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33> Une aurore d'une
sérénité parfaite sur la Mer de Galilée. Ciel et eau ont des reflets roses
peu différents de ceux dont la douceur éclaire les murs des jardinets d'un
petit village lacustre d'où s'élèvent et se détachent en se penchant sur les ruelles
des chevelures ébouriffées et vaporeuses d'arbres à fruit.
Le petit pays se réveille à peine, avec une femme qui s'en va à la fontaine
ou à un lavoir et des pêcheurs qui chargent des paniers de poissons et
discutent à haute voix avec des marchands venus d'ailleurs, ou qui portent
des paniers de poissons à leur domicile. J'ai dit un petit
pays, mais il n'est pas tellement petit. Il est plutôt humble, au moins du
côté où je le vois, mais vaste, s'étirant en plus grande partie le long du
lac.
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34> Jean débouche d'une ruelle et se hâte vers le lac. Jacques le suit mais d'un pas beaucoup plus calme. Jean regarde
les barques déjà accostées mais ne trouve pas celle qu'il cherche. Il
l'aperçoit alors qu'elle est encore à quelques centaines de mètres de la
rive, occupée aux manœuvres d'accostage. Il lance très fort, avec les mains
en porte-voix un: "Oh ! hé !" prolongé qui doit être
l'appel habituel. Et puis, quand il voit qu'on l'a entendu il fait avec les
bras de grands gestes qui signifient: "Venez, venez."
Les hommes de la barque, s'imaginant je ne sais quoi, foncent à coups de
rames, et la barque avance plus rapidement qu'avec la voile, qu'ils amènent,
peut-être pour faire plus vite. Quand ils sont à une dizaine de mètres du
rivage, Jean n'attend plus. Il enlève son manteau et son long vêtement et les
jette sur la grève. Il quitte ses sandales, il lève son vêtement de dessous
en le ramenant d'une main jusqu'à l'aine et descend dans l'eau, à la
rencontre de ceux qui arrivent.
"Pourquoi n'êtes-vous pas venus tous deux ?" demande André. Pierre, boudeur,
ne dit rien.
"Et toi, pourquoi n'es-tu pas venu avec moi et Jacques" répond Jean
à André.
"Je suis allé pêcher. Je n'ai pas de temps à perdre. Tu as disparu avec cet homme..."
"Je t'avais fait signe de venir. C'est bien Lui. Si tu entendais ces
paroles !... Nous sommes restés avec Lui toute la journée et jusque tard
dans la nuit. Maintenant, nous sommes venus vous dire : "Venez"
"C'est bien Lui ? Tu en es certain ? Nous l'avons à peine vu alors,
quand le Baptiste le montra."
"C'est Lui. Il ne l'a pas nié."
"N'importe qui peut dire ce qui l'arrange pour s'imposer aux gens
crédules. Ce n'est pas la première fois..." bougonne Pierre mécontent.
"Oh! Simon ! Ne parle pas comme çà !
C'est le Messie ! Il sait tout ! Il t'entend !" Jean est
affligé, consterné par les paroles de Simon Pierre.
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35> "Allons ! Le Messie !
Et c'est justement à toi qu'il se montre et à Jacques et à André ! Trois
pauvres ignorants ! Il viendra bien autrement le Messie ! Et il
m'entend ! Mais, viens, pauvre gosse ! Les premiers soleils
printaniers t'ont donné sur la tête. Allons, viens travailler. Ça vaudra
mieux. Laisse-là tous ces boniments."
"C'est le Messie, je te le dis. Jean disait des choses saintes, mais
celui-là parle de Dieu. Qui n'est pas le Christ ne peut dire de semblables
paroles."
"Simon, moi je ne suis pas un enfant. J'ai mon âge et je suis calme et
réfléchi. Tu le sais, J'ai peu parlé, mais j'ai beaucoup écouté pendant ces
heures où nous sommes restés avec l'Agneau de Dieu. Et je te dis que
vraiment, Il ne peut être que le Messie : pourquoi ne pas croire ?
Pourquoi ne pas vouloir croire? C'est possible pour toi parce que tu ne l'as
pas entendu, mais moi je crois. Nous sommes pauvres et ignorants ? Lui dit justement qu'il est venu annoncer la
Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu, du Royaume de la paix, aux pauvres, aux
humbles, aux petits avant d'en parler aux grands. Il a dit : "Les
grands ont déjà leurs jouissances. Elles ne sont pas enviables comparées à celles
que je viens apporter. Les grands ont déjà la possibilité d'arriver à
comprendre par les ressources de la culture. Mais, Moi je viens vers les
petits d'Israël, et du monde, vers ceux qui pleurent et espèrent, vers ceux
qui cherchent la Lumière et ont faim de la vraie Manne. Il ne leur vient des
savants, ni lumière ni nourriture, mais seulement fardeaux, obscurité,
chaînes et mépris. J'appelle 'les petits'. Je suis venu retourner le monde,
Car j'abaisserai ce qui maintenant est élevé et j'élèverai ce qui maintenant
est méprisé. Que celui qui veut vérité et paix, qui veut la vie éternelle
vienne à Moi : Qui aime la Lumière, qu'il vienne. Je suis la Lumière du
monde ". N'est-ce pas comme cela qu'il a parlé, Jean ?"
Jacques a parlé tranquillement, mais avec émotion.
"Oui. Et il a dit : "Le monde ne m'aimera pas. Le grand monde
parce qu'il est corrompu par les vices et les relations idolâtriques. Le
monde ne voudra pas de Moi, car fils de Ténèbre il
n'aime pas la Lumière. Mais la terre n'est pas faite seulement du grand
monde. Il y en qui, bien que mêlés au monde ne sont pas du monde, il y en a
qui sont du monde parce qu'ils y sont emprisonnés comme les poissons pris au
filet, c'est exactement ce qu'il a dit parce qu'il parlait sur la rive du lac
et il montrait des filets qu'on amenait à la rive avec leurs poissons. Il a
dit aussi : 36> "Aucun de ces
poissons ne voudrait tomber dans le filet. Les hommes aussi ne voudraient
pas, de propos délibéré, être la proie de Mammon. Pas même les plus mauvais,
car ceux-ci, à cause de l'orgueil qui les aveugle ne croient pas qu'ils n'ont
pas le droit de faire ce qu'ils font. Leur vrai péché, c'est l'orgueil. De
lui naissent tous les autres. Mais ceux, ensuite, qui ne sont pas
complètement mauvais voudraient encore moins appartenir à Mammon. Mais ils y
tombent par légèreté, par un poids qui les entraîne au fond et qui est la
faute d'Adam. Je suis venu enlever cette faute et donner en attendant l'heure
de la Rédemption, à qui croira en Moi, une force capable de les libérer des
lacets qui les retiennent et de leur rendre la liberté de me suivre, Moi; la
Lumière du monde "
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"Mais alors, s'il a exactement parlé ainsi, il faut aller à Lui tout de
suite. " Pierre, avec ses impulsions si franches et qui me plaisent
tant, a pris une décision subite. Déjà il la réalise en se pressant de
terminer les opérations de débarquement, car, entretemps la barque est
arrivée à la rive et les garçons finissent de l'échouer en déchargeant les
filets, les cordages et les voiles. " Et toi, imbécile d'André, pourquoi
n'es-tu pas allé avec eux ? "
"Mais... Simon! Tu m'as reproché de ne pas les avoir persuadés de venir
avec moi... Toute la nuit tu as bougonné, et maintenant tu me reproches de
n'y être pas allé ?!..."
"Tu as raison... Mais moi, je ne l'avais pas vu... toi, oui... et tu
devais avoir vu qu'il n'est pas comme nous... Il aura quelque chose de plus
beau ! ..."
"Oh ! oui" dit Jean. "Il a un visage ! Et des yeux!!
Pas vrai, Jacques, quel regard ?! Et une voix !... Ah ! quelle
voix ! Quand il parle; il semble qu'on rêve au Paradis."
"Vite, vite, allons le trouver. Vous (il parle aux manœuvres) portez
tout à Zébédée et dites-lui qu'il s'en débrouille.
Nous reviendrons ce soir pour la pêche."
Ils remettent tous, leurs habits, et s'en vont. Mais Pierre, après quelques
mètres s'arrête, il prend Jean par le bras et lui demande : "Tu as dit
qu'il sait tout et se rend compte de tout..."
"Oui. Pense que quand nous avons vu la lune haute sur l'horizon nous
avons dit: " Qui sait ce que fait Simon ? ", Lui a dit :
" il est en train de jeter le filet et s'impatiente de devoir le faire
seul car vous n'êtes pas sortis avec la barque jumelle un soir où la pêche est
si bonne... Il ne sait pas que d'ici peu il ne pêchera plus qu'avec des
filets tout autres pour prendre de toutes autres proies !"
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37> "Miséricorde
divine ! C'est tout à fait cela ! Alors, il se sera rendu compte
aussi... aussi, que je l'ai presque traité de menteur... Je ne peux aller
vers Lui. "
"Oh! Il est si bon. Il sait certainement que tu as eu cette pensée. Il
le savait déjà. En effet, quand nous l'avons quitté, en disant que nous
allions te trouver, il a dit: " Allez, mais ne vous laissez pas vaincre
par les premières paroles de mépris. Qui veut venir avec Moi doit savoir
tenir tête aux moqueries du monde et aux défenses des parents, car je suis
au-dessus du sang et de la société et j'en triompherai. Et qui est avec Moi
triomphera éternellement ". Et, il a dit encore: " Sachez parler
sans peur. En vous entendant, il viendra, car c'est un homme de bonne volonté
"
"C'est cela qu'il a dit ? Alors, je viens. Parle, parle encore de
Lui tout en marchant. Où est-il ? "
"Dans une pauvre maison. Ce doit être chez des amis."
"Mais, il est pauvre ? "
"Un artisan de Nazareth, nous a-t-il dit. "
"Et de quoi vit-il maintenant, s'il ne
travaille plus ? "
"Nous ne lui avons pas demandé. Peut-être les parents
l'aident. "
"Il aurait mieux valu porter des poissons, du pain, des fruits...,
quelque chose. Nous allons interroger un rabbi car il est tout comme un
rabbi, et plus encore, et nous venons les mains vides !... Ce n'est pas
ce qu'attendent nos rabbi..."
"Mais Lui n'est pas de leur avis. Nous n'avions que
vingt deniers entre Jacques et
moi, Nous les lui avons offerts, comme c'est la coutume pour les rabbis. Mais
Lui n'en voulait pas, et comme nous insistions, il a dit : "Dieu
vous le rende avec les bénédictions des pauvres. Venez avec Moi " et
tout de suite il les a distribués à des pauvres gens dont il connaissait le
domicile, Nous lui avons demandé : "Et pour Toi, Maître, tu ne
gardes rien ? " Il a répondu : "La joie de faire la
volonté de Dieu et d'être utile à sa gloire", Nous avons encore
ajouté : "Tu nous appelles, Maître. Mais nous, nous sommes tout à
fait pauvres. Que devons-nous apporter ?". Il nous a répondu, avec
un sourire qui nous fait vraiment goûter le Paradis: "C'est un grand trésor que je vous demande"; et nous : " Mais, si
nous n'avons rien ? "; et Lui : "Un trésor qui a sept
noms, et que même le plus humble peut avoir, et que le roi plus riche peut ne
pas posséder, vous l'avez et je le veux. Écoutez-en les noms : charité,
foi, bonne volonté, droiture d’intention, continence, sincérité, esprit de
sacrifice. 38> Cela, je le veux de
celui qui me suit, cela seulement, et vous l'avez en vous. Il dort comme la
semence, dans le sillon, l'hiver, mais le soleil de mon printemps en fera
naître les sept épis. C'est ainsi qu'il a parlé. "
"Ah ! cela me donne la certitude que c'est le vrai Rabbi, le Messie
promis. Il n'est pas dur pour les pauvres, il ne demande pas d'argent ;
Cela suffit pour dire qu'il est le Saint de Dieu; Allons en toute
sécurité. "
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