu à Lazare... C’était environ l’heure de tierce. Lazare
nous est apparu transfiguré. "
" Oh
! Lazare le mérite ! Nous... " dit Joseph.
" Oui.
Nous sommes encore incrustés de doute et de pensées humaines, comme
d’une lèpre mal guérie... Et il n’y a que Lui qui peut dire : “Je
veux que vous en soyez purifiés !” Il ne parlera donc plus maintenant
qu’il est ressuscité, à nous qui sommes les moins parfaits ? "
demande Nicodème.
" Et
il ne fera plus de miracles, pour châtier le monde, maintenant qu’il
est sorti de la mort et des misères de la chair ? " demande de
nouveau Joseph.
Mais
ce qu’ils demandent ne peut avoir qu’une réponse. La Sienne. Et la
Sienne ne vient pas. Les trois restent accablés.
Puis
Manaën dit : " Eh bien, je vais au Cénacle. S’ils me tuent,
Lui absoudra mon âme et je le verrai au Ciel. Si je ne le vois pas ici,
sur la Terre. Manaën est une chose tellement inutile dans ses troupes que
s’il tombe il laissera le même vide que laisse une fleur cueillie dans
un pré qui fourmille de corolles. Cela ne se verra même pas... "
et il se lève pour partir.
Mais
pendant qu’il se tourne vers la porte, celle-ci s’illumine du Divin
Crucifié qui, les mains ouvertes, faisant le geste d’embrasser, l’arrête
en disant : " Paix à toi ! Paix à vous ! Mais restez où
vous êtes, toi et Nicodème. Joseph peut encore aller s’il le juge bon.
Mais vous m’avez ici et je dis la parole que vous demandiez : " Je
veux que vous soyez purifiés de ce qu’il reste d’impur dans votre
croyance. " Demain vous descendrez en ville. Vous irez trouver
les frères. Ce soir, je dois parler aux apôtres seuls. Adieu. Et que
Dieu soit toujours avec vous. Manaën, merci. Tu as cru plus qu’eux.
Merci donc aussi à ton esprit. Pour vous, je vous remercie de votre
pitié. 49>
Faites qu’elle se change en une chose plus élevée avec une de
foi intrépide."
Jésus
disparaît dans une incandescence éblouissante. Les trois sont heureux et
troublés.
"Mais
c'était Lui ?" demande Joseph. "Et tu n'as pas entendu sa voix
?" répond Nicodème. "La voix... un esprit aussi peut
l'avoir... Toi, Manaën, qui étais près de Lui, que t'en semble-t-il
?"
|