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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta © Centro Editoriale Valtortiano |
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mardi
3 avril 29 vers Jéricho
- Une grande foule attend Jésus 510 - Jésus arrive et guérit des malades 511 - Discours (Comment se sauver ? 513 - L'intendant avisé : Le salut des riches) 514 - L'essénien et le libre arbitre 517 - Et la résurrection de la chair 518 - Discours (Appel à la conversion) 519 - Les pharisiens se scandalisent 519 - Discours (Contre les pharisiens hypocrites) 519 - Conversion de l'essénien désormais nommé Élie 521 |
5.71. |
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510> Une grande foule attend le Maître, disséminée tout en bas des pentes d'une montagne presque isolée. Elle émerge d'un entrecroisement de vallées qui l'entourent et desquelles ses pentes surgissent, ou plutôt bondissent escarpées, presque à pic, en certains endroits vraiment à pic. Pour arriver au sommet, un sentier taillé dans la roche calcaire qui en certains points érafle les pentes de la montagne en faisant des lacets et se trouve parfois pris entre la paroi abrupte de la montagne et un précipice. Ce sentier raboteux, d'une couleur jaunâtre qui tend presque au rouge, semble un ruban jeté dans la verdure poussiéreuse de buissons bas et épineux. Je dirais que les feuilles sont elles-mêmes des piquants qui couvrent les pentes arides et pierreuses, fleurissant ça et là en une fleur vivace de couleur rouge violet semblable à un panache ou à un flocon de soie arraché aux vêtements de quelques malheureux 511> passés par cette ronceraie. Ce revêtement tourmenté fait de pointes épineuses, d'un vert glauque, triste comme s'il était couvert d'une cendre impalpable, se répand par bandes même au pied de la montagne et sur le plateau entre ce mont et d'autres monts, tant au nord-ouest qu'au sud-est, alternant avec les premiers emplacements où il y a de l'herbe véritable et de véritables arbustes qui ne soient pas torture et inutilité. Les gens sont campés là, attendant patiemment la venue du Seigneur. Ce doit être le jour d'après le discours aux apôtres car la matinée est fraîche et la rosée n'est pas encore évaporée sur toutes les tiges. Il en est ainsi surtout dans l'ombre où elle embellit les épines et les feuilles et change en flocons diamantés les fleurs bizarres des arbustes épineux. C'est certainement l'heure de beauté pour la triste montagne. En effet aux autres heures, sous le soleil impitoyable ou dans les nuits de lune, elle doit avoir l'aspect horrible d'un lieu d'expiation infernale. A l'est on aperçoit une riche et grande ville dans la plaine très fertile. On ne voit pas autre chose de cette côte encore basse où sont les pèlerins, mais au sommet l’œil doit jouir d'une vue incomparable sur les régions voisines. Je crois qu'à cause de l'altitude de la montagne, elle doit s'étendre sur la Mer Morte et les régions à l'est de celle-ci, comme aussi jusqu'aux chaînes de la Samarie et à celles qui cachent Jérusalem, mais je ne suis pas allée au sommet, aussi... Les apôtres circulent dans la foule, essayant de la tenir tranquille et en ordre, de placer les malades aux meilleurs endroits. Ils sont aidés par des disciples, peut-être ceux qui travaillent dans la région et qui avaient conduit près des confins de la Judée les pèlerins désireux d'entendre le Maître. Jésus apparaît tout à coup dans son habit de lin blanc, enveloppé de son manteau rouge pour concilier la chaleur des heures ensoleillées avec la fraîcheur des nuits qui ne sont pas encore des nuits d'été. Il regarde, sans être vu, les gens qui l'attendent et il sourit. Il semble arriver par derrière le mont de faible altitude qui est à l'ouest et il descend rapidement par le sentier difficile. C'est un enfant qui l'aperçoit le premier. Peut-être a-t-il suivi un vol d'oiseaux dans les buissons et qui se sont envolés effrayés par une pierre qui a roulé d'en haut, ou peut-être Jésus a-t-il attiré son regard. Le voyant, il crie, en sautant sur ses pieds : « Le Seigneur ! » Tous les gens se retournent et voient Jésus qui est maintenant à peu de distance, deux cent mètres au maximum. Ils s'apprêtent à courir vers Lui, mais il fait un geste et de sa voix qui arrive nettement, 512> peut-être renforcée par l'écho de la montagne, il dit : « Restez où vous êtes. » Et toujours souriant, il descend vers ceux qui l'attendent, en s'arrêtant au point le plus élevé du plateau. De là, il salue : « La paix à tous » et avec un sourire particulier il répète le salut aux apôtres et aux disciples qui se serrent autour de Lui.
Jésus baisse ses yeux radieux, incline son visage bienheureux, cache son prodigieux sourire en se penchant sur les malades qu'il caresse et guérit et qui regardent étonnés ce visage de soleil et d'amour penché sur leur misère pour leur donner de la joie. Mais ensuite il doit enfin le relever et il doit montrer aux foules ce qu'est le visage du Pacifique, du Saint, de Dieu fait Chair, encore tout enveloppé par la clarté laissée par l'extase. Il répète : « La paix à vous. » Même sa voix est plus musicale que d'ordinaire, elle fait entendre des notes douées et triomphales... Puissante, elle se répand sur les auditeurs muets, recherche les cœurs, les caresse, les émeut, les convie à l'amour. A part ce groupe de pharisiens, secs et revêches, épineux et renfrognés plus que la montagne elle-même, debout dans un coin comme des statues de l'incompréhension et de la haine, à part 513> l'autre groupe, habillé de blanc, qui se tient à part et écoute du haut d'un talus, et que j'entends indiquer comme "esséniens" par Barthélemy et l'Iscariote - et Pierre murmure : « Et ainsi cela fait un poulailler d'éperviers en plus ! » - tout le monde est fortement ému. « Oh! laisse-les faire. Le Verbe est pour tous ! » dit Jésus en souriant à son Pierre, en faisant allusion aux esséniens. Puis il commence à parler.
Comment l'homme use-t-il de la liberté que Dieu lui a donnée ? Comme pourrait en user un enfant pour la plus grande partie de l'humanité, ou comme un sot, ou comme un criminel pour le reste de l'humanité. Mais ensuite vient la mort et l'homme est soumis au Juge qui lui demandera sévèrement : "Comment as-tu usé et abusé de ce que Je t'avais donné ?". Terrible question ! Comment alors paraîtront moins que des fétus de paille les biens de la Terre pour lesquels si souvent l'homme se rend pécheur ! Pauvre d'une indigence éternelle, dépouillé d'un vêtement que rien ne peut remplacer, il restera humilié et tremblant devant la Majesté du Seigneur, et il ne trouvera pas de mot pour se justifier. Sur la Terre, en effet, il est facile de se justifier en trompant les pauvres hommes mais, au Ciel, il est impossible de tromper Dieu. Jamais. Et Dieu ne s'abaisse pas à des compromis. Jamais. Comment alors se sauver ? Comment faire servir au salut tout, même ce qui est venu de la Corruption qui a enseigné les métaux précieux et les gemmes comme instruments de la richesse, qui a allumé les désirs de puissance et les appétits charnels ? Est-ce que l'homme ne pourra pas lui qui, si pauvre qu'il soit peut toujours pécher en désirant immodérément l'or, les honneurs et les femmes — et alors il devient voleur pour avoir ce que le riche possédait — l'homme riche ou pauvre ne pourra-t-il jamais se sauver ? Si, il le peut. Et comment ? En faisant servir les richesses au Bien, en faisant servir la misère au Bien. Le pauvre qui n'envie pas, qui ne fait pas d'imprécations, qui ne porte pas atteinte à ce qui appartient à autrui, mais se contente de ce qu'il a, fait servir son humble état à l'obtention de sa sainteté future et, en vérité, la majorité des pauvres 514> sait agir ainsi. Moins savent le faire les riches, pour lesquels la richesse est un piège continuel de Satan, de la triple concupiscence.
Il y avait donc un riche qui avait un intendant. Certains qui étaient ses ennemis parce qu'ils enviaient sa bonne situation, ou bien très amis du riche et par conséquent soucieux de son bien-être, accusèrent l'intendant devant son maître. "Il dissipe tes biens, ou bien il se les approprie, ou bien il néglige de les faire fructifier. Fais attention ! Défends-toi !" Le riche, après avoir entendu ces accusations répétées, commanda à l'intendant de comparaître devant lui. Et il lui dit : "On m'a dit de toi telle et telle chose. Pourquoi donc as-tu agi de cette façon ? Rends-moi compte de ta gestion, car je ne te permets plus de t'en occuper. Je ne puis me fier à toi et je ne puis donner un exemple d'injustice et de laisser faire qui encouragerait les autres serviteurs à agir comme tu as agi. Va et reviens demain avec toutes les écritures, pour que je les examine afin de me rendre compte de l'état de mes biens avant de les confier à un nouvel intendant". Et il renvoya l'intendant qui s'en alla préoccupé se disant en lui-même : "Et maintenant ? Comment vais-je faire maintenant que le maître m'enlève l'intendance ? Je n'ai pas d'économies parce que, persuadé comme je l'étais de l'échapper belle, je dépensais tout ce que je prenais. M'embaucher comme paysan sous un maître, cela ne me va pas car je ne suis plus habitué au travail et alourdi par la bonne chère. Demander l'aumône, cela me va encore moins. C'est trop humiliant ! Que faire ?" En réfléchissant longuement, il trouva un moyen de sortir de sa pénible situation. Il dit ! "J'ai trouvé ! De la même façon que je me suis assuré jusqu'à présent une existence confortable, désormais je vais m'assurer des amis qui me reçoivent par reconnaissance lorsque je n'aurai plus l'intendance. Celui qui rend service a toujours des amis. Allons donc rendre service pour que l'on me rende service, et allons-y de suite avant que la nouvelle se répande et qu'il soit trop tard". Il alla chez plusieurs débiteurs de son maître, et il dit au premier : "Combien dois-tu à mon maître pour la somme qu'il t'a prêtée au printemps il y a trois ans ?" 515> Et l'autre répondit : "Cent barils d'huile pour la somme et les intérêts". "Oh ! mon pauvre ! Toi, avec tant d'enfants, toi, avec des enfants malades, devoir tant donner ?! Mais ne t'a-t-il pas donné pour une valeur de trente barils ?" "Si. Mais j'étais dans un besoin pressant, et lui me dit: 'Je te le donne, mais à condition que tu me donnes ce que la somme te rapportera en trois ans'. Elle m'a rapporté une valeur de cent barils, et je dois les donner". "Mais c'est un usurier ! Non. Non. Lui est riche et tu as à peine de quoi manger. Lui a peu de famille, et toi une famille si nombreuse. Écris que cela t'a rapporté cinquante barils et n'y pense plus. Je jurerai que c'est vrai, et tu en profiteras". "Mais tu ne me trahiras pas ? S'il vient à savoir ?" "Penses-tu ? Je suis l'intendant et ce que je jure est sacré. Fais comme je te dis, et sois heureux". L'homme écrivit, signa et il dit : "Sois béni ! Mon ami et mon sauveur ! Comment t'en récompenser ?" "Mais en aucune façon ! Mais si à cause de toi je devais souffrir et être chassé tu m'accueillerais par reconnaissance". "Mais bien sûr ! Bien sûr ! Tu peux y compter". L'intendant alla trouver un autre débiteur auquel il tint à peu près le même discours. Celui-ci devait rendre cent boisseaux de grain car pendant trois années la sécheresse avait détruit ses récoltes et il avait dû emprunter au riche pour nourrir sa famille. "Mais tu n'y penses pas : doubler ce qu'il t'a donné ! Refuser le blé ! Exiger le double de quelqu'un qui a faim et a des enfants, alors que les vers attaquent ses réserves trop abondantes ! Ecris quatre-vingts". "Mais s'il se souvient qu'il m'en a donné vingt et puis vingt et puis dix ?" "Mais que veux-tu qu'il se rappelle ? C'est moi qui te les ai donnés, et moi je ne veux pas m'en souvenir. Fais, fais ainsi et tire-toi d'affaire. Il faut de la justice entre pauvres et riches ! Pour moi, si j'étais le patron, je n'en réclamerais que cinquante, et peut-être même, je t'en ferais cadeau". "Tu es bon. Si tout le monde était comme toi! Souviens-toi que ma maison est pour toi une maison amie". L'intendant alla chez les autres avec la même méthode, se déclarant prêt à souffrir pour remettre les choses en place avec justice. Et promesses d'aides et de bénédictions plurent sur lui. Rassuré 516> pour l'avenir, il s'en alla tranquillement trouver le maître qui, de son côté, avait filé l'intendant et découvert son jeu. Il le loua pourtant en disant : "Ta manière d'agir n'est pas bonne et je ne l'approuve pas. Mais je loue ton adresse. En vérité, en vérité, les enfants du siècle sont plus avisés que ceux de la Lumière". Et
ce que disait le riche, Moi aussi, je vous le dis : Comment
pouvez-vous exiger que Dieu vous donne ses biens paradisiaques, s'il voit
que vous ne savez pas faire bon usage même des biens terrestres ? Ne dites pas : "Là-haut nous serons fidèles et justes car là-haut nous aurons tout sans crainte d'aucune sorte". Non. Qui est infidèle dans les petites choses serait infidèle même s'il possédait le Tout et qui est injuste dans les petites choses est injuste dans les grandes. Dieu ne confie pas les vraies richesses à celui qui dans l'épreuve terrestre montre qu'il ne sait pas user des richesses terrestres. Comment Dieu pourrait-Il vous confier un jour au Ciel la mission de soutenir vos frères sur la Terre quand vous avez montré que vous ne savez que soutirer et frauder ou conserver avidement ? Il vous refusera donc votre trésor, celui qu'il vous avait réservé, pour le donner à ceux qui ont su être avisés sur la Terre, en faisant servir à des oeuvres justes et saines ce qui est injuste et malsain.
« Non, homme. Il n'en est pas ainsi, détrompe-toi. En pensant ainsi, tu fais une grave injure au Seigneur. » « Pourquoi ? Montre-le-moi et je me raviserai. » « Parce que toi, en disant cela, tu admets mentalement que Dieu est injuste envers ses créatures. Il les a créées de la même façon et avec un même amour. Lui est Père. Parfait en sa paternité comme en toute autre chose. Comment alors peut-Il faire des différences, et quand un homme est conçu le maudire alors qu'il n'est qu'un innocent embryon ? Dès ce moment où il est incapable de pécher? » « Pour avoir une revanche de l'offense qu'il a reçue de l'homme. » « Non. Dieu ne se revanche pas ainsi ! Il ne se contenterait pas d'un misérable sacrifice tel que celui-là, d'un sacrifice injuste, imposé. L'offense faite à Dieu ne peut être enlevée que par Dieu fait Homme. C'est Lui qui expiera, non pas tel ou tel homme. Oh ! s'il avait été possible que je n'eusse à enlever que la faute d'origine ! Si la Terre n'avait pas eu de Caïn, pas de Lamech, pas de sodomite corrompu, pas d'homicide, de voleur, de fornicateur, d'adultère, de blasphémateur, pas d'enfants sans amour pour leurs parents, pas de parjures, et cætera ! Mais de chacun de ces péchés ce n'est pas Dieu qui en est l'auteur, mais l'homme qui en est coupable. Dieu a laissé à ses fils la liberté de choisir le Bien ou le Mal. » « Il n'a pas bien agi » crie un scribe. « Il nous a tentés au-delà de nos forces. Nous sachant faibles, ignorants, empoisonnés, Il nous a exposé à la tentation. C'est de l'imprudence ou de la méchanceté. Toi, qui es juste, tu dois convenir que je dis une vérité. » « Tu dis un mensonge pour me tenter. Dieu avait donné à Adam et 518> à Ève tous les conseils, et à quoi ont-ils servi ? » « Il a mal agi alors aussi. Il ne devait pas mettre l'arbre, la tentation, dans le Jardin. » « Et alors où serait le mérite de l'homme ? » «Il s'en passait. Il vivait sans mérite personnel et par le seul mérite de Dieu. » « Eux veulent te tenter, Maître. Laisse ces serpents, et écoute-nous, nous qui vivons dans la continence et la méditation » crie de nouveau l'essénien. « Oui, vous y vivez, mais mal. Pourquoi ne pas y vivre saintement ? » L'essénien ne répond pas à cette question, mais il demande : « De même que tu m'as donné une raison valable sur le libre arbitre, et moi je la méditerai sans préventions, en espérant pouvoir l'accepter, dis-moi maintenant. Crois-tu réellement à une résurrection de la chair et à une vie des esprits qu'elle viendra compléter ? » « Et tu veux que Dieu mette fin ainsi à la vie de l'homme ? » « Mais l'âme... puisque la récompense la rendra bienheureuse, à quoi sert de faire ressusciter la matière ? Cela augmentera-t-il la joie des saints ? » « Rien n'augmentera la joie qu'un saint aura quand il possédera Dieu. Ou plutôt une seule chose l'augmentera le Dernier Jour : celle de savoir que le péché n'existe plus. Mais ne te paraît-il pas juste que, comme en ce jour chair et âme ont été unies dans la lutte pour posséder le Ciel, qu'au Jour de l'éternité chair et âme soient unies pour jouir de la récompense ? N'en es-tu pas persuadé ? Et alors pourquoi vis-tu dans la continence et la méditation ? » « Pour... pour être davantage homme, seigneur au-dessus des autres animaux qui obéissent irrésistiblement à leurs désirs, et pour être supérieur à la plus grande partie des hommes qui sont barbouillés d'animalité, même s'ils étalent des phylactères et des franges, et des houppettes et de larges vêtements et s'ils se disent des "séparés". »[2] Anathème ! Les pharisiens ont reçu de plein fouet la flèche qui provoque dans la foule des murmures admiratifs. Ils se contorsionnent et crient comme des possédés. « Il nous insulte, Maître ! Tu connais notre sainteté. Défends-nous » crient-ils en gesticulant. Jésus
répond : « Lui aussi connaît votre hypocrisie. Les vêtements
n'ont rien à voir avec la sainteté. Méritez d'être loués et je
pourrai parler. « C'est trop tard ! Je suis vieux ! J'ai peut-être gâché ma vie en restant dans une secte erronée... C'est fini !... »
Un homme crie du milieu de la foule : « Moi, je suis riche et pécheur. Que dois-je faire pour venir ? » « Renonce à tout pour l'amour de Dieu et de ton âme. » Les pharisiens murmurent contre Jésus et le méprisent comme "marchand d'illusions et d'hérésies", comme "pécheur qui feint d'être saint", et ils Lui font remarquer que les hérétiques sont toujours des hérétiques, et que tels sont les esséniens. Ils disent que les conversions subites ne sont qu'exaltation temporaire et que l'impur sera toujours tel; le voleur, voleur; l'homicide, homicide; et ils terminent en disant qu'eux seuls, qui vivent dans une sainteté parfaite, ont droit au Ciel et à la prédication. « C'était un jour heureux. Une semence de sainteté tombait dans les cœurs. Mon amour, nourri par le baiser de Dieu, donnait la vie aux semences. Le Fils de l'homme était heureux de sanctifier... Vous m'avez empoisonné la journée. Mais n'importe. Moi je vous dis - et si je ne suis pas doux, la faute en sera à vous - je vous dis que vous êtes de ceux qui se donnent comme justes, ou essaient de le faire en présence des hommes, mais vous n'êtes pas justes. Dieu 520> connaît vos cœurs. Ce qui est grand aux yeux des hommes est abominable devant l'immensité et la perfection de Dieu. Vous citez l'ancienne Loi. Pourquoi alors ne la vivez-vous pas ? Vous modifiez à votre avantage la Loi, en l'alourdissant de poids qui vous rapportent du profit. Pourquoi alors ne me permettez-vous pas de la modifier au profit de ces petits, en en supprimant toutes les houppettes et les lourdes complications inutiles, ces préceptes que vous avez faits et qui sont tels et si nombreux que l'essentiel de la Loi disparaît sous eux et meurt étouffé ? J'ai pitié de ces foules, de ces âmes qui cherchent un soulagement dans la Religion et y trouvent un nœud coulant, qui cherchent l'amour et trouvent la terreur... Non. Venez, ô petits d'Israël. La Loi est amour ! Dieu est amour ! C'est ainsi que je parle à ceux que vous avez effrayés. La Loi sévère et les prophètes menaçants qui m'ont prédit, mais n'ont pas réussi à écarter le péché malgré les cris de leurs prophéties angoissantes, s'arrêtent à Jean. Après Jean vient le Royaume de Dieu, le Royaume de l'amour. Et Moi, je dis aux humbles : "Entrez-y, il est pour vous". Et que tous ceux qui sont de bonne volonté s'efforcent d'y entrer. Mais pour ceux qui ne veulent pas courber la tête, se frapper la poitrine, dire : "J'ai péché", il n'y aura pas de Royaume. Il est dit : "Circoncisez votre cœur, et ne raidissez plus votre nuque"[3]. Cette terre vit le prodige d'Élisée qui adoucit les eaux amères en y jetant du sel.[4] Et Moi est-ce que je ne jette pas le sel de la Sagesse dans vos cœurs ? Et alors pourquoi êtes-vous inférieurs aux eaux et ne changez-vous pas votre esprit ? Imprégnez vos formules de mon sel et elles auront une nouvelle saveur parce qu'elles rendront à la Loi sa force primitive. En vous, pour commencer, qui en avez le plus besoin. Vous dites que je change la Loi ? Non. Ne mentez pas. Je rends à la Loi sa forme primitive que vous avez déformée. Car c'est une Loi qui durera autant que la Terre, et le ciel et la terre disparaîtront avant que disparaissent un seul de ses éléments ou de ses conseils. Et si vous la changez, parce que cela vous plaît, et si vous ergotez pour chercher des échappatoires à vos fautes, sachez que cela ne sert à rien. Cela ne sert pas, ô Samuel ! Cela ne sert pas, ô Isaïe ! Il est toujours dit : "Ne commets pas l'adultère"[5], et Moi je complète : "Celui qui renvoie une épouse pour en prendre une autre est adultère, et celui qui épouse une femme répudiée par son mari est adultère, car ce que Dieu a uni la mort seule peut le séparer". Mais les paroles dures sont pour les pécheurs impénitents. Ceux 521> qui ont péché mais s'affligent et se désolent de l'avoir fait, qu'ils sachent, qu'ils croient que Dieu est Bonté, et qu'ils viennent à Celui qui absout, pardonne et amène à la Vie. Allez avec cette certitude. Répandez-la dans les cœurs. Prêchez la miséricorde qui vous donne la paix, en vous bénissant au nom du Seigneur. » Les gens s'éloignent lentement soit à cause de l'étroitesse du sentier, soit à cause de l'attirance de Jésus. Mais ils s'en vont... Il reste les apôtres avec Jésus, et tout en parlant, ils se mettent en route. Ils cherchent de l'ombre en cheminant près d'un petit bosquet de tamaris ébouriffés. Mais dedans il y a un essénien. C'est celui qui a parlé avec Jésus. Il est en train de quitter ses vêtements blancs. Pierre, qui est en avant, reste stupéfait en voyant que l'homme ne garde que ses culottes courtes. Il revient en arrière en courant et il dit : « Maître ! Un fou ! Celui qui parlait avec Toi, l'essénien. Il s'est mis nu, il pleure et soupire. Nous ne pouvons aller là. » Mais l'homme maigre, barbu, qui n'a gardé que ses culottes courtes et ses sandales, sort déjà du bosquet et vient vers Jésus en pleurant et en se frappant la poitrine. Il se prosterne : « Moi, je suis miraculé du cœur. Tu m'as guéri l'esprit. J'obéis à ta parole. Je me revêts de lumière en quittant toute autre pensée qui me revêtait d'erreur. Je me sépare pour méditer le Dieu vrai, pour obtenir vie et résurrection. Cela suffit-il ? Donne-moi un nouveau nom et indique-moi un endroit où je vivrai de Toi et de tes paroles. » « Il est fou ! Nous ne saurions y vivre, nous qui en entendons tant ! Et lui... pour un seul discours... » disent entre eux les apôtres. Mais l'homme qui les entend, dit : « Et vous voulez mettre des bornes à Dieu ? Lui m'a brisé le cœur pour me donner un esprit libre. Seigneur !... » et il supplie en tendant les bras vers Jésus. « Oui. Appelle-toi Elie et sois feu. Cette montagne est remplie de cavernes. Vas-y et quand tu sentiras la terre secouée par un terrible tremblement, sors et cherche les serviteurs du Seigneur pour t'unir à eux. Tu seras revenu à la vie pour être serviteur toi aussi. Va. » L'homme Lui baise les pieds, se lève et s'en va. « Mais il s'en va nu ? » demandent-ils stupéfaits. « Donnez-lui un manteau, un couteau, une mèche, un briquet et un pain. Il cheminera aujourd'hui et demain et puis, où nous avons séjourné, il se retirera pour prier, et Dieu pourvoira aux besoins de son fils. » 522> André et Jean partent en courant et le rejoignent au moment où il va disparaître à un détour. Ils reviennent en disant : « Il les a pris. Nous lui avons indiqué aussi l'endroit où nous étions. Quelle proie imprévue, Seigneur ! » « Même sur les roches, Dieu fait fleurir des fleurs. Même dans les déserts des cœurs, II fait lever pour mon réconfort des esprits de bonne volonté. Maintenant allons vers Jéricho. Nous nous arrêterons dans quelque maison de campagne. » |
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[2] Pharisiens veut dire "séparés" en araméen. |