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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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dimanche 4 février 29 (1 Adar)
- Dialogue de Jésus avec Judas - Tu auras à redevenir le disciple d'autrefois 183 - Le péché n'accroît pas la sagesse 184 - Il n'y a pas en toi un vrai repentir 185 - Jésus sait tout à son sujet 186 - Les apôtres le pensent d'accord avec le Maître 187 - Le passage à Giscala est très remarqué 187
- Judas est harcelé par des rabbins 188 - Qui s'en prennent à Jésus 189 - Un début de lapidation 189 - Discours (Vous n'arrêterez pas le Messie)190 |
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183> Du pays de Meiéron, Jésus, avec ses
disciples, prend une route en direction nord-ouest, toujours montagneuse
parmi les bois et les pâturages, et il continue de monter. Ils ont peut-être
déjà vénéré des tombes car je les entends qui en parlent entre eux. En ce moment c'est
justement l'Iscariote qui est en avant avec Jésus. On comprend qu'à Meiéron ils ont reçu et donné des aumônes; et Judas en
rend compte en parlant des aumônes reçues et de celles qui ont été données. 184> Il termine en
disant : "Et maintenant, voici mon offrande. J'ai juré cette nuit
de te la donner pour les pauvres, par pénitence. Elle n'est pas importante,
mais je n'ai pas beaucoup d'argent. Cependant j'ai persuadé ma mère de m'en
envoyer souvent par l'intermédiaire de nombreux amis. Les autres fois que je
quittais la maison, c'était avec beaucoup d'argent. Mais cette fois je devais
aller à travers les montagnes, tout seul ou avec Thomas seulement, et je n'ai
pris que ce qu'il fallait pour la durée du voyage. J'ai trouvé que c'était
préférable. Seulement... je devrai quelquefois te demander la permission de
te quitter quelques heures pour aller chez mes amis. J'ai déjà tout
combiné... Maître, l'argent, est-ce que je le garde toujours moi ?
Est-ce que c'est encore moi ? As-tu encore confiance en moi ?" "Judas, tu dis
tout par toi-même. Et je ne sais pas pour quel motif tu le fais. Sache que
pour Moi rien n'est changé... car j'espère que de cette façon tu auras à te
changer et à redevenir le disciple d'autrefois et à devenir le juste pour la
conversion duquel je prie et je souffre." "Tu as raison,
Maître. Mais avec ton aide je le deviendrai certainement. Du reste... ce sont
des défauts de jeunesse. Des choses sans importance. Elles servent, au
contraire, à pouvoir comprendre ses semblables et à les guérir." "En vérité,
Judas, ta morale est bien étrange ! Et je devrais dire davantage. Jamais
on n'a vu un médecin qui se rende volontairement malade pour pouvoir dire
ensuite : "Maintenant je sais mieux soigner ceux qui ont cette
maladie". De sorte que Moi, je suis un incapable ?" "Qui le dit,
Maître ?" "Toi. Moi, je ne
commets pas de péchés, alors je ne sais donc pas guérir les pécheurs." "Tu es Toi. Mais
nous ne sommes pas Toi, et nous avons besoin de l'expérience pour savoir
faire..." "C'est ta
vieille idée, la même qu'il y a vingt lunes. À la différence qu'alors tu
jugeais que Moi je devais pécher pour être capable de racheter, En vérité je
m'étonne que tu n'aies pas essayé de corriger mon... défaut, selon ta façon
de juger, et de me doter de cette... capacité de comprendre les pécheurs. [1]" "Tu plaisantes,
Maître, et j'en éprouve du plaisir. Tu me faisais peine. Tu étais si triste.
Et que ce soit justement moi qui te fasse plaisanter, cela me donne un double
plaisir. Mais moi, je n'ai jamais pensé à m'ériger pour Toi en pédagogue. Et
du reste, tu le vois ! 185> J'ai corrigé ma manière
de penser si bien que je dis que c'est seulement pour nous que cette
expérience est nécessaire. Pour nous, pauvres hommes. Tu es le Fils de Dieu,
n'est-ce pas ? Tu as donc une sagesse qui n'a pas besoin d'expérience
pour être telle."
"Et... écoute,
Maître. Si quelqu'un voulait avoir de nouveau la conduite de l'ange, est-ce
que le repentir suffit ou bien le venin du péché persiste aussi après qu'il
se soit repenti et qu'il ait été pardonné ? ...Tu sais ? Quelqu'un
qui s'est adonné au vin, par exemple, même s'il jure de ne plus s'enivrer, et
le jure avec une volonté véritable de le faire, il se sent toujours porté
vers la boisson. Et il en souffre..."
Judas se tait un
moment... Puis, prenant la main de Jésus, il la baise en disant, courbé sur
la main : "Mais moi, hier soir, j'ai dépassé la mesure. Je t'ai
insulté, Maître... Je t'ai dit que je finirai par te haïr... Combien de
blasphèmes j'ai dits ! Peuvent-ils jamais m'être pardonnés ?" 186> "Mais je ne
t'inspire pas de dégoût ?" "Si... Mais
l'amour est plus grand que le dégoût. Judas, pauvre lépreux, le plus grand
lépreux d'Israël, viens demander la santé à Celui qui peut te la
donner..." "Donne-la-moi,
Maître."
Judas est ému,
réellement, sans feinte. Les lèvres tremblantes et la voix peu assurée à
cause de ce qui l'émeut, pâle, il demande : "Mais, sais-tu
réellement ce que j'ai fait ?" "Tout, Judas.
Veux-tu que je te le dise, ou préfères-tu que je t'épargne cette
humiliation ?" "Mais... je ne
puis croire, voilà..." "Revenons en
arrière alors, et disons à l'incrédule la vérité. Toi, ce matin, tu as menti
déjà plusieurs fois. Et sur l'argent et sur la façon dont tu as passé la
nuit. Toi, hier soir, tu as essayé d'étouffer par la luxure tout autre
sentiment, toute haine, tout remords. Toi..." "Assez !
Assez ! Par charité, ne continue pas! Ou je vais fuir de ta
présence." "Tu devrais, au
contraire, te serrer à mes genoux et me demander pardon." 187> "Oui, oui, pardon ! Pardon, mon Maître !
Pardon ! Aide-moi ! Aide. moi !
C'est plus fort que moi ! Tout est plus fort que moi." "Excepté l'amour
que tu devrais avoir pour Jésus... Mais viens ici pour vaincre la tentation
et pour que je t'en délivre." Et il le prend dans ses bras, en versant des
larmes silencieuses sur la tête brune de Judas. Les autres, en
arrière de quelques mètres, se sont prudemment arrêtés et ils
commentent : "Vous voyez ?! Peut-être Judas a réellement des
chagrins." "Et ce matin il
s'en est ouvert au Maître." "Quel sot !
Moi, je l'aurais fait tout de suite." "Ce sera des
choses pénibles"" "Oh ! Ce ne
sera sûrement pas pour la mauvaise conduite de sa mère ! C'est une
sainte femme, elle ! Quoi donc de pénible ?" "Peut-être ses
affaires qui vont mal..." "Mais non !
Il dépense et donne du sien avec générosité." "Bien ! Ce
sont ses affaires ! L'important c'est qu'il soit d'accord avec le
Maître, et il semble qu'il en soit ainsi. Ils parlent depuis longtemps et
paisiblement. Maintenant ils se sont embrassés... Très bien." "Oui, car c'est
un homme capable et qui a tant de connaissances. C'est une bonne chose qu'il
soit d'accord et bien disposé avec nous et spécialement avec le Maître." "Jésus, à
Hébron, a dit que les tombes des justes sont des endroits miraculeux, ou quelque
chose d'approchant... [2] Dans ces parages, il
y en a beaucoup. Peut-être celles de Meiéron ont
fait un miracle sur le trouble de Judas." "Oh ! alors
il va achever de se rendre saint maintenant à la tombe de Hillel. N'est-ce
pas là Giscala ?" "Si, Barthélemy." "Et pourtant,
l'an dernier, nous ne sommes pas passés par ici..." "Je crois
bien ! Nous venions de l'autre côté !" Jésus se retourne et
les appelle. Ils accourent joyeux. "Venez. La ville est proche. Nous
devons la traverser pour trouver la tombe de Hillel. Faisons-le en
groupe" dit Jésus sans autre explication, pendant que les onze lorgnent
avec curiosité Lui et Judas. Mais si ce dernier a l'air pacifié mais humble,
Jésus n'a pas un visage radieux. Il est solennel mais sérieux. Ils entrent dans Giscala qui est une belle et grande ville, et bien tenue,
Il y doit être un centre rabbinique florissant car je vois beaucoup de
docteurs rassemblés en groupes çà et là, avec des élèves à côté d'eux qui
écoutent les leçons. 188> Le passage des apôtres et surtout
du Maître est très remarqué, et un grand nombre de gens se mettent à la suite
de leur groupe. Quelques-uns ricanent, d'autres appellent Judas de Kériot, Mais lui est à côté du Maître et ne se retourne
même pas. Ils sortent de la ville et vont vers la maison près de laquelle se
trouve la tombe d'Hillel. "Quel
toupet !" "Il est
imprudent et impudent !" "Il nous
provoque !" "Profanateur !" "Dis-le-lui, Uziel." "Moi, je ne me
contamine pas. Dis-le-lui, toi, Saül [3], qui es seulement
élève." "Non. Disons-le
à Judas. Va l'appeler." Le jeune appelé Saül,
un maigrelet, pâle, tout en yeux et en bouche, va trouver Judas et lui dit:
"Viens. Les rabbis te demandent." "Je ne viens
pas. Je reste où je suis. Laissez-moi tranquille." Le jeune homme
revient et le rapporte à ses maîtres. Pendant ce temps
Jésus, entouré des siens, prie avec respect près du tombeau de pierre blanche
de Hillel. Les rabbis
s'approchent doucement, comme des serpents silencieux, et ils observent. Et
deux barbus, âgés, tirent le vêtement de Judas qui, en se mettant en prière,
ne s'est plus trouvé défendu par le groupe de ses compagnons. "Mais que
voulez-vous, en somme ?" demande-t-il doucement mais irrité.
"On ne peut même pas prier ?" "Un seul mot,
puis nous te laissons en paix." Simon le Zélote et le
Thaddée se retournent et font taire les murmures. Judas s'éloigne à deux ou
trois pas et demande : "Que voulez-vous ?" Je n'entends pas ce
que lui murmure à l'oreille le plus âgé. Mais je vois bien la réaction de
Judas qui s'écarte vivement en disant : "Non. Laissez-moi
tranquille, âmes empoisonnées. Je ne vous connais pas, je ne veux plus vous
connaître." Un éclat de rire
méprisant sort du petit groupe des rabbis et une menace :
"Attention à ce que tu fais, garçon imbécile !" "Attention à
vous ! Partez ! Allez aussi le dire aux autres. À tous les
autres. Avez-vous compris ? Adressez-vous à qui bon vous semble, pas à
moi, démons que vous êtes !" et il les laisse en plan. Il a parlé si fort
que les apôtres se sont retournés stupéfaits. Jésus, non. Même pas pour
l'éclat de rire méprisant et la promesse : 189> "Nous
nous reverrons, Judas de Simon ! Nous nous reverrons !" qui
résonne dans le silence qui les entoure. Judas retourne à sa place, bien plus
il prend la place d'André qui s'était mis près de Jésus, et comme pour en
être défendu et protégé, il prend dans ses mains un pan du manteau de Jésus. La colère se tourne
contre Jésus. Ils avancent, menaçants, et ils crient : "Que
fais-tu, ici, Toi, anathème d'Israël ? Hors d'ici ! Ne fais pas
frémir les ossements du Juste que tu n'es pas digne d'approcher. Nous le
dirons à Gamaliel et nous te ferons punir." Jésus se retourne et
il les regarde, l'un après l'autre. "Pourquoi nous
regardes-tu, ainsi, possédé ?" "Pour bien
connaître vos visages et vos cœurs. Car ce n'est pas seulement mon apôtre qui
vous reverra, mais Moi également, et je voudrai vous avoir bien connus pour
pouvoir tout de suite bien vous reconnaître." "Bien : tu
nous as vus ? Va-t-en. Gamaliel, s'il était ici, ne le permettrait pas. [4]" "L'an dernier je
suis venu ici, avec lui..." "Ce n'est pas
vrai, menteur !" "Demandez-le-lui
et, puisque c'est un homme honnête, il vous dira que oui. Moi, j'aime et je
vénère Hillel, et je respecte et honore Gamaliel. Ce sont deux hommes chez
lesquels se manifeste l'origine de l'homme à cause de leur justice et de leur
sagesse, qui rappelle que l'homme est fait à la ressemblance de Dieu." "En nous non,
hein ?" interrompent les énergumènes. "En vous elle
est offusquée par l'égoïsme et la haine." "Écoutez-le !
C'est dans la maison d'autrui qu'il parle ainsi et nous offense ! Hors
d'ici ! Hors d'ici, corrupteur des meilleurs d'Israël ! Ou nous
allons prendre des pierres. Ici, il n'y a pas Rome pour te protéger, Toi qui
es lié à l'ennemi païen..." "Pourquoi me
haïssez- vous ? Pourquoi me persécutez-vous ? Quel mal vous ai-je
fait ? Certains de vous ont eu de Moi des bienfaits; tous, mon respect.
Et alors, pourquoi êtes-vous cruels avec Moi ?" Jésus est humble,
doux, affligé et aimant. Il les supplie de l'aimer.
190> Alors Jésus ne prie plus. Il se redresse, imposant, les
regarde, les foudroie de ses regards. Mais une autre pierre fait saigner
Jacques d’Alphée à la tempe. Jésus doit paralyser tout autre acte par sa
puissance pour protéger ses apôtres qui, obéissants, reçoivent la grêle de
pierres sans réagir. Et quand les lâches
sont dominés par la volonté de Jésus - et il a une majesté terrible -
il leur dit d'une voix de tonnerre : "Je m'en vais. Mais sachez
que, pour ce que vous faites, Hillel vous aurait maudits. Je m'en vais.
Pourtant rappelez-vous que même la Mer Rouge n'a pas arrêté les israélites
sur le chemin que Dieu leur avait tracé. Tout s'aplanit et devint chemin pour
Dieu qui passait. Et cela en est de même pour Moi. Comme les égyptiens
et les philistins, les amorrhéens, les cananéens et
autres peuples n'arrêtèrent pas la marche triomphale d'Israël, ainsi vous,
pires qu'eux, vous n'arrêterez pas la marche et la mission de Moi :
Israël. Rappelez-vous ce qui fut chanté au puits de l'eau donnée par
Dieu : "Surgis, ô puits, puits creusé par les princes, préparé par
les chefs du peuple, au moyen de leurs bâtons, avec celui qui a donné la
Loi" [5]. C'est Moi qui suis
ce Puits ! Ce Puits c'est Moi qui le suis ! Creusé dans les Cieux
par toutes les prières, les actions justes des vrais princes et chefs du
Peuple saint que vous, vous n'êtes pas. Non. Non, vous vous ne l'êtes pas.
Jamais le Messie ne serait venu pour vous, parce que vous ne le méritez pas.
Parce que sa venue est votre ruine. Parce que le Très-Haut connaît toutes les
pensées des hommes et Il les connaît depuis toujours, avant qu'existât
Caïn de qui vous venez, et Abel auquel je ressemble, avant qu'existât Noé, ma
figure, Moïse qui le premier a employé mon symbole, avant qu'existât Balaam qui prophétisa l'Étoile, et Isaïe et tous les
prophètes. Et Dieu connaît les vôtres et Il en lit horreur. il en a toujours
eu horreur, comme Il s'est toujours réjoui pour les justes à cause desquels
il était juste de m'envoyer et qui vraiment, oh ! oui ! vraiment
m'ont aspiré des profondeurs des Cieux pour apporter l'Eau vive à la soif des
hommes. Je suis la Source de la Vie éternelle. Mais vous, vous ne voulez pas
boire. Et vous mourrez." |
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Et il passe lentement
au milieu des rabbins paralysés et de leurs élèves et il continue sa route,
lent, solennel, dans le silence stupéfait des hommes et des choses. |
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[1] Cf. La longue
instruction de Jésus à Judas lors de sa réception comme disciple en juin de la
première année (2.32) "Mais si tu n'as jamais péché, comment peux-tu juger
les pécheurs !"
[2] Les ossements des justes, même desséchés et dispersés
répandent un baume purifiant et des semences de vie éternelle. 2.41
[3] Actes 22,3 "Je suis Juif. Né à
Tarse en Cilicie, j’ai cependant été élevé ici dans cette ville, et c’est aux
pieds de Gamaliel que j’ai été formé à l’exacte observance de la Loi de nos
pères, et j’étais rempli du zèle de Dieu, comme vous l’êtes tous aujourd’hui.
[4] C’est le petit-fils de
Hillel
[5] Nombres
21,16-18 : L’étape suivante les conduisit au lieu dit Le Puits, où le
Seigneur donna cet ordre à Moïse: Rassemble le peuple pour que je puisse lui
donner de l’eau. C’est alors que les Israélites chantèrent le chant que voici:
Que l’eau jaillisse du puits, sous les acclamations! Les chefs l’ont creusé,
les nobles l’ont foré, avec leurs bâtons de commandement et leurs sceptres!