|
|
"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta © Centro Editoriale Valtortiano |
aucun accent | |
| Consulter la Bible en ligne | Aller sur le forum | ||
|
vendredi
- Les objets fabriqués pour Jean et Sintica 566 - Jésus souffre pour elle et surtout lui 566 - Il entre dans la chambre de Jean 567 - Dialogue de Jésus avec Jean d'Endor : L'abandon à Dieu et la prudence 567 - Un exemple actuel de prudence 568 - Jean n'a plus d'antipathie pour la femme 569 - Il fait l'éloge de Sintica 569 - Mais il prend mal l'annonce de sa mission 570 - Jésus fait appel à Marie 571 - Jésus parle de sa mort et de celle de Jean d'Endor 572 - Je serai avec toi de manière sensible 572 - Marie et Margziam entrent consoler Jean d'Endor 573 - Sintica accepte sa mission et encourage Jean 573 - Elle s'informe des modalités du voyage 574 - Margziam donne son vase de miel à Jean 574 - Jean d'Endor donne des rouleaux à Margziam 575 - Un vieux bien courbé se dirige vers l'établi 576 - [Commentaire de Jésus : L'Oeuvre est pour les simples et les petits] 576 |
4.178. |
|
566> C'est une pluvieuse matinée d'hiver. Jésus est déjà levé et il est au travail dans son atelier. Il travaille à de petits objets. Mais dans un coin il y a un nouveau métier à tisser, nouveau, pas très grand mais bien tourné. Marie entre avec une tasse fumante de lait. "Bois, Jésus. Il y a si longtemps que tu es levé. Le temps est humide et froid..." "Oui. Mais, au moins, j'ai pu tout finir... Ces huit jours de fête avaient paralysé le travail..." Jésus s'est assis sur l'établi de menuisier, un peu de biais, et il boit son lait pendant que Marie observe le métier et le caresse de la main. «Tu le bénis, Maman ?» demande Jésus en souriant. «Non, je le caresse parce c'est Toi qui l'as fait. La bénédiction, tu la lui as donnée en le faisant. Tu as eu une bonne idée. Il servira à Sintica. Elle est très adroite pour le tissage. Et il lui servira pour approcher des femmes et des jeunes filles. Qu'as-tu fait d'autre car je vois des copeaux d'olivier, me semble-t-il près du tour ?» «J'ai fait des choses utiles pour Jean. Tu vois ? Un étui pour les styles et une petite table pour écrire. Et puis ces pupitres pour y renfermer ses livres. Je n'aurais pas pu faire cela si Simon de Jonas n'avait pas pensé à un petit char. Mais maintenant, nous pourrons charger aussi ces objets... et eux sentiront que je les ai aimés aussi dans ces petites choses..." "Tu souffres de les éloigner, n'est-ce pas ?" "Je souffre... Pour Moi et pour eux. J'ai attendu jusqu'à présent pour leur parler... et c'est déjà beaucoup que Simon ne soit pas arrivé avec Porphyrée... C'est le moment de parler... Une souffrance qui m'est restée sur le cœur tous ces jours et qui a rendues tristes même les lumières des nombreuses lampes... Une souffrance que maintenant je dois donner aux autres... Ah ! Maman, j'aurais voulu l'avoir pour Moi seul !..." 567> "Mon bon Fils !" Marie Lui caresse la main pour le consoler. Un silence, puis Jésus recommence à parler : "Jean est-il levé ?" "Oui. Je l'ai entendu tousser. Peut-être est-il à la cuisine pour boire du lait. Pauvre Jean !..." Une larme coule sur les joues de Marie. Jésus se lève : "J'y vais... Je dois aller le lui dire. Avec Sintica, ce sera plus facile... Mais pour lui... Maman, va trouver Margziam, et éveille-le, et priez pendant que je parle à cet homme... C'est comme si je devais fouiller dans ses entrailles. Je puis le tuer ou le paralyser dans sa vie spirituelle... Quelle peine, mon Père !... J'y vais..." et il sort, réellement accablé. Il fait les quelques pas qui de l'atelier conduisent à la pièce de Jean, qui est la même où est mort Jonas, c'est-à-dire celle de Joseph. Il rencontre Sintica qui rentre avec un fagot qu'elle a pris dans le four et qui le salue, sans rien savoir. Il répond absorbé au salut de la grecque, et puis il reste immobile à regarder un parterre de lys qui à peine entrouvrent leurs boutons. Mais il n'est pas dit qu'il les voie... Puis il se décide. Il se retourne et frappe à la porte de Jean qui se présente et dont le visage s'éclaire tout entier en voyant que Jésus vient le trouver. "Puis-je entrer un peu chez toi ?» lui demande Jésus. "Oh ! Maître ! Mais toujours ! J'étais en train d'écrire ce que tu disais hier soir sur la prudence et l'obéissance. Et même il est bien que tu le regardes, car il me semble n'avoir pas bien retenu ce que tu as dit sur la prudence." Jésus est entré dans la petite pièce, déjà bien rangée, dans laquelle on a ajouté une petite table pour la commodité du vieux maître. Jésus se penche sur le parchemin et il lit. "Très bien. Tu as bien répété."
"Non. Tu ne t'es pas trompé. C'est bien ce que j'ai dit. Différent est le souci exagéré et apeuré de l'égoïste et le soin prudent du juste. C'est un péché que l'avarice pour le lendemain dont peut-être nous ne jouirons jamais, mais ce n'est pas un péché que la parcimonie pour se garantir le pain, et le garantir pour ses parents, en 568> période de disette. C'est un péché que le soin égoïste de son propre corps, en exigeant que ceux qui sont autour de nous s'en préoccupent, en s'épargnant tout travail et tout sacrifice de peur que la chair n'en souffre, mais ce n'est pas un péché de la préserver de maladies inutiles qu'on attrape par imprudence et qui sont une charge pour là famille et une perte de travail fructueux pour nous. Dieu a donné la vie. C'est un don qui vient de Lui. Nous devons en user saintement sans imprudence comme sans égoïsme. Vois-tu ? Parfois la prudence conseille des actions qui, pour des sots, peuvent paraître lâcheté ou inconstance, alors qu'elles ne sont que simple prudence, conséquences de faits nouveaux qui se sont présentés. Par exemple : si je t'envoyais maintenant justement au milieu de gens qui pourraient te nuire... les parents de ta femme par exemple, ou les gardiens des mines où tu as travaillé, ferai-je bien ou mal ?" "Moi... je ne voudrais pas te juger, mais je dirais qu'il serait mieux de m'envoyer ailleurs où il n'y a pas de danger que mon peu de vertu soit mis à trop dure épreuve." "Voilà ! Tu jugerais avec sagesse et prudence. C'est pour cela que je ne t'enverrais jamais en Bithynie ou en Mysie[1] où tu as déjà été ni non plus à Cintium bien que toi, spirituellement, aies désiré d'y aller. Ton esprit pourrait s'y trouver accablé par de nombreuses duretés humaines et pourrait revenir en arrière. La prudence, donc, enseigne à ne pas t'envoyer là où tu serais inutile alors que je pourrais t'envoyer ailleurs avec profit pour Moi et pour les âmes du prochain et la tienne. N'est-ce pas ?" Jean, ignorant comme il l'est de ce que le destin lui réserve, ne saisit pas les allusions de Jésus à une possibilité de mission en dehors de la Palestine. Jésus étudie son visage et le voit calme, bienheureux de l'écouter, prêt à répondre : "Sûrement, Maître, je serais plus utile ailleurs. Moi-même quand, il y a quelques jours, j'ai dit : "Je voudrais aller parmi les gentils pour donner le bon exemple où j'ai donné le mauvais exemple" je me le suis reproché en disant : "Parmi les gentils, oui, parce que tu n'as pas les préventions des autres d'Israël. Mais à Cintium, non, ni non plus sur les monts désolés où tu as vécu comme un galérien et un loup, aux mines de plomb et aux carrières de marbres précieux. Tu n'y pourrais y aller même par soif de sacrifice absolu. Ton cœur serait bouleversé par des souvenirs cruels, et si tu venais à être reconnu, même s'ils ne se jetaient pas sur toi, ils diraient : 'Tais-toi, assassin. Nous ne pouvons pas t'écouter' et il serait inutile alors d'y aller". 569> Voilà ce que je me suis dit. Et c'est une pensée juste." "Tu vois donc que tu possèdes aussi la prudence. Moi aussi, je la possède. C'est pour cela que je t'ai épargné les fatigues de l'apostolat comme les autres l'exercent et je t'ai amené ici dans le repos et la paix." "Oh !
oui ! Quelle paix ! Si je vivais cent ans ici, elle serait
toujours la même. C'est une paix surnaturelle. Et si je partais, je l'amènerais
avec moi, même dans l'autre vie je l'emmènerais... Les souvenirs
pourront encore me troubler le cœur, et les offenses me faire souffrir,
car je suis homme. Mais je ne serais plus capable de haïr car, ici, la
haine a été stérilisée pour toujours, jusque dans ses rejetons les
plus lointains. Je n'ai même plus d'antipathie pour la femme, moi qui la
regardais comme l'animal le plus immonde et le plus méprisable de la
terre. Ta Mère est hors de cause. Elle, je l'ai vénérée dès que je
l'ai vue, car je l'ai vue différente de toutes les femmes. "Il me plaît beaucoup que tu aies trouvé tout cela en Sintica. Elle sera pour toi une bonne compagne pour le reste de ta vie et vous ferez ensemble tant de bien. Aussi, je te l'associerai..." Jésus scrute Jean de nouveau. Mais il n'y a aucun signe que soit réveillée l'attention du disciple qui pourtant n'est pas superficiel. Quelle miséricorde divine lui voile jusqu'au moment décisif la sentence ? Je ne sais. Je sais que Jean sourit en disant : "Nous chercherons à te servir avec le meilleur de nous-mêmes." "Oui. Et je suis certain que vous le ferez sans discuter le travail et le lieu que je vous donnerai, même si ce n'est pas celui que vous désirez..." Jean a un premier pressentiment de ce qui l'attend. Il change de visage et de couleur. Il devient sérieux et il pâlit. Son œil unique fixe maintenant, attentif et scrutateur, le visage de Jésus qui continue : "Te souviens-tu, Jean, qu'un jour pour calmer tes doutes sur le pardon de Dieu, je t'ai dit : "Pour te faire comprendre la Miséricorde, je t'emploierai à des œuvres spéciales de miséricorde et, pour toi, j'aurai les paraboles de la miséricorde" ?" "Oui. Et ce fut vrai. Tu m'as persuadé et m'as accordé justement de faire des œuvres de miséricorde et je dirais les plus délicates comme les aumônes, et l'instruction d'un enfant, d'un philistin et d'une grecque. Cela m'a dit que Dieu avait assez connu mon vrai repentir, et l'avait vu réel, pour me confier des âmes innocentes ou des âmes à convertir afin que je les forme à Lui." Jésus embrasse Jean et l'attire contre son côté dans l'attitude qu'il a habituellement avec l'autre Jean et, pâlissant pour la douleur qu'il doit donner, il dit : "Maintenant aussi Dieu te confie une tâche délicate et sainte. Une tâche de prédilection. Toi seul, qui es généreux, qui es sans étroitesses ni préventions, qui es sage, qui surtout t'es offert à tous les renoncements et à toutes les pénitences pour expier ce reste de purgation, cette dette que tu avais encore envers Dieu, toi seul peux le faire. Tout autre s'y refuserait, et aurait raison, parce qu'il manquerait de ce qui est requis et nécessaire, Aucun de mes apôtres ne possède ce que tu as, pour aller préparer les voies du Seigneur... D'ailleurs, tu t'appelles Jean. Tu seras donc un précurseur de ma Doctrine... tu prépareras les voies à ton Maître... tu remplaceras même le Maître qui ne peut aller si loin... (Jean sursaute et cherche à se libérer du bras de Jésus pour le regarder en face, et il n'y réussit pas car l'étreinte de Jésus est douce mais autoritaire pendant que sa bouche donne le coup de 571> grâce...) ...Ne peut aller si loin... jusqu'en Syrie... à Antioche..." "Seigneur !" crie Jean en se libérant violemment de l'embrassement de Jésus. "Seigneur ! A Antioche ? Dis-moi que j'ai mal compris ! Dis-le-moi, par pitié !..." Il est debout... toute supplication dans son œil unique, dans son visage qui a pris la couleur de la cendre, dans ses lèvres qui tremblent, dans ses mains tremblantes tendues en avant, dans sa tête qui paraît s'incliner vers la terre comme s'il était accablé par la nouvelle. Mais Jésus ne peut dire : "Tu as mal compris." Il ouvre les bras, se levant à son tour pour accueillir sur son cœur le vieux pédagogue et il ouvre les bras pour confirmer : "A Antioche, oui. Dans la maison de Lazare, avec Sintica. Vous partirez demain ou après demain." La désolation de Jean est vraiment déchirante. Il se dégage à moitié de l'embrassement et, contre le visage de Jésus, avec son visage mouillé de larmes qui coulent sur ses joues amaigries, il crie : «Ah ! Tu ne me veux plus avec Toi ! En quoi t'ai-je déplu, mon Seigneur ?" et puis il se dégage et tombe sur la table, secoué par des sanglots déchirants, torturants, entrecoupés de quintes de toux, sourd à toutes les caresses de Jésus, et murmurant : "Tu me chasses, tu me chasses, je ne te verrai jamais plus..." Jésus souffre visiblement et il prie... Puis il sort doucement et il voit sur le pas de la porte de la cuisine Marie avec Margziam, qui est effrayé par ces pleurs... En plus, il y a Sintica, surprise elle aussi. "Mère, viens ici un moment." Marie vient tout de suite, très pâle. Ils entrent ensemble. Marie se penche sur l'homme qui pleure, comme si c'était un pauvre enfant, en disant : "Bon, bon, mon pauvre fils ! Pas ainsi ! Tu vas te faire du ma Jean lève son visage bouleversé et crie : "Il me renvoie !... Je vais mourir seul, au loin... Oh ! Il pouvait bien attendre quelques mois et me laisser mourir ici. Pourquoi cette punition ? En quoi ai-je péché ? T'ai-je causé des ennuis ? Pourquoi m'avoir donné cette paix pour ensuite... pour ensuite..." Il retombe sur la table, pleurant plus fort, haletant... Jésus pose sa main sur ses épaules maigres et qui tressautent en disant : "Et peux-tu croire que, si je l'avais pu, je ne t'aurais pas gardé ici ? Oh ! Jean ! Sur la route du Seigneur il y a de terribles nécessités ! Et le premier à en souffrir, c'est Moi. Moi, qui porte ma douleur et celle de tout le monde. Regarde-moi, Jean. Regarde si mon visage est celui de quelqu'un qui te hait, qui est las de toi... 572> Viens ici, dans mes bras, écoute comme mon cœur palpite de douleur, Écoute-moi, Jean, ne me comprends pas mal. C'est la dernière expiation que Dieu t'impose pour t'ouvrir les portes du Ciel. Écoute…" il le soulève et le tient dans ses bras. "Écoute... Maman, sors un moment... Maintenant que nous sommes seuls, écoute. Tu sais qui je suis. Crois-tu fermement que je suis le Rédempteur ?" "Et comment ne le croirais-je pas ? C'est pour cela que je voulais rester avec Toi, toujours, jusqu'à la mort..." "Jusqu'à la mort... Horrible sera ma mort !..." "La mienne, dis-je. La mienne !..." "La tienne sera tranquille, réconfortée par ma présence qui t'infusera la certitude de l'amour de Dieu, et par l'amour de Sintica, en plus que de la joie d'avoir préparé le triomphe de l'Évangile à Antioche.[2] Mais la mienne ! Tu me verrais réduit à un amas de chair couverte de plaies, couverte de crachats, outragée, abandonnée à une foule furieuse, suspendue pour mourir à une croix comme celle d'un malfaiteur... Est-ce que toi, tu pourrais supporter cela ?" Jean, qui à chaque détail de ce que Jésus sera dans la Passion, a gémi : "Non, non !" crie un "non" brutal et ajoute : "J'en reviendrais à haïr l'humanité... Mais moi, je serai mort, parce tu es jeune et..." "Et je ne verrai plus qu'une Encénie." Jean le fixe terrifié... "Je te l'ai dit en secret pour t'expliquer que l'une des raisons pour lesquelles je t'envoie au loin est celle-là. Tu ne seras pas seul à avoir ce sort. Tous ceux dont je ne veux pas qu'ils soient troublés d'une manière supérieure à leurs forces, je les éloignerais auparavant. Et cela te paraît-il un manque d'amour ?..." "Non, mon martyr Dieu... Mais moi, pourtant, je dois te quitter... et mourir au loin."
"Et comment si moi je suis si loin, si tu me dis que Toi si loin tu ne viens pas ? Tu le dis pour me renvoyer moins triste..." "Jeanne de Chouza, qui se mourait aux pieds du Liban, me vit, et j'étais bien loin et elle ne me connaissait pas encore, et de là je l'ai ramenée à la pauvre vie de la terre. Crois, qu'au jour de ma mort elle regrettera d'avoir vécu !... Mais pour toi, joie de mon cœur en cette seconde année du Maître, je ferai davantage. Je viendrai te porter dans la paix, en te donnant la mission de dire à ceux qui attendent: "L'heure du Seigneur est arrivée. Comme maintenant 573> arrive le printemps sur la terre, de même pour nous se lève le printemps du Paradis". Mais je ne viendrai pas seul alors... Je viendrai, tu me sentiras toujours... Moi, je le peux et je le ferai. Tu posséderas le Maître en toi, comme jamais tu ne m'as possédé. Car l'Amour peut se communiquer à celui qu'il aime et assez sensiblement pour toucher non seulement l'esprit, mais les sens eux-mêmes. Es-tu plus tranquille maintenant, Jean ?" "Oui, mon Seigneur. Mais quelle douleur !" "Tu ne te révoltes pas pourtant..." "Me révolter ? Jamais ! Je te perdrais tout à fait. Je dis "mon" Notre Père : Que soit faite ta volonté." "Je le savais que tu m'aurais compris..." Il le baise sur ses joues sur lesquelles coulent des larmes continuelles bien qu'apaisées. "Me laisses-tu saluer l'enfant ? ...Cela est une autre douleur... Je l'aimais bien..." les pleurs coulent plus fort... "Oui. Je l'appelle tout de suite... Et j'appelle aussi Sintica. Elle aussi souffrira... tu dois l'aider, toi, homme..." "Oui, Seigneur." Jésus sort pendant que Jean pleure et caresse les murs et les objets de la petite chambre hospitalière. Marie et Margziam entrent ensemble. "Oh ! Mère ! Tu as entendu ? Tu le savais ?" "Je le savais et je m'en affligeais... Mais moi aussi je me suis séparée de Jésus... Et je suis la Mère..." "C'est vrai !... Margziam, viens ici. Tu sais que je pars et que nous ne nous reverrons plus ?" Il veut être courageux, mais il prend l'enfant dans ses bras, s'assied sur le bord du lit, et il pleure, il pleure sur la tête brune de Margziam qui est bien prêt de l'imiter. Jésus entre avec Sintica qui demande : "Pourquoi, Jean, tant de larmes ?" "Il nous renvoie, tu ne le sais pas ? Tu ne le sais pas encore ? Il nous envoie à Antioche !"
"Vous n'aurez pas besoin de travailler pour vivre, car vous êtes dans la maison de Lazare. Mais je vous conseille de vous servir des méthodes d'enseignement pour approcher le peuple : Toi, comme maître, toi, femme, par tes travaux féminins. Cela servira à l'apostolat et à donner un but à vos journées." "Ce sera fait, Seigneur" répond avec fermeté Sintica. Jean est toujours avec l'enfant dans ses bras et il pleure doucement. Margziam le caresse... "Tu te souviendras de moi ?" "Toujours, Jean, et je prierai pour toi... Même... Attends un moment..." Il sort en courant. Sintica demande : "Comment irons-nous à Antioche ?" "Par la mer. Tu as peur ?" "Non, Seigneur. Tu nous envoies, du reste, et cela nous protégera." "Vous irez avec les deux Simon, mes frères, les fils de Zébédée, André et Mathieu. D'ici jusqu'à Ptolémaïs sur un char où on mettra les coffres et un métier que j'ai fait pour toi, Sintica, et quelques objets utiles pour Jean..." "Moi, je m'étais imaginé quelque chose en voyant les coffres et les vêtements, et j'ai préparé mon âme au détachement. C'était trop beau de vivre ici !..." un sanglot qu'elle retient, brise la voix de Sintica. Mais elle se reprend pour soutenir le courage de Jean. Elle demande d'une voix raffermie : "Quand partirons-nous ?" "Dès l'arrivée des apôtres, peut-être demain." "Alors, si tu permets, je vais ranger les vêtements dans les coffres. Donne-moi tes livres, Jean." Je crois que Sintica désire être seule pour pleurer. ..Jean répond : "Prends-les... Cependant, donne-moi ce rouleau avec son ruban bleu." Margziam rentre avec son vase de miel. "Tiens, Jean. Tu le mangeras à ma place..." "Mais non, mon enfant ! Pourquoi ?» "Parce que Jésus a dit qu'une cuillerée de miel sacrifiée peut donner paix et espoir à un affligé. Tu es affligé... Moi, je te donne 575> tout le miel, pour que tu sois tout consolé." "Mais c'est trop de sacrifice, mon enfant." "Oh, non ! Dans la prière de Jésus, on dit : "Ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du mal". Ce vase était une tentation pour moi... et, il pouvait être un mal, car il pouvait me faire rompre mon vœu. Ainsi, je ne le vois plus... et c'est plus facile... et je suis certain que Dieu t'aide par ce nouveau sacrifice. Mais ne pleure plus. Ni toi non plus, Sintica..." En effet la grecque pleure maintenant sans bruit, pendant qu'elle rassemble les livres de Jean. Et Margziam les caresse à tour de rôle, avec une grand envie de pleurer lui aussi. Mais Sintica sort, chargée de rouleaux, et Marie la suit avec le vase de miel. Jean reste avec Jésus qui est assis à côté de lui et avec l'enfant dans les bras. Il est calme, mais accablé. "Mets aussi ton dernier écrit dans le rouleau" conseille Jésus. "Je pense que tu veux le donner à Margziam..." "Oui... j'en ai une copie pour moi... Voici, garçon, ce sont les paroles du Maître. Celles qui ont été dites quand tu n'étais pas là et d'autres aussi... Je voulais continuer à les copier pour toi parce que tu as la vie devant toi... et qui sait combien tu évangéliseras... Mais je ne peux plus le faire... Maintenant c'est moi qui reste sans ses paroles..." Il recommence à pleurer fortement. Margziam est doux et viril dans sa nouvelle attitude. Il s'attache au cou de Jean et il dit : "Maintenant c'est moi qui les écrirai pour toi et je te les enverrai... N'est-ce pas Maître ? C'est possible, n'est- ce pas ?" "Certainement que c'est possible. Et ce sera une grande charité de le faire." "Je le ferai. Et quand je serai absent, je le ferai faire à Simon le Zélote. Il m'aime bien et t'aime bien, et il le fera pour être charitable envers nous. Ne pleure donc plus. Puis je viendrai te voir, moi... Tu n'iras certainement pas si loin..." "Oh ! combien ! A des centaines de milles... Et bientôt je mourrai." L'enfant est déçu et découragé. Mais il se ressaisit avec la belle sérénité de l'enfant auquel tout semble facile. "Comme tu y vas, toi, je pourrai y aller avec mon père. Et puis... nous nous écrirons. Quand on lit les pages sacrées, c'est comme si on était avec Dieu, n'est- ce pas ? Donc, quand on lit une lettre, c'est comme si on était avec celui qu'on aime et qui nous l'a écrite. Allons, viens à côté, avec moi..." "Oui, allons-y, Jean. Sous peu vont arriver mes frères avec le 576> Zélote. Je les ai fait appeler." "Ils le savent ?" "Pas encore. J'attends pour le dire que tous soient présents..." "C'est bien, Seigneur. Allons..." C'est un vieux bien courbé celui qui sort de la pièce de Joseph, un vieux qui semble saluer chaque plante, chaque aurore, et le bassin et la grotte, pendant qu'il se dirige vers l'atelier où Marie et Sintica rangent en silence les objets et les vêtements dans le fond des coffres. .. Et c'est ainsi, silencieux et éplorés, que les trouvent Simon, Jude et Jacques. Ils regardent... mais ne posent pas de questions et je n'arrive pas à comprendre s'ils se rendent compte de la vérité. Jésus dit : "J'avais, pour donner une indication aux lecteurs, indiqué le lieu de l'emprisonnement de Jean par les noms maintenant en usage. On en a fait objection. Voici que maintenant je précise : "Bithynie et Mysie" pour ceux qui veulent les noms anciens. Mais cet Evangile est pour les simples et les petits, pas pour les docteurs pour lesquels, en majorité, il est inacceptable et inutile. Les simples et les petits comprendront mieux "Anatolie" que "Bithynie ou Mysie". N'est-ce pas, petit Jean, qui pleures pour la douleur de Jean d'Endor ? Mais il y en a tant de Jean d'Endor dans le monde ! Ce sont les frères désolés pour lesquels je te faisais souffrir l'an passé. Maintenant repose-toi, petit Jean, qui ne seras jamais envoyé loin du Maître mais seras au contraire toujours plus près.
|
|