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"L'Évangile tel
qu'il m'a été révélé" |
aucun accent |
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vendredi 4 mai 29 (2 siwan)
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Les dernières gerbes sont déchargées 128 -
La foule des pauvres se réjouit 129 -
Joseph distribue généreusement 129 -
Le nombre, c'est le nombre. La foi, c'est la foi 130 -
Le vieil Abraham constate le miracle avec Joseph 131 -
L'hospitalité selon les goûts de Jésus 131 - Discours (La
puissance de la foi) 133 -
Une vingtaine de guérisons simultanées 134 |
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128> Là aussi on est en pleine
moisson. Il vaudrait mieux dire : on était... maintenant les faux ne servent
plus car il n'y a plus un seul épi dans ces champs encore plus proches du
rivage de la Méditerranée que ceux de Nicodème. En effet Jésus n'est pas allé
à Arimathie mais dans le domaine que Joseph possède dans la plaine, du côté
de la mer, et qui, avant la moisson, devait être une autre petite mer d'épis
tant il est étendu. Une maison large, basse, toute blanche se trouve là, au milieu
des champs moissonnés. Une maison de campagne, mais bien tenue. Ses quatre
aires sont remplies de quantité de gerbes, disposées en faisceaux comme font
les soldats avec leurs armes quand ils font la pause au camp. Des nombreux
chars amènent ce trésor des champs aux aires, et des hommes nombreux les
déchargent et les mettent en tas. Joseph va d'une aire à l'autre et veille à
ce que tout soit fait et bien fait. Un paysan, du haut d'un tas de gerbes amoncelées sur un char,
annonce : "Nous avons fini, maître. Tout le grain est sur tes
aires. C'est le dernier char de la dernière pièce." "C'est bien. Décharge les gerbes et puis dételle les bœufs
et conduis-les aux abreuvoirs et aux étables. Ils ont bien travaillé et
mérité leur repos. Vous aussi vous avez bien travaillé et mérité le repos.
Mais la dernière fatigue sera légère car, pour des bons cœurs, la joie
d'autrui est un soulagement. Maintenant nous allons faire venir les fils de
Dieu pour leur donner le don du Père. Abraham, va les appeler" dit-il
ensuite en s'adressant à un patriarche qui est peut-être le premier des
serviteurs paysans de ce domaine de Joseph. 129> Je le pense, en
voyant le respect évident des autres serviteurs pour ce vieillard qui
ne travaille pas mais qui surveille et donne des conseils pour aider le
maître. Et le vieillard s'en va... Je le vois qui se dirige vers une
construction vaste et très basse, plus semblable à un hangar qu'à une maison,
pourvue de deux portails gigantesques qui montent jusqu'à la gouttière. Je
pense que c'est une sorte de magasin où l'on abrite les chars et tout
l'attirail agricole. Ils avancent avec cet aspect particulier des pauvres qui se
rendent là où ils vont recevoir des bienfaits : regards timides,
embarras de pauvres honnêtes, et pourtant un sourire qui affleure par dessus
la tristesse que des jours de douleur ont imprimée sur les pâles visages et
pourtant une petite étincelle triomphale, une sorte de réponse à
l'acharnement du destin dans la longue série des jours tristes, un
défi : "Pour nous aussi, c'est un jour de fête. Aujourd’hui, c'est
fête, réjouissance, et soulagement pour nous !" Les petits écarquillent les yeux devant les tas de gerbes plus
hauts que la maison, et en les montrant disent à leurs mères :
"Pour nous ? Oh ? c'est beau !" Les vieillards murmurent :
"Que le Bénit bénisse celui qui a pitié !" Les mendiants, les
estropiés, les aveugles, les manchots, ceux qui ont les yeux malades :
"Nous aurons du pain, nous aussi, sans devoir tendre la
main !" Et les malades à leurs parents : "Au moins nous
pourrons nous soigner en sachant que vous ne souffrirez pas pour nous. Les
remèdes nous feront du bien, maintenant." Et les parents aux
malades : "Vous voyez ? Maintenant vous ne direz plus que nous
jeûnons pour vous laisser une bouchée de pain. A présent, soyez donc
heureux !..." Et les veuves aux orphelins : "Mes enfants,
il faudra bénir beaucoup le Père des cieux qui vous tient lieu de père et le
bon Joseph qui est son administrateur. Maintenant nous ne vous entendrons
plus pleurer de faim, ô fils qui n'avez que vos mères pour vous donner de
l'aide... Les pauvres mères qui n'ont de riche que leur cœur..." C'est un chœur et un spectacle réjouissant, mais qui fait venir
aussi les larmes aux yeux... 130> Joseph, qui a devant lui ces malheureux, se
met à parcourir les rangs, appelant les gens un par un, leur
demandant combien ils sont dans la famille, de quand date le veuvage, ou la
maladie, et le reste... et il prend note. Et pour chaque cas il commande aux
paysans serviteurs : "Donnes-en dix." "Donnes-en trente." "Donnes-en soixante" dit-il après avoir entendu un
vieillard à moitié aveugle qui vient à lui avec dix-sept petits-enfants, tous
au-dessous de douze ans, enfants de ses enfants, morts l'un pendant la
moisson de l'année précédente, l'autre en enfantant... "et, dit le
vieillard, le mari s'est consolé en se remariant au bout d'un an, me laissant
les cinq fils en me disant qu'il s'en serait occupé. Jamais d'argent par
contre !... Maintenant ma femme est morte, et je suis seul... avec
eux..." "Donnes-en soixante au vieux père. Et toi, père. reste
pour que je te donne des vêtements pour les petits." Le serviteur fait remarquer que s'il en donne soixante chaque
fois, il n'y aura pas assez de grain pour tout le monde. "Et où est ta foi ? Est-ce pour moi, peut-être, que
j'entasse les gerbes et que je les distribue ? Non. Pour les fils les
plus chers au Seigneur. Le Seigneur, Lui-même, pourvoira à ce qu'il y en ait
assez pour tous" répond Joseph au serviteur. "Oui, maître. Mais le nombre, c'est le nombre..."
Les serviteurs haussent les épaules et obéissent. Et la distribution continue au milieu de l'étonnement joyeux
des bénéficiaires qui se voient donner une mesure dépassant leurs plus folles
espérances. Et Joseph en sourit, caressant les petits qui s'affairent à
aider leurs mères, ou aide les estropiés à faire leur petit tas, aide les
vieux trop chancelants pour le faire, ou les femmes trop affaiblies. Il fait
mettre de côté deux malades pour les faire bénéficier d'autres secours, comme
il a fait pour le vieillard aux dix-sept petits-enfants. Les tas qui étaient
plus hauts que la maison sont maintenant très bas, presque au sol. Mais tous
ont eu leur part, et abondamment. Joseph demande : "Combien de
gerbes reste-t-il encore ?" "Cent douze, maître" disent les serviteurs après
avoir compté les gerbes qui restent. 131> "Bien. Vous en prendrez..." Joseph
parcourt la liste des noms qu'il a relevés et puis il dit : "Vous
en prendrez cinquante. Vous les emporterez pour la
semence car c'est une semence sainte, et que le reste soit donné aux chefs de
familles à raison d'une gerbe par tête. Ils sont exactement soixante-deux
ici." Les serviteurs obéissent. Ils portent les cinquante gerbes et
donnent le reste. Maintenant les aires n'ont plus les gros tas d'or, mais par
terre il y a soixante-deux tas de tailles différentes. Leurs propriétaires
s'affairent à les lier et à les charger sur des carrioles primitives, ou sur
des ânes qu'ils sont allés détacher d'une palissade à l'arrière de la maison. Le vieil Abraham, qui a parlé avec les principaux des paysans
serviteurs, s'avance avec eux vers le maître qui leur demande : "Eh
bien ? Vous avez vu ? Il y en a eu pour tous et il en
restait !" "Mais, maître, ici il y a un mystère ! Nos champs ne
peuvent pas donner le nombre de gerbes que tu as distribuées. Je suis né ici
et j'ai soixante-dix-huit ans. Je fais la moisson depuis soixante six ans. Et
je sais. Mon fils avait raison. Sans un mystère, nous n'aurions pas pu donner
autant !..." "Mais nous les avons pourtant bien données, Abraham. Tu
étais à côté de moi. Les gerbes ont été données par les serviteurs. Il n'y a
pas de sortilège, ce n'est pas une irréalité. Les gerbes, on peut encore les
compter. Elles sont encore là, bien que séparées en tant de parties." "Oui, maître. Mais... il n'est pas possible que les champs
en aient donné autant !" "Et la foi, mes fils ? Et la foi ? Qu'en
faites-vous ? Le Seigneur pouvait-il démentir son serviteur qui
promettait en son Nom et pour une fin qui était sainte ?" "Alors tu as fait un miracle ?!" disent les
serviteurs déjà prêts pour l'hosanna. "Je ne suis pas un homme à faire des miracles, moi. Je
suis un pauvre homme. C'est le Seigneur qui a agi. Il a lu dans mon cœur et
II y a vu deux désirs : le premier était de vous amener à ma propre foi.
Le second était de donner tant, tant, tant à mes frères malheureux. Dieu a
consenti à mes désirs... et Il a agi... Que Lui en soit béni !" dit
Joseph en s'inclinant respectueusement comme s'il était devant un autel. "Et son serviteur avec Lui" dit Jésus qui jusqu'alors
était resté caché au coin d'une maisonnette entourée d'une haie, four ou
pressoir, et qui maintenant apparaît ouvertement sur l'aire où se trouve
Joseph. 132> "Mon Maître et mon
Seigneur !!" s'écrie Joseph en tombant à genoux pour vénérer
Jésus. "La paix à toi. Je suis venu pour te bénir au nom du Père,
pour récompenser ta charité et ta foi. Je suis ton hôte. ce soir.
Veux-tu ?" "Oh ! Maître ! Tu me le demandes ?
Seulement... Seulement, ici, ]e ne pourrai te faire honneur... Je suis au
milieu des serviteurs et des paysans... dans ma maison de campagne... Je n'ai
pas de nappes fines je n'ai pas de majordomes ni de serviteurs qualifiés...
Je n’ai pas de mets raffinés... Je n'ai pas de vins choisis... Je n’ai pas
d'amis . Ce sera une bien pauvre hospitalité... Mais tu m'excuseras.
Pourquoi, Seigneur, ne m'as-tu pas fait prévenir ? J'aurais pourvu à
tout... Mais. avant hier. Hermas avec les siens était ici... Je m'en suis
même servi pour prévenir ceux auxquels je voulais donner, rendre, ce qui
appartient à Dieu... Mais, il ne m'a rien dit, Hermas ! Si j'avais
su !... Permets-moi. Maître, de donner des ordres que je cherche à y
remédier... Pourquoi souris-tu ainsi ?" demande Joseph, finalement.
Il est tout sens dessus dessous a cause de la joie imprévue et de la
situation que lui juge... désastreuse. "Je souris pour tes tracas inutiles. Mais, Joseph, que
cherches-tu ! Ce que tu as ?" "Ce que j'ai ? Je n'ai rien." "Oh ! comme tu es homme maintenant ! Pourquoi
n’es-tu plus le Joseph spirituel d'il y a un instant, quand tu parlais en
sage ? Quand tu promettais avec assurance à cause de ta foi, et pour
donner la foi ?" "Oh ! Tu as entendu ?" "J'ai entendu et vu. Joseph. Cette haie de lauriers est
très pratique pour voir que ce que j'ai semé n'est pas mort en toi, et c’est
pour cela que je te dis que tu te donnes des tracas inutiles. Tu n’as pas de
majordomes ni de domestiques qualifiés ? Mais ou la charité s'exerce il
y a Dieu. et où il y a Dieu. il y a ses anges. Et quels majordomes veux-tu
avoir qui soient plus capables qu’eux ? Tu n'as pas de mets ni de vins
recherchés ? Et quelle nourriture veux-tu me donner et quelle boisson
plus recherchée que l'amour que tu as eu pour eux et que celui que tu as pour
Moi ? Tu n'as pas d'amis pour me faire honneur ? Et eux ?
Quels amis plus chers que les pauvres et les malheureux pour le Maître qui a
nom Jésus ? Allons. Joseph ! Même si Hérode se convertissait et m'ouvrait ses
appartements pour me recevoir et me faire honneur dans un palais purifié, et
s'il y avait avec lui, pour m'honorer, les chefs de toutes les castes, je
n'aurais pas une cour plus choisie que celle-là à laquelle je veux Moi aussi dire une parole et faire un cadeau.
Permets-tu ?" 133> "Oh ! Maître ! Mais tout ce
que tu veux, je le veux ! Commande." "Dis-leur qu'ils se réunissent, ainsi que les serviteurs.
Pour nous il y aura toujours un pain... Il vaut mieux qu'ils écoutent ma
parole que courir ça et là affairés en pauvres soins." Les gens s'entassent, empressés, étonnés...
"Oui, ô Seigneur !" "Qui est Dieu pour vous ?" "Le Père très Saint, comme les disciples du Christ
l'enseignent." "Et le Christ, qui est-il pour vous ?" "Le Sauveur, le Maître, le Saint !" "Cela seulement ?" "Le Fils de Dieu. Mais il ne faut pas le dire car les
pharisiens nous persécutent si nous le disons." "Mais vous, vous croyez qu'il l'est ?" "Oui, ô Seigneur." "C'est bien, croissez dans votre foi. Même si vous vous
taisez, les pierres, les arbres, les étoiles, le sol, toutes les choses,
proclameront que le Christ est le vrai Rédempteur et Roi. Ils le proclameront
à l'heure de son élévation, quand Lui sera dans la pourpre très sainte et
avec la couronne de la Rédemption. Bienheureux ceux qui sauront le croire dès
maintenant, et le croiront davantage à ce moment-là, et auront foi dans le
Christ et par conséquent la vie éternelle. L'avez-vous cette foi inébranlable
dans le Christ ?" 134> "Oui, ô Seigneur. Apprends-nous où Il
est, et nous le prierons d'augmenter notre foi
pour être heureux ainsi." Et la dernière partie de la prière, la font
non seulement les pauvres, mais aussi les serviteurs, les apôtres et Joseph. "Si vous avez de la foi gros comme une graine de moutarde,
et si cette foi qui est une perle précieuse vous la gardez dans votre cœur,
sans vous la faire enlever par aucune chose humaine, ou surhumaine et
mauvaise, vous pourriez tous même dire à ce mûrier puissant qui ombrage le
puits de Joseph : "Déracine-toi et transplante-toi dans les flots
de la mer".[2]
"Et croyez-vous que le Christ le puisse ?"
demande Jésus en faisant signe à Joseph de ne pas dire que le Christ c'est
Lui. "Nous le croyons. Lui est le Fils de Dieu. Il peut
tout." "Oui. Il peut tout... et il veut tout !" crie
Jésus en étendant avec autorité le bras droit et en l'abaissant comme pour
jurer. Et il termine par un cri puissant: "Et qu'il en soit ainsi, pour
la gloire de Dieu !" Et il va s'en aller vers la maison. Mais ceux
qui ont été guéris, une vingtaine, crient, accourent, et l'enserrent dans un
emmêlement de mains tendues pour le toucher, le bénir, chercher ses mains,
ses vêtements, pour le baiser, le caresser. Ils l'isolent de Joseph, de tout le
monde... |
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Et Jésus sourit, caresse, bénit... Il se
dégage lentement et, encore poursuivi, il disparaît dans la maison alors que
les hosannas s'élèvent dans le ciel qui prend des couleurs violacées au
commencement du crépuscule. |
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