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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta © Centro Editoriale Valtortiano |
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jeudi
26 avril 29
- Accueil du vieux jardinier 75 - Jésus ira seul avec Jeanne et le jeune Mathias 76 - Dialogue : (Jeanne devra quitter Jésus si... 77 - La maternité spirituelle de Jeanne 77 - L'homme de Kériot ne te comprend pas 79 - Claudia est indignée 79 - Moi seul je dois souffrir 80 - Profession de foi de Jeanne 80) |
6.89. |
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75> Jésus, suivi du Zélote qui conduit par la bride l'âne monté par Elise, frappe à la porte du gardien de Béther. Ils n'ont pas fait la même route que l'autre fois et ils sont arrivés aux possessions de Jeanne du petit village qui s'étale sur les pentes occidentales de la montagne sur laquelle s'élève le château. Le gardien, qui reconnaît le Seigneur, s'empresse d'ouvrir toute grande la grille qui est à côté de sa petite maison et qui donne accès au jardin qui précède l'habitation. C'est le commencement de ce lieu de rêve que sont les jardins des roseraies de Jeanne. Une odeur pénétrante de roses fraîches et d'essence de rose flotte dans l'air chaud du crépuscule et, quand la brise du soir venant de l'orient passe en faisant onduler les rosiers en fleurs, le parfum se fait plus pénétrant, plus frais, plus vrai, car il provient des coteaux plantés de rosiers et il triomphe du lourd parfum d'essence qui sort d'un bas et large appentis appuyé contre le mur occidental de la propriété. Le gardien explique : "Ma maîtresse est là. Chaque soir elle y vient à l'heure où se rassemblent ceux qui s'occupent de la cueillette et de l'essence. Elle leur parle, les interroge, les soigne, les 76> réconforte. Oh ! Elle est bonne, notre maîtresse ! Elle l'a toujours été. Mais depuis qu'elle est ta disciple !... Maintenant je vais l'appeler. C'est une période de gros travaux et les cueilleurs habituels ne suffisent pas, bien que depuis Pâque il y a en plus de nouveaux serviteurs et de nouvelles servantes qu'elle a engagés. Attends-moi, Seigneur..." "Non, j'y vais Moi. Que Dieu te bénisse et te donne la paix" dit Jésus en levant la main pour bénir le vieux gardien que jusqu'alors il a écouté patiemment. Et après l'avoir quitté, il s'en va vers le bas et large appentis. Mais le bruit des pas sur la terre dure du sentier fait lever la tête à Mathias quelque peu curieux et, avec un cri, l'enfant se précipite dehors, les bras déjà ouverts et levés pour inviter à l'embrassement qu'il désire. "Il y a Jésus ! Il y a Jésus !" crie-t-il en courant. Et quand il est déjà dans les bras du Seigneur qui le baise, Jeanne s'avance au milieu de ses serviteurs. "Le Seigneur !" crie-t-elle à son tour, et elle tombe à genoux pour le vénérer tout de suite de l'endroit où elle se trouve. Elle se prosterne et puis se relève, avec un visage que l'émotion colore d'une teinte pourpre semblable aux pétales d'une rosé épanouie. Puis elle vient vers Jésus et se prosterne encore pour baiser ses pieds. "La paix à toi, Jeanne. Tu voulais me voir ? Je suis venu." "Je voulais te voir... Oui, Seigneur..." Jeanne devient pâle et sérieuse. Jésus le remarque. "Lève-toi, Jeanne. Chouza se porte bien?" "Oui, mon Seigneur." "Et la petite Marie, que je ne vois pas ici ?" "Elle aussi, Seigneur... Elle est allée avec Esther apporter des remèdes à un serviteur malade." "C'est pour ce serviteur que tu m'as appelé ?" "Non, Seigneur... Pour... Toi." Jeanne, c'est bien visible, ne veut pas parler en présence de tous les gens qui les ont entourés. Jésus le comprend et il dit : "C'est bien. Allons voir tes rosiers..." "Tu dois être fatigué, Seigneur. Tu as besoin de manger... Tu as soif..." "Non. Nous nous sommes arrêtés pendant les heures chaudes dans une maison des disciples des bergers. Je ne suis pas fatigué..." "Alors allons... Jonathas, tu prépareras tout pour le Seigneur et pour ceux qui l'accompagnent... Descends, Mathias..." commande-t-elle à l'intendant qui se tient respectueusement près d'elle et à l'enfant qui s'est fait un nid dans les bras de Jésus et, caressant, 77> tient sa petite tête brune dans le creux du cou de Jésus comme un tourtereau sous l'aile paternelle. L'enfant soupire de peine, pourtant il s'apprête à obéir. Mais Jésus dit : "Non. Il va venir avec nous et ne nous dérangera pas. Ce sera le petit ange devant lequel il ne peut y avoir d'actes ou d'entretiens scandaleux, et qui empêchera le plus léger soupçon de naître dans les cœurs. Allons..." "Maître, Élise et moi, nous entrons dans la maison ou bien nous veux-tu tout près ?" demande le Zélote. "Allez, vous aussi." Jeanne conduit Jésus par une large allée qui traverse le jardin. Ils se dirigent vers les roseraies qui descendent et remontent les versants opposés qui forment le domaine fleuri de la disciple. Et Jeanne continue. On dirait qu'elle veut vraiment s'isoler là où il n'y a que des rosiers et des arbres et des oiseaux dans les branches, qui se disputent une place pour dormir ou font un dernier tour à leurs nids. Les roses, ce soir encore en boutons et qui demain épanouies tomberont sous les ciseaux, exhalent un puissant parfum avant de se reposer sous la rosée. Ils s'arrêtent dans une petite vallée entre deux replis de terrain sur lesquels forment de riants festons d'un côté des roses carnées et de l'autre des roses rouges comme des taches de sang en train de se coaguler. Il y a là un rocher qui peut servir de siège ou d'appui pour poser les paniers des cueilleurs. Il y a dans l'herbe et sur le rocher des roses et des pétales froissés qui témoignent du travail de la journée. Jeanne, de sa main ornée de bagues, dégage le siège de ces débris et elle dit : "Assieds-toi, Maître. Je dois te parler... longuement." Jésus s'assoit et Mathias se met à courir ça et là sur l'herbette jusqu'à ce qu'il s'intéresse grandement à la poursuite d'un gros crapaud venu prendre le frais dans la soirée, et il s'éloigne en criant et en sautant de joie, allant et venant derrière le pauvre crapaud, jusqu'à ce que le distraie le gîte d'un grillon dans lequel il se met à fouiller avec une petite brindille. "Jeanne, je suis ici pour t'écouter... Tu ne parles pas ?" demande Jésus après un moment de silence et il cesse d'observer l'enfant pour regarder la disciple qui se tient debout devant Lui, sérieuse et silencieuse. "Oui, Maître. Mais... c'est très difficile... et je crois que ce sera pénible à entendre..." "Parle avec simplicité et confiance..." 78> Jeanne se laisse glisser sur l'herbe et à moitié assise sur les talons en contre bas par rapport à Jésus qui est assis sur le rocher, dans une pose austère et raide, distant comme homme plus que s'il était séparé par plusieurs mètres et de nombreux obstacles, mais voisin comme Dieu et Ami grâce à la bonté du regard et du sourire. Et Jeanne le regarde, le regarde dans la douceur du crépuscule d'un soir de mai. Enfin elle parle : "Mon Seigneur... avant de parler... j'ai besoin de t'interroger... de connaître ta pensée... de comprendre si je me suis trompée sur le sens de tes paroles... Je suis une femme, une sotte femme... peut-être ai-je rêvé... et que maintenant seulement je me rends compte... des choses comme tu les as dites, comme tu les as préparées, comme tu les veux pour ton Royaume... Peut-être Chouza a-t-il raison et moi tort..." "Chouza t'a fait des reproches ?" "Oui et non, Seigneur. Il m'a seulement dit. au nom de sa puissance maritale, que s'il en est comme les derniers faits le font penser, je dois te quitter car lui, dignitaire d'Hérode, ne peut permettre que son épouse conspire contre Hérode." "Et quand donc as-tu été conspiratrice ? Qui pense à faire du tort à Hérode? Son pauvre trône si dégoûtant ne vaut pas ce siège au milieu des rosiers. Je m'assois ici, mais je ne m'assoirais pas sur son siège. Que Chouza se rassure! Ni le trône d'Hérode, ni même celui de César ne me font envie. Ce ne sont pas mes trônes et ce ne sont pas mes royaumes." "Oh ! Oui, Seigneur ?! Béni que tu es ! Quelle paix tu me donnes ! Cela fait des jours que j'en souffre ! Mon Maître, saint et divin, mon cher Maître, mon Maître de toujours, tel que je t'ai compris, vu, aimé, tel que je t'ai cru. si élevé, si élevé au-dessus de la Terre, si... si divin, ô mon Seigneur et Roi céleste !" et Jeanne, ayant pris la main de Jésus, en baise respectueusement le dos, en restant à genoux comme en adoration. "Mais qu'est-il donc arrivé ? Une chose que j'ignore, capable de te troubler ainsi, de brouiller en toi la limpidité de ma figure morale et spirituelle ? Parle !" "Quoi ? Maître, les fumées de l'erreur, de l'orgueil, de la cupidité, de l'entêtement se sont élevées comme de puants cratères et ont embrouillé ton image dans la pensée de certains, de certaines... et ont essayé de faire la même chose en moi. Mais moi, je suis ta Jeanne, ta grâce, ô Dieu ! Et je ne me serais pas perdue. Au moins je l'espère, sachant combien Dieu est bon. Mais celui qui n'est qu'un embryon d'âme qui lutte pour se former, peut bien mourir à cause 79> d'une déception. Mais celui qui n'est que quelqu'un qui d'une mer fangeuse, troublée par des courants violents, essaie de gagner le rivage, le port, de se purifier, de connaître d'autres lieux de paix, de justice, peut bien être vaincu par la fatigue s'il perd la confiance en ce rivage, en ces lieux, et se laisser reprendre par les courants, par la fange. Et moi j'étais affligée, torturée, par cette ruine des âmes, pour lesquelles j'implore Lumière. Les âmes que nous formons pour la Lumière éternelle nous sont encore plus chères que les corps auxquels nous donnons la lumière terrestre. Maintenant je comprends ce que c'est que d'être mère d'une chair et d'être mère d'une âme. On pleure pour notre petit enfant qui est mort, mais c'est seulement notre douleur. Pour un esprit que nous avons essayé de faire grandir dans ta Lumière et qui meurt, nous ne souffrons pas pour nous seuls. Mais avec Toi, avec Dieu... car notre Douleur pour la mort spirituelle d'une âme est aussi ta douleur, une infinie douleur de Dieu... Je ne sais pas si je m'explique bien..." "Oh ! très bien. Mais fais un récit ordonné, si tu veux que je te console." "Oui, Maître. Tu as envoyé à Béthanie Simon le Zélote et Judas de Kériot, n'est-ce pas ? Pour cette jeune fille hébraïque que les romaines t'ont donnée et que tu as envoyée à Nike..."[1] "Oui ! Eh bien ?..." "Elle a voulu saluer ses bonnes maîtresses et Simon et Judas l'ont accompagnée à l'Antonia. Tu le sais ?" "Je le sais. Eh bien ?"
"Mais non, Jeanne! Comment peux-tu encore le penser ?" "Maître pour avoir la joie de te voir une fois de plus divin, seulement divin. Mais précisément parce que tu es tel, je dois te causer une douleur... Maître, l'homme de Kériot ne te comprend pas, et il ne comprend pas celle qui te respecte comme un sage, comme un grand philosophe, comme une Vertu sur la Terre, mais t'admire seulement pour cela et pour cela se fait ta protectrice. C'est étrange que des païennes comprennent ce que ne comprend pas un de tes apôtres, après avoir été si longtemps avec Toi..." "Il est aveuglé par l'humanité, l'amour humain." "Tu l'excuses... Mais il te nuit, Maître. Pendant que Simon parlait avec Plautina, Lidia et Valeria, Judas a parlé avec Claudia en ton nom, comme ton ambassadeur. Il voulait lui arracher des 80> promesses pour une restauration du royaume d'Israël. Claudia l'a longuement interrogé... Lui a beaucoup parlé. Il pense certainement être au seuil de son rêve fou, là où le rêve se change en réalité. Maître. Claudia en est indignée. C'est une fille de Rome... Elle a l'empire dans le sang... Comment veux-tu qu'elle, justement elle, la fille de la gens Claudia, marche contre Rome ? Elle en a été si profondément choquée qu'elle a douté de Toi et de la sainteté de ta doctrine. Elle ne peut encore concevoir, comprendre la sainteté de ton Origine... Mais elle y arrivera parce qu'elle a bonne volonté. Elle y arrivera quand elle se sera rassurée sur ton compte. Pour l'instant tu lui parais un rebelle, un usurpateur, avide, faux... Plautina et les autres ont essayé de la rassurer... Mais elle veut de Toi une réponse immédiate." "Dis-lui qu'elle ne craigne pas. Je suis le Roi des rois, Celui qui les crée et qui les juge, mais je n'aurai pas d'autre trône que celui de l'Agneau, d'abord immolé, ensuite triomphant au Ciel. Fais-le-lui savoir sans tarder." "Oui Maître, je vais y aller personnellement. Avant qu'elles ne quittent Jérusalem, car Claudia est tellement indignée qu'elle ne reste pas davantage à l'Antonia... pour ne pas... voir les ennemis de Rome, dit-elle." "Qui t'a dit cela ?" "Plautina et Lidia. Elles sont venues... et Chouza était présent... et depuis... il m'a posé le dilemme. Ou bien tu es le Messie spirituel, ou bien je te quitte pour toujours." Jésus a un sourire lassé sur son visage qui a pâli de douleur au récit de Jeanne, et il dit : "Chouza ne vient-il pas ici ?" "Demain c'est le sabbat et il y sera." "Et
Moi je le rassurerai. Ne crains pas. Que personne ne craigne. Ni Chouza
pour sa place à la Cour, ni Hérode pour d'éventuelles usurpations, ni
Claudia pour l'amour de Rome, ni toi par la crainte de t'être trompée,
de pouvoir être séparée...
"Maître, cette douleur, je n'aurais pas voulu te la donner. Mais le silence aurait été une tromperie... Maître, comment te comporteras-tu avec Judas ?... J'ai peur de ses réactions... pour Toi, toujours pour Toi..." "Avec vérité. Je lui ferai comprendre que je sais et que je désapprouve son acte et son obstination." "Il me haïra car il comprendra que c'est par moi que tu sais..." "Tu en souffres ?" 81> Jésus aussi se lève et il dit : "Sois bénie, Jeanne, pour cette parole. Et reste en paix. Ni la haine ni l'amour de Judas ne peuvent changer ce qui est écrit dans le Ciel. Ma mission sera accomplie comme c'est décidé. N'aie pas de remords, jamais. Sois tranquille comme le petit Mathias qui, après avoir travaillé à faire une maison selon lui plus belle à son grillon, s'est endormi le front sur des pétales de roses et qui sourit... en croyant l'avoir sur les roses. Car la vie est belle quand on est innocent. Moi aussi je souris, même si ma vie humaine n'a pas de fleurs mais des pétales effeuillés, fanés. Mais au Ciel j'aurai toutes les roses de ceux qui sont sauvés... Viens. La nuit tombe. Bientôt nous n'allons plus voir le sentier." Jeanne va prendre l'enfant dans ses bras. "Laisse... Je le prends. Regarde comme il sourit ! Certainement il rêve au Ciel, à sa maman. Et toi... Moi aussi, dans mes peines de toutes les heures, je rêve au Ciel, à Maman et aux bonnes disciples." Et lentement ils se dirigent vers la maison... |
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[1] Egla |