|
"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
||
|
mercredi 7 février 29 (4 Adar)
- Arrivée au Jourdain 205 - Entrée en matière du discours 206 - Discours (Ne pas haïr son ennemi) 206 - Le signe de Jonas, qu'est-ce ? 207 - Ce que les gens pensent de Jésus 208 - La confession de Pierre 209 - Pierre éclate en sanglots 210 - Ne dites à personne ce qu'est le Christ 210 |
Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 5 5.31. |
||
|
205> La plaine côtoie le Jourdain avant qu'il se jette dans le lac
de Méron. Une belle plaine sur laquelle de jour en jour croissent plus luxuriantes
les céréales et fleurissent les arbres à fruits. Les collines, au-delà
desquelles se trouve Cédès, sont maintenant derrière des pèlerins qui,
transis de froid, cheminent vivement aux premières lumières du jour, en
jetant un œil d'envie sur le soleil qui s'élève et en le cherchant dès que
ses rayons touchent les prés et caressent les frondaisons. Ils doivent avoir
dormi à la belle étoile, ou au mieux dans un pailler, car les vêtements sont
froissés et conservent des brins de paille et des feuilles sèches qu'ils
enlèvent à mesure qu'ils les découvrent à la lumière plus forte. Le fleuve s'annonce
par son bruissement, qui paraît puissant dans le silence matinal de la
campagne, et par une rangée serrée d'arbres aux feuilles nouvelles qui
tremblent à la brise légère du matin. Mais on ne le découvre pas encore,
enseveli comme il l'est dans la plaine plate. Quand ses eaux bleues, grossies
de nombreux petits torrents qui descendent des collines à l'ouest, se voient
scintillantes dans la verdure nouvelle des rives, on est presque sur le bord.
"Suivons-nous la
rive jusqu'au pont, ou bien passons-nous le fleuve ici ?"
demandent-ils à Jésus qui était seul, pensif, et qui s'est arrêté pour les
attendre. "Voyez s'il y a
une barque pour passer. Il vaut mieux aller par ici..." "Oui. Au pont
qui est justement sur la route pour Césarée Panéade, nous pourrions
rencontrer de nouveau quelqu'un envoyé sur nos traces" observe
Barthélemy renfrogné en regardant Judas. 206> "Non, ne me regarde pas de travers. Moi, je ne savais pas
que l'on devait venir ici, et je n'ai rien dit. Il était facile de deviner
que, de Séphet, Jésus serait allé aux tombes des rabbis et à Cédès. Mais je
n'aurais jamais pensé qu'il voudrait pousser jusqu'à la capitale de Philippe,
Eux l'ignorent donc, et nous ne les trouverons pas par ma faute, ni par leur
volonté. A moins d'avoir Belzébuth pour les conduire" dit calme et
humble l'Iscariote. "C'est bien,
parce qu'avec certaines gens... Il faut avoir l’œil et surveiller les
paroles, ne pas laisser de traces de nos projets, il faut faire attention à
tout. Autrement notre évangélisation se changera en une fuite
perpétuelle" réplique Barthélemy. Jean et André
reviennent. Ils disent : "Nous avons trouvé deux barques. On passe
pour une drachme par barque. Descendons sur le bord." Et dans les deux
petites barques ils passent, en deux fois, sur l'autre rive. La plaine plate
et fertile les accueille aussi en cet endroit. Une plaine fertile mais peu
peuplée. Seuls les paysans qui la cultivent y ont leur maison. "Hum !
Comment allons-nous faire pour le pain ! Moi, j'ai faim. Et ici... il
n'y a pas même les épis philistins... De l'herbe et des feuilles, des
feuilles et des fleurs. Je ne suis ni une brebis ni une abeille" murmure
Pierre à ses compagnons qui sourient de sa remarque. Jude Thaddée se
retourne - il était un peu en avant - et il dit : "Nous achèterons
du pain au premier village." "Pourvu qu'ils
ne nous fassent pas fuir" termine Jacques de Zébédée.
Les apôtres se
regardent l'un l'autre et chuchotent : "Mais que dit-il ? Le
pain nous a été donné par cette femme du sourd-muet et par l'hôte de Cédès.
Et il est encore ici. Le seul que nous avons. Et nous ne savons pas si nous
pourrons en trouver à prendre pour notre faim. Pourquoi donc dit-il que nous
achetons aux pharisiens et aux sadducéens du pain avec leur levain ?
Peut-être ne veut-il pas qu'on achète dans ces villages..." Jésus, qui était de
nouveau tout seul en avant, se retourne de nouveau. "Pourquoi avez-vous
peur de rester sans pain pour votre faim ? Même si tous ici étaient
sadducéens et pharisiens, vous ne resteriez pas sans pain à cause de mon
conseil. 207> Ce n'est pas du levain qui se trouve dans le pain que je
parle, par conséquent vous pourrez acheter où vous voudrez le pain pour vos
ventres. Et si personne ne voulait vous en vendre, vous ne resteriez pas non
plus sans pain. Ne vous souvenez-vous pas des cinq pains dont se rassasièrent
cinq mille personnes ? Ne vous rappelez-vous pas que vous avez ramassé
douze paniers pleins de restes ? Je pourrais faire pour vous, qui êtes
dix et qui avez un pain, ce que j'ai fait pour cinq mille avec cinq pains. Ne
comprenez-vous pas à quel levain je fais allusion ? A celui qui fermente
dans le cœur des pharisiens, des sadducéens et des docteurs, contre Moi.
C'est la haine et c'est l'hérésie. Or vous êtes en train d'aller vers la
haine comme s'il était entré en vous une partie du levain pharisaïque. On ne
doit pas haïr même celui qui est notre ennemi. N'ouvrez pas, même un
soupirail, à ce qui n'est pas Dieu. Derrière le premier élément en
entreraient d'autres contraires à Dieu. Parfois, pour vouloir combattre les
ennemis à armes égales, on finit par périr ou être vaincu. Et une fois
vaincus, vous pourriez à leur contact absorber leurs doctrines. Non. Ayez
charité et réserve. Vous n'avez pas encore en vous suffisamment pour pouvoir
les combattre, ces doctrines, sans en être infectés. Car certains éléments
qu'elles ont, vous les avez vous aussi. Et la rancœur à leur égard en est un.
Je vous dis encore qu'ils pourraient changer de méthode pour vous séduire et
vous enlever à Moi, en usant de mille gentillesses, en se montrant repentis,
désireux de faire la paix. Vous ne devez pas les fuir. Mais quand ils
chercheront à vous donner leurs doctrines, sachez ne pas les accueillir.
Voilà ce qu'est le levain dont je parle : l'animosité qui est contraire
à l'amour, et les fausses doctrines. Je vous le dis : soyez prudents." "Ce signe que
les pharisiens demandaient hier, c'était du "levain",
Maître ?" demande Thomas. "C'était du
levain et du poison." "Tu as bien fait
de ne pas le leur donner." "Mais je le leur
donnerai un jour." "Quand ?
Quand ?" demandent-ils, curieux. "Un jour..." "Et quel signe
est-ce ? Tu ne le dis pas même à nous, tes apôtres ? Pour qu'on
puisse le reconnaître tout de suite" demande Pierre désireux de savoir. "Vous, vous ne
devriez pas avoir besoin d'un signe." "Oh ! ce
n'est pas pour pouvoir croire en Toi ! Nous ne sommes pas des gens à
avoir de nombreuses pensées, nous. 208> Nous en avons une
seule : t'aimer" dit vivement Jacques de Zébédée.
"Certains disent
que tu es Jésus, c'est-à-dire le Christ, et ce sont les meilleurs. D'autres
t'appellent Prophète, d'autres seulement Rabbi, et d'autres, tu le sais, te
disent fou et possédé." "Quelques-uns
pourtant se servent pour Toi du nom que tu te donnes et ils
t'appellent : "Fils de l'homme" "Et certains
aussi disent que cela ne peut-être, parce que le Fils de l'homme c'est une
chose bien différente. Et cela n'est pas toujours négation car, au fond, ils
admettent que tu es plus que Fils de l'homme : tu es le Fils de Dieu.
D'autres, au contraire, disent que tu n'es même pas le Fils de l'homme, mais
un pauvre homme que Satan agite ou que bouleverse la folie. Tu vois que les
opinions sont nombreuses et toutes différentes" dit Barthélemy.
"C'est un homme
où sont toutes les vertus les plus belles de l'homme, un homme qui réunit en
lui-même toutes les qualités requises d'intelligence, de sagesse, de grâce,
dont nous pensons qu'elles étaient en Adam et certains, à ces qualités,
ajoutent celle de ne pas mourir. Tu sais que déjà circule le bruit que Jean
Baptiste n'est pas mort, mais seulement transporté ailleurs par les anges et
qu'Hérode, pour ne pas se dire vaincu de Dieu, et plus encore Hérodiade, ont
tué un serviteur et, après l'avoir décapité, ont présenté comme le cadavre du
Baptiste le corps mutilé du serviteur. Les gens racontent tant de
choses ! Ainsi plusieurs pensent que le Fils de l'homme est Jérémie ou
bien Elie, ou l'un des Prophètes et même le Baptiste en personne, en qui
étaient grâce et sagesse et qui se disait le Précurseur du Christ. Le
Christ : l'Oint de Dieu. Le Fils de l'homme : un grand homme né de
l'homme. Un grand nombre ne peut admettre, ou ne veut pas admettre, que Dieu
ait pu envoyer son Fils sur la terre. Tu l'as dit hier : "Ne
croiront que ceux qui sont convaincus de l'infinie bonté de Dieu".
Israël croit davantage dans la rigueur de Dieu que dans sa bonté..." dit
encore Barthélemy. "Oui. En effet
ils se sentent si indignes qu'ils jugent impossible que Dieu soit assez bon
pour envoyer son Verbe pour les sauver. Ce qui fait obstacle à leur croyance
c'est la dégradation de leurs âmes" confirme le Zélote, et il
ajoute : "Tu dis que tu es le Fils de Dieu et de l'homme. En effet,
en Toi, se trouve toute grâce et toute sagesse comme homme. 209> Et je crois
réellement que quelqu'un qui serait né d'Adam en état de grâce t'aurait
ressemblé pour la beauté, l'intelligence et toute autre qualité. Et en Toi
brille Dieu pour la puissance. Mais qui peut le croire de ceux qui se croient
dieux et qui mesurent Dieu sur eux-mêmes, dans leur orgueil démesuré ?
Eux, les cruels, les haineux, les rapaces, les impurs, ils ne peuvent
certainement pas penser que Dieu ait poussé sa douceur jusqu'à se donner
Lui-même pour les racheter, son amour pour les sauver, sa générosité pour se
livrer à l'homme, sa pureté pour se sacrifier parmi nous. Ils ne le peuvent
pas, eux qui sont si impitoyables et pointilleux pour rechercher et punir les
fautes." "Et vous, qui
dites-vous que je suis ? Dites-le vraiment d'après votre jugement, sans
tenir compte de mes paroles et de celles d'autrui. Si vous étiez obligés de
me juger, qui diriez-vous que je suis ?"
"Tu es
bienheureux, ô Simon, fils de Jonas ! Car ce n'est pas la chair ni le
sang qui te l'ont révélé, mais mon Père qui est dans les Cieux. Dès le
premier jour que tu es venu vers Moi, tu t'es posé cette question, et parce
que tu étais simple et honnête, tu as su comprendre et accepter la réponse
qui te venait du Ciel. Tu n'avais pas vu les manifestations surnaturelles
comme ton frère et Jean et Jacques. Tu ne connaissais pas ma sainteté de
fils, d'ouvrier, de citoyen comme Jude et Jacques, mes frères. Tu n'as pas
profité d'un miracle et tu ne m'as pas vu en accomplir, et je ne t'ai pas
donné de signe de ma puissance comme je l'ai fait et comme l'ont vu Philippe,
Nathanaël, Simon le Cananéen, Thomas, Judas. Tu n'as pas été subjugué par ma
volonté comme Mathieu le publicain. Et pourtant tu t'es écrié : "Il
est le Christ !" Dès la première heure que tu m'as vu, tu as cru et
jamais ta foi n'a été ébranlée. Quand il lève son
visage, timide, confus, il ne sait faire qu'un geste pour dire tout, pour
promettre tout, pour se donner tout entier à son nouveau
ministère : celui de jeter ses bras courts et musclés au cou de Jésus et
de l'obliger à se pencher pour l'embrasser, en mêlant ses cheveux et sa barbe
un peu hérissés et grison- nants, aux cheveux et à la barbe soyeux et dorés
de Jésus, le regardant ensuite d'un regard adorant, affectueux, suppliant de
ses yeux un peu bovins, luisants et rougis par les larmes qu'il a versées, en
tenant dans ses mains calleuses, larges; épaisses, le visage ascétique du
Maître penché sur le sien, comme si c'était un vase d'où coulait une liqueur
vivifiante... et il boit, boit, boit douceur et grâce, sécurité et force, de
ce visage, de ces yeux, de ce sourire... |
|||
|
Ils se séparent
enfin, reprenant leur route vers Césarée de Philippe et Jésus dit à
tous : "Pierre a dit la vérité. Beaucoup en ont l'intuition, vous
vous la connaissez. Mais vous, pour l'instant, ne dites à personne ce qu'est
le Christ, dans la vérité complète qui vous est connue. Laissez Dieu parler
dans les cœurs comme il parle dans le vôtre. En vérité je vous dis que ceux
qui, à mes affirmations et aux vôtres apportent la foi parfaite et le parfait
amour, arrivent à savoir le vrai sens des mots : "Jésus, le Christ,
le Verbe, le Fils de l'homme et de Dieu" |
|||