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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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Mercredi 5 septembre
29 (8 Tisri) Près de Jiphtaël
- Jésus attend seul au pied d'un
chêne 106 - Jean laisse Marie seule avec
Jésus 108 - Marie déballe ce qu'elle a
apporté 108 - L'attitude d'adoration de Marie
pour son fils 109 - Après un bref repas, un bref
repos 109 - Dialogue de Jésus avec
Marie : - Joseph d'Alphée a changé 110 - Elle a appris la tentative de
couronnement 111 - Il y a ceux qui progressent et
les autres 112 - Le désir de Marie d'être
toujours avec Jésus 113 - Elle s'établira près de
Jérusalem 113 - Un rendez-vous à transmettre au
cousin Joseph 114 - Apporte-moi mon vêtement le plus
beau 114 - Pas de retour en Galilée avant
l'accomplissement 115 - Adieu à Marie 115 |
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106> Jésus est seul. Seul sur un plateau un peu en forme de cuvette
qui, par une légère ondulation, pourtant continue, monte par le versant des
collines qui entourent certainement le lac de Galilée, car je le vois en bas,
à droite, qui assombrit son azur splendide à cause de l'arrivée du coucher du
soleil qui enlève à une grande partie du lac la fulguration des rayons
solaires. En arrière de la cuvette, au nord, la montagne d'Arbela et, au-delà, plus élevées, celles d'au-delà du lac
où s'élèvent Meieron et Giscala,
et au nord-est, lointain, mais puissant et royal, le Grand Hermon dont le
soleil à son coucher frappe bizarrement son pic le plus élevé, en le faisant
d'un topaze rosé à l'occident, et en lui laissant sa couleur opaline, qui
tend à cette indéfinissable nuance d'un azur neigeux que j'ai vu quelquefois sur les cimes de nos Alpes de la frontière. 107> Je regarde vers le
nord, et c'est ce que je vois, comme je vois sans difficulté, à droite, tout en-bas, le lac, à gauche, et plus élevées, les collines
qui empêchent de voir la plaine de la côte. Mais si je me tourne vers le
midi, je vois le Thabor, au-delà des collines en pente douce qui sont
certainement celles qui entourent Nazareth. Il y a une petite ville, tout en
bas, près d'une route de grande circulation où les gens se hâtent pour gagner
les lieux de repos entre les étapes. Jésus ne regarde rien
de ce que moi, je regarde. Il cherche seulement un endroit pour s'asseoir, et
le choisit au pied d'un énorme chêne vert dont le feuillage a protégé de la
canicule l'herbe du sol, et qui est encore fraîche et touffue comme si la
chaleur n'était pas passée en brûlant tout. Jésus se trouve ainsi
avoir en face de Lui le lac, à côté de Lui le sentier parmi les arbres par
lequel il est monté, et de l'autre côté les ondulations qui entourent au nord
la cuvette de prés et de bois où il se trouve, et qui est toute verte grâce
aux chênes verts et à d'autres arbres au feuillage persistant que l'automne
ne touche pas. Ça et là seulement on y voit une tache rouge sang : c'est
celle d'une feuille qui change de couleur avant de tomber, pour céder la
place à une feuille naissante qui naît déjà tout près de celle qui meurt. Jésus, très fatigué,
s'appuie contre le tronc puissant et il reste un moment, les yeux clos, comme
pour se reposer. Mais, ensuite, il prend sa pose habituelle, en se séparant
du tronc, penché un peu en avant, les coudes sur les genoux, les avant-bras
en avant, les mains jointes, les doigts entrelacés. Et il pense. Il prie
certainement. De temps à autre, à cause de quelque bruit qui Lui arrive -
oiseaux qui se battent en cherchant une place pour la nuit, quelque animal
dans l'herbe qui fait tomber une pierre le long de la pente, une branche qui
en heurte une autre par suite d'un coup de vent - il lève les yeux, et d'un
regard pensif qui sûrement ne voit pas, il les tourne dans la direction du
bruit, surtout si c'est dans la direction du sentier qui monte à travers les
chênes verts. Puis il baisse de nouveau les yeux pour se concentrer en
Lui-même. Par deux fois il regarde avec attention le lac qui est déjà dans
l'ombre, et puis il tourne la tête pour regarder vers l'occident où le soleil
est disparu derrière les collines boisées, et la seconde fois il se lève et va
vraiment sur le sentier, pour regarder s'il monte quelqu'un, puis il retourne
à sa place. 108> Enfin voilà un bruit de pas et deux figurés qui
pointent : Marie vêtue de bleu foncé, et Jean chargé de sacs. Et Jean
crie deux fois : "Maître !" et dès que Jésus se tourne,
il ajoute : "Voilà ta Mère" et il l'aide à franchir un petit
ruisseau et des cailloux mis sur le sentier dans le but de le consolider et
de le rendre pratique pour la montée ou la descente, en réalité avec le
résultat d'en faire de vrais pièges pour les pieds à demi-chaussés. Jésus se lève
immédiatement pour aller à la rencontre de sa Mère et il l'aide avec Jean à
monter la masse éboulée qui devrait retenir le plateau, mais en réalité
seules les racines des chênes remplissent cette charge. Maintenant Marie est
soutenue par son Fils qui l'observe et lui demande : "Tu es
fatiguée ?" "Non,
Jésus" et elle Lui sourit. "Il me semble au
contraire que tu l'es. Je regrette de t'avoir fait venir. Mais Moi, je ne
pouvais pas venir..." "Oh ! ce
n'est rien, mon Fils. Je suis un peu en sueur, mais ici, on est bien... C'est
plutôt Toi qui es fatigué et aussi le pauvre Jean..." Mais Jean secoue la
tête en riant et en déposant le sac neuf et bien plein de Jésus et le sien
sur l'herbe, au pied du chêne, et il se retire en disant : "Je vais
plus bas. J'ai vu une petite source et je vais me rafraîchir un peu dans
cette eau. Mais j'entendrai, si vous m'appelez" et il se retire pour
laisser liberté aux Deux. Marie desserre son
manteau et enlève son voile pour essuyer la sueur qui perle à son front. Elle
regarde Jésus et Lui sourit, et elle boit son sourire car Lui aussi lui
sourit en caressant sa main et en la passant sur sa joue pour en avoir la
caresse. Tellement "fils" en cet acte que je Lui ai vu faire autre
fois ! Marie dégage sa main et remet en ordre les cheveux de Jésus, Lui
enlevant un petit morceau, d'écorce d'arbre resté dans les mèches des
cheveux, et chaque mouvement de ses doigts est une caresse, si grand est
l'amour avec lequel elle le fait. Elle parle : "Tu es tout en
sueur, Jésus. Ton manteau sur les épaules est humide comme s'il avait plu
dessus, mais maintenant tu vas pouvoir en prendre un autre. Celui-ci, je le
retire. Il est déteint par le soleil et la poussière. J'avais tout préparé,
et... Attends ! Je sais que tu as à peine mangé : une croûte de
pain rassis avec une poignée d'olives salées au point de te mordre le gosier.
C'est Jean qui me l'a dit. Il ne faisait que boire à son arrivée. Mais je
t'ai apporté du pain frais. Je venais de le défourner, et un rayon de miel
que j'avais enlevé hier pour le donner aux enfants de Simon. Mais pour eux,
j'ai d'autres rayons. Prends-le, mon Fils. 109> Il vient de notre
maison..." et elle se penche pour ouvrir le sac, qui contient
par dessus tout le reste, un petit panier d'osier plein de fruits, avec
au-dessus un rayon de miel enveloppé dans de longues feuilles de vigne et
elle offre le tout à son Fils avec du pain frais et croustillant. Et pendant que Jésus
mange, elle tire du sac les vêtements qu'elle a préparés pour les mois
d'hiver, solides, chauds, capables d'abriter du froid et de l'eau, et elle
les montre à Jésus qui lui dit : "Que de travail, Maman !
J'avais encore ceux de l'hiver dernier..." "Les hommes,
quand ils sont loin de leurs femmes, doivent tout renouveler, afin de ne rien
avoir à réparer pour être impeccables. Mais, je n'ai rien gaspillé. Le
manteau que j'ai, c'est le tien que j'ai .raccourci et reteint. Pour moi, il
va encore bien, mais pour Toi, il n'allait plus. Tu es Jésus..." Dire ce qu'il y a
dans cette phrase, c'est impossible. "Tu es Jésus". Une phrase
simple, mais tout l'amour de la Mère, de la disciple, de l'ancienne Israélite
pour le Messie Promis et de l'israélite du temps béni qui possède Jésus, se
trouve dans ces quelques mots. Si la Mère s'était prosternée en adorant son
Fils comme Dieu, ce n'était encore qu'une forme bornée dans sa manifestation
respectueuse. Mais en ces mots, il y a davantage qu'une adoration des genoux
qui se ploient, de l'échine qui se penche, du front qui touche le sol :
il y a là tout l'être de Marie, sa chair, son sang, son âme, son cœur, son
esprit, son amour qui adore totalement parfaitement le Dieu-Homme.
110> Pendant que je fais
ces réflexions en regardant le Couple parfait, Jésus, qui a fini son repas, a
glissé pour s'asseoir sur l'herbe aux pieds de sa Mère en
mettant sa tête sur les genoux de Marie comme un enfant las et attristé aussi
qui se réfugie auprès de la seule qui puisse le conforter. Et Marie caresse
ses cheveux, effleure le front lisse de son Jésus. Elle semble vouloir mettre
en fuite toutes les lassitudes et toutes les peines qui affectent son Fils,
grâce à cette caresse. Jésus ferme les yeux, et Marie arrête sa caresse
gardant la main sur les cheveux de Jésus, regardant devant elle, pensive,
sans bouger. Elle croit peut-être que Jésus s'est endormi. Il est si las... Mais Jésus rouvre les
yeux presque tout de suite, il voit que le soir arrive, il voit qu'il ne Lui
est pas permis de prolonger cette heure de réconfort. Alors il relève la tête
en restant assis où il est et il parle : "Tu sais, Maman, d'où je
viens ?" "Je le sais.
Jean me l'a dit. Deux âmes qui reviennent à Dieu, Une joie pour Toi et pour
moi." "Oui, avec cette
joie, je descends à Jérusalem." "Pour te
réconforter de la déception que tu as eu le jour même où nous nous sommes
quittés." [1] "Comment le
sais-tu ? Jean te l'a dit ? Lui seul le sait…" "Non. Je le lui
ai demandé. Mais Jean m'a répondu : "Mère,.tu
vas le voir bientôt. Demande-le-Lui"." Jésus sourit en
disant : "Jean est fidèle jusqu'au scrupule." Unie pause. Puis
Jésus demande : "Qui donc t'en a parlé ?" "Pas à moi. Il
est venu des... des hommes chez Joseph, ton frère. Et... lui est venu chez
moi. Il était encore un peu... Oui, mon Fils, il vaut mieux dire la vérité,
un peu fâché après ta rencontre avec lui à Capharnaüm [2], et particulièrement
après la conversation avec Jude et Jacques. Ils se sont vus en ton absence,
et aussi Jacques, ou pour mieux dire : surtout Jacques fut sévère... Très...
Je dirais trop. Cependant l'Éternel, toujours bon, a tiré un bien de ce léger
désaccord. Certainement parce que c'était un désaccord venu de deux sources
d'amour. Différentes, c'est vrai, mais c'est toujours de l'amour.
Imparfaites, c'est vrai, car si elles avaient été parfaites, au moins chez
l'un des deux, il n'aurait pas provoqué la colère... Parler de colère c'est
peut-être un peu trop fort pour donner un nom à l'état d'âme de Jacques, mais
certainement lui fut sévère, très sévère... Tu l'aurais certainement rappelé
à la charité. Moi... je ne l'ai pas approuvé, mais j'ai compati, car j'ai
compris ce qui rendait si fâché Jacques, qui est toujours patient. On ne peut
demander qu'il soit parfait... C'est un homme. Il est encore très
homme lui aussi. Oh ! il y a encore du chemin à parcourir pour que
Jacques arrive à être un juste comme l’était mon Joseph ! 111> Lui … savait toujours se dominer... et être toujours bon... Mais moi, je
divague ! Mais pour lui faire
accepter l'idée que le Roi d'Israël doit être de souche royale, descendant de
David, oui, mais qu'il n'est pas nécessaire qu'il soit né dans un palais
royal, son orgueil lui-même m'a servi. Lui... oh ! comme il tient à être
de la race de David ! Je lui ai dit doucement tant de choses... et cette
idée, je l'ai redressée en lui. Il admet maintenant, conformément aux
prophéties, que tu es celui qu'elles ont annoncé. Mais je n'aurais pas
réussi, oh ! non, je n'aurais pas réussi, à le convaincre que Toi, que
ta vraie grandeur c'est justement le fait d'être le Roi de l'esprit, la seule
chose qui puisse te rendre le Roi universel et éternel, s'il n'était venu à
reprises des gens pour le chercher... Les premiers, ceux de Capharnaüm et
d'autres avec eux, après l'avoir de nouveau séduit par des promesses
éblouissantes de grandeur pour toute la maison, le voyant moins disposé à
céder en leur faveur - ils prétendaient qu'il te force et me force à te faire
accepter une couronne - ils se sont trahis en passant à des menaces... Les
habituelles menaces Voilées dont ils se servent. Couteaux tranchants
enveloppés de laine soyeuse pour les faire paraître inoffensifs... Et Joseph
a réagi en leur disant : "Je suis le plus âgé, mais Lui est majeur
et, dans notre famille, il ne me semble pas qu'il y ait jamais eu des sots ou
des fous. Comme il est majeur depuis déjà quatre lustres, Lui sait ce qu'il
fait. Allez donc l'interroger, et si Lui refuse, laissez-le tranquille. Il
est responsable de ses actes". Mais ensuite, et
précisément la veille du sabbat, il est venu de tes disciples... Tu me
regardes, Fils ? Permets-moi de ne pas te dire leurs noms, mais
permets-moi de te dire de leur pardonner… [3] 112> Un fils qui aurait levé la main sur les cheveux blancs de son père, un
lévite qui aurait profané l'autel et craindrait la colère de Jéhovah, ne seraient pas comme ils
étaient... Ils venaient de Capharnaüm où ils t'avaient cherché... Ils avaient
fait les routes du lac, de Capharnaüm à Magdala, et puis à Tibériade,
espérant te trouver, et ils s'étaient rencontrés avec Hermas et Etienne qui
descendaient avec d'autres à Jérusalem, après, avoir été quelques jours les
hôtes de Gamaliel. Je ne veux pas dire ce qu'eux ont dit, ce qu'ils veulent
te dire, et brûlent de te dire. Mais leurs paroles avaient augmenté encore
plus la douleur des disciples qui furent égarés au point de s'unir à ceux qui
voulaient te trahir par une onction trompeuse. Quand ils sont venus, Joseph
était chez moi, et cela tombait bien. Oh ! Joseph n'est pas encore
arrivé à la Lumière, mais il en est déjà à la naissance de son aurore. Joseph
a compris le piège et... il t'aime maintenant beaucoup, notre Joseph. Il
t'aime, je n'ose pas dire justement, mais au moins, comme un aîné qui souffre
de ta souffrance, qui veille sur ta sauvegarde, qui connaît tes ennemis... Voilà pourquoi je
sais ce qu'ils t'ont fait, mon Fils. Une douleur... Et une joie, parce que
plus d'un t'a reconnu pour ce que tu es. Pour Toi et pour moi, cette douleur
et cette joie. Et nous pardonnons à tous, n'est-ce pas ? Moi, j'ai déjà
pardonné à ceux qui se sont repentis, dans la mesure où cela m'était
permis." "Maman, tu
pouvais donner tout pardon, même pour Moi, car Moi, j'avais déjà pardonné en
voyant leurs cœurs. Ce sont des hommes... Tu l'as bien dit !... Mais
j'ai aussi la joie de voir Joseph avancer vers l'aurore de la vraie
Lumière..." "Oui, lui
espérait te voir. C'était bien que tu le voies. Aujourd'hui, il était absent
jusqu'au coucher du soleil, et il sera peiné de ne pas te voir. Mais il
pourra le faire à Jérusalem." "Non, Mère. Je
ne resterai pas à Jérusalem de manière à être vu. J'ai besoin d'évangéliser
la Cité et les alentours, et on m'en chasserait tout de suite si l'on me
découvrait. Je devrai donc agir comme quelqu'un qui fait le mal alors que je
ne veux faire que du bien... Mais c'est ainsi." "Alors tu ne
verras pas Joseph ? Il part demain pour les Tabernacles. Vous pouviez
faire le voyage ensemble..." "Je ne
puis..." "C'est à ce
point qu'ils te persécutent déjà, mon Fils ?" Quelle angoisse il y
a dans la voix de la Mère ! 113> "Non, Mère, non.
Pas plus qu'auparavant. Rassure-toi. Et même... de bons esprits viennent à
Moi. D'autres, qui ne sont pas bons, s'arrêtent à
réfléchir, alors qu'auparavant ils frappaient sans raison; les disciples
augmentent, les anciens se forment de plus en plus, les apôtres se
perfectionnent. Je ne parle pas de Jean : il a toujours été une grâce
que le Père m'a faite, mais je parle de Simon de Jonas et des autres Simon,
dont je puis dire que de jour en jour il change, d'homme qu'il était en
apôtre, et tu sais ce que je veux dire. Et il me donne tant de Joie. Et
Nathanaël et Philippe qui se détachent des liens de leurs idées. Et Thomas
et... Mais que dis-je ! Tous. Oui, crois-le. Tous à cette heure sont
bons : ma joie. Tu dois être tranquille, me sachant avec eux :
amis, consolateurs, défenseurs de ton Fils. Puisse-tu être ainsi défendue et
aimée !" "Oh ! moi,
j'ai Marie, j'ai les épouses de Joseph et de Simon et eux-mêmes et leurs
enfants. J'ai le bon Alphée. Et puis, à Nazareth, qui n'aime pas Marie de
Nazareth ? Tu dois être tranquille... Tout un village aime ta
Mère." "Mais ils ne
m'aiment pas encore, sauf quelques-uns. Je le sais, et je sais que leur amour
pour toi est imprégné de ta compassion que l'on a pour la mère d'un fou et
d'un vagabond. Mais tu sais que je ne le suis pas et que je t'aime. Tu sais
que me séparer de toi c'est l'obéissance, je ne dis pas la plus grande, mais
la plus affectueusement douloureuse que me demande le Père..."
114> "Si les hommes étaient meilleurs, je serais revenu encore
à Nazareth. Mais même Nazareth... N'importe. Ils viendront à Moi. Pour le
moment, je vais vers les autres... et je ne peux t'emmener avec Moi. Je ne
reviendrai plus ici que quand ils sauront qui je suis. Maintenant je vais en
Judée... Je monte au Temple... Puis je resterai dans ces contrées... Je
parcourrai encore une fois la Samarie. Je travaillerai là où il y a le plus à
faire. Aussi, ô Mère, je te conseille de te préparer à me rejoindre au début
du printemps et de t'établir près de Jérusalem. Nous nous verrons plus
facilement. Je remonterai jusqu'à la Décapole encore quelques fois et nous
nous verrons encore... Je l'espère. Mais je resterai généralement en Judée.
Jérusalem est la brebis qui a le plus besoin de soins car, en vérité, elle
est plus têtue qu'un vieux mouton et plus querelleuse qu'un bouc sauvage. Je
vais y répandre la Parole comme une rosée qui ne se lasse pas de tomber sur
son aridité..." Jésus se lève,
s'arrête, regarde sa Mère qui le fixe attentivement. Il ouvre la bouche, puis
il secoue la tête en disant : "Il y a encore cela à dire, avant la
dernière chose... Mère, si Joseph veut me parler, qu'il soit vers l'aube
d'après-demain sur la route qui de Nazareth va à Jezraël
par le Thabor. J'y serai seul ou avec Jean." "Je le dirai,
mon Fils." Un silence, un
silence profond, car les oiseaux ont fini de se quereller dans les feuillages
et le vent aussi se tait, alors que le crépuscule s'assombrît. Puis Jésus,
qui semble avoir cherché péniblement les dernières paroles à dire, dit :
"Maman, la pause est finie... Un baiser, Maman, et ta bénédiction."
Ils s'embrassent et se bénissent mutuellement. Puis Jésus, se
penchant pour ramasser le voile de sa Mère, appelle Jean comme pour rendre
moins solennelles ses paroles, et il dit : "Quand tu viendras en
Judée, apporte-moi mon vêtement le plus beau, celui que tu m'as tissé pour
les fêtes solennelles. A Jérusalem, je dois être le "Maître" au
sens le plus large, et même plus sensiblement humain, puisque ces esprits
fermés et hypocrites regardent davantage l'extérieur : le vêtement, que
l'intérieur : la doctrine. Et ainsi même Judas de Kériot
sera content... et content aussi Joseph qui me verra vraiment en vêtement
royal. Oh ! ce sera un triomphe ! Et le vêtement que tu as tissé y
contribuera..." et il sourit en hochant la tête pour atténuer la vérité
cruelle que cachent ces paroles. Mais Marie ne s'y
trompe pas. Elle se lève et s'appuie au bras de Jésus en s'écriant :
"Fils !" avec un déchirement qui me fait souffrir. 115> Jésus la serre sur son cœur, et elle pleure sur ce cœur...
Ils prient ensemble
et sont aux derniers mots du Pater quand Jean apparaît et dans la pénombre,
quand il est proche, voit avec étonnement les traces de larmes sur le visage
de Marie. Mais il ne dit rien à ce propos. Il salue le Maître et Lui
dit : "Je serai à l'aurore sur la route, hors de Nazareth... Viens,
Mère. En dehors du bois, il fait encore clair, et en bas, la route est bien
éclairée par les lanternes des chars qui y circulent..." Marie embrasse encore Jésus en pleurant dans
son voile et puis, aidée par Jean qui la tient par le coude, elle descend le
sentier et puis en bas, vers la vallée. |
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Jésus reste seul à prier, à réfléchir, à pleurer. Car Jésus pleure en regardant sa Mère qui descend. Et puis il revient où il était avant et reprend la position qu'il avait alors que l'ombre et le silence deviennent de plus en plus épais autour de Lui. |
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[1] La tentative de
couronnement à l’initiative de Chouza. Jean qui a
suivi Jésus est le seul à connaître la grande déception de Jésus. Cf. 7.156. et
7.157
[2] Joseph, à la suite d’une
altercation avec des pharisiens, voulait absolument donner des conseils à Jésus
sur la manière de se comporter avec les puissants et de conquérir le pouvoir.
Cf. 6.152
[3] Il s’agit de Manaën et
de Timon d’Aëra qui s’étaient fourvoyés dans le
complot du couronnement.