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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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Mercredi 5 septembre
29 (8 Tisri) Près de Jiphtaël
- Des lépreux intéressés à la
nourriture du corps 97 - Discours (Les oeuvres de miséricorde corporelle - La variété des térébinthes et
celle des âmes 98 - Les devoirs du directeur
spirituel 99 - L'importance de l'amour) 100 - Les deux lépreux se montrent,
implorant le pardon 101 - Ont-ils avantage à guérir ? 102 - Promesse de guérison et demande
de réparation 103 - Directives données à Abel 104 - Abel obtient d'aller voir la
mère d'Aser 105 - Mission confiée à Jean 105 - Repas,
repos et départ 106 |
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97> Le massif escarpé de Jiphtaël domine au nord en fermant l'horizon. Mais là où
commencent les pentes éboulées de ce groupe de montagnes, et surplombent presque
à pic, la route des caravanes qui de Ptolémaïs va vers Sephoris
et Nazareth, il y a de nombreuses cavernes entre les blocs de roches qui
débordent de la montagne, suspendus sur les abîmes, établis pour servir de
toits et de bases à ces antres. Comme toujours, près des routes les plus importantes, isolés,
mais en même temps assez proches pour être vus et secourus par les voyageurs,
se tiennent des lépreux. Une petite colonie de lépreux qui jettent leurs cris
d'avertissement et d'appel en voyant Jésus passer avec Jean et Abel. Abel
lève son visage vers eux en disant : "Celui-ci est Celui dont je
vous ai parlé. Je le conduit aux deux que vous savez. N'avez-vous rien à
demander au Fils de David ?" "Ce que nous demandons à tout le monde : du pain, de
l'eau, pour nous rassasier pendant que passent les pèlerins. Après, en hiver,
c'est la faim..." "Je n'ai pas de nourriture aujourd'hui, mais j'ai avec moi
le Salut..." Mais l'invitation suggestionnante
de recourir au Salut n'est pas accueillie. Les lépreux quittent la pente,
tournent le dos et font le tour de l'éperon de la montagne pour voir si
d'autres pèlerins arrivent par l'autre route. "Je crois que ce sont des marins gentils ou tout à fait
idolâtres. Ils sont venus depuis peu, chassés de Ptolémaïs. Ils venaient
d'Afrique. Je ne sais pas comment ils sont tombés malades. 98> Je sais que, partis
sains de leurs pays, et après avoir fait un long parcours autour des côtes africaines pour charger de l'ivoire, et aussi je
crois, des perles pour les vendre aux marchands latins, ils sont arrivés ici
malades. Les magistrats du port les ont isolés et ils ont même brûlé leur
bateau. Les uns sont allés vers les routes de la Syro-Phénicie, les autres
ici. Ces derniers sont les plus malades, car ils ne marchent quasi plus. Mais
ils ont l'âme encore plus malade. J'ai essayé de leur donner un peu de foi...
Ils ne demandent que de la nourriture..."
"Je fais mal
alors de penser à leur nourriture ?... Je m'étais mis à leur apporter
toujours de la nourriture avant le sabbat car, pendant le sabbat, les hébreux
ne voyagent pas et personne ne pense à eux..." "Tu as bien fait. Tu l'as dit. Ce sont des païens, par
conséquent plus soucieux de la chair et du sang que de l'âme. L'affectueux
souci que tu as de leur faim, éveille leur affection envers l'inconnu qui
pense à eux. Et quand ils t'aimeront, ils t'écouteront même si tu parles
d'autre chose que de la nourriture. L'amour dispose toujours à suivre celui
que l'on a appris à aimer. Ils te suivront un jour sur les chemins de
l'esprit.
Voyez-vous ce térébinthe puissant ? Il est au milieu de
tout un bois d'arbres qui lui ressemblent, étant de la même espèce. Combien
il y en a-t-il ? Des centaines et des centaines, mille peut-être,
peut-être davantage. Ils couvrent ce flanc abrupt de la montagne, écrasant de
leur parfum âpre et salutaire de résine toutes les autres odeurs de la vallée
et de la montagne. Mais regardez. 99> Il y en a mille et plus et il n'y en a pas un qui pour la grosseur, la hauteur, la
puissance, l'inclinaison, la disposition, soit pareil à un autre, si on
observe bien. L'un est droit comme une lame, d'autres tournés vers le nord,
le midi, l'orient ou l'occident. L'un a poussé en pleine terre, un autre sur
une saillie dont on ne sait comment elle peut le porter et comment lui peut
tenir ainsi suspendu dans le vide, formant presque un pont avec l'autre
versant, élevé au-dessus de ce torrent, maintenant à sec mais si
tourbillonnant aux époques de pluie. L'un est tordu comme si un homme cruel
l'avait accablé alors qu'il était un arbuste encore tendre, un autre est sans
défauts. L'un est couvert de feuilles presque jusqu'à la base, un autre en a
tout juste une houppette à la cime. L'un n'a des branches qu'à droite, un
autre est feuillu tout en bas et brûlé à son sommet, calciné par la foudre.
Tel autre qui est mort revit dans un surgeon obstiné, unique, qui a poussé
presque à la racine, recueillant le reste de sève qui ne montait plus au
sommet. Et celui-là que je vous ai montré pour commencer, beau comme il ne
pourrait l'être davantage, a-t-il une branche, une ramille, une feuille - que
dis-je en parlant d'une seule feuille sur les milliers qu'il porte -
qui soit semblable à une autre ? Il semble que les feuilles soient
semblables, mais elles ne le sont pas. Regardez cette branche, la plus basse.
Observez-en l'extrémité, seulement l'extrémité de la branche. Combien peut-il
s'y trouver de feuilles ? Peut-être deux cents aiguillettes vertes et
fines. Et pourtant, regardez. Y en a-t-il une semblable à une autre pour la
couleur, la robustesse, la fraîcheur, la flexibilité, l'allure, l'âge ?
II n'y en a pas. Ainsi pour les âmes. Aussi nombreuses qu'elles soient,
aussi grande est leur différence de tendances et de réactions. Et n'est pas
un bon maître ni un bon médecin des âmes celui qui ne sait pas les connaître
et les travailler selon leurs diverses tendances et réactions. Ce n'est pas
un travail facile, mes amis. 100>
"Oh ! quelle belle leçon, Maître !" dit
Jean. "Mais nous, arriverons-nous jamais à être
ainsi ?" ajoute Abel. Jésus regarde l'un et l'autre, puis il passe un bras au cou des
deux et les attire à Lui, l'un à droite, l'autre à gauche, et il dépose un
baiser sur les cheveux en disant : "Vous y arriverez car vous avez
compris l'amour." Ils marchent encore pendant quelque temps, de plus en plus
difficilement à cause des difficultés du chemin taillé presque au bord de la montagne.
Au-dessous, tout au loin, il y a une route sur laquelle on voit cheminer les
gens. "Arrêtons-nous là, Maître. Là-bas, tu vois, de cette
plate-forme rocheuse, les deux descendent avec une corde un panier aux
passants, et au-delà de cette plate-forme se trouve leur grotte. Maintenant
je les appelle." Et, s'avançant, il jette un cri, alors que Jésus et
Jean restent en arrière, cachés par des arbres touffus. Quelques instants, et puis un visage... appelons-le visage
parce qu'il est au sommet d'un corps, mais cela pourrait aussi s'appeler
museau, monstre, cauchemar... se montre au-dessus d'un bouquet de mûries. "Toi ? Mais tu n'étais pas parti pour les
Tabernacles ?" "J'ai trouvé le Maître, et je suis revenu en arrière. Il
est ici !" Si Abel avait dit : Jéhovah est suspendu sur votre tête" très
probablement aurait été moins soudain et moins respectueux le cri, le geste,
l'élan des deux lépreux - car pendant qu'Abel parlait, l'autre aussi s'était
amené - en se jetant dehors, sur la plate-forme, en plein soleil, et en se
prosternant le visage contre terre, tout en criant : "Seigneur,
nous avons péché. Mais ta miséricorde est plus grande que notre
péché !" Ils le crient sans même s'assurer si Jésus est vraiment
là, ou s'il est encore loin, en train de venir vers eux. Leur foi est telle
qu'elle leur fait voir, même ce que leurs yeux à cause des plaies des
paupières et de la rapidité de leur prosternement, n'ont certainement pas vu. Jésus avance pendant qu'ils répètent : "Seigneur,
notre péché ne mérite pas le pardon, mais tu es la Miséricorde !
Seigneur Jésus, par ton Nom, sauve-nous. Tu es l'Amour qui peut vaincre la
Justice." "Je suis l'Amour. C'est vrai. Mais au-dessus de Moi, il y
a le Père. Et Lui est la Justice" dit avec sévérité Jésus, en s'avançant
avec Jean sur le sentier. 102> Les deux lèvent leurs visages défigurés, et
ils le regardent à travers les larmes qui coulent mêlées à la pourriture.
Horrible la vue de ces visages ! Vieux ? Jeunes ? Qui est le
serviteur ? Qui est Aser ? Impossible de le dire. La maladie les a rendus égaux, en en
faisant deux formes horribles et nauséabondes. Comment doit leur apparaître Jésus, debout au milieu du
sentier, avec le soleil qui l'enveloppe de ses rayons et fait resplendir ses
blonds cheveux, je ne sais. Je sais qu'ils le regardent et puis se couvrent
le visage en gémissant : "Jéhovah ! La Lumière !"
Mais ensuite, ils crient encore : "Le Père t'a envoyé pour sauver.
Lui t'appelle sa dilection. Lui se complaît en Toi. Lui ne refusera pas que
tu nous donnes le pardon." "Le pardon ou la santé ?" "Le pardon" crie l'un. Et l'autre : "...et
puis la santé. Ma mère meurt de chagrin à cause de moi." "Si Moi je vous pardonne, il reste toujours la justice des
hommes, pour toi, surtout. Que vaut alors mon pardon pour rendre ta mère
heureuse ?" tente Jésus pour faire dire les paroles qu'il attend
pour opérer le miracle. "Il vaut. Elle est une vraie Israélite. Elle veut pour moi
le sein d'Abraham. Et il n'est pas pour moi ce lieu où l'on attend le Ciel,
car j'ai trop péché." "Trop, tu l'as dit." "Trop !...
C'est vrai... Mais Toi... Oh ! ce jour-là, il y avait ta Mère... Où est
ta Mère maintenant ? Elle avait pitié de la mère d'Abel. Je l'ai vu. Et
si maintenant elle entendait, elle aurait pitié de la mienne. Jésus, Fils de
Dieu, pitié au nom de ta Mère !..." "Et que feriez-vous après ?" "Après ?" Ils se regardent effrayés.
"Après" c'est la condamnation des hommes, c'est le mépris ou la
fuite, l'exil. Devant la perspective de la guérison, ils tremblent comme
s'ils perdaient le salut. Comme l'homme tient à la vie ! Les deux, pris dans le
dilemme de guérir et d'être condamnés par la loi humaine, ou de vivre
lépreux, préfèrent presque vivre lépreux. Ils le disent, ils l'avouent par
ces paroles : "Le supplice est horrible !" Il le dit
surtout celui que je comprends qu'il est Aser, l'un des deux homicides... "C'est horrible. Mais, au moins ce n'est que justice.
Vous, vous le donniez à cet innocent, toi, pour quelle fin louche, toi, pour
une poignée d'argent." "C'est vrai ! Ô mon Dieu ! Mais lui nous a
pardonné. Pardonne Toi aussi. Eh bien, nous mourrons, mais notre âme
sera sauvée." 103> "La femme de Joël fut lapidée comme
adultère. Les quatre enfants vivent dans la gêne avec sa mère, car les frères
de Joël les ont chassés comme bâtards, pour s'emparer des biens de leur
frère. Vous le savez ?" "Abel nous l’a dit..." "Et qui remédie à leur malheur ?" La voix de
Jésus est un tonnerre, c'est vraiment la voix du Dieu Juge, et elle est effrayante.
Seul, dans le soleil, debout et raide, c'est vraiment une figure d'épouvante.
Les deux le regardent effrayés. Bien que le soleil doive exacerber leurs
plaies, ils ne bougent pas, comme ne bouge pas Jésus qui en est tout
enveloppé. Les éléments perdent leur puissance dans ces heures des âmes... Aser dit après un moment : "Si Abel veut m'aimer tout
à fait, qu'il aille trouver ma mère et qu'il lui dise que Dieu m'a pardonné
et..." "Moi, je ne t'ai pas pardonné encore." "Mais tu vas le faire parce que tu vois mon cœur... Et il
lui dira que tout ce qui m'appartient aille aux enfants de Joël, de par ma
volonté. Que je meure ou que je vive, je renonce à la richesse qui m'a rendu
vicieux." Jésus sourit. Il se transfigure en son sourire qui le fait
passer d'un visage sévère à un visage plein de pitié, et c'est d'une voix
toute changée qu'il dit : "Je vois votre cœur. Levez-vous, et
élevez votre esprit vers Dieu pour le bénir. Séparés comme vous l'êtes du
monde, vous pouvez vous en aller, sans que le monde s'enquière de vous. Et le
monde vous attend pour vous donner la possibilité de souffrir et
d'expier." "Tu nous sauves, Seigneur ?! Tu nous
pardonnes ?! Tu nous guéris ?!" "Oui. Je vous laisse la vie car la vie est une souffrance
surtout pour qui a des souvenirs comme les vôtres. Mais maintenant vous ne
pouvez sortir d'ici. Abel doit venir avec Moi, il doit aller comme tous les
hébreux à Jérusalem. Attendez son retour : il coïncidera avec votre
guérison. Il s'occupera de vous amener au prêtre et de prévenir ta mère. Je
dirai à Abel ce qu'il doit faire et comment il doit le faire. Pouvez-vous
croire à mes paroles, même si je m'en vais sans vous guérir ?" "Oui, Seigneur. Cependant, répète-nous que tu pardonnes à
notre esprit. Cela, oui. Ensuite, tout viendra quand tu voudras." 104> "Je vous pardonne. Renaissez avec un
esprit nouveau et ayez la volonté de ne plus pécher. Souvenez-vous qu'en
plus de vous abstenir du péché, vous devez accomplir des actes de justice
destinés à annuler complètement votre dette aux yeux de Dieu, et que par
conséquent votre pénitence doit être continue parce que grande, bien grande,
est votre dette ! Les tiennes en particulier concernent tous les
commandements du Seigneur. Penses-y et tu verras qu'il n'en faut exclure
aucun. Tu as oublié Dieu, tu as fait de tes sens ton idole, tu as fait des
jours de fête des délires d'oisiveté, tu as offensé et déshonoré ta mère, tu
as contribué au meurtre et à la volonté du meurtre, tu as volé l'existence et
as voulu voler un fils à sa mère, et tu as privé quatre enfants de père et de
mère, tu as été luxurieux, tu as fait de faux témoignages, tu as désiré
impudiquement la femme qui était fidèle à son époux défunt, tu as désiré ce
qui appartenait à Abel, au point de vouloir supprimer Abel pour t'emparer de
ses biens." Aser gémit à chaque affirmation : "C'est vrai, c'est
vrai !" "Comme tu vois, Dieu aurait pu te réduire en cendres sans
recourir aux châtiments des hommes. Il t'a épargné pour que Moi, je puisse en
sauver un de plus. Mais l’œil de Dieu te surveille et son Intelligence se
souvient. Allez" et il se tourne pour revenir dans le bois près d’Abel
et de Jean qui s'étaient mis à l'abri sous les arbres de la pente. Et les deux, encore défigurés, souriants peut-être - mais qui
peut dire quand sourit un lépreux ? - avec la voix particulière des
lépreux, stridente, métallique, discontinue, avec de brusques changements de
ton, pendant que Lui descend la montagne par le sentier effrayant, entonnent
le psaume 114°... [1] "Ils sont heureux !" dit Jean. "Moi aussi" dit Abel. "Je croyais que
tu allais les guérir tout de suite" dit encore Jean. "Moi aussi, comme tu fais toujours." "C'étaient de grands pécheurs. Cette attente est juste
pour qui a tant péché. Maintenant écoute, Ananias..." "Je m'appelle Abel, Seigneur" dit le jeune homme
étonné et il regarde Jésus comme pour se demander: "Pourquoi se
trompe-t-il ?" Jésus sourit : "Pour Moi, tu es Ananias,
car vraiment tu semblés né de la bonté du Seigneur. Sois-le de plus en plus
et écoute. Au retour des Tabernacles, tu iras dans ta ville pour dire à la
mère d'Aser de faire ce que veut son fils, et le plus rapidement possible, en
donnant pour réparer tout sauf un dixième. 105> Et cela par pitié pour la vieille mère qui avec toi quittera Bethléem de Galilée et ira
à Ptolémaïs rejoindre son fils qui, avec toi, la rejoindra avec son
compagnon. Toi, après avoir installé la femme chez une disciple de la ville,
tu iras prendre ce qu'il faut pour la purification des lépreux et tu ne les
quitteras pas avant que tout soit fait. Que le prêtre ne soit pas de ceux qui
connaissent le passé, mais quelqu'un d'autres endroits." "Et ensuite ?" "Ensuite, tu reviens chez toi ou bien tu te réunis aux
disciples. Et eux, une fois guéris, prendront le chemin de l'expiation. Moi,
je dis l'indispensable et je laisse ensuite l'homme libre d'agir..." Et ils descendent, descendent, infatigables malgré les
difficultés du chemin et la chaleur du soleil... Infatigables, mais
silencieux pendant un long moment. Puis Abel rompt le silence pour dire : "Seigneur,
puis-je te demander une grâce ?" "Laquelle ?" "De me laisser aller dans ma ville. Je regrette de te
quitter. Mais cette mère..." "Va, mais ne t'attarde pas. Tu auras à peine le temps de
rejoindre Jérusalem." "Merci, Seigneur ! Je n'irai trouver qu'elle, la
pauvre vieille, qui a honte de tout, depuis qu'Aser a péché. Mais elle va
encore sourire. Que dois-je lui dire, en ton nom ?" "Que ses larmes et ses prières ont obtenu grâce et que
Dieu l'engage à espérer de plus en plus et la bénit. Mais avant de nous
quitter, faisons la pause pendant une heure, pas plus. Ce n'est pas le moment
de s'arrêter. Et puis tu iras de ton côté, Jean et Moi du nôtre, et par des
raccourcis. Et toi, Jean, tu iras en avant, chez ma Mère. Tu lui porteras ce
sac avec les vêtements de lin et tu viendras avec ceux de laine. Tu iras lui
dire que je veux la voir et que je l'attends dans le bois de Mathatias, celui de l'épouse [2]. Tu le connais. Ne
parle qu'avec elle et reviens vite." "Je sais où est le bois. Et Toi ? Seul ? Tu
restes seul ?" "Je reste avec mon Père. Ne crains pas" dit Jésus en
levant la main et en la mettant sur la tête du disciple préféré, assis sur
l'herbe à coté de Lui. Et lui sourit en disant : "Mais nous devrons
y être au soir..." "Maître, quand je dois te faire plaisir, je ne sens pas la
fatigue, tu le sais. Et aller chez la Mère !... C'est comme si les anges
me portaient. Et puis, ce n'est pas très loin." 106> "Ce n'est
jamais loin ce que l'on fait avec joie… Mais tu passeras la nuit à
Nazareth." "Et Toi ?" "Et Moi... Je resterai avec mon Père, après avoir été avec
ma Mère un peu. Et puis je me mettrai en route à l'aube, pour prendre la
route du Thabor sans entrer à Nazareth. Tu sais que je dois être à Jezrael à l'aurore d'après-demain." "Tu seras très fatigué, Maître. Tu l'es déjà." "Nous aurons le temps de nous reposer
pendant l'hiver. Ne crains pas, et n'espère pas pouvoir, en toute paix comme
ici, évangéliser toujours. Nous connaîtrons beaucoup d'arrêts..." Jésus
baisse la tête, pensif, en grignotant son pain, pour tenir compagnie aux deux
qui, jeunes et heureux d'être avec le Maître, mangent de bon appétit, plutôt
que par désir de manger. C'est au point qu'il oublie de le faire et s'absorbe
dans un de ses silences que les deux respectent en se taisant, en reposant à
l'ombre de la montagne, les pieds nus pour chercher la fraîcheur sur l'herbe
qui a poussé aux pieds des troncs puissants, et ils somnoleraient même, mais
Jésus lève la tête et dit : "Allons. Au carrefour, nous nous
quitterons." |
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Et après avoir lacé de nouveau leurs sandales, ils se mettent en route. L'ombre du bois et le vent qui vient du nord les aident à supporter la lourdeur de l'heure encore chaude, bien qu'elle ne soit plus torride comme dans les mois de plein été. |
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[1] Psaume 115 (114) : Ce n’est pas à nous, Seigneur,
non, ce n’est pas à nous que revient la gloire, mais à toi, pour ta bonté et ta
fidélité…