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51> Jésus
dit:
"Entre-temps je te dis que l'épisode de mercredi (20-9-1944), si vous
faites une œuvre régulière, vous devez le placer un an avant ma mort car il
tombe à l'époque de la moisson de ma trente-deuxième année .
Des nécessités de réconfort et d'instruction pour toi, mon aimée, et pour
d'autres, m'ont contraint à suivre un ordre spécial pour donner les visions
et les dictées qui s'y rapportaient.
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52> Mais je vous indiquerai, au
moment voulu, comment répartir les épisodes des trois années de vie publique. L'ordre des Évangiles est bon, mais
pas parfait comme ordre chronologique. Un observateur attentif le remarque.
Celui qui aurait pu donner l'ordre exact des faits car il est resté avec Moi
depuis le commencement de l'évangélisation jusqu'à mon Ascension, ne l'a pas
fait. En effet Jean, vrai fils de la Lumière, s'est occupé et préoccupé de
faire briller la Lumière à travers son vêtement de Chair aux yeux des
hérétiques qui attaquaient la réalité de la Divinité enfermée dans une chair
humaine. Le sublime Évangile de Jean a atteint son but surnaturel, mais la
chronique de ma vie publique n'en a pas été aidée.
Les trois autres évangélistes se présentent semblables entre eux pour les
faits, mais ils altèrent l'ordre du temps, car des trois un seul a été
présent à presque toute ma vie publique: Mathieu, et il ne l'avait écrite que
quinze ans plus tard, alors que les autres l'ont écrite encore plus tard, et
pour en avoir entendu le récit de ma Mère, de Pierre, des autres apôtres et
disciples.
Je veux vous guider pour réunir les faits des trois ans, année par année.
Et maintenant, vois et écris: l'épisode suit celui de mercredi (20-9-1944)."
Je vois Jésus qui lentement va et vient sur un sentier
champêtre éclairé par la lune. C'est la pleine lune, et sa face riante
resplendit dans un ciel absolument serein mais, en raison de sa position dans
le ciel, où elle se prépare à se coucher, je déduis qu'il doit être plus de
minuit.
Jésus marche en réfléchissant et en priant certainement, bien que je
n'entende pas de paroles. Mais il ne perd pas de vue les choses qui
l'entourent. Une fois il s'arrête pour écouter, souriant, le long chant d'un
rossignol énamouré qui exécute toute une mélodie d'arpèges et de trilles et
de notes a-solo, bien tenues, si fortes et si prolongées qu'il paraît
impossible que cela vienne de ce petit être qui n'est que plumes. Pour ne pas
le troubler, même pas par le bruit des sandales sur le gravier du sentier et
du vêtement frôlant l'herbe, Jésus s'est arrêté, les bras croisés, le visage
levé et souriant. Il va jusqu'à fermer à demi les yeux pour s'appliquer mieux
à l'audition, et quand le rossignol termine par un son aigu qui monte, monte,
monte par intervalles de tierce (si j'ai bon souvenir) et finit par une note
suraiguë, tenue aussi longtemps que le souffle le lui permet, il approuve et
applaudit sans mot dire en inclinant deux ou trois fois la tête avec un
sourire de satisfaction.
Maintenant, d'autre part, il se penche sur une touffe de chèvrefeuille en
fleurs dont les mille et mille calices blancs répandent une odeur pénétrante.
Ils ressemblent à des bouches de serpents qui baillent, où tremble la langue
des pistils jaunâtres et où brille une trace d'or sur le pétale inférieur.
Les fleurs, sous le rayon de lune, paraissent encore plus blanches, comme
argentées. Jésus les admire, respire leur parfum et les caresse de la main.
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53> Il revient sur ses pas.
L'endroit doit être légèrement élevé car le clair de lune fait voir au sud
une partie du lac certainement, car c'est quelque chose qui brille comme du
verre éclairé par la lune et qui n'est pas un fleuve ni la mer, étant donné
qu'on le voit bordé de collines du côté opposé à celui où se trouve Jésus.
Jésus regarde ce tranquille miroir d'eau paisible dans le calme d'une nuit
d'été. Puis il fait un demi-tour sur Lui-même, du sud à l'ouest, et regarde
un village qui blanchit, éloigné au maximum de deux kilomètres, plutôt moins
que plus. Un beau village. Il s'arrête pour le regarder, et secoue la tête en
suivant une pensée qui l'afflige beaucoup.
Il reprend ensuite sa promenade lente et sa prière jusqu'au moment où il
s'assoit sur une grosse pierre, au pied d'un arbre très élevé, et prend sa
position habituelle : les coudes sur les genoux et les avant-bras en
avant, avec les mains jointes pour la prière.
Il reste ainsi un moment et serait resté plus longtemps si un homme, une
ombre, ne s'était avancée de la touffe d'arbres vers Lui et ne l'avait
appelé : "Maître ?"
Jésus se retourne, car celui qui s'avance arrive par derrière, et il lui dit:
"Judas ? Que veux-tu ?"
"Où es-tu, Maître ?"
"Au pied du noyer. Avance." Et Jésus se lève et vient sur le
sentier au clair de la lune, pour que Judas puisse le voir.
"Tu es venu, Judas, pour tenir un peu compagnie à ton
Maître ?" Maintenant ils sont l'un près de l'autre et Jésus met
affectueusement un bras sur l'épaule du disciple. "Ou bien a-t-on besoin
de Moi à Corozaïn ?"
"Non, Maître. Aucunement, J'ai eu le désir de venir te trouver."
"Viens alors. Il y a de la place pour tous les deux sur ce rocher."
Ils s'assoient tout près l'un de l'autre. Silence. Judas ne parle pas. Il
regarde Jésus. Il lutte.
Jésus veut l'aider. Il le regarde avec douceur, mais avec pénétration.
"Quelle belle nuit, Judas ! Regarde comme tout est pur ! Je
crois que ne fut pas plus pure la première nuit qui a ri sur la Terre et sur
le sommeil d'Adam dans le Paradis terrestre. Sens le parfum de ces fleurs,
respire, mais ne les cueille pas. Elles sont si belles et si pures ! Je
m'en suis abstenu, Moi aussi, parce que les cueillir, c'est les profaner. Il est
toujours mal d'user de violence, pour la plante comme pour l'animal, pour l'animal
comme pour l'homme. Pourquoi enlever la vie ? Elle est si belle la vie
quand elle est bien employée !...
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54> Et ces fleurs l'emploient
bien car elles exhalent leur parfum, réjouissent par leur vue et leur odeur,
donnent du miel aux abeilles et aux papillons et leur cédait l'or de leur
pistil pour mettre des petites gouttes de topaze sur la perle de leurs ailes,
et servent de lit aux nids... Si tu avais été là, il y a un moment, tu aurais
entendu un rossignol chanter si doucement la joie de vivre et de louer le
Seigneur. Chers
oiseaux ! Comme ils sont un exemple pour les hommes ! Ils se
contentent de peu, et seulement de ce qui est permis et saint : un grain
et un petit ver car c'est le Père Créateur qui le leur à donne. Et s'ils n'en
ont pas, ils n'éprouvent pas de colère ou de dépit, mais ils trompent la faim
de leur chair par le trop plein de leur cœur qui leur fait chanter les
louanges du Seigneur et les joies de l'espérance. Ils sont heureux d'être las
pour avoir voleté de l'aube jusqu'au soir pour se faire un nid tiède,
douillet, sûr, non par égoïsme, mais par amour de leurs petits. Et ils
chantent de la joie de s'aimer honnêtement, le rossignol pour sa compagne et
tous les deux pour leurs oisillons. Les animaux sont toujours heureux car ils
n'éprouvent pas de remords dans leurs cœurs qui ne leur reprochent rien.
C'est nous qui les rendons malheureux parce que l'homme est méchant, sans
respect, dominateur, cruel. Et il ne lui suffit pas de l'être avec ses
semblables, sa méchanceté se déverse sur les êtres inférieurs. Plus
il a en lui de remords, plus sa conscience le pique, et plus il exerce sa
méchanceté sur les autres. Je suis certain que le cavalier qui aujourd'hui
éperonnait jusqu'au sang son cheval tout en sueur et tellement fatigué, et le
cravachait jusqu'à lui faire dresser le poil sur le cou et sur les flancs et
jusque sur ses naseaux et sur ses sombres paupières qui se fermaient
douloureusement sur ses yeux si résignés et si doux, que ce cavalier n'avait
pas l'âme tranquille : ou bien il allait commettre un crime contre
l'honnêteté, ou il en venait." Jésus se tait et pense.
Judas se tait. Il pense lui aussi, puis il parle : "Comme c’est
beau, Maître, de t'entendre parler ainsi ! Tout dévient clair aux yeux,
à l'esprit, au cœur... et tout redevient facile, même de dire : "Je
veux être bon !" Même de te dire... même de te dire... de te
dire : "Maître, moi aussi j'ai l'âme troublée ! N'aie pas de
dégoût pour moi, Maître, Toi qui aimes celui qui est pur !"
"Oh ! mon Judas ! Moi, du dégoût ? Ami, fils, qu'as-tu
qui te trouble ?"
"Garde-moi avec Toi, Maître. Tiens-moi étroitement...
J'ai juré d'être bon depuis que tu m'as parlé si doucement. J'ai juré de
redevenir le Judas des premiers jours, je te suivais et je t'aimais comme un
époux aime son épouse, et je ne rêvais qu'à Toi, trouvant en Toi toute
satisfaction. C'est ainsi que je t'aimais Jésus..."
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55> "Je le sais... et c'est
pour cela que je t'ai aimé... Mais je t'aime encore, mon pauvre ami
blessé..."
"Comment sais-tu que je le suis ? Sais-tu de quoi ?..."
Silence. Jésus regarde Judas d'un œil si doux... Il semble qu'une larme le
rende plus large et plus doux en tempérant son éclat : un œil d'enfant
innocent et désarmé, qui se donne tout entier dans l'amour.
Judas glisse à ses pieds, le visage sur ses genoux, les bras serrés à ses
côtés et il gémit : "Garde-moi
avec Toi, Maître... garde-moi... Ma chair crie comme un démon... et, si je cède,
voilà que vient tout le mal... Je sais que tu sais et que pourtant tu attends
que je le dise... Mais il est difficile de dire, Maître : "J'ai
péché"
"Je
le sais, ami. C'est pour cela qu'il faudrait bien agir, pour ne pas
s'avilir en disant: "J'ai péché ". Mais pourtant, Judas, il y a
en cela un grand remède, de devoir faire effort en disant la faute
retient de la faire et si elle est accomplie, la peine de s'accuser est déjà
une pénitence qui rachète. Si ensuite quelqu'un souffre, non pas tant par
orgueil ni par peur du châtiment, mais parce qu'il sait qu'en manquant il a
causé de la douleur, alors, c'est Moi qui le dis, la faute disparaît. C'est
l'amour qui sauve."
"Moi, je t'aime, Maître, mais je suis si faible... Oh ! Tu ne peux
pas m'aimer ! Tu es pur et tu aimes les purs... Tu ne peux pas m'aimer
parce que je suis... je suis... Oh ! Jésus, enlève-moi la faim des
sens ! Tu sais quel démon il est ?"
"Je le sais. Je ne l'ai pas exaucée, mais je sais quelle voix elle à."
"Le vois-tu ? Le vois-tu ? Tu en as un tel dégoût que
seulement a le dire, ton visage est bouleversé... Oh ! Tu ne peux pas me
pardonner !"
"Judas. Et tu ne te rappelles pas Marie ? Mathieu ? Ce
publicain devenu lépreux ?
Cette femme, courtisane romaine , à
laquelle j'ai prophétisé une place dans le Ciel parce que, après mon pardon,
elle aura la force de vivre saintement ?"
"Maître... Maître... Maître… Oh ! quel mal j'ai dans le
cœur !... Ce soir j'ai fui... j'ai fui Corozaïn...
car si j'étais resté... si j'étais resté... j'étais perdu. Tu sais... c'est
comme celui qui boit et en devient malade... Le médecin lui enlève le vin et
toute boisson enivrante, et il guérit et reste sain tant qu'il ne ressent pas
ce goût... Mais s'il cède, une seule fois, et en sent de nouveau le goût... il
lui vient une soif... une soif de cette boisson... telle qu'il n'y résiste
plus... et il boit et il boit... et il est de nouveau malade... malade pour
toujours… fou... possédé... possédé par son démon... par
son démon... Oh ! Jésus, Jésus, Jésus !... N'en parle pas aux
autres… Ne le dis pas... J'ai honte devant tous..."
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56> "Mais pas devant
Moi."
Judas comprend mal. "C'est vrai ! Pardon ! Je devrais être
plus honteux devant Toi que devant tout autre, car tu es parfait..."
"Non, fils. Ce n'est pas cela que je disais. Que ta douleur, ton
angoisse, ton humiliation ne te cachent pas la vérité. J'ai dit que tu peux
être honteux devant tous, mais pas devant Moi. Un fils n'a pas de peur ni de
honte devant un bon père, ni un malade devant un médecin compétent. Et à l'un
comme à l'autre, il fait son aveu sans crainte puisque l'un aime et pardonne,
l'autre comprend et guérit. Moi, je t'aime et te comprends, aussi je te
pardonne et te guéris. Mais dis-moi. Judas. Qu'est-ce qui te livre à ton
démon ? Moi ? Tes frères ? Les femmes débauchées ? Non. C'est
ta volonté. Maintenant je te pardonne et te guéris... Quelle joie tu m'as donnée, ô mon
Judas ! Déjà je jouissais tant de cette nuit sereine, parfumée, que les
chants rendaient joyeuse, et j'en louais le Seigneur. Mais maintenant la joie
que tu me donnes surpasse ce clair de lune, ces parfums, cette paix, ces
chants. Entends-tu ? Le rossignol semble s'y unir pour te dire avec Moi
qu'il est heureux de ton bon vouloir, lui, le petit chanteur, si plein de
bonne volonté pour faire ce pourquoi il a été créé. Et aussi ce premier vent
du matin, qui passe sur les fleurs et les éveille, en faisant glisser dans le
creux de leur calice un diamant de rosée pour que la trouvent bientôt le
papillon et le rayon de soleil, et que l'un s'en désaltère et que l'autre
s'en fasse un miroir minuscule pour son grand éclat. Regarde : la lune
va se coucher. L'aube s'annonce, avec ce chant lointain du coq. Les ténèbres
nocturnes et les fantômes de la nuit disparaissent : Vois comme il est
passé rapide et doux le temps qui, si tu n'étais pas venu à Moi, serait passé
dans le dégoût et le remords ? Viens toujours quand tu as peur de toi.
Le propre moi !!! Grand ami, grand tentateur, grand ennemi, et grand
juge, Judas ! Et, vois-tu ? Alors qu'il est un ami sincère
et fidèle si tu as été bon, il sait être un ami sans sincérité si tu n'es pas
bon et, après avoir été pour toi un complice, il s'élève à être un juge
inexorable et te torture par ses reproches... Lui est féroce dans ses
reproches... pas Moi ! Eh bien, allons, la nuit est passée..."
"Maître, je ne t'ai pas laissé reposer... et aujourd'hui, tu devras tant
parler..."
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57> "J'ai reposé dans
la joie que tu m'as donnée. Je n'ai pas de leur repos que celui
de dire: "Aujourd'hui j'ai sauvé quelqu’un qui périssait". Viens,
viens… Descendons à Corozaïn ! Oh ! si
cette Ville savait t'imiter, Judas !"
"Maître... que diras-tu à mes compagnons ?"
"Rien s'ils ne demandent pas... S'ils demandent, je dirai que nous avons
parlé des miséricordes de Dieu... C'est un vrai sujet, et tellement illimité
que la plus longue vie ne suffit pas à le développer. Allons..."
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