|
"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
||
|
jeudi 15 août an -5 (11 Eloul)
- [Commentaires de MV : Voir Marie - Marie file à l'ombre d'un pommier 155 - Joseph arrive et s'excuse de l'avoir soupçonnée 156 - Marie n'a fait qu'obéir à Dieu 157 - Le mariage aura lieu la semaine suivante 157 - Ici il y aura le ciel 157 |
1.42. |
||
|
155> Après cinquante trois jours, la Maman
recommence à se manifester avec cette vision qu'Elle me dit de noter dans ce
livre. La joie renaît en moi, parce que voir Marie, c'est posséder la joie. Je vois donc le petit
jardin de Nazareth. Marie
file à l'ombre d'un pommier à la frondaison touffue et surchargé de fruits
qui commencent à rougir. On dirait des joues d'enfants arrondies et
rosées. Mais Marie n'a pas
ces belles couleurs. Le teint que ses joues avaient à Hébron a disparu. Le
visage est pâle comme de l'ivoire. Seules les lèvres y dessinent une courbe
de pâle corail. Sous les paupières abaissées, deux ombres obscures, et le
bord des yeux est gonflé comme après des pleurs. Je ne vois pas les yeux,
parce qu'elle a la tête plutôt inclinée, attentive à son travail, et plus
encore à des pensées attristantes car je l'entends soupirer comme quelqu'un
qui souffre douloureusement dans son cœur. Elle est toute habillée de blanc,
de vêtements de lin blancs parce qu'il fait très chaud, bien que la fraîcheur
encore intacte des fleurs me dise que c'est le matin [1]. Elle a la tête
découverte et le soleil qui joue avec le feuillage du pommier, remué par un
vent très léger, et qui filtre en faisant des raies de lumière sur la terre
brune des parterres, dessine des ronds lumineux sur sa tête blonde et sur les
cheveux qui ont des reflets d'or pur. De la maison ne vient
aucun bruit, ni non plus du voisinage. On entend le murmure d'un filet d'eau
qui coule dans une vasque au fond du jardin. Marie sursaute en entendant
un coup frappé résolument à la porte extérieure de la maison. Elle pose sa
quenouille et son fuseau et se lève pour aller ouvrir. Bien que son habit
soit souple et ample, elle n'arrive pas à cacher complètement la rondeur du
bassin. 156> Elle se trouve en face de Joseph. Elle pâlit jusqu'aux lèvres. En ce moment son visage
semble une hostie tant il est exsangue. Marie regarde d'un oeil qui interroge avec tristesse. Le regard de Joseph
paraît suppliant. Ils gardent le silence, en se regardant. Puis Marie ouvre
la bouche : "A cette heure, Joseph ? As-tu besoin de quelque
chose ? Que veux-tu me dire ? Viens." Joseph entre et ferme
la porte. Il ne parle pas encore. "Parle Joseph,
qu'est-ce que tu veux ?" "Ton
pardon." Joseph s'incline comme s'il voulait s'agenouiller. Mais Marie,
toujours si réservée pour le toucher, le prend résolument par les épaules et
l'en empêche. La couleur va et
vient sur le visage de Marie, tantôt rouge, tantôt pâle comme il était avant.
"Mon pardon ? Je n'ai rien à te par- donner, Joseph. Je n'ai qu’à
te remercier encore de tout ce que tu as fait ici en mon absence et pour
l'amour que tu me portes." Joseph la regarde et je
vois deux grosses larmes qui se forment dans la cavité de son œil profond.
Elles restent comme sur le bord d'un vase et puis roulent sur les joues et
sur la barbe. "Pardon, Marie. J'ai manqué de confiance. Maintenant, je
sais [2]. Je suis indigne
d'avoir un tel trésor. J'ai manqué de charité. Je t'ai accusée en mon cœur.
Je t'ai accusée sans justice puisque je ne t'avais pas demandé de me dire la
vérité. J'ai failli envers la Loi de Dieu en ne t'aimant pas comme je me
serais aimé..." "Oh !
non ! Tu n'as pas manqué !" "Oui, Marie. Si
j'avais été accusé d'un pareil crime, je me serais défendu. Toi... Je ne t'ai
pas permis de te défendre, puisque j'allais prendre une décision sans
t'interroger. Je t'ai manqué en t'offensant par un soupçon. Rien. qu'un
soupçon, c'est une offense, Marie. Qui soupçonne méconnaît. Je ne t'ai pas
connue comme je le devais. Mais pour la douleur que j'ai soufferte... trois
journées de supplice, pardonne-moi, Marie." "Je n'ai rien à
te pardonner. Mais plutôt je te demande pardon de la douleur que je t'ai
causée." "Oh ! oui,
quelle douleur ç'a été ! Quelle douleur !
Regarde, Ce matin, on m'a dit que j'avais des cheveux blancs sur les tempes
et des rides sur le visage, Plus de dix ans de vie se sont écoulés en ces
jours. Mais pourquoi, Marie, as-tu été humble au point de me cacher à moi,
ton époux, ta gloire, et permettre que je te soupçonne ?" 157> Joseph n'est pas à genoux, mais il est tellement courbé que
c'est tout comme, et Marie pose sur sa tête sa petite main en souriant. Il
semble qu'elle l'absolve. Elle dit : "Si mon humilité n'avait pas
été parfaite, je n'aurais pas mérité de concevoir Celui qu'on attendait.
Celui qui vient annuler la faute d'orgueil qui a ruiné l'homme. Et puis j'ai
obéi... Dieu m'a demandé cette obéissance. Elle m'a coûté tellement... pour
toi, pour la douleur que tu en éprouverais. Mais je n'avais qu'à obéir. Je
suis la servante de Dieu et les serviteurs ne discutent pas les ordres qu'ils
reçoivent. Ils les exécutent, Joseph, même s'ils leur font pleurer du sang."
Marie pleure doucement en disant cela. Si doucement que Joseph tout courbé ne
s'en aperçoit que quand une larme tombe à terre. Alors il redresse la
tête et - c'est la première fois que je le vois faire cela - il serre les
petites mains de Marie dans ses mains fortes et hâlées et baise l'extrémité
de ces doigts délicats qui sortent comme des boutons de pêcher de l'étreinte
des mains de Joseph. "Maintenant il
faut pourvoir, parce que..." Joseph n'ajoute rien, mais regarde le corps
de Marie, qui s'assied tout de suite, pour ne pas rester ainsi exposée au
regard qui se pose sur elle. "Il faudra faire vite. Je viendrai ici.
Nous accomplirons le mariage... La semaine prochaine, ça va… ?" "Tout ce que tu
fais est bien Joseph. Tu es le chef de la maison moi, je suis ta
servante." "Non, c'est moi
qui suis ton serviteur. Je suis le bienheureux serviteur de mon Seigneur qui
grandit en ton sein. Toi, tu es la bénie entre toutes les femmes d'Israël. Ce
soir, je préviendrai les parents. Et après... quand je serai ici, nous
travaillerons pour préparer tout à sa venue... Oh ! comment pourrai-je
recevoir dans ma maison mon Dieu ? Dans mes bras Dieu ? J'en
mourrai de joie !... Je ne pourrai jamais oser le toucher !…" "Tu le pourras,
comme moi je le pourrai, avec la grâce de Dieu." "Mais toi, c'est
toi. Moi, je suis un pauvre homme, le plus pauvre des fils de
Dieu ! ..." "Jésus [3] vient pour nous qui
sommes pauvres, pour nous faire riches en Dieu. Il vient vers nous deux,
parce que nous sommes les plus pauvres et que nous le reconnaissons.
Réjouis-toi, Joseph. 158> La race de David a le Roi qu'elle attendait
et notre maison devient plus fastueuse que le palais royal de Salomon, car
ici il y aura le Ciel et nous partagerons avec Dieu le
secret de paix que plus tard les hommes apprendront. Il grandira parmi nous
et nos bras seront un berceau pour le Rédempteur qui grandit, et nos fatigues
Lui procureront le pain... Oh ! Joseph ! Nous entendrons la voix de
Dieu nous appeler "père et Mère !". Oh !..." Marie pleure
de joie. Des larmes si heureuses ! Et Joseph, agenouillé
maintenant à ses pieds, pleure, la tête cachée dans l'ample vêtement de Marie
qui descend en faisant des plis sur le pauvre carrelage de la petite pièce. La vision se
termine là. |
|||
|
|
|||
[2] Luc 1,20-21
"Alors qu’il avait formé ce dessein (la répudiation en secret), voici
que l’Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : "Joseph,
fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme : car ce
qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint. Elle enfantera un fils, et
tu l’appelleras du nom de Jésus car c’est lui qui sauvera son peuple de ses
péchés."
[3] Le nom leur a été révélé
par l’ange, lors de l’Annonciation et lors du songe.