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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
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Mardi 10 décembre an-5 (10 Tébeth
au soir)
- En route en plein hiver 164 - Je ne sais si vous trouverez un logement 165 - Il y a l'auberge et aussi des écuries 165 - Marie est sur le point d'accoucher 166 - Tout est occupé 166 - Une sorte de grotte où il y a un bœuf 167 - Joseph s'affaire à l'installation 167 - Et veille sur Marie 168 - [Commentaires de Marie : La vision parle d'elle-même] 169 |
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164> Je vois une grande
route. Il y a une énorme foule. Des ânes qui vont, chargés de meubles et de
personnes. Des ânes qui reviennent. Les gens éperonnent leurs montures, et
qui va à pied se hâte parce qu'il fait froid. L'air
est pur et sec. Le ciel est serein, mais tout a ce semblant précis des jours
de plein hiver. La campagne dépouillée semble plus vaste. Les pâturages ont
une herbe courte, brûlée par les vents d'hiver. Sur les pâturages, les
troupeaux cherchent un peu de nourriture, et cherchent le soleil qui naît
lentement. Ils se serrent l'un contre l'autre parce qu'ils ont froid, eux
aussi. Ils bêlent, levant le museau et regardant le soleil comme pour lui
dire : "viens vite, qu'il fait froid !" Le terrain
présente des ondulations qui se font de plus en plus nettes. C'est un vrai
paysage de collines. Il y a des dépressions herbeuses et des pentes de
petites vallées et des crêtes. La route passe au milieu et se dirige vers le
sud-est. Marie est sur son âne gris, toute enveloppée dans un épais
manteau. Sur le devant de la selle se trouve ce dispositif déjà vu au voyage
vers Hébron et, par-dessus, le coffre avec les objets les plus nécessaires. Joseph marche à côté, tenant la bride : "Es-tu
fatiguée ?" demande-t-il de temps en temps. 165> Marie
le regarde en souriant et dit : "Non." A la troisième fois,
elle ajoute : "C'est toi plutôt qui dois marcher à pied qui serais
fatigué." "Oh ! moi, pour moi ce n'est rien. Je
pense que si j'avais trouvé un autre âne, tu aurais pu être plus à ton aise
et nous aurions pu aller plus vite. Mais, je n'en ai pas trouvé. Tout le
monde a besoin de montures, en ce moment. Mais courage ! Bientôt nous
serons à Bethléem. Au-delà de cette montagne, c'est Ephrata." Ils restent silencieux. La Vierge, quand elle
ne parle plus, parait se recueillir en une prière intérieure. Elle sourit doucement
à une de ses pensées et tout en ayant les yeux sur la foule, elle ne semble
plus voir si c'est un homme, une femme, un vieillard, un berger, un riche ou
un pauvre. Mais ce qu'elle voit, c'est à elle seulement. "As-tu froid ?" demande
Joseph, parce que le vent se lève. "Non, merci." Mais Joseph n'a pas confiance. Il lui touche
les pieds qui pendent sur le flanc de l'âne, les pieds chaussés de sandales
et qu'on voit dépasser à peine de son long vêtement. Il doit les trouver
froids car il secoue ta tête. Il enlève une couverture qu'il porte en
bandoulière et l'étend sur les jambes de Marie et jusque sur son sein de
façon que les mains soient bien au chaud sous la couverture et le manteau. Ils rencontrent un berger qui coupe la route avec son troupeau, qu'il fait passer
d'un pâturage sur la droite à un autre sur la gauche. Joseph se penche pour
lui dire quelque chose. Le berger lui répond par un signe d'assentiment. Joseph
prend l'âne et le fait passer derrière le troupeau dans le pâturage. Le
berger tire un bol grossier de sa besace, trait une grosse brebis aux
mamelles gonflées et passe le bol à Joseph qui l'offre à Marie. "Dieu vous bénisse tous les deux"
dit Marie. "Toi pour ton amour et toi pour ta bonté. Je prierai pour
toi." "Vous venez de loin ?" "De Nazareth" répond Joseph. "Et vous allez ?" "A Bethléem." "Long voyage pour la femme en cet état [1]. C'est ta
femme ?" "Oui, c'est ma femme." "Avez- vous où aller ?" "Non." "C'est bien ennuyeux : Bethléem est
pleine de gens venus de partout pour se faire inscrire ou pour aller ailleurs
faire la même démarche. Je ne sais si vous trouverez un logement. Connaissez.
vous l'endroit ?" 166> "Pas
beaucoup."
"Et que Dieu te donne joie" répond
Marie. Joseph à son tour lui dit : "La paix soit avec toi." Ils reprennent la route. Une dépression plus
vaste apparaît de l'escarpement qu'ils ont franchi. Dans la dépression, en
haut et en bas des pentes qui l'entourent, il y a des maisons et encore des
maisons. C'est Bethléem. "Nous voici sur la terre de David,
Marie. Maintenant tu vas te reposer. Tu me semble tellement fatiguée..." "Non. Je pensais... Je pense..."
Marie prend la main de Joseph et lui dit avec un sourire radieux :
"Je crois vraiment que le moment est venu." "Dieu de miséricorde ! Comment
allons-nous faire ?" "Ne crains pas, Joseph. Ne te laisse pas
troubler. Vois comme je suis calme, moi ?" "Mais tu souffres beaucoup ?" "Oh ! non. Je suis remplie de joie.
Une telle joie, si forte, si belle, si irrésistible, que mon cœur bat fort,
fort et me dit : "Il naît ! Il naît !" Il le dit à
chaque battement. C'est mon Petit qui frappe à la porte de mon cœur et qui me
dit : "Maman, me voici pour te donner le baiser de Dieu".
Oh ! quelle joie, mon Joseph !" Mais Joseph n'est pas à la joie. Il pense à
l'urgence de trouver un abri et il hâte le pas. Porte après porte, il demande
un abri. 167> Rien. Tout est
occupé. Ils arrivent à l'auberge. Elle est pleine jusque sous les portiques
rustiques, qui entourent la grande cour intérieure, de gens qui bivouaquent. Joseph laisse Marie sur l'âne à l'intérieur
de la cour et il sort pour chercher dans d'autres maisons. Il revient
découragé. Il n'y a rien. Le précoce crépuscule d'hiver commence à étendre
ses voiles. Joseph supplie l'aubergiste. Il supplie des voyageurs. Eux sont des hommes en bonne
santé. Ici c'est une femme sur le point de mettre au monde un enfant. Qu'ils
aient pitié ! Rien. Voici un riche pharisien qui le regarde avec un
mépris visible, et, quand Marie s'approche, il s'écarte comme s'il s'était
approché d'une lépreuse. Joseph le regarde et la rougeur de l'indignation lui
monte au visage. Marie met la main sur le poignet de Joseph, pour le calmer
et dit : "N'insiste pas. Partons. Dieu y pourvoira." Ils sortent, ils suivent le mur de l'auberge.
Ils tournent par une ruelle encastrée entre elle et de pauvres maisons. Ils
contournent l'auberge. Ils cherchent. Voilà des espèces de grottes, de caves,
dirai-je, plutôt que des écuries, tant elles sont basses et humides. Les plus
belles sont déjà occupées. Joseph est accablé. "Ohé ! Galiléen !" lui
crie par derrière un vieil homme. "Là au fond, sous ces ruines, il y a
une tanière. Peut-être n'y a-t-il encore personne."
Pour y voir plus clair, car il y a très peu
de jour, Joseph sort de l'amadou et un briquet, et allume une petite lampe
qu'il sort de la besace qu'il porte en bandoulière. Il entre, Un mugissement
le salue. "Viens. Marie, elle est vide, il n'y a qu'un bœuf."
Joseph sourit : "Ça vaut mieux que rien ! ..." Marie met pied à terre et entre. Joseph a fixé la petite lampe à un clou dans
l'un des troncs qui servent de pilier. On voit la voûte couverte de toiles
d'araignées, le sol en terre battue et tout disloqué avec des trous, des
cailloux, des détritus et des excréments et couvert de tiges de paille. Au
fond, un bœuf se retourne et regarde avec ses grands yeux tranquilles pendant
que du foin lui pend des lèvres. Il y a un siège grossier et deux pierres
dans un coin, près d'une fente. Le noir de ce recoin indique que c'est là
qu'on fait du feu. 168> Marie s'approche du
bœuf. Elle a froid. Elle lui met les mains sur le cou pour en sentir la
tiédeur. Le bœuf mugit et se laisse faire. Il semble comprendre. De même
quand Joseph le pousse plus loin pour enlever beaucoup de foin au râtelier et
faire un lit pour Marie. Le râtelier est double : celui où mange le bœuf
et par-dessus une sorte d'étagère où se trouve une provision de foin. C'est
celle-là que prend Joseph. Le bœuf laisse faire. Il fait aussi une place pour
l'âne qui, fatigué et affamé, se met tout de suite à manger. Joseph découvre
aussi un seau renversé tout cabossé. Il sort parce que dehors il y a un
ruisseau et revient avec de l'eau pour l'âne. Puis il s'empare d'une botte
formée de branches, déposée dans un coin et essaye de balayer le sol. Ensuite
il étend du foin, en fait un lit, près du bœuf dans l'angle le plus sec et le
plus abrité. Mais, il le trouve humide ce pauvre foin, et il soupire. Il
allume le feu et, avec une patience de chartreux, il sèche le foin par
poignées en le tenant près du feu. Marie, assise sur un tabouret, fatiguée,
regarde et sourit. C'est fini. Marie s'installe de son mieux sur le foin
moelleux avec les épaules appuyées sur un tronc. Joseph complète...
l'ameublement en étendant son manteau qui fait office de tente sur le trou
qui sert d'entrée. Un abri très relatif. Puis il offre du pain et du fromage
à la Vierge et lui donne à boire de l'eau d'une gourde. "Dors
maintenant" lui dit-il après. "Moi, je veillerai pour que le feu ne
s'éteigne pas. Il y a du bois, heureusement. Espérons qu'il dure et brûle. Je
pourrai épargner l'huile de la lampe." Marie s'allonge, obéissante. Joseph la couvre
avec le manteau même de Marie et la couverture qu'elle avait d'abord aux
pieds. "Mais toi... tu auras froid." "Non, Marie. Je reste près du feu. Tâche
de te reposer. Demain ça ira mieux." Marie ferme les yeux sans se faire prier.
Joseph se rencogne dans son coin sur le tabouret avec des brindilles à côté.
Il y en a peu. Je ne pense pas qu'elles durent longtemps. Voici comme ils sont situés : Marie à
droite, avec les épaules tournées vers la porte, à moitié cachée par un tronc
d'arbre et par le corps du bœuf qui s'est accroupi dans la litière. Joseph à
gauche, tourné vers la porte et par conséquent en diagonale, avec le visage
tourné vers le feu et les épaules vers Marie. 169> Il se retourne de temps en temps pour la regarder et la voit tranquille, comme
si elle dormait. Il utilise peu à peu les branches et les jette une par une
sur le feu pour qu'il ne s'éteigne pas, pour qu'il donne de la lumière et
pour que ce peu de bois dure. Il n'y a plus que la lueur, tantôt plus vive,
tantôt presque morte du feu, car la lampe est à bout de combustible et dans
la pénombre se détache seulement la blancheur du bœuf, du visage et des mains
de Joseph. Tout le reste n'est qu'une masse qui se fond dans l'épaisseur de
la pénombre. "On ne
vous dit rien" dit Marie. "La vision parle d’elle-même. À vous d’en
tirer la leçon de charité, d’humilité et de pureté qui en découle.
Repose-toi. Repose-toi en veillant comme j’ai veillé en attendant Jésus. Il
viendra t’apporter sa paix" |
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[1] Il faut quatre jours
pleins pour franchir, au pas le l’âne, les 150 Kms qui séparent Nazareth de
Bethléem. Dans "Marie, Porte du Ciel" Consuelo, une voyante
contemporaine, précise "cinq jours". C'est probable compte-tenu de
l'état de la Vierge Marie.