|



Liste
des sigles

Exhortation
apostolique
FAMILIARIS CONSORTIO
sur les tâches de la famille chrétienne dans le monde d'aujourd'hui
(Jean-Paul II - 22 novembre 1981)

Constitution
pastorale
GAUDIUM ET SPES
sur l'Église dans le monde
de ce temps
(Paul VI - 7 décembre 1965)

Déclaration
PERSONNA HUMANA
sur certaines questions
d'éthique sexuelles
(Card. Franjo Šeper -
29 décembre 1975)

Instruction
DONUM VITAE
sur le respect
de la vie humaine naissante
et la dignité de la procréation
(Card. Joseph Ratzinger -
22 février 1987)

CODE DE
DROIT CANONIQUE

Œuvres complètes
de saint Augustin d'Hippone
sur Abbaye Saint Benoît
|
Chapitre 2 :"Tu aimeras ton
prochain comme toi-même"
Article 6 : Le sixième commandement
Tu ne commettras
pas d’adultère (Exode 20, 14 ; Dt 5, 17).
Vous avez entendu qu’il a été dit : "Tu ne commettras pas
d’adultère". Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque regarde une
femme pour la désirer a déjà commis, dans son cœur, l’adultère avec elle (Mt
5, 27-28).
I. "Homme et femme, il les créa..."
Haut de
page
2331
"Dieu est amour.
Il vit en lui-même un mystère de communion et d’amour. En créant l’humanité
de l’homme et de la femme à son image ... Dieu inscrit en elle la vocation,
et donc la capacité et la responsabilité correspondantes, à l’amour et
à la communion " (Familiaris consortio 11).
"Dieu créa l’homme à son image ... homme et femme, il les créa" (Gn 1, 27) ; "Croissez et multipliez-vous"
(Gn 1, 28) ; "le jour où Dieu créa
l’homme, à la ressemblance de Dieu il le fit, homme et femme il les
créa : il les bénit et les appela du nom d’homme le jour où ils furent
créés " (Gn 5, 1-2).
2332
La sexualité affecte tous les aspects de la personne humaine, dans
l’unité de son corps et de son âme. Elle concerne particulièrement
l’affectivité, la capacité d’aimer et de procréer, et, d’une manière plus
générale, l’aptitude à nouer des liens de communion avec autrui.
2333
Il revient à chacun, homme et femme, de reconnaître et d’accepter son identité
sexuelle. La différence et la complémentarité physiques,
morales et spirituelles sont orientées vers les biens du mariage et
l’épanouissement de la vie familiale. L’harmonie du couple et de la société dépend
en partie de la manière dont sont vécus entre les sexes la complémentarité,
le besoin et l’appui mutuels.
2334
"En créant l’être humain homme et femme, Dieu donne la dignité
personnelle d’une manière égale à l’homme et à la femme" (Familiaris consortio 22 ;
cf. Gaudium et spes49, § 2). "L’homme est une
personne et cela dans la même mesure pour l’homme et pour la femme, car tous
les deux sont créés à l’image et à la ressemblance d’un Dieu personnel"
(MD 6).
2335
Chacun des deux sexes est, avec une égale dignité, quoique de façon
différente, image de la puissance et de la tendresse de Dieu. L’union de
l’homme et la femme dans le mariage est une manière d’imiter dans la
chair la générosité et la fécondité du Créateur : "L’homme quitte
son père et sa mère afin de s’attacher à sa femme ; tous deux ne forment
qu’une seule chair" (Gn 2, 24). De cette union
procèdent toutes les générations humaines (cf. Gn
4, 1-2 ; 25-26 ; 5, 1).
2336
Jésus est venu restaurer la création dans la pureté de ses origines. Dans
le Sermon sur la montagne, il interprète de manière rigoureuse le dessein de
Dieu : "Vous avez entendu qu’il a été dit : ‘Tu ne commettras
pas d’adultère’. Eh bien ! moi je vous dis : ‘Quiconque regarde une
femme pour la désirer a déjà commis, dans son cœur, l’adultère avec
elle" (Mt 5, 27-28). L’homme ne doit pas séparer ce que Dieu a uni (cf.
Mt 19, 6).
La Tradition de l’Église a entendu le sixième commandement comme englobant
l’ensemble de la sexualité humaine.
II. La vocation à la chasteté
Haut de
page
2337
La chasteté signifie
l’intégration réussie de la sexualité dans la personne et par là l’unité
intérieure de l’homme dans son être corporel et spirituel. La sexualité, en
laquelle s’exprime l’appartenance de l’homme au monde corporel et biologique,
devient personnelle et vraiment humaine lorsqu’elle est intégrée dans la
relation de personne à personne, dans le don mutuel entier et temporellement
illimité, de l’homme et de la femme.
La vertu de chasteté comporte donc l’intégrité de la personne et
l’intégralité du don.
L’intégrité de la personne
Haut de
page
2338
La personne chaste
maintient l’intégrité des forces de vie et d’amour déposées en elle. Cette
intégrité assure l’unité de la personne, elle s’oppose à tout comportement
qui la blesserait. Elle ne tolère ni la double vie, ni le double langage (cf.
Mt 5, 37).
2339
La chasteté comporte un apprentissage de la maîtrise de soi, qui
est une pédagogie de la liberté humaine. L’alternative est claire : ou
l’homme commande à ses passions et obtient la paix, ou il se laisse asservir
par elles et devient malheureux (cf. Si 1, 22). " La dignité de
l’homme exige de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et
déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de
poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. L’homme parvient à
cette dignité lorsque, se délivrant de toute servitude des passions, par le
choix libre du bien, il marche vers sa destinée et prend soin de s’en
procurer réellement les moyens par son ingéniosité " (Gaudium et spes17).
2340
Celui qui veut demeurer fidèle aux promesses de son Baptême et résister
aux tentations veillera à en prendre les moyens : la connaissance
de soi, la pratique d’une ascèse adaptée aux situations rencontrées,
l’obéissance aux commandements divins, la mise en œuvre des vertus morales et
la fidélité à la prière. "La chasteté nous recompose ; elle nous
ramène à cette unité que nous avions perdue en nous éparpillant" (Saint
Augustin, Confessions, 10, 29).
2341
La vertu de chasteté est placée sous la mouvance de la vertu cardinale de
tempérance, qui vise à imprégner de raison les passions et les
appétits de la sensibilité humaine.
2342
La maîtrise de soi est une œuvre de longue haleine. Jamais on ne
la considèrera comme acquise une fois pour toutes. Elle suppose un effort
repris à tous les âges de la vie (cf. Tt 2, 1-6). L’effort requis peut être
plus intense à certaines époques, ainsi lorsque se forme la personnalité,
pendant l’enfance et l’adolescence.
2343
La chasteté connaît des lois de croissance qui passe par des degrés
marqués par l’imperfection et trop souvent par le péché. "Jour après
jour, l’homme vertueux et chaste se construit par des choix nombreux et
libres. Ainsi, il connaît, aime et accomplit le bien moral en suivant les
étapes d’une croissance" (Familiaris consortio 9).
2344
La chasteté représente une tâche éminemment personnelle, elle implique
aussi un effort culturel, car il existe une "interdépendance
entre l’essor de la personne et le développement de la société
elle-même" (Gaudium et spes25, § 1). La
chasteté suppose le respect des droits de la personne, en particulier celui
de recevoir une information et une éducation qui respectent les dimensions
morales et spirituelles de la vie humaine.
2345
La chasteté est une vertu morale. Elle est aussi un don de Dieu, une grâce,
un fruit de l’œuvre spirituelle (cf. Ga 5, 22). Le Saint-Esprit donne d’imiter
la pureté du Christ (cf. 1 Jn 3, 3) à celui qu’a
régénéré l’eau du Baptême.
L’intégralité du don de soi
Haut de
page
2346
La charité est la
forme de toutes les vertus. Sous son influence, la chasteté apparaît comme
une école de don de la personne. La maîtrise de soi est ordonnée au don de
soi. La chasteté conduit celui qui la pratique à devenir auprès du prochain
un témoin de la fidélité et de la tendresse de Dieu.
2347
La vertu de chasteté s’épanouit dans l’amitié. Elle indique au
disciple comment suivre et imiter Celui qui nous a choisis comme ses propres
amis (cf. Jn 15, 15), s’est donné totalement à nous
et nous fait participer à sa condition divine. La chasteté est promesse
d’immortalité.
La chasteté s’exprime notamment dans l’amitié pour le prochain.
Développée entre personnes de même sexe ou de sexes différents, l’amitié
représente un grand bien pour tous. Elle conduit à la communion spirituelle.
Les divers régimes de la chasteté
Haut de
page
2348
Tout baptisé est appelé à la chasteté. Le chrétien a "revêtu le
Christ" (Ga 3, 27), modèle de toute chasteté. Tous les fidèles du Christ
sont appelés à mener une vie chaste selon leur état de vie particulier. Au
moment de son Baptême, le chrétien s’est engagé à conduire dans la chasteté
son affectivité.
2349 "La chasteté doit qualifier les personnes suivant leurs
différents états de vie : les unes dans la virginité ou le célibat
consacré, manière éminente de se livrer plus facilement à Dieu d’un cœur sans
partage ; les autres, de la façon que détermine pour tous la loi morale
et selon qu’elles sont mariées ou célibataires " (Congrégation pour
la doctrine de la foi, décl. "Persona humana" 11). Les personnes mariées sont appelées à
vivre la chasteté conjugale ; les autres pratiquent la chasteté dans la
continence :
Il existe trois formes de la vertu de chasteté : l’une des
épouses, l’autre du veuvage, la troisième de la virginité. Nous ne louons pas
l’une d’elles à l’exclusion des autres. C’est en quoi la discipline de
l’Église est riche (Saint Ambroise, vid. 23 :
PL 153, 255A).
2350
Les fiancés sont
appelés à vivre la chasteté dans la continence. Ils verront dans cette mise à
l’épreuve une découverte du respect mutuel, un apprentissage de la fidélité
et de l’espérance de se recevoir l’un et l’autre de Dieu. Ils réserveront au
temps du mariage les manifestations de tendresse spécifiques de l’amour
conjugal. Ils s’aideront mutuellement à grandir dans la chasteté.
Les offenses à la chasteté
2351
La luxure est un désir désordonné ou une jouissance déréglée du
plaisir vénérien. Le plaisir sexuel est moralement désordonnée, quand il est
recherché pour lui-même, isolé des finalités de procréation et d’union.
2352
Par la masturbation, il faut entendre l’excitation volontaire des
organes génitaux, afin d’en retirer un plaisir vénérien. " Dans la
ligne d’une tradition constante, tant le magistère de l’Église que le sens
moral des fidèles ont affirmé sans hésitation que la masturbation est un acte
intrinsèquement et gravement désordonné ". " Quel qu’en
soit le motif, l’usage délibéré de la faculté sexuelle en dehors des rapports
conjugaux normaux en contredit la finalité ". La jouissance
sexuelle y est recherchée en dehors de " la relation sexuelle
requise par l’ordre moral, celle qui réalise, dans le contexte d’un amour
vrai, le sens intégral de la donation mutuelle et de la procréation
humaine " (Congrégation pour la doctrine de la foi, décl. "Persona humana"
9).
Pour former un jugement équitable sur la responsabilité morale
des sujets et pour orienter l’action pastorale, on tiendra compte de
l’immaturité affective, de la force des habitudes contractées, de l’état
d’angoisse ou des autres facteurs psychiques ou sociaux qui peuvent atténuer,
voire même réduire au minimum la culpabilité morale.
2353
La fornication est l’union charnelle en dehors du mariage entre un
homme et une femme libres. Elle est gravement contraire à la dignité des personnes
et de la sexualité humaine naturellement ordonnée au bien des époux ainsi
qu’à la génération et à l’éducation des enfants. En outre c’est un scandale
grave quand il y a corruption des jeunes.
2354
La pornographie consiste à retirer les actes sexuels, réels ou
simulés, de l’intimité des partenaires pour les exhiber à des tierces
personnes de manière délibérée. Elle offense la chasteté parce qu’elle
dénature l’acte conjugal, don intime des époux l’un à l’autre. Elle porte
gravement atteinte à la dignité de ceux qui s’y livrent (acteurs,
commerçants, public), puisque chacun devient pour l’autre l’objet d’un
plaisir rudimentaire et d’un profit illicite. Elle plonge les uns et les
autres dans l’illusion d’un monde factice. Elle est une faute grave. Les
autorités civiles doivent empêcher la production et la distribution de
matériaux pornographiques.
2355
La prostitution porte atteinte à la dignité de la personne qui se
prostitue, réduite au plaisir vénérien que l’on tire d’elle. Celui qui paie pêche
gravement contre lui-même : il rompt la chasteté à laquelle l’engageait
son Baptême et souille son corps, temple de l’Esprit Saint (cf. 1 Co 6,
15-20). La prostitution constitue un fléau social. Il touche habituellement
des femmes, mais aussi des hommes, des enfants ou des adolescents (dans ces
deux derniers cas, le péché se double d’un scandale). S’il est toujours
gravement peccamineux de se livrer à la prostitution, la misère, le chantage
et la pression sociale peuvent atténuer l’imputabilité de la faute.
2356
Le viol désigne
l’entrée par effraction, avec violence, dans l’intimité sexuelle d’une
personne. Il est atteinte à la justice et à la
charité. Le viol blesse profondément le droit de chacun au respect, à la
liberté, à l’intégrité physique et morale. Il crée un préjudice grave, qui
peut marquer la victime sa vie durant. Il est toujours un acte
intrinsèquement mauvais. Plus grave encore est le viol commis de la part des
parents (cf. inceste) ou d’éducateurs envers les enfants qui leur sont confiés.
Chasteté et homosexualité
2357
L’homosexualité
désigne les relations entre des hommes ou des femmes qui éprouvent une
attirance sexuelle, exclusive ou prédominante, envers des personnes du même
sexe. Elle revêt des formes très variables à travers les siècles et les
cultures. Sa genèse psychique reste largement inexpliquée. S’appuyant sur la
Sainte Écriture, qui les présente comme des dépravations graves (cf. Gn 19, 1-29 ; Rm 1,
24-27 ; 1 Co 6, 10 ; 1 Tm 1, 10), la Tradition a toujours déclaré
que " les actes d’homosexualité sont intrinsèquement
désordonnés" (Congrégation pour la doctrine de la foi, décl. "Persona humana"
8). Ils sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l’acte sexuel au don
de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle
véritable. Ils ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas.
2358
Un nombre non
négligeable d’hommes et de femmes présente des tendances homosexuelles
foncières. Cette propension, objectivement désordonnée, constitue pour la
plupart d’entre eux une épreuve. Ils doivent être accueillis avec respect,
compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de
discrimination injuste. Ces personnes sont appelées à réaliser la volonté de
Dieu dans leur vie, et si elles sont chrétiennes, à unir au sacrifice de la
croix du Seigneur les difficultés qu’elles peuvent rencontrer du fait de leur
condition.
2359
Les personnes
homosexuelles sont appelées à la chasteté. Par les vertus de maîtrise,
éducatrices de la liberté intérieure, quelquefois par le soutien d’une amitié
désintéressée, par la prière et la grâce sacramentelle, elles peuvent et
doivent se rapprocher, graduellement et résolument, de la perfection
chrétienne.
III. L’amour des époux
2360
La sexualité est ordonnée à l’amour conjugal de l’homme et de la femme. Dans
le mariage l’intimité corporelle des époux devient un signe et un gage de
communion spirituelle. Entre les baptisés, les liens du mariage sont
sanctifiés par le sacrement.
2361
"La sexualité, par laquelle l’homme et la femme se donnent l’un à
l’autre par les actes propres et exclusifs des époux, n’est pas quelque chose
de purement biologique, mais concerne la personne humaine dans ce qu’elle a
de plus intime. Elle ne se réalise de façon véritablement humaine que si elle
est partie intégrante de l’amour dans lequel l’homme et la femme s’engagent
entièrement l’un vis-à-vis de l’autre jusqu’à la mort " (Familiaris consortio 11) :
Tobie se leva du lit, et dit à Sara : " Debout,
ma sœur ! Il faut prier tous deux, et recourir à notre Seigneur, pour
obtenir sa grâce et sa protection ". Elle se leva et ils se mirent
à prier pour obtenir d’être protégés, et il commença ainsi :
" Tu es béni, Dieu de nos pères ... C’est toi qui a créé Adam,
c’est toi qui a créé Eve sa femme, pour être son secours et son appui, et la
race humaine est née de ces deux-là. C’est toi qui a dit : ‘Il ne faut
pas que l’homme reste seul, faisons-lui une aide semblable à lui’. Et
maintenant, ce n’est pas le plaisir que je cherche en prenant ma sœur, mais
je le fais d’un cœur sincère. Daigne avoir pitié d’elle et de moi et nous
mener ensemble à la vieillesse ! " Et ils dirent de
concert : "Amen, amen ". Et ils se couchèrent pour
la nuit (Tobie 8,4-9).
2362
"Les actes qui
réalisent l’union intime et chaste des époux sont des actes honnêtes et
dignes. Vécue d’une manière vraiment humaine, ils signifient et favorisent le
don réciproque par lequel les époux s’enrichissent tous les deux dans la joie
et la reconnaissance" (Gaudium et spes49, §
2). La sexualité est source de joie et de plaisir :
Le Créateur lui-même (...) a établi que dans cette fonction [de
génération] les époux éprouvent un plaisir et une satisfaction du corps et de
l’esprit. Donc, les époux ne font rien de mal en recherchant ce plaisir et en
en jouissant. Ils acceptent ce que le Créateur leur a destiné. Néanmoins, les
époux doivent savoir se maintenir dans les limites d’une juste modération
(Pie XII, discours 29 octobre 1951).
2363 Par l’union des époux se réalise la double fin du
mariage : le bien des époux eux-mêmes et la transmission de la vie. On
ne peut séparer ces deux significations ou valeurs du mariage sans altérer la
vie spirituelle du couple ni compromettre les biens du mariage et l’avenir de
la famille.
L’amour conjugal de l’homme et de la femme est ainsi placé sous
la double exigence de la fidélité et de la fécondité.
La fidélité conjugale
2364 Le couple conjugal forme " une intime communauté de
vie et d’amour fondée et dotée de ses lois propres par le Créateur. Elle est
établie sur l’alliance des conjoints, c’est-à-dire sur leur consentement
personnel et irrévocable " (Gaudium et
spes48, § 1). Tous deux se donnent définitivement et totalement l’un à
l’autre. Ils ne sont plus deux, mais forment désormais une seule chair.
L’alliance contractée librement par les époux leur impose l’obligation de la
maintenir une et indissoluble (cf. Code de Droit Canonique
, can. 1056). " Ce que Dieu a uni,
l’homme ne doit point le séparer " (Mc 10, 9 ; cf. Mt 19,
1-12 ; 1 Co 7, 10-11).
2365 La fidélité exprime la constance dans le maintien de la parole
donnée. Dieu est fidèle. Le sacrement du mariage fait entrer l’homme et la
femme dans la fidélité du Christ pour son Église. Par la chasteté conjugale,
ils rendent témoignage à ce mystère à la face du monde.
S. Jean Chrysostome suggère aux jeunes mariés de tenir ce
discours à leur épouse : " Je t’ai prise dans mes bras, et je
t’aime, et je te préfère à ma vie même. Car la vie présente n’est rien, et
mon rêve le plus ardent est de la passer avec toi, de telle sorte que nous
soyons assurés de n’être pas séparés dans celle qui nous est réservée ... Je
mets ton amour au-dessus de tout, et rien ne me serait plus pénible que de
n’avoir pas les mêmes pensées que les tiennes " (hom. in Eph. 20, 8 : PG
62, 146-147).
La fécondité du mariage
2366 La fécondité est un don, une fin du mariage, car l’amour
conjugal tend naturellement à être fécond. L’enfant ne vient pas de
l’extérieur s’ajouter à l’amour mutuel des époux ; il surgit au cœur
même de ce don mutuel, dont il est un fruit et un accomplissement. Aussi
l’Église, qui " prend parti pour la vie " (Familiaris consortio 30),
enseigne-t-elle que " tout acte matrimonial doit rester par soi
ouvert à la transmission de la vie " (HV 11). " Cette
doctrine, plusieurs fois exposée par le magistère, est fondée sur le lien
indissoluble que Dieu a voulu et que l’homme ne peut rompre de son initiative
entre les deux significations de l’acte conjugal : union et
procréation " (HV 12 ; cf. Pie XI, enc.
" Casti connubii ").
2367 Appelés à donner la vie, les époux participent à la puissance
créatrice et à la paternité de Dieu (cf. Ep 3,
14-15 ; Mt 23, 9). " Dans le devoir qui leur incombe de
transmettre la vie et d’être des éducateurs (ce qu’il faut considérer comme
leur mission propre), les époux savent qu’ils sont les coopérateurs du
Dieu créateur et comme ses interprètes. Ils s’acquitteront donc de leur
charge en toute responsabilité humaine et chrétienne " (Gaudium et spes50, § 2).
2368 Un aspect particulier de cette responsabilité concerne la régulation
de la procréation. Pour de justes raisons (cf. Gaudium
et spes50), les époux peuvent vouloir espacer les naissances de leurs
enfants. Il leur revient de vérifier que leur désir ne relève pas de
l’égoïsme mais est conforme à la juste générosité d’une paternité
responsable. En outre ils régleront leur comportement suivant les critères
objectifs de la moralité :
Lorsqu’il s’agit de mettre en accord l’amour conjugal avec la
transmission responsable de la vie, la moralité du comportement ne dépend pas
de la seule sincérité de l’intention et de la seule appréciation des
motifs ; mais elle doit être déterminée selon des critères objectifs,
tirés de la nature même de la personne et de ses actes, critères qui
respectent, dans un contexte d’amour véritable, la signification totale d’une
donation réciproque et d’une procréation à la mesure de l’homme ; chose
impossible si la vertu de chasteté conjugale n’est pas pratiquée d’un cœur
loyal (Gaudium et spes51, § 3).
2369 " C’est en sauvegardant ces deux aspects essentiels,
union et procréation, que l’acte conjugal conserve intégralement le sens de
mutuel et véritable amour et son ordination à la très haute vocation de
l’homme à la paternité " (HV 12).
2370 La continence périodique, les méthodes de régulation des
naissances fondées sur l’auto-observation et le recours aux périodes
infécondes (cf. HV 16) sont conformes aux critères objectifs de la moralité.
Ces méthodes respectent le corps des époux, encouragent la tendresse entre
eux et favorisent l’éducation d’une liberté authentique. En revanche, est
intrinsèquement mauvaise " toute action qui, soit en prévision de
l’acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses
conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre
impossible la procréation " (HV 14) :
Au langage qui exprime naturellement la donation réciproque et
totale des époux, la contraception oppose un langage objectivement
contradictoire selon lequel il ne s’agit plus de se donner totalement l’un à
l’autre. Il en découle non seulement le refus positif de l’ouverture à la
vie, mais aussi une falsification de la vérité interne de l’amour conjugal,
appelé à être un don de la personne tout entière. Cette différence
anthropologique et morale entre la contraception et le recours aux rythmes
périodiques implique deux conceptions de la personne et de la sexualité
humaine irréductibles l’une à l’autre (Familiaris consortio 32).
2371 " Par ailleurs, que tous sachent bien que la vie
humaine et la charge de la transmettre ne se limitent pas aux horizons de ce
monde et n’y trouvent ni leur pleine dimension, ni leur plein sens, mais
qu’elles sont toujours à mettre en référence avec la destinée éternelle
des hommes " (Gaudium et spes51, §
4).
2372 L’Etat est responsable du bien-être des citoyens. A ce titre,
il est légitime qu’il intervienne pour orienter la croissance de la
population. Il peut le faire par voie d’une information objective et respectueuse,
mais non point par voie autoritaire et contraignante. Il ne peut légitimement
se substituer à l’initiative des époux, premiers responsables de la
procréation et de l’éducation de leurs enfants (cf. PP 37 ; HV 23). Dans
ce domaine il ne possède pas l’autorité d’intervenir par des moyens
contraires à la loi morale.
Le don de l’enfant
2373 La Sainte Écriture et la pratique traditionnelle de l’Église
voient dans les familles nombreuses un signe de la bénédiction divine
et de la générosité des parents (cf. Gaudium et
spes50, § 2).
2374 Grande est la souffrance des couples qui se découvrent
stériles. " Que pourrais-tu me donner, demande Abram à Dieu ?
Je m’en vais sans enfant ... " (Gn 15,
2). " Fais-moi avoir aussi des enfants ou je
meurs ! " crie Rachel à son mari Jacob (Gn
30, 1).
2375 Les recherches qui visent à réduire la stérilité humaine sont à
encourager, à la condition qu’elles soient placées " au service de
la personne humaine, de ses droits inaliénables, de son bien véritable et
intégral, conformément au projet et à la volonté de Dieu "
(Congrégation pour la doctrine de la foi, instr.
"Donum vitæ" intr.
2).
2376 Les techniques qui provoquent une dissociation des parentés,
par l’intervention d’une personne étrangère au couple (don de sperme ou
d’ovocyte, prêt d’utérus) sont gravement déshonnêtes. Ces techniques
(insémination et fécondation artificielles hétérologues) lèsent le droit de
l’enfant à naître d’un père et d’une mère connus de lui et liés entre eux par
le mariage. Elles trahissent " le droit exclusif à ne devenir père
et mère que l’un par l’autre " (Congrégation pour la doctrine de la
foi, instr. "Donum
vitæ" 2, 1).
2377 Pratiquées au sein du couple, ces techniques
(insémination et fécondation artificielles homologues) sont peut-être moins
préjudiciables, mais elles restent moralement irrecevables. Elles dissocient
l’acte sexuel de l’acte procréateur. L’acte fondateur de l’existence de
l’enfant n’est plus un acte par lequel deux personnes se donnent l’une à
l’autre, il " remet la vie et l’identité de l’embryon au pouvoir
des médecins et des biologistes, et instaure une domination de la technique
sur l’origine et la destinée de la personne humaine. Une telle relation de
domination est de soi contraire à la dignité et à l’égalité qui doivent être
communes aux parents et aux enfants (cf. Congrégation pour la doctrine de la
foi, instr. "Donum
vitæ" 2, 5). " La procréation est moralement privée de sa
perfection propre quand elle n’est pas voulue comme le fruit de l’acte
conjugal, c’est-à-dire du geste spécifique de l’union des époux ... Seul le
respect du lien qui existe entre les significations de l’acte conjugal et le
respect de l’unité de l’être humain permet une procréation conforme à la
dignité de la personne " (Congrégation pour la doctrine de la foi, instr. "Donum vitæ"
2, 4).
2378 L’enfant n’est pas un dû, mais un don. Le
" don le plus excellent du mariage " est une personne
humaine. L’enfant ne peut être considéré comme un objet de propriété, ce à
quoi conduirait la reconnaissance d’un prétendu " droit à
l’enfant ". En ce domaine, seul l’enfant possède de véritables
droits : celui " d’être le fruit de l’acte spécifique de
l’amour conjugal de ses parents, et aussi le droit d’être respecté comme
personne dès le moment de sa conception " (Congrégation pour la
doctrine de la foi, instr. "Donum vitæ" 2, 8).
2379
L’Évangile montre
que la stérilité physique n’est pas un mal absolu. Les époux qui, après avoir
épuisé les recours légitimes à la médecine, souffrent d’infertilité
s’associeront à la Croix du Seigneur, source de toute fécondité spirituelle.
Ils peuvent marquer leur générosité en adoptant des enfants délaissés ou en
remplissant des services exigeants à l’égard d’autrui.
IV. Les offenses à la dignité du
mariage
2380
L’adultère. Ce mot désigne l’infidélité conjugale. Lorsque deux
partenaires, dont l’un au moins est marié, nouent entre eux une relation
sexuelle, même éphémère, ils commettent un adultère. Le Christ condamne
l’adultère même de simple désir (cf. Mt 5, 27-28). Le sixième commandement et
le Nouveau Testament proscrivent absolument l’adultère (cf. Mt 5, 32 ;
19, 6 ; Mc 10, 12 ; 1 Co 6, 9-10). Les prophètes en dénoncent la
gravité. Ils voient dans l’adultère la figure du péché d’idolâtrie (cf. Os 2,
7 ; Jr 5, 7 ; 13, 27).
2381 L’adultère est une injustice. Celui qui le commet manque
à ses engagements. Il blesse le signe de l’Alliance qu’est le lien
matrimonial, lèse le droit de l’autre conjoint et porte atteinte à
l’institution du mariage, en violant le contrat qui le fonde. Il compromet le
bien de la génération humaine et des enfants qui ont besoin de l’union stable
des parents.
Le divorce
2382
Le Seigneur Jésus a insisté sur l’intention originelle du Créateur qui
voulait un mariage indissoluble (cf. Mt 5, 31-32 ; 19, 3-9 ; Mc 10,
9 ; Lc 16, 18 ; 1 Co 7, 10-11). Il abroge
les tolérances qui s’étaient glissées dans la loi ancienne (cf. Mt 19, 7-9).
Entre baptisés, " le mariage conclu et consommé ne
peut être dissout par aucune puissance humaine ni pour aucune cause, sauf par
la mort " (Code de Droit Canonique, can.
1141).
2383
La séparation des époux avec maintien du lien matrimonial peut être
légitime en certains cas prévus par le Droit canonique (cf. Code de Droit Canonique , cann. 1151-1155).
Si le divorce civil reste la seule manière possible d’assurer
certains droits légitimes, le soin des enfants ou la défense du patrimoine,
il peut être toléré sans constituer une faute morale.
2384
Le divorce est
une offense grave à la loi naturelle. Il prétend briser le contrat librement
consenti par les époux de vivre l’un avec l’autre jusqu’à la mort. Le divorce
fait injure à l’Alliance de salut dont le mariage sacramentel est le signe.
Le fait de contracter une nouvelle union, fût-elle reconnue par la loi
civile, ajoute à la gravité de la rupture : le conjoint remarié se
trouve alors en situation d’adultère public et permanent :
Si le mari, après s’être séparé de sa femme, s’approche d’une
autre femme, il est lui-même adultère, parce qu’il fait commettre un adultère
à cette femme ; et la femme qui habite avec lui est adultère, parce
qu’elle a attiré à elle le mari d’une autre (S. Basile, moral. règle
73 : PG 31, 849D-853B).
2385 Le divorce tient aussi son caractère immoral du désordre qu’il
introduit dans la cellule familiale et dans la société. Ce désordre entraîne
des préjudices graves : pour le conjoint, qui se trouve abandonné ;
pour les enfants, traumatisés par la séparation des parents, et souvent
tiraillés entre eux ; pour son effet de contagion, qui en fait une
véritable plaie sociale.
2386 Il se peut que l’un des conjoints soit la victime innocente du
divorce prononcé par la loi civile ; il ne contrevient pas alors au
précepte moral. Il existe une différence considérable entre le conjoint qui
s’est efforcé avec sincérité d’être fidèle au sacrement du mariage et se voit
injustement abandonné, et celui qui, par une faute grave de sa part, détruit
un mariage canoniquement valide (cf. Familiaris consortio 84).
Autres offenses à la dignité du mariage
2387
On comprend le drame
de celui qui, désireux de se convertir à l’Evangile, se voit obligé de
répudier une ou plusieurs femmes avec lesquelles il a partagé des années de
vie conjugale. Cependant la polygamie ne s’accorde pas à la loi
morale. Elle " s’oppose radicalement à la communion
conjugale : elle nie, en effet, de façon directe le dessein de Dieu tel
qu’il nous a été révélé au commencement ; elle est contraire à l’égale
dignité personnelle de la femme et de l’homme, lesquels dans le mariage se
donnent dans un amour total qui, de ce fait même, est unique et
exclusif " (Familiaris consortio 19 ; cf. Gaudium
et spes47, § 2). Le chrétien ancien polygame est gravement tenu en justice
d’honorer les obligations contractées à l’égard de ses anciennes femmes et de
ses enfants.
2388
L’inceste
désigne des relations intimes entre parents ou alliés, à un degré qui
interdit entre eux le mariage (cf. Lv 18, 7-20). S.
Paul stigmatise cette faute particulièrement grave : " On
n’entend parler que d’inconduite parmi vous ... C’est au point que l’un
d’entre vous vit avec la femme de son père ! ... Il faut qu’au nom du
Seigneur Jésus ... nous livrions cet individu à Satan pour la perte de sa
chair ... " (1 Co 5, 1. 4-5). L’inceste corrompt les relations familiales
et marque une régression vers l’animalité.
2389
On peut rattacher à
l’inceste les abus sexuels perpétrés par des adultes sur des enfants ou
adolescents confiés à leur garde. La faute se double alors d’une atteinte
scandaleuse portée à l’intégrité physique et morale des jeunes, qui en
resteront marqués leur vie durant, et d’une violation de la responsabilité
éducative.
2390
Il y a union libre
lorsque l’homme et la femme refusent de donner une forme juridique et
publique à une liaison impliquant l’intimité sexuelle.
L’expression est fallacieuse : que peut signifier une
union dans laquelle les personnes ne s’engagent pas l’une envers l’autre et
témoignent ainsi d’un manque de confiance, en l’autre, en soi-même, ou en
l’avenir ?
L’expression recouvre des situations différentes :
concubinage, refus du mariage en tant que tel, incapacité à se lier par des
engagements à long terme (cf. Familiaris consortio 81). Toutes ces situations offensent la dignité
du mariage ; elles détruisent l’idée même de la famille ; elles
affaiblissent le sens de la fidélité. Elles sont contraires
à la loi morale : l’acte sexuel doit prendre place exclusivement dans le
mariage ; en dehors de celui-ci, il constitue toujours un péché grave et
exclut de la communion sacramentelle.
2391
Plusieurs réclament
aujourd’hui une sorte de "droit à l’essai", là où il existe
une intention de se marier. Quelle que soit la fermeté du propos de ceux qui
s’engagent dans des rapports sexuels prématurés, "ceux-ci ne permettent
pas d’assurer dans sa sincérité et sa fidélité la relation interpersonnelle
d’un homme et d’une femme, et notamment de les protéger contre les fantaisies
et les caprices" (Congrégation pour la doctrine de la foi, déclaration Persona humana
7). L’union charnelle n’est moralement légitime que lorsque s’est instaurée
une communauté de vie définitive entre l’homme et la femme. L’amour humain ne
tolère pas "l'essai". Il exige un don total et définitif des
personnes entre elles (cf. Familiaris consortio 80).
En bref
2392
"L’amour est la vocation fondamentale et innée de tout être humain"
(Familiaris consortio
11).
2393
En créant l’être humain homme et femme, Dieu donne la dignité personnelle
d’une manière égale à l’un et à l’autre. Il revient à chacun, homme et femme,
de reconnaître et d’accepter son identité sexuelle.
2394
Le Christ est le modèle de la chasteté. Tout baptisé est appelé à mener une
vie chaste, chacun selon son propre état de vie.
2395
La chasteté signifie l’intégration de la sexualité dans la personne. Elle
comporte l’apprentissage de la maîtrise personnelle.
2396
Parmi les péchés gravement contraires à la chasteté, il faut citer la
masturbation, la fornication, la pornographie et les pratiques homosexuelles.
2397
L’alliance que les époux ont librement contractée implique un amour fidèle.
Elle leur confère l’obligation de garder indissoluble leur mariage.
2398
La fécondité est un bien, un don, une fin du mariage. En donnant la vie, les
époux participent à la paternité de Dieu.
2399
La régulation des naissances représente un des aspects de la paternité et de
la maternité responsables. La légitimité des intentions des époux ne justifie
pas le recours à des moyens moralement irrecevables (p. ex. la stérilisation
directe ou la contraception).
|