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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
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lundi 18 février 30 (26
Adar)
- Les Sichémites voudraient le détourner des juifs 160 - Malgré le
manque d'amour Jésus persévérera 161 - Sa mort
rédemptrice 162 - Discours (La
pierre et la goutte d'eau : 162 - L'humanité et
Jésus) 163 - La mort de
Jésus et ses fruits d'unité 164 - Jésus peut
laisser aller les enfants sans lui 165 |
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160> Jésus est en train de marcher sur une route
solitaire. Il a devant Lui les parents des enfants et à ses côtés les gens de
Sichem. Ils sont dans une région déserte, pas de ville en vue. Les enfants
ont été mis en selle sur des ânes, et un parent tient la bride tout en
surveillant l'enfant. Les autres ânes qui n'ont pas de cavaliers, car ceux de
Sichem ont préféré marcher à pied pour rester près de Jésus, précèdent le
groupe des hommes, marchant en bande et brayant de temps à autre par la joie
de revenir à leurs écuries sans être chargés, par une splendide journée,
entre des talus bordés d'herbe nouvelle où de temps en temps ils plongent
leurs museaux pour en goûter une bouchée, et puis en un pas amusant
caracolent pour rejoindre leurs compagnons montés. Ce qui fait rire les
enfants. Jésus parle avec les sichémites ou écoute leurs conversations. Il est visible que
les samaritains sont fiers d'avoir avec eux le Maître et rêvent plus qu'il ne
convient. Au point de dire à Jésus, en montrant les hautes montagnes qui sont
à la gauche des voyageurs qui vont vers le nord : "Tu vois ? Ils ont une
mauvaise renommée l'Ebal et le Garizim [1], mais pour Toi, au
moins, ils sont meilleurs que Sion de beaucoup et ils le seraient totalement
si tu le voulais, en les choisissant pour y demeurer. 161> Sion est toujours un repaire de jébuséens, et ceux de
maintenant sont pour Toi encore plus hostiles que les anciens pour David.
Lui, en usant de violence prit la citadelle; mais Toi qui n'uses pas de
violence, tu n'y régneras pas. Jamais. Reste parmi nous, Seigneur, et nous
t'honorerons." Jésus répond :
"Dites-moi : m'auriez-vous aimé si j'avais voulu vous conquérir par la
violence ?" "Vraiment...
non. Nous t'aimons justement parce que tu es tout amour." "C'est pour cela
donc, à cause de l'amour, que je règne en vos cœurs ?" "Oui, Maître.
Mais c'est parce que nous avons accueilli ton amour. Eux, ceux de Jérusalem,
ne t'aiment pas." "C'est vrai. Ils
ne m'aiment pas. Mais vous, qui êtes tous d'habiles commerçants, dites-moi :
quand vous voulez vendre, acheter, faire des bénéfices, perdez-vous peut-être
courage parce qu'en certains endroits on ne vous aime pas, ou bien
faites-vous, malgré cela, vos affaires en vous préoccupant uniquement de
faire de bons achats et de bonnes ventes sans vous demander si de l'argent
que vous gagnez est absent l'amour de vos acheteurs ou de vos vendeurs
?" "C'est seulement
de l'affaire que nous nous préoccupons. Peu nous importe s'il y manque
l'amour de ceux qui traitent avec nous. Finie l'affaire, fini le contact. Le
profit reste... Le reste n'a pas de valeur."
162> "Mais il te
faudrait des siècles pour les vaincre. Toi... tu es un homme. Tu ne vivras
pas des siècles. Pourquoi perdre ton temps là où on ne veut pas de Toi
?" "Je vivrai
beaucoup moins. Et même bientôt je ne serai plus parmi vous, je ne verrai
plus les aubes et les couchers de soleil comme les pierres milliaires des
jours qui commencent et des jours qui s'achèvent, mais je les contemplerai
uniquement comme des beautés de la Création et je louerai pour eux le
Créateur qui les a faits et qui est mon Père; je ne verrai plus fleurir les
arbres et mûrir les récoltes, et je n'aurai pas besoin des fruits de la terre
pour me conserver en vie, car revenu dans mon Royaume, je me nourrirai
d'amour. Et pourtant j'abattrai les nombreuses forteresses fermées que sont
les cœurs des hommes.
163> Non. Des millions et
des millions de gouttes, l'une après l'autre, l'une après l'autre se sont
succédées, jaillissant comme une larme de là-haut, tombant avec un
scintillement pour frapper le rocher et y mourir avec une note d'harpe, et
ont creusé d'une profondeur inappréciable tant elle était nulle, la matière
dure. Et ainsi pendant des siècles, avec le mouvement régulier du sable dans
un sablier, pour marquer le temps : tant de gouttes à l'heure, tant au cours
d'une veille, tant entre l'aube et le couchant, et la nuit et l'aurore, tant
par jour, tant d'un sabbat à un sabbat, tant d'une nouvelle lune à une nouvelle
lune, tant d'un mois de Nisan à un mois de Nisan, et d'un siècle à un siècle.
Le rocher résistait, la goutte persistait. L'homme qui est orgueilleux et
donc impatient et peu partisan de l'effort, aurait jeté la masse et la gouge
après les premiers coups en disant : "C'est une chose qu'on ne peut
creuser". La goutte a creusé. C'était ce qu'elle devait faire, ce
pourquoi elle a été créée. Et elle a coulé, une goutte après l'autre, pendant
des siècles, pour arriver à creuser le rocher. Et elle ne s'est pas arrêtée
ensuite en disant : "Maintenant c'est le ciel qui pensera à nourrir la
coupe que j'ai creusée, avec les rosées et les pluies, les gelées et les
neiges". Mais elle a continué de tomber et c'est elle seule qui emplit
la coupe minuscule pendant les chaleurs de l'été, pendant les rigueurs de
l'hiver, alors que les pluies violentes ou légères plissent le miroir, mais
ne peuvent ni l'embellir ni l'élargir ni l'approfondir parce qu'il est déjà
comble, utile, beau. La source sait que ses filles, les gouttes, s'en vont
mourir là dans le petit bassin, mais elle ne les retient pas. Elle les
pousse, au contraire, vers leur sacrifice, et pour qu'elles ne restent pas
seules en tombant ainsi dans la tristesse, elle leur envoie de nouvelles
sœurs pour que celle qui meurt ne soit pas seule et se voit perpétuée en
d'autres. Moi aussi, en frappant des centaines et des milliers de fois les
dures forteresses des cœurs durs et en me perpétuant dans mes successeurs que
j'enverrai jusqu'à la fin des siècles, j'ouvrirai en eux des passages et ma
Loi entrera comme un soleil partout où il y a des créatures. Que si ensuite
elles ne veulent pas de la Lumière et ferment les passages qu'un inépuisable
effort a ouverts, mes successeurs et Moi, nous n'en serons pas coupables aux
yeux de notre Père. Si cette source s'était ouvert un autre chemin, en voyant
la dureté du rocher, et s'était égouttée plus loin où il y a un terrain
herbeux, vous, dites-moi, si nous aurions eu cette gemme brillante et les
oiseaux ce limpide réconfort ?" "On ne l'aurait
même pas vue, Maître." "Tout au plus...
un peu d'herbe plus touffue même en été aurait indiqué l'endroit où la source
s'égouttait." 164> "Ou... moins d'herbe qu'ailleurs, les racines pourrissant
par suite d'une humidité continuelle." "Et de la boue.
Rien de plus. Des gouttes inutiles."
"Et tu crois y
réussir ? Que pourras-tu faire de plus que tu n'as déjà fait pour amener tes
adversaires à ta parole ? Quoi ? Si même la résurrection de l'homme de
Béthanie n'a pas suffi pour faire dire aux juifs que tu es le Messie de Dieu
?" "J'ai encore
quelque chose à faire de plus grand, de beaucoup plus grand que ce que j'ai
déjà fait." "Quand, Seigneur
?"
"Y aura-t-il un
signe dans le ciel ? On dit que quand tu es né, le ciel se fit entendre par des
lumières, des chants et des étoiles extraordinaires." "C'est vrai.
Pour dire que la Lumière était venue dans le monde. Alors, en Nisan, le ciel
et la terre auront des signes, et cela semblera la fin du monde, à cause des
ténèbres et des secousses et du rugissement de la foudre dans le firmament et
des tremblements dans les entrailles ouvertes de la Terre. Mais ce ne sera
pas la fin. Ce sera le commencement, au contraire. D'abord, à ma venue, le
Ciel enfanta pour les hommes le Sauveur, et comme c'était une action de Dieu,
la paix accompagnait l'événement. Au nisan, ce sera la Terre qui par sa
propre volonté enfantera pour elle le Rédempteur, et comme ce sera une action
des hommes, elle ne sera pas accompagnée de la paix. Mais il y aura une
convulsion horrible. Et dans l'horreur de l'heure du siècle et de l'enfer, la
Terre déchirera son sein sous les flèches enflammées de la colère divine, et
elle criera sa volonté, trop ivre pour en comprendre la portée, trop possédée
par Satan pour l'empêcher. 165> Comme une folle qui enfante, elle croira détruire le fruit considéré comme maudit, et elle ne
comprendra pas qu'au contraire elle relèvera ainsi en des lieux où jamais
plus la douleur et les embûches ne le rejoindront. L'arbre, le nouvel arbre,
à partir de ce moment étendra ses branches sur toute la Terre, à travers tous
les siècles, et Celui qui vous parle, avec amour ou avec haine, sera reconnu
pour le vrai Fils de Dieu et le Messie du Seigneur. Et malheur à ceux qui le
reconnaîtront sans vouloir l'avouer, et sans se convertir à Moi." "Où cela
arrivera-t-il, Seigneur ?" "À Jérusalem.
Elle est bien la cité du Seigneur." "Alors nous n'y
serons pas car au Nisan la Pâque nous retient ici. Nous sommes fidèles à notre
Temple." "Il vaudrait
mieux que vous soyez fidèles au Temple vivant qui n'est ni sur le Moriah ni sur le Garizim, mais qui, étant divin, est
universel. Mais Moi je sais attendre votre heure, celle où vous aimerez Dieu
et son Messie en esprit et en vérité.' "Nous croyons
que tu es le Christ. C'est pour cela que nous t'aimons." "Aimer, c'est
laisser le passé pour entrer dans mon présent. Vous ne m'aimez pas encore
parfaitement." Les samaritains se
regardent par en dessous, silencieusement. Puis l'un d'eux dit : "Pour
Toi, pour venir à Toi, nous le ferions. Mais nous ne pourrions pas, même si
nous le voulions, entrer là où sont les juifs. Tu le sais. Eux ne veulent pas
de nous..." "Et vous ne
voulez pas d'eux. Mais soyez en paix. D'ici peu il n'y aura plus deux
régions, deux Temples, deux pensées opposées. Mais un unique peuple, un
unique Temple, une unique foi pour tous ceux qui veulent la Vérité. Mais
maintenant je vous quitte. Les enfants sont désormais consolés et distraits,
et long est pour Moi le chemin de retour à Éphraïm pour arriver avant la
nuit. Ne vous agitez pas. Cela pourrait attirer l'attention des petits et il
ne faut pas qu'ils remarquent mon départ. Continuez. Moi je m'arrête ici. Que
le Seigneur vous guide sur les sentiers de la Terre et sur les sentiers de sa
Voie. Allez." |
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Jésus s'approche de
la montagne et les laisse s'éloigner. La dernière chose que l'on remarque de
la caravane qui retourne à Sichem, c'est le joyeux éclat de rire d'un enfant
qui se propage dans le silence du chemin montagneux. |
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