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210> Jésus
dit :
"Et maintenant ? Que vous dire, maintenant, ô âmes qui sentez mourir votre foi ?
Ces Sages
d'orient n'avaient rien qui les assurât de la vérité. Rien de surnaturel.
Seulement leurs calculs astronomiques et leur travail de réflexion qu'une vie
intègre rendait parfaite.
Et pourtant, ils ont eu la foi. Foi en tout : foi dans la science, foi
dans leur conscience, foi dans la bonté divine.
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211> Par la science ils
ont cru au signe de l'étoile nouvelle qui ne pouvait être que
"celle" attendue depuis des siècles par l'humanité : le
Messie.
Par la conscience ils ont eu la foi dans la même voix qui, recevant les
"voix" célestes, leur disait : "C'est cette étoile qui
indique la venue du Messie".
Par leur bonté, ils ont eu foi que Dieu ne les aurait pas trompés et, puisque
leur intention était droite, Dieu les aurait aidés de toutes façons pour
atteindre leur but.
Et ils ont réussi. Eux seuls, parmi tant de gens qui étudient les signes, ils
ont compris ce signe, parce qu'eux seuls avaient dans l'âme le désir anxieux
de connaître les paroles de Dieu avec une intention droite dont la pensée
profonde était de donner sans retard à Dieu louange et honneur.
Ils ne recherchaient pas un intérêt personnel. Bien plus, ils vont au devant
des fatigues et des dépenses et ne demandent aucune compensation humaine. Ils
demandent seulement que Dieu se souvienne d'eux et les sauve pour l'éternité.
De même qu'ils ne pensent pour l'avenir à aucune récompense humaine, ainsi
quand ils décident leur voyage, ils n'ont aucune préoccupation humaine. Vous,
vous auriez formulé mille prétextes : "Comment ferai-je à faire un
si long voyage, dans des pays et parmi des peuples de langues
différentes ? Me croira-t-on ou m'emprisonnera-t-on comme espion ?
Quelle aide me donnera-t-on pour franchir déserts et fleuves et
montagnes ? Et la chaleur ? Et le vent des hauts plateaux ? Et
les fièvres qui règnent dans les zones marécageuses ? Et les fleuves
gonflés par les pluies ? Et la nourriture différente ? Et les
langues diverses ? Et... et... et…". C'est ainsi que vous
raisonnez. Eux n'ont pas raisonné de cette façon. Ils disent avec une sincère
et sainte audace : "Toi, ô Dieu, tu lis ce que nous avons dans le
cœur et tu vois quelle fin nous poursuivons. Nous nous remettons entre tes
mains. Accorde-nous la joie surhumaine d'adorer ta Seconde Personne faite
Chair pour le salut du monde."
Suffit. Et ils se mettent en chemin depuis les Indes lointaines. Des chaînes
mongoliques sur lesquelles planent seulement les aigles et les vautours, où
Dieu leur parle avec le fracas des vents et des torrents et il écrit des
paroles mystérieuses sur les pages illimitées des neiges. Des terres où naît
le Nil et d'où il s'avance, veine d'un verte d'azur jusqu'au cœur azuré de la
Méditerranée, ni pics, ni forêts, ni sables, océans desséchés et plus
dangereux que les océans marins n'arrêtent leur marche. Et l'étoile brille
sur leurs nuits, les empêchant de dormir. Quand on cherche Dieu, les habitudes animales doivent céder à des impatiences et des
nécessités surhumaines.
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212> L'étoile les amène du nord,
de l'orient et du midi, et par un miracle de Dieu elle s'avance pour eux
trois vers un même point. De même, par un autre miracle, elle les rassemble
après de si longs parcours en ce même point. Et par un autre miracle encore, leur fait,
anticipation de la Sagesse de la Pentecôte, le don de comprendre et de se
faire comprendre, comme au Paradis où on parle une seule langue : celle
de Dieu.
Un seul moment d'effroi les assaille quand l'étoile disparaît. Alors, humbles
parce que réellement grands, ils ne pensent pas que ce soit par la
méchanceté des hommes que la chose arrive, que les gens corrompus de
Jérusalem ne méritent pas de voir l'étoile. Ils pensent que c'est eux-mêmes
qui ont démérité de Dieu et ils s'examinent, tremblants et contrits, déjà
prêts à demander pardon.
Mais leur conscience les rassure. Âmes habituées à la méditation, leur
conscience est très sensible. Elle s'est affinée par une attention constante,
une introspection aiguë qui fait de leur intérieur un miroir où se reflètent
les plus petites traces des évènements journaliers. Ils s'en sont fait
une maîtresse, une voix qui prévient et se fait entendre, je ne dis pas à la
plus petite erreur mais à un simple regard vers la déviation ou l'erreur vers
ce qui est humain, vers la complaisance pour ce qui est le moi. Aussi,
quand ils se mettent en face de cette maîtresse, de ce miroir sévère et
clair, ils savent qu'il ne mentira pas. Maintenant, elle les rassure et ils
reprennent courage.
"Oh ! douceur d'avoir conscience qu'il n'y a rien en nous de
contraire à Dieu ! De savoir qu'Il regarde avec complaisance l'âme du
fils fidèle et la bénit. De ce sentiment vient un accroissement de foi et de
confiance et d'espérance et la force d'âme et la patience. En ce moment c'est
la tempête. Mais elle passera, puisque Dieu m'aime et sait que je l'aime et
Il ne manquera pas de m'aider, une fois de plus" .Ainsi parlent ceux qui
possèdent la paix, la paix qui vient d'une conscience droite qui dirige souverainement
chacune de leurs actions.
J'ai dit qu'ils étaient "humbles parce qu'ils étaient réellement
grands". Dans votre vie, au contraire, qu'arrive-t-il ? Qu'un
individu, non pas parce qu'il est grand, mais parce qu'il est violent, et il
tire sa puissance avec la complicité de son influence et de votre sotte idolâtrie, voilà pourquoi il n'est jamais humble.
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213> Il y a de pauvres malheureux
qui, pour le fait qu'ils sont majordomes d'un personnage influent, huissiers
d'un bureau, employés d'une administration, sujets de celui qui leur a
procuré une place, ils prennent des poses de demi-dieux. Ils font
pitié !…
Eux, les trois Sages, étaient réellement grands. Par leur vertu surnaturelle,
en premier lieu, par leur science ensuite, et enfin par leur richesse. Mais
ils se considèrent comme un néant : poussière sur la poussière de la
terre par rapport au Dieu Très-Haut qui crée les mondes par un sourire et les
sème comme des graines pour rassasier le regard des anges avec des colliers
d'étoiles.
Mais s'ils se considèrent comme rien en face du Dieu Très-Haut qui a créé la
planète sur laquelle ils vivent et lui a donné une extraordinaire variété, en
disposant, Lui Sculpteur Infini d’œuvres sans limites, ici, d'un coup de
pouce une couronne de douces collines et là, une ossature de dômes et de pics
qui semblent des vertèbres de la terre, de ce corps démesuré qui a pour
veines les fleuves, pour bassins les lacs, pour cœur les océans, pour
vêtements les forêts, pour voiles les nuages, pour ornements les glaciers
cristallins, pour gemmes les turquoises et les émeraudes, les opales et les
béryls de toutes nuances qui, avec les bois et les vents, chantent le grand
chœur de louanges à leur Seigneur.
Mais ils se sentent néant, en leur sagesse, en présence du Dieu Très-Haut
d'où leur vient la sagesse et qui leur a donné un regard plus pénétrant que
celui de leurs yeux pourvoir les réalités : les yeux de l'âme qui savent
lire dans les choses des paroles que n'a pas écrites une main humaine mais
qui ont été gravées par la pensée de Dieu.
Mais ils ont conscience de leur néant comme possesseurs de richesses :
atomes en comparaison des richesses du Possesseur de l'univers qui répand les
métaux et les gemmes dans les astres et les planètes et des richesses
inépuisables dans le cœur de ceux qui l'aiment.
Arrivés devant une pauvre maison, dans la plus insignifiante des cités de
Juda, ils ne hochent pas la tête en disant :
"impossible !", mais ils courbent l'échine, fléchissent
les genoux, s’humilient surtout en leur cœur et adorent. Là, derrière ce
pauvre mur, Dieu se trouve, ce Dieu qu'ils ont toujours invoqué n'osant
jamais espérer d'avoir même de loin la possibilité de le voir, mais ils
l'invoquent pour le bien du genre humain, pour "leur" bien éternel.
Oh ! c'est seulement cela qu'ils souhaitaient, de pouvoir le
voir, le connaître, le posséder dans la vie où il n'y a plus d'aubes ni de
crépuscules.
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214> Il est
là, derrière ce pauvre mur. Sans doute son cœur de Bambin, qui est pourtant
le cœur d'un Dieu, perçoit les battements du cœur de ces trois qui,
prosternés sur la poussière du chemin, crient : "Saint, Saint,
Saint. Béni le Seigneur notre Dieu. Gloire à Lui au plus haut des Cieux et
paix à ses serviteurs. Gloire, gloire, gloire et bénédiction". C'est
cela qu'ils demandent avec un cœur tremblant d'amour. Pendant la nuit et la
matinée qui suit, ils se préparent par la prière la plus vive à communier
avec Dieu-Enfant. Ils ne vont pas vers cet autel qu'est un sein virginal qui
porte l'Hostie Divine, comme vous y allez, l'âme remplie de préoccupations
humaines.
Ils oublient sommeil et nourriture, et s'ils prennent les plus beaux habits,
ce n'est pas par vanité humaine, mais pour faire honneur au Roi des rois. À
la cour des souverains les dignitaires entrent avec les plus beaux habits. Et
pourquoi n'iraient-ils pas voir ce Roi avec leurs habits de fête ? Et
quelle fête y aurait-il pour eux, plus grande que celle-là ?
Oh ! dans leurs pays lointains à plusieurs reprises, ils ont dû se parer
pour des hommes qui étaient leurs égaux, pour les fêter et leur faire
honneur. Il est donc juste de prosterner aux pieds du Roi Suprême, pourpre et
joyaux, soies et plumes précieuses. Mettre à ses pieds, à ses doux petits
pieds, les textiles de la terre, les gemmes de la terre, les plumes de la
terre, les métaux de la terre - tout qui appartient à son œuvre - pour que,
elles aussi, ces choses de la terre adorent leur Créateur. Et ils seraient
heureux si la Petite Créature leur ordonnait de s'allonger sur le sol
pour offrir un tapis vivant à ses pas de Bambin et leur marcher dessus, Lui
qui a laissé les étoiles pour eux, poussière, poussière, poussière.
Ils sont humbles et généreux, obéissants aux "voix" du Très-Haut.
Elles ordonnent de porter des cadeaux au Roi Nouveau-Né. Ils portent
eux-mêmes ces dons. Ils ne disent pas : "Il est riche et n'en a pas
besoin. Il est Dieu et ne connaîtra pas la mort". Ils obéissent. Et ce
sont eux qui les premiers secourent la pauvreté du Sauveur. Comme il sera
utile cet or pour ceux qui demain seront des fugitifs ! Comme elle sera
expressive cette myrrhe pour celui qui bientôt sera mis à mort! Comme il sera
pieux cet encens pour qui devra respirer la puanteur de la luxure des hommes
qui bouillonne autour de sa pureté infinie !
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215> Ils sont humbles,
généreux, obéissants et respectueux l'un de l'autre. Les vertus enfantent
toujours d'autres vertus. Après celles qui s'adressent à Dieu, voilà celles
qui s'adressent au prochain. C'est le respect qui devient charité. Au plus
vieux il est réservé de parler au nom de tous, de recevoir pour le premier le
baiser du Seigneur, et de le conduire par la main : Les autres pourront
encore le voir, mais lui, il est âgé, non. Il est bien proche le jour où il
retournera à Dieu. Il le verra ce Christ, après sa mort cruelle et le suivra
dans le sillage des sauvés, quand il retournera au Ciel. Mais il ne le verra
plus sur cette terre, et alors, pour viatique, il lui reste la tiédeur de la
petite main qui se fie à sa main déjà ridée. Il n'y a aucune envie chez les autres,
mais au contraire un surcroît de respect pour le vieux sage. Il a mérité plus
qu'eux et pendant un plus long temps. Le Dieu-Enfant le sait. Elle ne se fait
pas encore entendre la Parole du Père, mais son geste est parole. Bénie soit
son innocente parole qui indique l'ancien comme son préféré.
Mais, ô mes fils, il y a deux autres enseignements qui ressortent de cette
vision.
L'attitude de Joseph qui sait se tenir à
"sa" place. Présent, comme gardien et protecteur de la Pureté et de
la Sainteté, mais il n'en usurpe pas les droits. C'est Marie, avec
son Jésus, qui
reçoit les hommages et à qui est adressée la parole. Joseph s'en réjouit pour
Elle et ne se fait pas de souci d'être un personnage secondaire. Joseph est
un juste : il est le Juste. Et il est juste toujours, même à
cette heure. Les vapeurs de la fête ne lui montent pas au cerveau. Il reste
humble et juste.
Il est heureux des cadeaux. Pas pour lui. Mais il pense qu'avec ces présents
il pourra procurer une vie plus facile à son Épouse et à l'Enfant. Il n'y a
pas en Joseph de désir de richesses. C'est un travailleur, et il continuera
de travailler. Mais que "Eux", ses deux amours aient un peu d'aise
et de confort. Ni lui, ni les Mages ne savent que ces dons serviront pour une
fuite et une vie d'exil où ces richesses se dispersent comme des nuages
chassés par le vent, et encore à un retour dans leur patrie. Ils auront alors
tout perdu, clients et mobilier, ils ne trouveront que les murs de leur
maison protégés par Dieu car c'était là qu'Il s'était uni à la Vierge et
s'était fait Chair.
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216> Joseph est humble, lui
gardien de Dieu et de Celle qui était la Mère de Dieu et l'Épouse du
Très-Haut, jusqu'à présenter l'étrier à ces vassaux de Dieu. C'est un pauvre
charpentier parce que la violence des hommes a dépouillé les héritiers de
David de leurs possessions royales. Mais il est toujours de race royale et a
les manières d'un roi. C'est pour lui aussi qu'a été dit : "il
était humble parce que vraiment grand".
Dernier, doux, expressif enseignement. C'est Marie qui prend la main de
Jésus, qui ne sait pas encore bénir, et la guide dans le geste saint.
C'est toujours Marie qui prend la main de Jésus et la guide, maintenant
encore. Maintenant Jésus sait bénir. Mais parfois, sa main transpercée
retombe lasse et découragée parce qu'il est inutile de bénir. Vous détruisez
ma bénédiction. Elle retombe encore indignée parce que vous me maudissez.
C'est alors Marie qui contient cette indignation en baisant cette main.
Oh ! le baiser de ma Mère ! Qui résisterait à ce
baiser ? Puis, de ses doigts délicats, avec un amour si impérieux, elle
prend mon poignet et me force à bénir. Je ne puis repousser ma Mère, mais il
faut passer par Elle pour la faire votre Avocate.
Elle est ma Reine, avant d'être la vôtre, et son amour pour vous a des
indulgences que le mien même ne connaît pas. Et Elle, sans parole, avec les
perles de ses larmes et l'évocation de ma Croix dont Elle me fait tracer le
signe en l'air, plaide votre cause et me persuade : "Tu es le Sauveur.
Sauve !".
Voilà, mes fils, "l'Évangile de la Foi" dans la vision de la scène
des Mages. Méditez et imitez, pour votre bien."
Vendredi
3 mars 1944. Jésus dit :
"Écris cela seulement Il y a quelques jours, tu disais que tu meurs sans
voir satisfait ton désir de visiter les Lieux Saints. Tu les vois et
comme ils étaient quand je les ai sanctifiés par ma présence. Maintenant,
après vingt siècles de profanations par haine ou par amour, ils ne sont plus
comme ils étaient, Donc, à présent, toi, tu les vois et qui va en
Palestine ne les voit pas. Ne t'attriste donc pas.
Deuxième chose : tu te lamentes de ce que même les livres qui parlent de
Moi te semblent n'avoir plus de saveur aucune alors qu'autrefois tu les
aimais tant. Cela aussi vient des conditions où tu te trouves. Comment
veux-tu que te paraissent plus parfaites les œuvres humaines lorsque c'est
par mes soins que se manifeste à toi la réalité des faits ? Cette
impression peut se produire même avec de bonnes traductions. Elles altèrent
toujours la force de la phrase originelle.
217> Les descriptions humaines,
aussi bien pour les lieux que pour les faits et les sentiments, sont des
"traductions" et pour cela toujours incomplètes, inexactes, sinon
dans les paroles et les faits, mais dans les sentiments. Surtout maintenant
que le rationalisme en a abîmé la vie qui s'y exprimait. Aussi quand je donne
à quelqu'un de voir et de savoir, toute autre description paraît froide et
laisse insatisfait et dégoûté.
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