|
"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
||
|
dans la nuit du mardi 10 au mercredi 11
décembre an -5
- Marie et Joseph en prière 169 - La lumière transfigure Marie 170 - Et l'intérieur de la grotte 170 - L'enfant naît d'un éblouissement de lumière 171 - L'enfant offert à Dieu et donné à Joseph 172 - Empressement de le mettre à l'abri du froid 173 |
1.47. |
||
|
169> Je
vois encore l'intérieur de ce pauvre refuge pierreux où, partageant le sort
des animaux, Marie et Joseph
ont trouvé asile. Le petit feu sommeille ainsi que son gardien.
Marie soulève doucement la tête de sa couche, et regarde. Elle voit Joseph, la
tête inclinée sur la poitrine, comme s'il réfléchissait, et elle pense que la
fatigue a triomphé de sa bonne volonté de rester éveillé. Elle sourit, d'un
bon sourire. Faisant moins de bruit que ne peut en faire un papillon qui se
pose sur une rose, elle s'assied, puis s'agenouille. Elle prie avec un
sourire radieux sur le visage. Elle prie, les bras étendus non pas
précisément en croix, mais presque, les paumes dirigées vers le haut et en
avant, et elle ne paraît pas fatiguée de cette pose pénible. Puis, elle se
prosterne, le visage contre le foin, dans une prière encore plus profonde.
Une prière prolongée. Joseph s'éveille. Il voit le feu presque mort
et l'étable presque dans les ténèbres. Il jette une poignée de brindilles et
la flamme se réveille. Il y ajoute des branches plus grosses, puis encore
plus grosses car le froid doit être piquant, le froid de la nuit hivernale et
tranquille qui pénètre partout dans ces ruines. 170> Le pauvre Joseph tout près comme il l'est de la porte -
appelons ainsi l'ouverture que son manteau essaye d'obstruer - doit être
gelé. Il approche les mains près de la flamme, défait ses sandales et
approche ses pieds. Il se chauffe. Quand le feu est bien pris, et que sa
clarté est assurée, il se tourne. Il ne voit rien, pas même cette blancheur
du voile de Marie qui traçait une ligne claire sur le foin obscur. Il se lève
et lentement s'approche de la couchette. "Tu ne dors pas, Marie ?"
demande-t-il. Il le demande trois fois, jusqu'à ce qu'elle en prenne
conscience et réponde : "Je prie." "Tu n'as besoin de rien ?" "Non, Joseph." "Essaie de dormir un peu, de reposer au
moins." "J'essaierai, mais la prière ne me
fatigue pas." "Adieu, Marie." "Adieu, Joseph." Marie reprend sa position. Joseph pour ne
plus céder au sommeil s'agenouille près du feu et il prie. Il prie avec les
mains qui lui couvrent le visage. Il ne les enlève que pour alimenter le feu
et puis il revient à sa brûlante prière. A part les crépitements du bois et
le bruit du sabot de l'âne, qui de temps en temps frappe le sol, on n'entend
rien. Un faisceau de lumière lunaire se glisse par
une fissure du plafond et semble une lame immatérielle d'argent qui s'en va
chercher Marie. Il s'allonge peu à peu à mesure que la lune s'élève dans le
ciel et l'atteint finalement. Le voilà sur la tête de l'orante. Il la nimbe
d'une blancheur éclatante. Marie lève la tête comme pour un appel du
ciel et elle s'agenouille de nouveau. Oh ! comme c'est beau ici !
Elle lève sa tête qui semble resplendir de la lumière blanche de la lune, et elle
est transfigurée par un sourire qui n'est pas humain. Que voit-elle ?
Qu'entend-elle ? Qu'éprouve-t-elle ? Il n'y a qu'elle qui pourrait
dire ce qu'elle vit, entendit, éprouva à l'heure fulgurante de sa Maternité.
Je me rends seulement compte qu'autour d'elle la lumière croit, croit, croit.
On dirait qu'elle descends du Ciel, qu'elle émane des pauvres choses qui
l'environnent, qu'elle émane d'elle surtout. Son vêtement, d'azur foncé, a à présent la
couleur d'un bleu d'une douceur céleste de myosotis, les mains et le visage
semblent devenir azurés comme s'ils étaient sous le feu d'un immense et clair
saphir. Cette couleur me rappelle, bien que plus légère, celle que je
découvre dans la vision du saint Paradis et aussi celle de la vision de
l'arrivée des Mages. 171> Elle
se diffuse surtout toujours plus sur les choses, les revêt, les purifie, leur
communique sa splendeur.
La voûte, couverte de fissures, de toiles
d'araignées, de décombres en saillie qui semblent miraculeusement
équilibrées, noire, fumeuse, repoussante, semble la voûte d'une salle royale.
Chaque pierre est un bloc d'argent, chaque fissure une clarté opaline, chaque
toile d'araignée un baldaquin broché d'argent et de diamants. Un gros lézard,
engourdi entre deux blocs de pierre, semble un collier d'émeraude oublié là,
par une reine; une grappe de chauve-souris engourdies émettent une précieuse
clarté d'onyx. Le foin qui pend de la mangeoire la plus haute n'est plus de
l'herbe : ce sont des fils et des fils d'argent pur qui tremblent dans
l'air avec la grâce d'une chevelure flottante. La mangeoire inférieure, en bois grossier,
est devenue un bloc d'argent bruni. Les murs sont couverts d'un brocart où la
blancheur de la soie disparaît sous une broderie de perles en relief. Et le
sol... qu'est-ce maintenant le sol ? Un cristal illuminé par une lumière
blanche. Les saillies semblent des roses lumineuses jetées sur le sol en
signe d'hommage; et les trous, des coupes précieuses, d'où se dégagent des
arômes et des parfums. Et la lumière croît de plus en plus. L'œil ne
peut la supporter. En elle, comme absorbée par un voile de lumière
incandescente, disparaît la Vierge... et en émerge la Mère. Oui, quand la lumière devient supportable
pour mes yeux, je vois Marie avec son Fils nouveau-né dans
ses bras. 172> Un petit Bébé rose
et grassouillet qui s'agite et se débat avec ses mains grosses comme un
bouton de rose et des petits pieds qui iraient bien dans le cœur d'une rose;
qui vagit d'une voix tremblotante exactement comme celle d'un petit agneau
qui vient de naître, ouvrant la bouche, rouge comme une petite fraise de
bois, montrant sa petite langue qui bat contre son palais couleur de rose;
qui remue sa petite tête si blonde qu'on la croirait sans cheveux, une petite
tête ronde que la Maman soutient dans le creux de l'une de ses mains pendant
qu'elle regarde son Bébé et l'adore, pleurant et riant tout ensemble et
qu'elle s'incline pour y déposer un baiser, non pas sur la tête innocente,
mais sur le milieu de la poitrine sous lequel se trouve le petit cœur, qui
bat, qui bat pour nous... là où un jour sera la blessure. Elle la panse
d'avance, cette blessure, sa Maman, avec son pur baiser d'Immaculée. Le bœuf éveillé par la clarté se dresse avec
un grand bruit de sabots et il mugit. L'âne relève la tête et brait. C'est la
lumière qui les réveille, mais j'aime penser qu'ils ont voulu saluer leur
Créateur pour eux-mêmes et pour tous les animaux. Joseph aussi, qui comme extasié priait avec
autant d'intensité qu'il s'était abstrait de tout ce qui l'entourait, se
secoue et entre ses doigts dont il se couvre le visage, il voit filtrer la
lumière étrange. Il découvre le visage, lève la tête, se retourne. Le bœuf
debout, lui cache Marie, mais elle l'appelle : "Joseph,
viens." Joseph accourt et devant le spectacle
s'arrête comme foudroyé de révérence, il va tomber à genoux là où il se
trouve. Mais Marie insiste : "Viens, Joseph." Elle appuie la
main gauche sur le foin et tenant de la main droite l'Enfant qu'Elle serre
sur son cœur, elle se lève et se dirige vers Joseph qui marche hésitant, pris
entre le désir d'avancer et la peur d'être irrespectueux. Au pied de la couche les deux époux se
rencontrent et se regardent en pleurant de bonheur.
Pendant que Joseph s'agenouille, elle,
debout, entre les deux poutres qui soutiennent la voûte, élève sa Créature
entre ses bras et dit : "Me voici. C'est pour Lui, ô Dieu, que je
te dis cette parole. Me voici pour faire ta volonté. [1] Et avec Lui, moi,
Marie et Joseph mon époux. Voici tes serviteurs, Seigneur. Que soit accomplie
par nous, à toute heure et en toute occasion, ta volonté pour ta gloire et
ton amour." Puis Marie se penche et dit : "Prends,
Joseph" et Elle offre l'Enfant. "Moi ! À Moi ! Oh !
Non ! Je ne suis pas digne !" Joseph est tout effrayé, anéanti
à l'idée de devoir toucher Dieu. Mais Marie insiste en souriant :
"Tu en es bien digne. Personne ne l'est plus que toi. C'est pour cela
que Dieu t'a choisi. Prends-le, Joseph, et tiens-le pendant que je cherche
les langes." 173> Joseph,
rouge comme la pourpre, avance les bras et prend le petit bourgeon de chair
qui crie parce qu'il a froid. Quand il l'a entre les bras, il ne persiste pas
dans l'intention de le tenir par respect éloigné de lui. Il le serre contre
son cœur et éclatant en sanglots : "Oh ! Seigneur ! Mon
Dieu !" et il se penche pour baiser ses petits pieds et les sent
glacés. Alors, il s'assoit sur le sol, le serre sur son sein. Avec son habit
marron, avec ses mains il s'ingénie à le couvrir, à le réchauffer, à le
défendre contre la bise nocturne. Il voudrait bien aller du côté du feu, mais
là il y a un courant d'air qui entre par la porte. Mieux vaut rester où il
est. Il vaut mieux même aller entre les deux animaux qui les protégeront du
courant d'air et donneront un peu de chaleur. Il va se mettre entre le bœuf
et l'âne avec les épaules tournées vers la porte, penché sur le Nouveau-né
pour lui faire de sa poitrine une niche dont les parois sont une tête grise
aux longues oreilles et un grand museau blanc aux naseaux fumants et aux bons
yeux humides. Marie a ouvert le coffre et en a tiré les
linges et les langes. Elle est allée près du feu pour les réchauffer. La
voilà qui va vers Joseph et enveloppe le Bébé dans les linges tiédis, puis
elle protège la petite tête avec son voile. "Où allons-nous le mettre
maintenant ?" dit-elle. Joseph regarde autour, réfléchit... "Attends"
dit-il. "Poussons plus loin les deux animaux et leur foin. Tirons en bas
le foin de la mangeoire qui est plus haut et mettons-le ici à l'intérieur. Le
bord de cette mangeoire le protégera de l'air, le foin lui fera un oreiller
et le bœuf par son souffle le réchauffera un peu." Et Joseph se met à
l'ouvrage, pendant que Marie berce son Petit en le serrant sur son cœur et en
appuyant sa joue sur la petite tête pour la réchauffer. Joseph ravive le feu sans épargner le bois
pour faire une belle flamme. Il réchauffe le foin et peu à peu le sèche et le
met sur le sein pour l'empêcher de refroidir. Puis, quand il en a assez
amoncelé pour faire un petit matelas à l'Enfant, il va à la mangeoire et
l'arrange pour en faire un berceau. "C'est prêt" dit-il. "Maintenant
il faudrait bien une couverture pour empêcher le foin de le piquer, et pour
le couvrir..." "Prends mon manteau" dit Marie. "Tu auras froid." 174> "Oh !
cela ne fait rien ! La couverture est trop rugueuse. Le manteau est doux
et chaud. Je n'ai pas du tout froid. Mais que Lui ne souffre plus." Joseph prend l'ample manteau de moelleuse
laine bleue sombre et l'arrange en double sur le foin, avec un pli qui penche
hors de la crèche. Le premier lit du Sauveur est prêt. Et la Mère, de sa douce démarche ondoyante, le porte et le dépose, le recouvre avec le pli du manteau qu'elle amène aussi autour de la tête nue qui enfonce dans le foin, à peine protégé des piqûres par le mince voile de Marie. Il ne reste à découvert que le petit visage gros comme le poing, et les deux, penchés sur la crèche, radieux, le regardent dormir son premier sommeil. La chaleur des langes et du foin a arrêté ses pleurs et apporté le sommeil au doux Jésus. |
|||
|
|
|||
[1] Cf. Psaume 40,6-10 – "Que de choses tu
as faites, toi, Yahvé mon Dieu, tes merveilles, tes projets pour nous :
rien ne se mesure à toi ! Je veux l’annoncer, le redire: il en est trop
pour les énumérer. Tu ne voulais sacrifice ni oblation, tu m’as ouvert
l’oreille, tu n’exigeais holocauste ni victime, alors j’ai dit: Voici, je
viens. Au rouleau du livre il m’est prescrit de faire tes volontés; mon Dieu,
j’ai voulu ta loi au profond de mes entrailles. J’ai annoncé la justice de
Yahvé dans la grande assemblée; vois, je ne ferme pas mes lèvres, toi, tu le
sais.