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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
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Dimanche 18 juin 28 (6 Tammouz)
- Pas comme l'autre Bethléem pour le
logement 141 - Un pastoureau reconnaît Marie et Jésus
142 - Isaac a parlé d'eux 142 - Invitation à loger chez les bergers
143 - Marie émue par la présence d'un agneau
143 - Un groupe veut arracher un fils à sa
mère 144 - Qui se défend comme une hyène 145 - Les deux innocents sont malmenés 145 - Je suis Aser. – Je suis Jésus 146
- Jésus procède au rite du jugement de
Dieu 147 - La lèpre recouvre les trois
accusateurs 148 - L'un des trois avoue l'homicide 148 - Les trois ont quand même évité la mort
148 - Mirta est
réconfortée par Marie et Jésus 149 - Elle donne son fils à Jésus 150 - Abel pardonne 150 - Discours (Action de grâce 150 - La Loi comme un cadavre momifié 151 - Israël et la Loi comme une forêt
pétrifiée) 151 |
Accueil >> Plan du site >> Sommaire du Tome 4 4.111. |
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9 août 1945 41> C'est le soir quand ils
arrivent à Bethléem de Galilée. On comprend que c'est la destinée des villes
qui portent ce nom de s'étendre sur des collines ondulées, entourées de
verdure, de bois, de prairies sur lesquels paissent les troupeaux qui
descendent vers les bercails pour la nuit. 142> Le ciel est rouge,
reste d'un crépuscule puissant qui s'achève. L'atmosphère est pleine de la
musique pastorale des cloches et des bêlements tremblants auxquels s'unissent
les cris joyeux des enfants qui jouent et les voix de leurs mères qui les
appellent. "Judas
de Simon, va avec Simon chercher un logement pour nous et les femmes.
L'auberge est au centre du pays et nous vous rejoindrons là." Alors que
Judas et le Zélote obéissent, Jésus se tourne vers la Mère et dit :
"Cette fois ce ne sera pas comme à l'autre Bethléem. Tu trouveras où te
reposer, ma Mère. Il n'y a pas beaucoup de voyageurs en cette saison et il
n'y a pas d'édit." "En
cette saison, il serait même agréable de dormir dans les prés ou au milieu de
ces bergers, parmi les agneaux" et Marie sourit à son Fils et sourit à
des pastoureaux curieux qui la regardent fixement. Elle sourit de telle manière
que l'un d'eux donne un coup de coude à un autre et lui dit tout bas :
"Ce ne peut être qu'Elle" et il s'avance, sûr de lui, en
disant : "Je te salue, Marie, pleine de grâce. Le Seigneur est-il
avec toi ?" Marie
répond par un sourire encore plus doux : "Voilà le Seigneur"
et elle montre Jésus qui s'est retourné pour parler avec ses cousins, en les
chargeant de donner des oboles aux pauvres qui s'approchent avec des demandes
plaintives. Et la Mère touche légèrement son Fils en Lui disant :
"Mon Fils, ces pastoureaux te cherchent et ils m'ont reconnue, je ne
sais comment..." "Sûrement
qu'Isaac est passé par ici en y laissant le parfum de la révélation. Garçon,
viens ici." Le
pastoureau, un brunet d'environ douze-quatorze ans, robuste malgré sa
maigreur, aux yeux noirs très vifs, aux cheveux qui retombent en une tignasse
d'ébène, enveloppé dans sa peau de brebis - il me semble une copie du jeune
Précurseur - s'approche de Jésus, avec un sourire de bonheur, comme fasciné. "La
paix à toi, enfant, comment as-tu reconnu Marie ?" "Parce
que seule la Mère du Sauveur pouvait avoir ce sourire et ce visage. On m'a
dit : "Un visage d'ange, des yeux comme des étoiles et un sourire
qui est plus doux que le baiser d'une mère, doux comme son nom Marie, saint
au point de pouvoir se pencher sur le Dieu nouveau-né". J'ai vu cela en
Elle et je l'ai saluée parce que je te cherchais. Nous te cherchions,
Seigneur, et... je n'osais pas te saluer Toi, en premier." "Qui
t'a parlé de nous ?" "Isaac
de l'autre Bethléem. Il nous a promis de nous amener vers Toi à
l'automne." "Isaac
est venu ici ?" 143> "Il est encore
dans ces contrées, avec tant de disciples. Mais à nous, bergers, c'est lui
qui a parlé. Et nous avons cru à sa parole. Seigneur, permets-nous aussi de
t'adorer comme nos compagnons de la nuit bienheureuse" et, tout en
s'agenouillant dans la poussière du chemin, il lance un cri aux autres
bergers qui ont arrêté le troupeau aux portes de la cité (portes, c'est une
façon de dire car cette cité n'a pas de murs) là où Jésus aussi s'était
arrêté pour attendre les femmes et entrer avec elles dans le pays. Le
pastoureau crie : "Père, frères et amis, nous avons trouvé le
Seigneur. Venez et adorons." Les
bergers viennent se grouper avec leur troupeau auprès de Jésus et le prient
de ne pas aller ailleurs, mais d'accepter leur pauvre maison, qui n'est pas
éloignée, pour y habiter avec ses amis. "Il
y a un grand bercai1" expliquent-ils "puisque Dieu nous protège, et
il y a des pièces et des portiques pleins de foin odorant. Les pièces pour la
Mère et ses sœurs, puisque ce sont des femmes, mais il y en a une aussi pour
Toi. Les autres peuvent dormir avec nous sur le foin, sous les
portiques." "Moi
aussi, je resterai avec vous et ce sera pour Moi un plus doux repos que si je
dormais dans l'appartement d'un roi. Mais allons d'abord prévenir Judas et
Simon." "J'y
vais, moi, Maître" dit Pierre et il s'en va avec Jacques de Zébédée. Ils
s'arrêtent sur le bord de la route, en attendant le retour des quatre
apôtres. Les
bergers regardent Jésus comme si c'était déjà Dieu dans sa gloire. Et les
plus jeunes sont réellement bienheureux et semblent vouloir s'imprimer dans
l'esprit tous détails sur Jésus et sur Marie qui s'est penchée pour caresser
des agneaux, venus frotter leurs museaux en bêlant contre ses genoux. "Il
y en avait un, dans la maison d'Elisabeth ma parente, qui léchait mes tresses
toutes les fois qu'il me voyait. Je l'appelais "ami", car il était
vraiment pour moi un ami comme un enfant et, dès qu'il le pouvait, il courait
vers moi. Celui-ci me le rappelle tout à fait, avec ses yeux de deux
couleurs. Ne le tuez pas ! L'autre aussi, on le laissa vivre à cause de
son amour pour moi." "C'est
une agnelle, Femme, et nous voulions la vendre parce qu'elle a des yeux de
deux couleurs et je crois que d'un œil elle y voit peu. Mais nous la
garderons si tu veux." "Oh !
oui ! Je voudrais bien que jamais on ne tue un agneau... Ils sont
tellement innocents et leur voix est une voix d'enfant qui appelle la mère.
Il me semble qu'on tue un enfant en tuant un de ceux-ci." 144> "Mais alors,
Femme, il n'y aurait plus de place pour nous sur la terre si tous les agneaux
restaient en vie" dit le berger le plus âgé. "Je
le sais. Mais je pense à leur douleur et à celle des brebis, leurs mères.
Elles pleurent tant quand on leur enlève leurs petits. Elles semblent
vraiment des mères, comme nous. Et moi, je ne peux voir souffrir personne,
mais j'éprouve un déchirement pour une mère ainsi déchirée. C'est une douleur
différente de toute autre, car pour nous se déchirent non seulement le cœur
et le cerveau par le choc de la mort d'un enfant, mais jusqu'à nos
entrailles. Nous, les mères, restons unies à notre enfant, toujours. Et c'est
nous déchirer complètement que de nous l'enlever." Marie ne sourit plus,
mais une larme brille dans son œil bleu et elle regarde Jésus qui l'écoute et
la regarde et elle Lui met une main sur le bras, comme si elle craignait
qu'on fût sur le point de l'arracher à son côté. Sur la
route poussiéreuse arrive un petit groupe de gens armés : six hommes
accompagnés de gens qui poussent des cris. Les bergers regardent et parlent
entre eux à voix basse. Puis, ils regardent Marie et Jésus. Le plus âgé
parle : "Heureusement que tu n'entres pas à Bethléem ce soir." "Pourquoi ?" "Parce
que ces gens, qui viennent de passer et qui entrent dans la cité, y vont pour
arracher un fils à une mère." "Oh !
mais pourquoi ?" "Pour
le tuer." "Oh !
non ! Qu'a-t-il fait ?" Jésus aussi le
demande et les apôtres s'approchent pour écouter. "On a trouvé, tué sur
le chemin de la montagne, le riche Joël. Il revenait de Sicaminon
avec beaucoup d'argent. Mais ce n'étaient pas des voleurs car l'argent était
encore sur le mort. Le serviteur qui l'accompagnait a dit que son maître lui
avait dit de courir en avant pour prévenir de son retour, et sur la route, se
dirigeant vers le lieu où fut commis l'homicide, il vit seul le jeune homme
que l'on va tuer. Deux hommes du pays, ensuite, jurent qu'ils l'ont vu
attaquer Joël. Maintenant les parents du mort exigent la mort du jeune homme.
Et s'il est homicide..." "Tu
ne le crois pas ?" "Cela
ne me paraît pas possible. Le jeune est un peu plus âgé qu'un adolescent. Il
est bon. Il vit toujours avec sa mère dont il est le fils unique, et elle est
veuve, une sainte veuve. Il ne manque pas de ressources, il ne pense pas aux
femmes. Il n'est pas querelleur, il n'est pas fou. Pourquoi alors a-t-il
tué ?" 145> "Mais il a
peut-être des ennemis ?" "Qui ?
Joël qui est mort ou Abel l'accusé ?" "L’accusé." "Ah !
Je ne saurais... Mais... Je ne saurais." "Sois
franc, homme." "Seigneur,
c'est une chose que je pense, et Isaac nous a dit de ne pas penser du mal du
prochain." "Mais
on doit avoir le courage de parler pour sauver un innocent." "Si
je parle, que j'aie raison ou tort, je devrai m'enfuir d'ici parce que Aser
et Jacob sont puissants." "Parle
sans crainte : Tu ne seras pas contraint de fuir." "Seigneur,
la mère d'Abel est belle, jeune et sage. Aser n'est pas sage, ni non plus
Jacob. Au premier, la veuve plaît, et au second... le pays sait que le second
c’est un coucou dans le ménage de Joël. Je pense que..." "J'ai
compris. Allons, amis. Vous, les femmes, restez donc avec les bergers. Je
reviendrai bientôt." "Non,
Fils. Je viens avec Toi." Jésus s'en va rapidement vers le centre de la
cité. Les bergers restent indécis, mais ensuite ils laissent le troupeau aux
plus jeunes qui restent avec toutes les femmes, sauf la Mère et Marie
d'Alphée qui suivent Jésus et se hâtent de rejoindre le groupe apostolique. A la
troisième rue qui coupe la voie principale de Bethléem, ils rencontrent
l'Iscariote, Simon, Pierre et Jacques qui arrivent en gesticulant et en
criant. "Quelle
affaire, Maître ! Quelle affaire ! et quelle peine !" dit
Pierre bouleversé. "Un
fils enlevé de force à sa mère pour qu'on le tue. Elle le défend comme une
hyène. Mais c'est une femme contre des gens armés" ajoute Simon le
Zélote. "Elle
saigne déjà de partout !" dit l'Iscariote. "Ils
ont défoncé sa porte car elle s'était barricadée dans sa maison" termine
Jacques de Zébédée. "Je
vais la trouver." "Oh !
oui ! Toi seul peux la consoler." Ils
tournent à droite, puis à gauche vers le centre du pays. Déjà on voit
l'attroupement tumultueux qui s'agite et se presse près de la maison d'Abel,
et les cris d'une femme, déchirants, inhumains, féroces, en même temps que
pitoyables, arrivent jusqu'ici. 146> Jésus se hâte en
arrivant sur une place minuscule, un élargissement de la rue plutôt qu'une
place, où le tumulte est à son comble. La
femme dispute encore son fils aux gardes. Elle s'accroche d'une main qui est
devenue une griffe de fer aux débris de la porte abattue et de l'autre reste
attachée à la ceinture de son fils. Si quelqu'un cherche à l'en séparer elle
le mord férocement, insensible aux coups qu'elle reçoit et à la souffrance
des cheveux qu'on lui tire d'une manière si féroce qui amène sa tête en
arrière. Et, quand elle ne mord pas, elle crie : "Lâchez-le !
Assassins ! Il est innocent ! La nuit du meurtre de Joël il était
au lit près de moi ! Assassins ! Assassins !
Calomniateurs ! Immondes ! Parjures !" Le
jeune garçon, saisi aux épaules par ceux qui veulent l'enlever, traîné par
les bras, se retourne, le visage bouleversé et crie : "Maman !
Maman, pourquoi dois-je mourir si je n'ai rien fait ?" C'est
un bel adolescent, grand et élancé, aux yeux noirs et doux, aux cheveux noirs
foncés, légèrement frisés. Son vêtement déchiré laisse voir son corps souple
et jeune presque comme celui d'un enfant. Jésus,
aidé par ceux qui l'accompagnent, fend la foule compacte et se fraie un
chemin jusqu'au groupe pitoyable juste au moment où la femme, à bout de
forces, a été arrachée à la porte et traînée comme un sac lié au corps de son
fils sur les pierres du chemin. Mais cela dure pendant quelques mètres
seulement. Un coup plus violent arrache la main de la mère à la ceinture du
fils et la femme tombe en avant, en frappant durement son visage contre le
sol et en saignant encore davantage. Mais tout de suite elle se redresse sur
les genoux, en tendant les bras pendant que le fils, qu'on emporte rapidement
autant que le permet la foule qui s'écarte difficilement, libère son bras
gauche et l'agite en se tordant en arrière et en criant :
"Maman ! Adieu ! Rappelle-toi, toi au moins, que je suis
innocent !" La
femme le regarde avec des yeux de folle, et puis tombe à terre, évanouie. Jésus
se présente devant le groupe des gardes : "Arrêtez-vous un moment.
Je vous l'ordonne !" et son visage ne souffre pas de réplique. "Qui
es-tu ?" demande, agressif, un citadin du groupe. "Nous ne te
connaissons pas. Ecarte-toi et laisse-nous aller pour qu'il soit tué avant
que la nuit arrive." "Je
suis un Rabbi. Le plus grand. Au nom de Jéhovah,
arrêtez-vous ou Dieu vous foudroiera." A ce moment, il semble que Lui va
les foudroyer. "Qui est témoin contre celui-ci ?" 147> "Moi,
lui et lui" répond celui qui a parlé le premier. "Votre
témoignage n'est pas valable parce qu'il n'est pas vrai." "Et
pourquoi peux-tu le dire ? Nous sommes prêts à le jurer." "Votre
serment est un péché." "Nous,
pécher ? Nous ?" "Vous.
De même que vous couvez la luxure, que vous nourrissez la haine, que vous
êtes avides des richesses, que vous êtes homicides, vous êtes également
parjures. Vous vous êtes vendus à l'Impureté. Vous êtes capables d'accomplir
n'importe quelle infamie." "Fais
attention à tes paroles. Je suis Aser..." "Et
Moi, je suis Jésus." "Tu
n'es pas d'ici. Tu n'es pas prêtre, ni juge. Tu n'es rien. Tu es
l'étranger." "Oui,
je suis l'Etranger car la Terre n'est pas mon Royaume. Mais je suis Juge et
Prêtre. Non seulement de cette petite portion d'Israël, mais de tout Israël
et du monde entier." "Allons,
allons ! Nous n'avons affaire avec un fou" dit l'autre témoin et il
pousse Jésus pour l'écarter. "Tu
ne feras pas un pas de plus" tonne Jésus en le regardant d'un regard de
miracle qui subjugue et paralyse, comme il rend la vie et la joie quand il le
veut. "Tu ne fais pas un pas de plus, Tu ne crois pas à ce que je
dis ? Eh bien, alors, regarde. Ici, il n'y a pas la poussière du Temple,
ni son eau, et il n'y a pas de paroles écrites avec de l'encre pour rendre
très amère l'eau qui est le jugement pour la jalousie et l'adultère. Mais
ici, il y a Moi. Et c'est Moi qui rends le jugement." La voix de
Jésus est une sonnerie de trompette tant elle est pénétrante. Les
gens se bousculent pour voir. Seules Marie très Sainte et Marie d'Alphée sont
restées pour secourir la mère évanouie. "Et
voici comment je juge. Donnez-moi une pincée de la poussière de la route et
une goutte d'eau dans un vase. Et pendant qu'on me les donne, vous les
accusateurs, et toi l'accusé, répondez-moi. Es-tu innocent, fils ?
Dis-le avec sincérité à Celui qui est pour toi le Sauveur." "Je
le suis, Seigneur." "Aser,
peux-tu jurer n'avoir dit que la vérité ?" "Je
le jure. Je n'aurais pas de raison de mentir. Je le jure par l'autel. Que
descende du Ciel une flamme qui me brûle si je ne dis pas la vérité." "Jacob,
peux-tu jurer que tu es sincère dans l'accusation et sans un motif
secret qui te pousse à mentir ?" 148> "Je le jure par Jéhovah. Seul l'amour pour mon ami assassiné me pousse à
parler. Avec celui-ci, je n'ai rien de personnel." "Et
toi, serviteur, peux-tu jurer d'avoir dit la vérité ?" "Je
le jure mille fois, s'il le faut ! Mon maître ! Mon pauvre
maître !" et il pleure en cachant sa tête avec son manteau.
Il dit
ces paroles en tenant les mains étendues sur le vase comme fait le prêtre
pendant la Messe, à l'offertoire. Puis il plonge sa main droite dans le vase
et de sa main mouillée il asperge les quatre qui sont soumis au jugement et
leur fait boire une gorgée de cette eau, d'abord au jeune homme, puis aux
trois autres. Ensuite
il croise les bras sur sa poitrine et les regarde. La foule aussi regarde et
après un moment pousse un cri et se jette le visage contre terre. Alors les
quatre qui étaient alignés se regardent entre eux, et crient à leur tour. Le
premier, le jeune homme, crie de stupeur, les autres d'horreur, car ils
voient leurs visages couverts d'une lèpre subite, alors que le jeune homme en
est indemne. Le
serviteur se jette aux pieds de Jésus qui s'écarte comme tout le monde, y
compris les soldats, et il s'écarte en prenant par la main le jeune Abel pour
qu'il ne se contamine pas près des trois lépreux. Et le serviteur crie :
"Non ! Non ! Pardon ! Je suis lépreux ! Ce sont eux
qui m'ont payé pour retarder le maître jusqu'au soir pour le frapper sur le
chemin désert. Ils m'ont fait exprès déferrer la mule. Ils m'ont appris à
mentir en disant que j'étais venu en avant. Au contraire, j'étais avec eux
pour le tuer et je dis aussi pourquoi ils l'ont fait. Parce que Joël s'était
aperçu que Jacob aimait sa jeune femme et parce que Aser
voulait la mère d'Abel et qu'elle le repoussait. Ils se sont mis d'accord
pour se débarrasser en même temps de Joël et d'Abel et jouir des femmes. J'ai
parlé. Enlève-moi la lèpre, enlève-la-moi ! Abel, tu es bon, prie pour
moi !" "Toi,
va auprès de ta mère. Qu'en sortant de son évanouissement elle voie ton
visage et revienne à une vie tranquille. Et vous... A vous je devrais
dire : "Qu'il vous soit fait ce que vous avez fait". Et ce
serait humaine justice. Mais je vous livre à une expiation surhumaine. 149> La lèpre, dont vous
êtes horrifiés, vous préserve d'être saisis et tués comme vous le méritez.
Peuple de Bethléem, écartez- vous, ouvrez-vous comme les eaux de la mer pour
les laisser aller à leur longue galère. Galère terrible ! Plus atroce
qu'une mort immédiate. Et c'est une pitié de Dieu pour leur donner
possibilité de se repentir, s'ils le veulent. Allez !" La
foule se colle aux murs pour laisser libre le milieu du chemin. Les trois,
recouverts de la lèpre comme s'ils étaient malades depuis des années, s'en
vont, l'un derrière l'autre, vers la montagne. Dans le silence du crépuscule
qui descend et qui a fait taire toutes les voix d'oiseaux et de quadrupèdes,
on n'entend que leurs pleurs. "Purifiez
le chemin avec quantité d'eau après y avoir allumé le feu. Et vous,
soldats : allez rapporter que justice est faite et faite selon la plus
parfaite loi mosaïque." Jésus
se dispose à aller où sa Mère et Marie d'Alphée continuent de secourir la
femme qui revient lentement à elle, pendant que son fils caresse ses mains
glacées et les baise. Mais les gens de Bethléem, avec un respect mêlé de
crainte, le prient : "Parle-nous, Seigneur. Tu es réellement
puissant. Tu es certainement Celui dont a parlé l'homme qui en passant par
ici a annoncé le Messie." "Je
parlerai à la nuit, près du bercail des bergers. Pour l'instant, je vais
aider la mère à se rétablir." Et il
va trouver la femme qui est assise sur les genoux de Marie d'Alphée. Elle se
remet de plus en plus en regardant le visage affectueux de Marie qui lui
sourit. Elle ne se rend pas bien compte jusqu'au moment où elle dirige son
regard sur la chevelure d'ébène de son fils qui est penché sur ses mains
tremblantes et elle demande : "Je suis morte, moi aussi ? Ce
sont les Limbes ?" "Non,
femme, c'est la Terre et celui-ci est ton fils, sauvé de la mort. Et
Celui-là, c'est Jésus, mon Fils, le Sauveur." La
femme a un premier mouvement, bien humain. Elle rassemble ses forces et
s'avance pour prendre la tête inclinée de son enfant. Elle le voit sain et
sauf, l'embrasse avec frénésie, pleurant, riant, retrouvant tous les noms
qu'elle lui donnait quand il était petit pour lui dire sa joie. "Oui,
maman, oui. Mais maintenant, regarde, non pas moi, mais Lui. Lui qui m'a
sauvé. Bénis le Seigneur." La
femme, encore trop faible pour se lever ou pour se mettre à genoux, tend ses
mains qui tremblent et saignent encore. Elle prend la main de Jésus en la
couvrant de baisers et de larmes. 150> Jésus lui met sa main
gauche sur la tête, en lui disant : "Sois heureuse, en paix et sois
toujours bonne. Et toi aussi, Abel" "Non,
mon Seigneur. Ma vie et celle de mon fils sont à Toi parce que tu les as
sauvées. Permets-lui d'aller avec les disciples, comme déjà il le désirait
depuis qu'ils sont venus ici. Je te le donne avec tant de joie et je te prie
de permettre que moi je le suive pour le servir et servir les serviteurs de
Dieu." "Et
ta maison ?" "Oh !
Seigneur ! Est-ce que quelqu'un qui renaît à la vie peut avoir les
sentiments qu'il avait avant de mourir ? Par Toi, Mirta
est sortie de la mort et de l'enfer. Dans ce pays, je pourrais arriver à haïr
ceux qui m'ont torturée dans mon enfant. Et tu prêches l'amour, je le sais.
Permets donc à la pauvre Mirta d'aimer le Seul qui
mérite l'amour, sa mission, ses serviteurs. Maintenant, je suis encore
épuisée et ne pourrais te suivre. Mais, dès que je le pourrai,
permets-le-moi, Seigneur. Je serai à ta suite et près de mon Abel..." "Tu
suivras ton fils, et Moi avec lui. Sois heureuse. Sois en paix, maintenant.
Avec ma paix. Adieu." Et,
pendant que la femme soutenue par son fils et quelques pieuses personnes
rentre à la maison, Jésus, avec les bergers, les apôtres, la Mère et Marie
d'Alphée, sort du pays pour se rendre ensuite au bercail situé à l'extrémité
d'une rue qui débouche dans les champs... ...Un
grand feu a été allumé pour éclairer la réunion. Assis en demi-cercle dans
les champs, un grand nombre de gens attendent que Jésus vienne parler. En
attendant, ils parlent des événements du jour. Abel aussi est là avec
beaucoup de gens qui se félicitent en disant que tous croyaient à son
innocence. "Mais,
vous étiez prêts à me tuer, pourtant ! Même toi qui m'avais salué à la
porte de ma maison, à 1'heure où on tuait Joël" ne peut se retenir de
répondre le jeune homme. Et il ajoute : "Mais moi, je te pardonne
au nom de Jésus." Voilà
que Jésus vient du bercail vers eux. Grand, vêtu de blanc, entouré par les
apôtres, suivi par les bergers et les femmes. "La
paix à vous tous. Si ma venue a servi à instaurer le Règne de Dieu parmi
vous, que béni soit le Seigneur. Si ma venue a servi à faire éclater une
innocence, que béni soit le Seigneur. Si le fait d'être arrivé à temps pour empêcher
un crime sert aussi à donner à trois coupables un moyen de se racheter, que
béni soit le Seigneur. 151> Maintenant cette journée nous incite à
méditer un grand nombre de choses. Nous les
méditerons pendant que la nuit descend pour envelopper de ténèbres la joie de
deux cœurs et le remords de trois autres. Dans ses ténèbres, elle voile comme
sous un voile pudique les larmes joyeuses des premiers et les larmes
brûlantes des autres que cependant Dieu voit. Entre toutes ces choses, il y a
cette tendance à considérer comme nul et inutile ce que Dieu a donné par la
Loi.
Je
pourrais comparer une grande partie d'Israël aux forêts pétrifiées que l'on
voit çà et là dans la vallée du Nil et dans le désert de l'Égypte ([1]).
C'étaient des bois et des bois de plantes vivantes, nourries par la sève, bruissantes au soleil, couvertes de beaux feuillages, de
fleurs, de fruits. Elles faisaient du lieu où elles avaient grandi un petit
paradis terrestre, chers aux hommes et aux animaux qui oubliaient l'aridité
désolée du désert, la soif ardente que le sable donne à l'homme par sa
poussière brûlante qui pénètre dans la gorge. Ils oubliaient le soleil
impitoyable qui, en peu de temps, calcifie les cadavres en les décharnant, en
consumant les chairs en poussière, et en laissant couchés dans les vagues des
sables, des squelettes et encore des squelettes polis comme par un ouvrier
soigneux. Ils oubliaient tout sous cette ombre verte, bruissante,
riche en eau et en fruits qui restauraient, consolaient, redonnaient du courage
pour de nouveaux parcours. Puis,
pour une cause inconnue, comme des choses maudites, elles se sont non
seulement desséchées comme font les arbres qui, bien que morts, servent
encore à faire du feu dans les foyers de l'homme ou des braisiers pour éclairer
la nuit, éloigner les fauves et chasser l'humidité de la nuit pour les
voyageurs éloignés des pays. Mais ces arbres n'ont pas servi comme bois. Ils
sont devenus de la pierre. De la pierre. La silice du sol semble, par un
sortilège, être montée des racines, au tronc, aux branches, au feuillage. 152> Puis les vents ont
brisé les branches les plus faibles, devenues semblables à de l'albâtre qui
est, à la fois, dur et mou. Mais les branches, les plus grosses, sont là, sur
leurs troncs puissants pour tromper les caravanes fatiguées, qui sous les
reflets éblouissants du soleil ou sous la lumière spectrale de la lune,
voient se profiler les ombres des troncs qui se dressent sur les plaines ou
dans le fond des vallées qui ne voient l'eau qu'aux époques des crues fécondes,
cherchant avec angoisse un refuge, de quoi se restaurer, un puits, des fruits
frais et, les yeux fatigués par le reflet du soleil sur les sables sans rien
qui en abrite, les caravaniers se précipitent vers les forêts fantômes. De
vrais fantômes ! Apparences illusoires de corps vivants, présence réelle
de choses mortes. Je les
ai vues. J'en ai gardé le souvenir, bien que je fusse seulement un peu plus
grand qu'un tout petit ([2]),
comme d'une des plus tristes choses de la Terre. C'est ainsi qu'elles
m'étaient apparues tant que je n'ai pas eu touché, mesuré, pesé les choses de
la Terre qui sont totalement tristes parce qu'elles sont complètement
mortes. Les choses immatérielles, c'est-à-dire les vertus et les âmes mortes.
Les premières, mortes dans les âmes, mortes les âmes parce qu'elles se sont
tuées. La Loi
est en Israël, mais elle y est comme les arbres pétrifiés dans le
désert : devenue silice. Morte. Cause d'erreur, objet destiné à se
corroder sans utilité. Objets nuisibles même comme les arbres pétrifiés parce
qu'ils créent des mirages qui attirent en éloignant des vraies oasis, en
faisant mourir de faim, de soif, de désolation, en attirant vers leur mort.
Choses mortes qui en attirent d'autres à la mort, comme on lit dans certains
récits de mythes païens. Aujourd'hui,
vous avez eu un exemple de ce que c'est qu'une Loi réduite à l'état de pierre
dans une âme devenue elle aussi de pierre. C'est la source de toutes sortes
de péchés et de malheurs. Que cela vous serve à savoir vivre et à savoir faire
vivre la Loi en vous, dans son intégrité que Moi j'éclaire par des lumières
de miséricorde. La
nuit est profonde. Les étoiles nous regardent, et Dieu avec elles. Levez
votre regard vers le ciel étoilé et élevez votre esprit vers Dieu. Et sans
critiquer les malheureux déjà punis par Dieu, sans orgueil pour n'avoir pas
leur péché, promettez à Dieu et à vous-mêmes de ne pas tomber dans l'aridité
des plantes maudites des déserts et des vallées d'Égypte. La
paix soit avec vous." |
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153> Il les bénit, et puis se retire dans la
vaste enceinte du bercail entouré de portiques rustiques sous lesquels les
bergers ont étendu une bonne couche de foin pour servir de lit aux serviteurs
du Seigneur. |
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