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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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Mercredi 5
septembre 29 (8 Tisri) Vers Sephoris
- L'ingratitude humaine 91 - Discussion entre Pierre et Judas
92 - Jésus rend un jugement sur
Pierre 93 - Les pèlerins de la fête des
Tabernacles 93 - [Commentaire de MV : Le
judaïsme d'aujourd'hui] 93 - L'histoire des persécuteurs
devenus lépreux 94 - Abel plaide en leur faveur 96 - Jésus accepte d'aller les voir
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91> "Levez-vous et partons" commande Jésus aux siens qui
dorment lourdement sur du foin, plutôt des joncs que du foin, entassés sur un
champ près d'un ruisseau qui attend les pluies d'automne pour remplir d'eau
son lit. Les apôtres obéissent
sans parler, encore à moitié endormis. Ils ramassent les sacs, mettent leurs
manteaux dont ils s'étaient servis comme couvertures pendant la nuit, et se
mettent en route avec Jésus. "Nous allons par
le Carmel ?" demande Jacques d'Alphée. "Non, par Sephoris. Et ensuite nous prendrons la route pour Mageddo. Nous avons à peine le temps... [1]" répond Jésus. "Oui. Et les
nuits se font trop humides et trop fraîches pour dormir dans les champs,
quand pour quelque raison une maison ne nous accueille pas" observe
Mathieu. "Les
hommes ! Mais comme ils oublient facilement ! Seigneur ? Mais
en sera-t-il toujours ainsi ?" demande André. "Toujours." "Et alors !
S'il en est ainsi avec Toi, quand ce sera nous qui agirons, dès qu'on aura
tourné le dos, tout sera effacé" dit Thomas découragé. 92> "Moi, je dis pourtant qu'il y a ici quelqu'un qui fait
oublier. Car les hommes, oui, oublient facilement. Mais ils n'oublient pas
toujours. Je vois que parmi nous, parmi nous hommes, nous nous souvenons des choses
que nous avons eues et données. Pour Toi, par contre... Non. Ce sont toujours
les mêmes qui travaillent à effacer le souvenir de Toi" dit Pierre. "Ne juge pas
sans avoir une base certaine" dit Jésus. "Maître, c'est
que la base, je l'ai !" "Tu l'as ?
Qu'as-tu découvert ?" demande l'Iscariote très intéressé, et avec
Lui d'autres demandent également. Mais l'intérêt de Judas est le plus vif, je
dirais inquiet. Pierre, qui regardait
Jésus, se tourne et regarde l'Iscariote... un regard attentif, éveillé, soupçonneux,
et il se tait, en le regardant, pendant un moment. Puis il dît :
"Oh ! rien... et tout, si cela ne t'ennuie pas de le savoir. Au
point, si j'étais un homme à employer tous les moyens pour réussir, au point
de courir dénoncer beaucoup de choses à ceux qui nous gouvernent, et je suis
sûr que quelqu'un aurait des ennuis. Mais je préfère ne pas réussir plutôt
que d'avoir de l'aide de ce côté. "Mais tu ne
t'aperçois pas que. tu offenses le Maître ?" "Moi?
Pourquoi ?" "Parce que Lui
les fréquente." "Lui, c'est Lui.
et s'il les fréquente, ce n'est pas par intérêt mais pour les amener à Dieu.
Lui peut le faire... et il le fait. Mais il ne court pas après eux... Tu vois
que... c'est à eux de venir à Lui pour entendre le "philosophe",
comme ils disent. Mais maintenant ils ne le désirent plus autant, me
semble-t-il. Et moi, je ne pleure pas." "Tu paraissais
content toi aussi à Pâque !" "Il semblait.
L'homme est souvent un sot. Mais il ne semble plus, et cela n'est plus.
Et j'ai raison." "Comme créature qui
ne mélange pas l'intérêt humain aux choses spirituelles, tu as raison,
Simon" dit Jésus. "Mais comme apôtre qui se réjouit que d'autres
s'éloignent de la Lumière, non. Tu n'as pas raison. Si tu réfléchissais que
toute âme gagnée à la Lumière est une gloire pour ton Maître, tu ne parlerais
pas ainsi." Judas Iscariote
regarde Pierre avec un sourire sarcastique. 93> Pierre le voit... mais il se domine et ne dit rien. Jésus le voit aussi,
et s'adressant à Pierre, mais comme s'il parlait pour tous, il dit : Ils ont passé à pied
sec un autre lit de ruisseau brûlé par l'été et rejoint la route principale
qui va de Sicaminon vers la Samarie. Je crois, si
j'ai bon souvenir, que c'est un endroit que j'ai vu une autre fois. La route
est très fréquentée à cause de la proximité de la fête et elle a déjà pris
l'aspect caractéristique des routes palestiniennes aux époques des
pèlerinages obligatoires au Temple. Voyageurs, ânes, chars qui portent des
personnes, avec des tentes, du mobilier pour les haltes entre les étapes, et
dans Jérusalem elle-même, toujours envahie lors des solennités, au point de
conseiller de camper sur les collines qui l'entourent, pourvu que la saison
le permette. Puis, dans cette fête des Tabernacles,
elle est encore plus sensible cette émigration de familles entières, non pas
que les pèlerins soient plus nombreux que pour la Pâque ou la Pentecôte, mais
parce que, devant vivre sous des cabanes pendant plusieurs jours, ils ont le
mobilier que dans les autres solennités tous évitent de traîner derrière eux.
C'est vraiment l'exode d'un peuple qui se déverse de toutes les routes vers la
capitale, comme le sang afflue au cœur par toutes les veines.
Je suis une pauvre
femme, et je ne connais rien aux problèmes politiques, je ne me suis jamais
intéressée aux hébreux d'aujourd'hui et à leurs malheurs. Quelquefois même,
j'ai ri d'eux de ce qu'ils attendent encore Celui qui est venu et qu'ils ont
crucifié, il me semblait qu'ils versaient peut-être des larmes de crocodiles,
leur conduite ne m'a pas semblé et ne me semble pas telle qu'elle puisse
mériter ce qu'ils espèrent de Dieu, non pas le Christ qui désormais ne
viendra qu'au Dernier Jour, mais pas non plus le rassemblement de la race
hébraïque dispersée dans une Nation indépendante. Mais pourtant, maintenant
que je vois, spirituellement, les pères des hébreux actuels, je comprends
leur drame séculaire et leur ténacité, la source de cette ténacité qu'ils
gardent toujours. C'est encore le Peuple de Dieu qui. par la volonté de Dieu,
converge vers la Terre promise aux Pères, aux Patriarches, le peuple qui
depuis des centaines de siècles accomplit le rite mosaïque, en pensant à
Jérusalem, à son Temple qui resplendit sur le Moriah.
Ils ne peuvent y aller ? Si. Mais ils s'y rendent en esprit. Les baïonnettes, les
canons, les prisons servent contre l'homme, pas contre l'esprit. Israël ne
peut périr, car il est resté dans sa religion. Théorique, pharisaïque,
rituelle, privée de ce qui est la vraie vie d'une religion : la
correspondance de l'esprit au rite matériel ? Tout ce que vous voulez.
Mais autour de ce corps émietté qui fut une Nation, et qui est maintenant une
infinité de fragments épars sur toute la Terre, il reste pour les garder unis
un ensemble d'idées, de rites, de préceptes séculaires, venus des prophètes
et des rabbis et, comme un phare visible de toutes les parties du monde, un
lieu resplendit: Jérusalem, et son nom est comme un appel au rassemblement,
il est comme un étendard déployé pour le rappel, le souvenir, la promesse.
Non. Ce peuple ne peut être réduit au silence par aucune force humaine. Il y a en lui une
force plus qu'humaine. Tout cela se comprend quand on observe ce peuple qui s'en
va par des chemins impossibles, dans des saisons pénibles, insoucieux de tout
ce qui est peine, joyeux de la joie d'aller à la Cité Sainte. Tout cela se
comprend quand on les voit aller, les riches avec les pauvres, les enfants
avec les vieux, de la Palestine ou de la Diaspora, vers leur
cœur : Jérusalem. Tout cela se comprend quand on les entend chanter
leurs cantiques... Et, je l'avoue, moi je voudrais que nous, les chrétiens et
les catholiques, nous soyons comme eux. que nous ayons pour le cœur du Catholicisme,
Rome, l'Église, et pour celui qui y vit : le Pierre d'aujourd'hui, les
sentiments de ceux que je vois aller, aller, aller; je voudrais que nous
ayons ce qu'ils ont eux, en plus de notre Foi parfaite parce que chrétienne. On me dira :
"Ils sont pleins de défauts." Et nous ? En sommes-nous
exempts? Exempts, nous fortifiés par la Grâce et les Sacrements ? Nous
qui devrions être "parfaits comme le Père qui est dans les
Cieux ?" [2] J'ai fait une
digression. Maïs, en suivant la marche des apôtres confondus avec les foules
d'Israël, ma pensée travaillait... Et elle travaille
jusqu'au moment où, à un croisement de routes, un groupe de disciples
aperçoit le Maître et se serre autour de Lui. Parmi eux se trouve Abel de
Bethléem, qui se jette tout de suite aux pieds de Jésus en
disant : 95> "Maître, j'ai tant prié le Très-Haut
pour qu'il me fît te rencontrer. Je ne l'espérais plus. Mais Il m'a exaucé.
Toi, maintenant, exauce ton disciple." "Que veux-tu,
Abel ? Viens là, au bord du champ. Ici, il y a trop de gens, et nous
dérangeons." Ils se rendent en
masse à l'endroit que Jésus indique et là Abel dit ce qu'il veut. "Maître, tu m'as
sauvé de la mort et de la calomnie et tu as fait de moi un de tes disciples.
Tu m'aimes donc beaucoup ?" "Peux-tu le
demander ?" "Je le demande
pour être certain que tu exauces ma prière. Quand tu m'as sauvé, tu as
infligé à mes ennemis un horrible châtiment [3]. Tu l'as infligé, il
est certainement juste. Mais, oh ! Seigneur ! il est bien
horrible ! J'ai cherché ces trois. Chaque fois que je venais chez ma
mère, je les cherchais, sur les montagnes, dans les cavernes, dans ma ville.
Et je ne les trouvais jamais." "Pourquoi les
as-tu cherchés ?" "Pour leur
parler de Toi, Seigneur. Pour que, croyant en Toi, ils t'invoquent et
obtiennent le pardon et la guérison. C'est seulement pendant l'été que je les
ai trouvés, et pas ensemble. L'un d'eux, celui qui me haïssait à cause de ma
mère, s'est séparé des autres qui sont allés plus haut, vers les monts plus
élevés de Jiphtaël. Ils m'ont dit où il est... Et
de ceux-ci j'ai eu la trace par des bergers de Bethléem [4] qui t'ont donné
l'hospitalité ce soir-là. Les bergers, avec leurs troupeaux, vont de tous
côtés, et ils savent tant de choses. Ils savaient que c'était à la montagne
de la Belle Source que se trouvaient les deux lépreux que je cherchais. J'y
suis allé. Oh !..." L'horreur se peint sur le visage du jeune
homme, encore tout jeune. "Continue." "Ils m'ont
reconnu. Moi, je ne pouvais reconnaître mes concitoyens en ces deux monstres…
Ils m'ont appelé... et ils m'ont prié, comme si j'étais un dieu... Le
serviteur surtout m'a fait pitié [5], à cause de son pur
repentir. Il ne veut que ton pardon. Seigneur... Aser veut aussi la guérison.
Il a une vieille mère, Seigneur, une vieille mère qui meurt de chagrin dans
la ville..." "Et
l'autre ? Pourquoi s'est-il séparé ?" "Parce que c'est
un démon. Principal coupable, déjà adultère quand il est devenu homicide, il
a poussé Aser, corrompu le serviteur de Joël, qui est un peu sot et
facilement influençable, il continue à être un démon. De sa bouche sort la
haine et le blasphème, de son cœur la haine et la cruauté. Je l'ai vu lui
aussi... Je voulais le rendre bon. 96> Il s'est rué sur moi
comme un vautour et ce n'est qu'à ma fuite, rapide et résistante pour moi
parce que je suis jeune et sain, que j'ai dû mon salut. Mais je ne désespère
pas de le sauver. Je retournerai... Une fois, deux fois, autant qu'il faudra
avec des secours, avec amour. Je me ferai aimer. Lui croit que je vais pour
me moquer de son malheur. Moi, j'y vais pour le réédifier. S'il peut arriver
à m'aimer, il n'écoutera; s'il m'écoute, il finira par croire en Toi. C'est
ce que je veux. Les autres, oh ! cela a été facile car par eux-mêmes ils
ont médité et compris. Et le serviteur est devenu le simple maître de l'autre
parce qu'il a tant de foi, un si grand désir de pardon. Viens,
Seigneur ! Je leur ai promis de te conduire à eux quand je t'aurais
rencontré." "Abel, leur
crime était grand : plusieurs crimes en un. Bien court est le temps
qu'ils ont expié..." "Grand a été
leur tourment et leur repentir. Viens." "Abel, eux te
voulaient mort." "N'importe,
Seigneur. Je veux pour eux la vie." "Quelle
vie ?" "Celle que tu
donnes, celle de l'esprit, le pardon, La rédemption." "Abel. c'étaient
tes Caïns et ils t'ont haï comme on ne le peut
davantage. Ils voulaient t'enlever tout : la vie, l'honneur et ta
mère..." "Ils ont été mes
bienfaiteurs, puisque c'est grâce à eux que je t'ai eu, Toi. Moi, je les aime
pour ce don qu'ils m'ont fait, et je te demande qu'ils soient où moi je
suis : à ta suite. Je veux leur salut comme le mien, plus que le mien,
car plus grand est leur péché." "Quelle offrande
ferais-tu à Dieu en échange de leur salut, s'il te le demandait ?" Abel réfléchit un
moment... puis il dit avec assurance : "Même moi-même, ma vie. Je
perdrais une poignée de boue, pour posséder le Ciel. Une perte heureuse. Un
profit grand, infini : Dieu, le Ciel. Et deux pécheurs sauvés : les
premiers-nés du troupeau que j'espère te conduire et t'offrir, ô
Seigneur."
97> "Et nous
prêcherons Toi et ta doctrine" dit l'Iscariote. |
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"Non. Vous m'attendrez, simplement, en vous comportant comme de justes et humbles pèlerins et rien de plus. En étant entre vous comme des frères. Et vous passerez, en allant, chez les paysans de Giocana pour leur donner ce que vous avez, et leur dire que le Maître, s'il le peut, passera par Jezraël à l'aurore d'après-demain. Allez. La paix soit avec vous." |
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[1] Ils doivent être dans
une semaine à Jérusalem pour la fête des Tentes.
[3] Aser, Jacob et le
serviteur de Joël montent un complot pour tuer Abel, le fils de Myrta. Jésus le sauve et frappe les trois coupables d’une lèpre
immédiate. Cf. 4.111
[5] Le serviteur de Joël
l’homme traîtreusement assassiné.