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98> Près de
la porte d'Emmaüs il y a une maison de paysans. Silencieuse car tout le monde
est aux champs, au travail. Sur l'aire il y a déjà des tas de gerbes des
jours précédents et les foins sont entassés dans les fenils rustiques. Le
soleil brûlant de midi dégage une odeur chaude des foins et des gerbes. Il
n'y a pas d'autres bruits que le roucoulement des colombes et le piaillement
des moineaux, toujours bruyants et querelleurs. Les uns et les autres vont
sans arrêt du toit ou des arbres voisins aux tas de gerbes et de foin et, les
premiers parmi ceux qui goûteront de ces produits, becquettent les épis
dressés, se battent à coups d'ailes, luttent pour prendre le plus de graines
possible, pour s'emparer des brins de foin les plus soyeux, avides,
batailleurs, sans scrupules. Les uniques voleurs que l'on rencontre en Israël
où, je l'ai remarqué, on a un très grand respect pour la propriété d'autrui.
On laisse ouvertes les maisons et l'on ne garde pas les aires ou les
vignobles ! À part les très rares voleurs de métier, les vrais brigands
qui attaquent les gens dans les gorges des montagnes, il n'y a pas de petits
voleurs ou même simplement... de gourmands qui mettent la main sur les arbres
à fruits ou sur le pigeonneau d'autrui.
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99> Chacun va son
chemin, et même en traversant la propriété du prochain, c'est comme s'il
n'avait pas d'yeux ni de mains. Il est vrai que l'on pratique si largement
l'hospitalité, qu'il n'est pas nécessaire de voler pour pouvoir manger. C'est
seulement pour Jésus, et à cause d'une haine si grande qu'elle fait négliger
l'habitude séculaire de l'hospitalité pour le pèlerin, seulement pour Lui que
se vérifie le fait de maisons qui refusent l'hospitalité et la nourriture.
Mais pour les autres il y a généralement de la pitié et spécialement dans les
classes les plus humbles.
Aussi c'est sans peur que les apôtres, après avoir frappé à la porte de la
maison fermée et n'avoir trouvé personne, se sont mis à l'abri d'un hangar
sous lequel se trouvent des outils agricoles et des jarres vides. Comme s'ils
étaient les maîtres, ils ont pris comme sièges des bottes de foin, des
seilles pour puiser de l'eau au puits, des cruches pour boire et pour tremper
les bouchées de pain rassis et d'agneau froid qu'ils mangent quasi en silence
tant ils sont engourdis et abasourdis par le soleil. Et c'est avec la même
liberté avec laquelle ils ont utilisé les bottes de foin et les vases qu'ils
s'allongent ensuite sur le foin odorant et c'est tout de suite un chœur de
ronflements aux tons et aux rythmes variés.
Jésus Lui-même est fatigué, attristé plus que fatigué. Il regarde pendant un
moment les douze dormeurs. Il prie, il réfléchit Il réfléchit en suivant
machinalement des yeux les combats des moineaux et ceux des colombes, et le
vol en flèche des hirondelles sur l'aire ensoleillée. Il semble que les cris
stridents de ces rapides maîtresses de l'air apportent des réponses précises
aux questions douloureuses que se pose Jésus. Puis Lui aussi s'allonge sur le
foin et bientôt ses yeux tristes et doux de saphir se voilent sous ses
paupières. Son visage s'immobilise dans le sommeil et, peut-être parce qu'il
s'abîme dans le sommeil avec la tristesse au cœur, son visage prend beaucoup
de l'expression d'épuisement et de douleur qu'il aura dans la mort...
Puis reviennent les paysans propriétaires de la maison: hommes, femmes,
enfants. Et avec eux les disciples vus auparavant. Ils voient Jésus et les
siens qui dorment sur le foin et leurs voix s'éteignent en un murmure pour ne
pas les éveiller. Quelque mère donne une gifle à son petit qui ne veut pas se
taire, ou du moins elle fait semblant. Un petit va, de son pas de tourtereau,
et un doigt à la bouche, pour observer Jésus, "le plus beau"
dit-il, qui dort, la tête appuyée sur son bras replié qui Lui sert
d'oreiller. Et tous, déchaussés, sur la pointe des pieds, finissent par
l'imiter, les premiers de tous, Mathias et Jean qui s'émeuvent de le voir
ainsi sur le foin, et Mathias observe : "Comme dans son premier
sommeil, maintenant aussi notre Maître, et moins heureux qu'alors... Sa Mère
aussi Lui manque..."
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100> "Oui. Il n'a que la
persécution toujours proche. Mais nous, nous l'aimerons toujours, nous
l'aimons toujours comme à cette heure-là..." répond Jean.
"Davantage encore, Mathias, davantage encore. Alors nous l’aimions
seulement par notre foi et parce qu'il est doux d'aimer un bébé. Mais
maintenant nous l'aimons aussi parce que nous avons la connaissance..."
"Tout petit il a été haï, Jean. Rappelle-toi ce qui arriva pour le
frapper !..." et Mathias change de couleur à ce souvenir.
"C'est vrai... Mais qu'elle soit bénie cette douleur ! Nous avons
tout perdu, sauf Lui. Et cela seul compte. À quoi nous aurait servi d'avoir
encore les parents, la maison, notre petit bien-être, si Lui était
mort ?"
"C'est vrai, tu as raison Mathias. Et à quoi nous servira d’avoir même
le monde entier quand Lui ne sera plus dans le monde ?"
"Ne m'en parle pas... Alors nous serons vraiment abandonnés... Allez,
vous autres, nous allons rester près du Maître" dit ensuite Jean en
congédiant les paysans.
"Nous regrettons de n'avoir pas pensé à leur donner la clef. Ils
auraient pu entrer dans la maison et être mieux..." dit l'homme le plus
âgé de la maison.
"Nous le Lui dirons... Mais Lui sera heureux, rien qu’à cause de votre
amour. Allez, allez..."
Les paysans vont à la maison et bientôt une fumée qui s élevé de la cheminée
dit qu'ils sont en train de préparer la nourriture. Mais ils le font
gentiment, en retenant les petits, en faisant peu de bruit... et sans bruit
ils apportent ensuite la nourriture aux disciples et murmurent :
"Pour eux, nous l'avons mise de côté... Pour quand ils
s'éveilleront"
Puis le silence enveloppe la maison. Peut-être les moissonneurs, au travail
depuis l'aube, se sont jetés sur les lits en ces heures où il serait
impossible de rester dans les champs sous le soleil brûlant.
Les disciples aussi sommeillent... Même les colombes et les moineaux restent
tranquilles. Seules les hirondelles dardent inlassablement, et leur vol
rapide écrit des paroles azurées dans l'espace et des paroles d'ombre sur
l'aire blanche...
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101> Le petit de tout à l'heure,
très beau dans la courte chemise à laquelle s'est réduit son vêtement à cette
heure torride. met sa petite tête brune dans l'ouverture de la cuisine, jette
un coup d’œil, avance avec précaution de ses pieds délicats qui souffrent sur
le sol que le soleil rend brûlant. Sa chemise décolletée glisse presque en
bas de son épaule grassouillette. Il rejoint les disciples, essaie de passer
dessus pour aller de nouveau regarder Jésus. Mais ses petites jambes sont
trop courtes pour pouvoir enjamber les corps musculeux des adultes et il bute
en tombant sur Mathias qui s'éveille et voit le petit visage attristé presque
aux larmes. Il sourit et dit en comprenant la manœuvre de l'enfant :
"Viens ici, je vais te mettre entre Jésus et moi. mais reste silencieux
et tranquille. Laisse-le faire dodo car il est fatigué." Et le petit,
heureux, s'assoit et reste en admiration devant le beau visage de Jésus. Il
le regarde, l'étudie et il a bien envie de Lui faire une caresse, de toucher
ses cheveux d'or. Mais Mathias veille en souriant et ne le lui permet pas.
Alors le petit demande doucement : "Fait-il dodo toujours
ainsi ?"
"Toujours ainsi" répond Mathias.
"Il est fatigué ? Pourquoi ?"
"Parce qu'il marche tant, et il parle tant."
"Pourquoi parle-t-il et marche-t-il ?"
"Pour apprendre aux enfants à être bons, à aimer le Seigneur pour aller
avec Lui au Ciel."
"Là-haut? Comment fait-on? C'est loin..."
"L'âme, sais-tu ce que c'est que l'âme ?"
"Non !"
"C'est la chose la plus belle qu'il y a en toi, et..."
"Plus belle que les yeux ? Maman dit que mes yeux sont deux
étoiles. Elles sont belles les étoiles, sais-tu ?!"
Le disciple sourit et répond : "Elle est plus belle que les petites
étoiles de tes yeux. car l'âme bonne est plus belle que le soleil."
"Oh ! Et où est-elle ? Où est-ce que je l'ai ?"
"Ici, dans ton petit cœur. Et elle voit, entend tout, et ne meurt
jamais. Et quand quelqu'un ne fait jamais le méchant, et meurt en juste, son
âme vole là-haut, avec le Seigneur."
"Avec Lui ?" et le petit montre
Jésus.
"Avec Lui."
"Mais Lui, il l'a l'âme ?"
"Il a l'âme et la divinité, car il est Dieu cet Homme que tu
regardes."
"Comment
le sais-tu ? Qui te l'a dit ?"
"Les anges."
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102> L'enfant, qui était
complètement assis sur Mathias, ne peut recevoir tranquillement cette
nouvelle et il se lève vivement en disant : "Tu as vu les
anges ?" et il regarde Mathias en écarquillant les yeux. Si
étonnante est la nouvelle qu'un instant il oublie Jésus et ainsi ne voit pas
qu'il entrouvre ses yeux, réveillé par le léger cri de l'enfant et puis, avec
un sourire, les referme en détournant la tête.
"Tais-toi ! Tu vois ? Tu l'éveilles... Je vais te
renvoyer."
"Je reste tranquille. Mais comment sont les anges. Quand les as-tu
vus ?" La petite voix est devenue un murmure et Mathias patiemment
raconte la nuit de Noël au petit qui est revenu s’asseoir sur sa poitrine,
extasié. Patiemment il répond à tous ses pourquoi : "Pourquoi
était-il né dans une étable ? Il n'avait pas de maison ? Si pauvre
au point de ne pas trouver une maison ? Et maintenant il n'a pas de
maison ? Il n'a pas sa Mère ? Où est sa Mère ? Pourquoi le
laisse-t-elle seul. elle qui sait que déjà on a voulu le tuer ? Elle ne
l'aime pas ?..." Une pluie de questions et une pluie de réponses.
Et la dernière - à laquelle Mathias répond : "Cette Mère sainte
aime beaucoup son divin Fils, mais elle fait le sacrifice de sa douleur de le
laisser aller pour que les hommes se sauvent. Pour se consoler, elle pense
qu'il y a encore des hommes bons capables de l'aimer" - cela provoque
cette réponse : "Et elle ne sait pas qu'il y a des enfants bons qui
l'aiment ? Où est-elle ? Dis-le-moi que j'aille lui dire :
"Ne pleure pas. Moi je donne l'amour à ton Fils"
Qu'en dis-tu ? Sera-t-elle contente ?"
"Tellement, enfant" dit Mathias en l'embrassant.
"Et Lui sera content ?"
"Tellement, tellement. Tu vas le Lui dire quand il va s'éveiller."
"Oh ! oui ! Mais quand va-t-il s'éveiller ?"
L'enfant est anxieux.
Jésus n'y tient plus. Il se tourne, les yeux grand ouverts et avec un sourire
lumineux, et il dit : "Tu me l'as déjà dit car j’ai tout entendu.
Viens ici, enfant."
Oh ! l'enfant ne se le fait pas dire deux fois. Il se renverse sur
Jésus, le caresse, Lui donne des baisers, touche son front avec le doigt et
aussi ses sourcils, ses cils d'or, en se regardant dans les yeux bleus, en
caressant sa barbe et ses cheveux soyeux, et en disant à chaque
découverte : "Comme tu es beau ! Beau ! Beau !"
Jésus sourit et aussi Mathias. Et puis, à mesure que les autres s'éveillent,
parce que maintenant le petit ne prend plus tant de précautions, les
disciples et les apôtres sourient à la vue de cet examen attentif, répété de
l'homme en miniature, à moitié nu, grassouillet, qui prend plaisir à passer
sur le corps de Jésus pour l'observer de la tête aux pieds et finit par Lui
dire : "Tourne-toi !" et explique
ensuite : "Pour voir les ailes" et qui demande, déçu
"Pourquoi ne les as-tu pas ?"
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103> "Je ne suis pas un ange,
mon enfant."
"Mais tu es Dieu ! Comment fais-tu pour être Dieu, si tu n'es pas
plein d’ailes ? Comment feras-tu pour aller au Ciel ?"
"Je suis Dieu. Et justement parce que je suis Dieu, je n'ai pas besoin
d’ailes. Je fais ce que je veux et je puis tout."
"Alors fais-moi des yeux comme les tiens. Ils sont beaux "
"Non. Ceux que tu as, c'est Moi qui te les ai donnés, et ils me plaisent
ainsi. Demande plutôt que je te donne une âme de juste pour que tu m'aimes de
plus en plus."
"Elle aussi, c'est Toi qui me l'as donnée et alors elle te plaira comme
elle est" dit le petit avec sa logique enfantine.
"Oui. elle me plaît maintenant parce qu'elle est innocente Mais alors
que tes yeux seront toujours de cette couleur d'olive mûre ton âme de
blanche, peut devenir noire, si tu deviens méchant".
"Méchant, non. Je t'aime bien et je veux faire comme disaient les anges
quand tu es né : "Paix à Dieu au Ciel, et gloire aux hommes de
bonne volonté"" dit le petit en se trompant, ce qui provoque un
bruyant éclat de rire chez les adultes, ce qui le mortifie et le rend muet.
Mais Jésus le console tout en rectifiant : "Dieu est toujours Paix
mon enfant. Il est la Paix. Mais les anges Lui donnaient gloire pour la
naissance du Sauveur, et ils donnaient aux hommes la première règle pour
obtenir la paix qui serait venue de ma naissance : "avoir bonne
volonté". Celle que tu veux."
"Oui. Alors donne-la-moi. Mets-la à l'endroit où cet homme dit que j'ai
l'âme" et avec les deux index, il frappe plusieurs fois sur sa petite
poitrine.
"Oui, petit ami. Comment t'appelles-tu?"
"Micaël !"
"Le nom du puissant Archange. Alors, la bonne volonté pour toi Micaël.
Et que tu sois un confesseur du Dieu vrai, en disant aux persécuteurs comme
ton angélique patron : "Qui est comme Dieu ?" Sois
béni maintenant et toujours" et il lui impose les mains
Mais le petit n'est pas convaincu. Il dit : "Non. embrasses ici,
sur l’âme. Et c'est à l'intérieur qu'entrera ta bénédiction et elle y restera
enfermée" et il découvre sa petite poitrine pour que Jésus la baise afin
qu'aucun obstacle ne s'interpose entre son petit corps et les lèvres divines.
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104> Ceux qui sont là sourient et
en même temps sont émus. Et il y a de quoi ! La foi merveilleuse de
l'innocent qui, par instinct diraient certains, moi je dis sous la poussée de
l'esprit, est allé vers Jésus, est vraiment émouvante et Jésus le fait
remarquer en disant : "Ah ! si tous avaient le cœur des
enfants !..."
Pendant ce temps les heures ont passé. La maison se ranime : des voix de
femmes, d'enfants, d'hommes se font entendre. Et une mère crie :
"Micaël ! Micaël ! Où es-tu ?" et on la voit apeurée
qui regarde le puits profond avec une atroce pensée dans le cœur.
"Ne crains pas, femme. Ton fils est avec Moi."
"Oh ! je craignais... Il aime tant l'eau..."
"Et en effet il est venu à l'Eau Vive qui descend du Ciel pour donner la
Vie aux hommes."
"Il t'a dérangé... Il m'a échappé si doucement que je ne m'en suis pas
aperçue..." dit la femme pour s'excuser.
"Oh ! non ! Il ne m'a pas dérangé. Il m'a consolé ! Les
enfants ne donnent jamais de douleur à Jésus."
Les hommes s'approchent et les autres femmes. Le chef de famille dit :
"Entre pour te restaurer. Et pardonne-nous si nous ne t'avons pas fait
le maître de la maison du moment où nous t'avons vu..."
"Je n'ai rien à pardonner. Je me suis trouvé bien ici. Ton respect me
donne tout honneur. Nous avions de la nourriture et ton puits est frais, le
foin est moelleux. C'est plus qu'il n'en faut pour le Fils de l'Homme. Je ne
suis pas un satrape syrien."
Et Jésus, suivi des siens, entre dans la vaste cuisine pour prendre la
nourriture, pendant que sur l'aire les hommes s'arrangent pour qu'il y ait de
la place pour ceux qui déjà viennent de tous côtés afin d'entendre le Maître,
et d'autres se hâtent de préparer des boissons, des vivres et à dépouiller un
agnelet pour donner une provision de voyage aux évangélisateurs, et les
femmes apportent des œufs et du beurre. Le beurre provoque les protestations
de Pierre qui a raison de dire qu'on ne peut porter dans les besaces un
aliment qui fond si facilement par ces chaleurs. Mais ce n'est pas pour rien
qu'il y a des cruches... Et elles en emplissent une de beurre, la ferment et
la descendent dans le puits pour la refroidir le plus possible.
Jésus remercie et voudrait limiter ces offrandes. Mais oui ! C'est peine
perdue. D'autres dons arrivent de tous côtés et tous s'excusent de donner peu
de chose...
Pierre murmure : "On voit bien qu'ici il y a eu les bergers. C'est une
terre amendée... une bonne terre."
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105> L'aire est pleine de gens,
impassibles, bien que la fraîcheur ne soit pas encore venue et qu'un dernier
rayon de soleil effleure encore l'aire.
Jésus commence à parler : "La paix soit avec vous ! Je ne suis
pas ici, où je vois que déjà est connue la doctrine du Maître d'Israël par
les soins des bons disciples, pour répéter ce que vous savez déjà. Je laisse
aux bons disciples la gloire et le soin de vous avoir instruits et de le
faire de plus en plus jusqu'à vous donner la parfaite assurance que je suis
le Promis de Dieu et que ma Parole est de Dieu."
"Et tes miracles sont de Dieu, Béni que tu es !" crie une voix
de femme du milieu de la foule, et beaucoup se retournent pour regarder dans
cette direction. La femme élève en l'air un enfant rieur à la mine
florissante et elle crie : "Maître, c'est le petit Jean que tu as
guéri à "La Belle Eau" .
L'enfant, aux hanches brisées qu'aucun médecin ne pouvait guérir, que je t'ai
apporté avec foi et que tu as guéri, en le tenant assis sur ton sein."
"Je m'en souviens, femme. Ta foi a mérité le miracle."
"Elle a grandi, Maître. Toute ma parenté croit en Toi. Va, fils,
remercier le Sauveur. Laissez-le aller à Lui..." prie la femme. Et la
foule s'écarte pour laisser passer l'enfant qui s'en va vivement vers Jésus
en Lui tendant les bras pour pouvoir l'embrasser. Ce qui se produit au milieu
des hosannas et des commentaires des gens de la ville ou des environs, car
ceux de la campagne connaissent déjà le fait et n'en sont pas surpris.
Jésus reprend la parole en tenant l'enfant par la main.
"Et voici confirmée par une mère reconnaissante ma Nature, et confirmé
le pouvoir de la foi sur le cœur de Dieu qui ne déçoit jamais les confiantes
et justes demandes de ses fils.
Je vous invite à vous rappeler Judas Maccabée, quand il se présenta sur cette
plaine pour
étudier le formidable campement de Gorgias, fort de cinq mille fantassins et
de mille cavaliers exercés à la bataille, bien pourvus de cuirasses, d'armes
et de tours de guerre. Judas regardait avec ses trois mille fantassins, sans
boucliers ni épées, et il sentait la crainte s'insinuer dans le cœur de ses
soldats. Alors il parla, fort de son bon droit que Dieu approuvait parce
qu'il ne visait pas l'injustice, mais la défense de la patrie envahie et
profanée. Et il dit : "Que leur nombre ne vous effraie pas, n'ayez
pas peur de leur attaque. Rappelez-vous comment nos pères furent sauvés dans
la Mer Rouge, quand le Pharaon les poursuivait avec sa grande armée". Et
ayant ranimé la foi dans la puissance de Dieu qui est toujours avec les
justes, il apprit aux siens le moyen d'obtenir de l'aide. Il dit : "Élevons donc la voix vers le Ciel et le Seigneur
aura pitié de nous, et se rappelant de l’alliance faite avec nos pères,
aujourd'hui Il détruira devant nous cette armée, et toutes les nations
sauront qu'il y a un Sauveur qui délivre Israël"
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106> Voilà : je vous indique deux éléments
capitaux pour avoir Dieu avec soi pour nous aider dans les justes
entreprises. Le premier : pour posséder l'alliance, avoir l'âme juste de
nos pères Rappelez-vous la sainteté, la promptitude des patriarches dans
l’obéissance au Seigneur, que la chose demandée fût de faible ou de très
grande importance. Rappelez-vous avec quelle fidélité ils restèrent fidèles
au Seigneur. Nous nous lamentons beaucoup en Israël de ne plus avoir le
Seigneur avec nous, bienveillant comme il l'était autrefois. Mais Israël
a-t-il encore l'âme de ses pères ? Qui a rompu et ne cesse de rompre
l'alliance avec le Père ?
Seconde chose capitale pour avoir Dieu avec soi : l’humilité. Judas
Maccabée était un grand Israélite et un grand soldat, mais il ne dit
pas : "Aujourd'hui je vais détruire cette armée et les nations
auront que je suis le sauveur d'Israël". Non. Il dit : "Et le
Seigneur détruira cette armée devant nous, qui sommes incapables de le faire,
faibles comme nous sommes". Car Dieu est Père et Il a soin de ses petits
et, pour les empêcher de périr, Il envoie ses puissants bataillons combattre
avec des armes surhumaines les ennemis de ses enfants. Quand Dieu est avec nous,
qui peut nous vaincre ? Ne cessez pas de vous dire cela maintenant et
davantage dans l’avenir quand on voudra vous vaincre et non plus pour une
chose d’importance relative comme une lutte nationale, mais pour une chose
d'importance beaucoup plus grande dans le temps et dans ses conséquences
comme elle l'est pour votre âme. Ne vous laissez pas dominer par la frayeur
ou l'orgueil. Les deux sont dommageables.
Dieu sera avec vous si vous êtes persécutés à cause de mon Nom et Il vous
donnera la force dans les persécutions. Dieu sera avec vous si vous êtes
humbles, si vous reconnaissez que vous par vous-mêmes. n'êtes capables de
rien. mais que vous pouvez tout si vous êtes unis au Père.
Judas ne se fit pas valoir en se parant du titre de Sauveur d'Israël Mais c'est
au Dieu éternel qu'il donna ce titre. En effet c'est inutilement que les
hommes s'agitent si Dieu n'est pas présent à leurs efforts. Au contraire,
sans s'agiter est victorieux celui qui se fie dans le Seigneur.
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107> Lui sait quand il est juste
de récompenser par des victoires et quand il est juste de punir
par des défaites. Bien sot est l'homme qui veut juger Dieu, le conseiller ou
le critiquer. Vous imaginez une fourmi qui en observant le travail d'un
sculpteur dirait : "Tu ne sais pas y faire, je ferais mieux et plus
vite que toi" ? L'homme lui ressemble tout à fait quand il veut
faire la leçon à Dieu. Et à sa figure ridicule, il unit celle d'un ingrat et
d'un prétentieux, oublieux de ce qu'il est : une créature, et de ce
qu'est Dieu : le Créateur. Donc si Dieu a créé un être si bien créé
qu'il peut se croire capable de conseiller Dieu Lui-même, quelle sera la
perfection de l'Auteur de toute créature ? Cette seule pensée devrait
suffire pour rabaisser l'orgueil, pour détruire cette plante mauvaise et
satanique, ce parasite qui, en s'insinuant dans un esprit, l'envahit, la
supplante, l'étouffe, tue tout arbre bon, toute vertu qui sur la Terre rend
l'homme grand, vraiment grand, non par la richesse ni par les couronnes, mais
par la justice et la sagesse surnaturelle, et bienheureux dans le Ciel pour
l'éternité.
Et regardons un autre conseil que nous donne le
grand Judas Maccabée et les événements de ce jour-là dans cette plaine.
S'étant engagées dans la bataille, les troupes de Judas avec lesquelles Dieu
était, vainquirent et mirent en déroute les ennemis, en les poursuivant
jusqu'à Jézeron, Azot,
Idumée et Jamnia , dit
l'histoire, et en passant une partie au fil de l'épée, en laissant sur les
champs plus de trois mille cadavres. Mais Judas dit à ses soldats que la
victoire avait enivrés: "Ne restez pas là à faire du butin car la guerre
n'est pas finie, et Gorgias, avec son armée, est dans la montagne près de
nous. Maintenant nous avons encore à combattre nos ennemis et à les vaincre
complètement, et ensuite, tranquillement, vous ferez le butin". Et ils
agirent ainsi et ils eurent une victoire assurée et un riche butin, et la
délivrance, et en rentrant ils chantaient des bénédictions à Dieu car
"Il est bon et sa miséricorde est éternelle".
L'homme aussi, n'importe quel homme, est comme les champs qui entourent la
cité sainte des juifs. Entouré d'ennemis extérieurs et intérieurs, tous cruels,
ayant tous l'espoir de livrer bataille à la cité sainte de chaque
homme : son esprit, et de la livrer à l'improviste pour la prendre par
surprise par mille ruses et la détruire. Les passions, que Satan cultive et
excite, et que l'homme ne surveille pas par toute sa volonté pour les
freiner, dangereuses s'il n'arrive pas à les maîtriser, mais inoffensives si
elles sont surveillées comme un voleur enchaîné, et avec lesquelles le monde
complote au moyen de toutes les séductions de la chair, de l'argent, de
l'orgueil, ressemblent aux puissantes armées de Gorgias, cuirassées, pourvues
de tours de guerre, d'archers, excellents tireurs, de cavaliers rapides,
toujours prêts à commencer l'attaque sur les ordres du Mal.
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108> Mais que peut le Mal si
Dieu est avec l'homme qui veut être juste ? L'homme souffrira, restera
blessé, mais sauvera sa liberté et sa vie, et il connaîtra la victoire après
la bataille favorable. Mais celle-ci ne se produit pas une seule fois, mais
recommence toujours, tant que dure la vie, ou tant que l'homme ne se
dépouille pas suffisamment de son humanité et ne devient pas esprit plus que
chair, esprit fondu avec Dieu que les flèches, les morsures, les feux de
guerre ne peuvent blesser profondément et tombent après l'avoir frappé
superficiellement comme peut le faire une goutte d'eau tombant sur un jaspe
dur et brillant.
Ne vous arrêtez pas à faire du butin, ne vous distrayez pas tant que vous
n'êtes pas au seuil de la vie, non pas de cette vie de la terre, mais de la
vraie Vie des Cieux. Alors, victorieux, rassemblez votre butin et entrez,
avancez glorieux devant le Roi des rois et dites : "J'ai vaincu.
Voici mon butin. Je l'ai fait avec ton aide et ma bonne volonté, et je te bénis,
Seigneur, parce que Tu es bon et que ta miséricorde est éternelle".
Cela c'est pour la vie en général, pour tout
le monde. Mais pour vous, pour vous qui croyez en Moi, il y a une autre
bataille qui vous guette. Plusieurs batailles. La bataille contre le doute,
contre les paroles que l'on viendra vous dire, contre les persécutions.
Moi, je vais être élevé au lieu pour lequel je suis venu du Ciel. Ce lieu
vous fera peur, vous paraîtra un démenti à mes paroles. Non. Regardez
l'événement avec l’œil de l'esprit et vous verrez que ce qui arrivera sera la
confirmation de ce que je suis réellement : non le pauvre roi d'un
pauvre royaume, mais le Roi prédit par les prophètes, et aux pieds de son
trône unique, immortel, comme les fleuves vont à l'océan, toutes les nations
de la Terre viendront, en disant : "Nous t'adorons, ô Roi des rois
et Juge éternel, parce que par ton saint Sacrifice tu as racheté le
monde".
Résistez au doute. Moi, je ne mens pas. Je suis Celui dont parlent les
prophètes. Comme la mère de Jean il y a un instant, élevez le souvenir de ce
que j'ai fait pour vous, et dites : "Telles sont les œuvres de
Dieu. Il nous les a laissées comme un souvenir, une confirmation, une aide
pour croire et pour croire justement en cette heure". Luttez et vous
vaincrez le doute qui étrangle la respiration de l'âme. Luttez contre les
paroles qui vous seront dites.
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109> Rappelez-vous les prophètes
et mes œuvres, et répondez aux paroles hostiles par les prophètes et par les
miracles que vous m'avez vu faire. N'ayez pas peur et ne soyez pas ingrats par
peur, en taisant les miracles que j'ai faits pour vous. Luttez contre les
persécutions, mais ne luttez pas en persécutant ceux qui vous persécutent,
mais en donnant une confession héroïque à ceux qui voudront, par des menaces
de mort, vous persuader de me renier. Luttez sans cesse contre les ennemis.
Tous. Contre votre humanité, contre vos peurs, contre les compromissions
indignes, les alliances intéressées, les pressions, les menaces, les
tortures, la mort.
La mort !
Je ne suis pas un chef de peuple qui dit à son
peuple : "Souffrez pour moi, alors que moi, je jouis". Non. Je
souffre le premier pour vous donner l'exemple. Je ne suis pas un chef
d'armées qui dit à ses armées : "Combattez pour me défendre, mourez
pour me donner la vie". Non. Je combats le premier. Je mourrai le
premier pour vous apprendre à mourir. Ainsi, comme j'ai toujours fait ce que
j'ai dit de faire, prêchant la pauvreté je suis resté pauvre, la continence
chaste, la tempérance tempérant, la justice juste, le pardon et j'ai pardonné
et je pardonnerai. Comme j'ai fait tout cela, je ferai encore la dernière
chose. Je vous apprendrai comment on rachète. Je vous l'enseignerai non pas
avec des paroles mais avec des faits. Je vous apprendrai à obéir, en me
soumettant à la plus dure obéissance : celle de ma mort...
Je vous apprendrai à pardonner, en
pardonnant dans les derniers tourments comme j'ai pardonné sur la paille de
mon berceau à l'Humanité qui m'avait arraché au Ciel. Je pardonnerai comme
j'ai toujours pardonné. À tous. Pour ce qui me concerne, à tous. À mes
petits ennemis, à ceux qui sont passifs, indifférents, changeants, et aux
grands ennemis qui non seulement me donnent la douleur d'être apathiques à
mon pouvoir et à mon désir de les sauver, mais qui me donnent et me donneront
la douleur d'être les déicides. Je pardonnerai. Et comme je ne pourrai donner
l'absolution aux déicides impénitents, je prierai encore, par les dernières
douleurs, le Père pour eux... pour qu'il leur pardonne... parce qu'ils sont
enivrés d'une liqueur satanique... Je pardonnerai... Et vous, pardonnez en
mon Nom. Et aimez, aimez comme Moi j'aime, comme je vous aime et vous
aimerai, éternellement.
Adieu. Le soir descend. Prions ensemble et puis que chacun retourne chez lui
avec les paroles du Seigneur dans le cœur, et qu'elles se transforment en
épis grenus pour vos faims futures, quand vous désirerez entendre encore
l'Ami, le Maître, votre Sauveur, et seulement en lançant votre esprit dans
les Cieux vous pourrez trouver Celui qui vous a aimés plus que Lui-même.
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110> Notre Père qui êtes aux
Cieux..." et Jésus, les bras ouverts, haute et blanche croix contre le
mur foncé de la façade du nord, dit lentement le Pater.
Puis il bénit avec la bénédiction mosaïque. Il embrasse les enfants, il les
bénit encore. Il prend congé et s'en va vers le nord en côtoyant Emmaüs sans
y entrer.
Les teintes violacées du crépuscule absorbent lentement la douce vision du
Maître qui s'en va, qui s'en va de plus en plus vers son destin. Dans la cour
demi-obscure, c'est un silence de douleur paisible... Une sorte d'attente.
Puis les pleurs du petit Micaël, les pleurs d'un agnelet qui se trouve seul,
rompt l'enchantement, et beaucoup d'yeux se baignent de larmes et beaucoup de
lèvres répètent les paroles innocentes du petit : "Oh !
pourquoi es-tu parti ? Reviens ! Reviens !... Fais-le revenir.
Seigneur !" et quand Jésus est vraiment disparu, la constatation
désolée du fait accompli: "Jésus n'est plus là !» C'est inutilement
que cherche à le consoler la mère du petit Micaël qui pleure comme s'il avait
perdu plus que sa mère, et qui dans ses bras n'a plus d'yeux que pour le
point où est disparu Jésus, et tend les bras en appelant :
"Jésus ! Jésus !"... Jésus attend d'être un peu loin,
puis il dit : "Nous irons à Joppé. Les disciples y ont beaucoup
travaillé et on y attend la parole du Seigneur."
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