|
"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
|
||
|
Dimanche 17 février 30
(25 Adar)
- Jésus prie sur
la petite île 154 - Les parents
des enfants sont arrivés 154 - Judas revient
de la fontaine 155 - Gratitude des
gens de Sichem 155 - Les parents
racontent la dispute familiale 156 - Et la visite
des larrons 156 - Ils
s'occuperont des enfants et du pastoureau 157 - Les trois
enfants présentés aux quatre frères 158 - Les larrons se
sont excusés du retard 160 - Ceux de Sichem
arrachent à Jésus une promesse 160 |
Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 8 8.18 |
||
|
154> Jésus est seul dans la petite île au milieu du
torrent. Sur la rive, au-delà du torrent, jouent les trois enfants et ils
chuchotent à voix basse comme s'ils ne voulaient pas troubler la méditation
de Jésus. Parfois le plus petit pousse un petit cri de joie en découvrant un
petit caillou de belle couleur ou une fleur nouvelle; les autres le font
taire en lui disant : "Tais-toi ! Jésus prie..." et le chuchotement
reprend pendant que les petites mains brunes construisent avec le sable des
petits blocs et des cônes qui, dans leur imagination enfantine, devraient
être des maisons et des montagnes. Là-haut le soleil
resplendit gonflant toujours plus les bourgeons sur les arbres et ouvrant les
boutons dans les prés. Le feuillage vert-gris du peuplier tremble et les
oiseaux à son sommet se chamaillent en des rivalités d'amour qui se terminent
tantôt par un chant, tantôt par un cri de douleur. Jésus prie. Assis sur
l'herbe, séparé par une touffe de joncs du sentier de la rive, il est absorbé
dans son oraison mentale. Parfois il lève les yeux pour observer les petits
qui jouent sur l'herbe, puis il les baisse de nouveau pour se plonger dans
ses pensées. Un bruit de pas parmi
les arbres de la rive et l'arrivée subite de Jean sur la petite île mettent en fuite les
oiseaux qui s'envolent de la cime du peuplier, mettant fin à leur carrousel
avec des cris effrayés. Jean ne voit pas tout
de suite Jésus qui est caché par des joncs et, un peu interdit, il crie :
"Où es-tu, Maître ?" Jésus se lève alors
que les trois enfants crient de la rive opposée : "Il est là-bas !
Derrière les hautes herbes." Mais Jean a déjà vu
Jésus et il va vers Lui en disant : "Maître, ils sont venus les parents,
les parents des enfants et avec beaucoup de gens de Sichem. Ils sont allés chez Malachie, et Malachie les a
conduits à la maison. Je suis venu te chercher." 155> "Et Judas, où est-il ?" "Je ne sais pas,
Maître. Il est sorti tout de suite après que tu es venu ici et il n'est plus
revenu. Il doit être en ville. Veux-tu que je le cherche ?" "Non, il ne faut
pas. Reste ici avec les enfants. Je veux d'abord parler aux parents." "Comme tu veux,
Maître." Jésus s'en va et Jean
rejoint les enfants et se met à les aider dans leur grande entreprise
d'établir un pont sur un fleuve imaginaire fait de longues feuilles de roseau
disposées sur le sol pour représenter l'eau... Jésus entre dans la
maison de Marie de Jacob qui est sur la porte à l'attendre et
qui Lui dit : "Ils sont montés sur la terrasse. Je les y ai conduits en
leur offrant de se reposer, mais voici Judas qui accourt du village. Je vais
l'attendre et puis préparer de quoi se restaurer pour les pèlerins qui sont
très fatigués." Jésus aussi attend
Judas dans l'entrée qui est un peu sombre par rapport à la lumière
extérieure. Judas ne voit pas tout de suite Jésus et d'un air hautain il dit
à la femme en entrant : "Où sont les gens de Sichem ? Déjà partis
peut-être ? Et le Maître ? Personne ne l'appelle ? Jean..." Il voit Jésus
et change de ton pour dire : "Maître ! Je suis accouru quand j'ai su,
par pur hasard... Tu étais déjà à la maison ?" "Il y avait
Jean, et il m'a cherché." "Moi... j'y
aurais été aussi. Mais à la fontaine des gens m'avaient invité à leur
expliquer certaines choses..." Jésus ne répond rien.
Il n'ouvre bouche que pour saluer ceux qui l'attendent, assis en partie sur
les murets de la terrasse, en partie dans la pièce qui s'ouvre sur elle, et
qui en le voyant se lèvent pour Lui faire honneur. Jésus, après les
avoir salués collectivement, les salue chacun par son nom, à l'étonnement
joyeux de ceux-ci qui Lui disent : "Tu te souviens encore de nos noms
?" Ce doit être des habitants de Sichem. Et Jésus répond :
"De vos noms, de vos visages, et de vos âmes. Vous avez accompagné les
parents des enfants ? Ce sont eux ?" "Ce sont eux.
Ils sont venus les prendre et nous nous sommes joints à eux pour te remercier
de ta pitié pour ces petits enfants d'une femme de Samarie. Il n'y a que Toi
pour faire ces choses !... 156> Tu es toujours le Saint qui ne fait que des œuvres saintes.
Nous aussi, nous nous souvenons toujours de Toi. Et maintenant, sachant que tu
étais ici, nous sommes venus pour te voir et pour te dire que nous te sommes
reconnaissants d'avoir choisi de te réfugier chez nous et de nous avoir aimés
dans les fils de notre sang. Mais maintenant écoute les parents." Jésus, suivi de
Judas, se dirige vers eux et les salue de nouveau pour les inviter à parler. "Nous, nous ne
savons pas si tu le sais, nous sommes les frères de la mère des enfants, et
nous étions très fâchés avec elle, parce que sottement et contre nos
conseils, elle avait voulu ce mariage malheureux. Notre père fut faible pour
l'unique fille de sa nombreuse descendance, au point que nous aussi nous
fûmes en colère contre lui et que pendant plusieurs années nous ne nous
sommes pas parlés ni vus. Puis, sachant que la main de Dieu s'appesantissait
sur la femme, et que c'était la misère dans sa maison, car une union impure
n'a pas la défense de la bénédiction divine, nous avons repris dans notre
maison notre vieux père pour qu'il n'eût pas d'autre douleur que la misère
dans laquelle languissait la femme. Et puis elle est morte, et nous l'avons
su. Tu étais passé depuis peu et nous parlions de Toi entre nous... Et nous,
en surmontant notre indignation, nous avons offert à l'homme par
l'intermédiaire de lui et lui (deux de Sichem) de reprendre les enfants. Ils
étaient par moitié de notre sang. Il répondit qu'il préférait les voir morts
de malemort que vivants de notre pain. Nous n'avons pas eu les enfants ni le
corps de notre sœur, même pas lui, pour qu'il eût une sépulture selon nos
rites ! Et alors nous lui avons juré la haine ainsi qu'à sa descendance. Et
la haine l'a frappé comme une malédiction au point qu'après avoir été libre
il devint serviteur et de serviteur... un cadavre, mort comme un chacal dans
une tanière puante. Nous ne l'aurions jamais su car depuis longtemps tout
était mort entre nous. Et nous avons eu grand peur, cela seulement, quand il
y a maintenant huit nuits, nous avons vu paraître dans notre aire les
larrons. Et puis, sachant pourquoi ils avaient paru, l'indignation, plutôt
que la douleur, nous mordit comme du venin et nous nous sommes hâtés de
congédier ces voleurs en leur offrant une bonne récompense pour avoir leur
amitié, et nous avons été étonnés en les entendant dire qu'ils s'étaient déjà
payés et qu'ils ne voulaient rien d'autre." Judas rompt à
l'improviste le silence attentif que tous gardent par un éclat de rire
ironique et il crie : "Leur conversion ! Totale ! En vérité !" 157> Jésus le regarde avec sévérité, les autres avec étonnement, et
celui qui parle continue : "Et que pouvais-je attendre de plus d'eux ?
N'était-ce pas déjà beaucoup d'être venus amener le pastoureau en défiant les
dangers sans prendre de récompense ? À une vie malheureuse il faut une manière
de faire malheureuse. Certainement il ne fut pas important le butin fait sur
ce sot, mort comme un vagabond ! Pas important ! Et à peine suffisant pour
eux qui devaient suspendre leurs vols pendant dix jours au moins. Et leur
honnêteté nous a tellement étonnés, tellement que nous leur avons demandé
quelle voix leur avait parlé pour leur inculquer cette pitié, et nous avons
appris ainsi que c'était un rabbi qui leur avait parlé... Un rabbi ! Ce ne
pouvait être que Toi ! En effet aucun autre rabbi d'Israël ne pourrait faire
ce que tu as fait. Et une fois qu'ils furent partis, nous avons interrogé de
plus près le jeune pastoureau effrayé et nous avons su plus exactement les
choses. Tout d'abord nous savions seulement que le mari de notre sœur était
mort et que les enfants étaient à Éphraïm chez un juste, et puis que ce
juste, qui était un rabbi, leur avait parlé, et tout de suite nous avons
pensé que c'était Toi. Et entrés à Sichem à l'aurore nous en avons parlé avec
eux car nous n'avions pas encore décidé si nous accueillerions les enfants.
Mais eux nous ont dit : "Et quoi ? Voudriez-vous que ce soit en vain que
le Rabbi de Nazareth ait aimé les enfants ? Parce que c'est certainement Lui,
n'en doutez pas. Allons tous le trouver plutôt, car sa bienveillance est
grande envers les fils de Samarie". Et, une fois réglées nos affaires,
nous sommes venus. Où sont les enfants ?" , "Près du
torrent. Judas, va leur dire qu'ils viennent." Judas s'en va.
"Ce sont des
fils de Dieu. Ce sont des innocents. La mort annule le passé et
l'expiation obtient le pardon, même de Dieu. Voudriez-vous être plus sévères
que Dieu ? Et plus cruels que les larrons ? Et plus obstinés qu'eux ? Les
larrons voulaient tuer le pastoureau et garder les enfants. Lui par prudence,
eux par humaine pitié envers des enfants sans défense. Le Rabbi a parlé, et
eux n'ont pas tué, et ils ont même accepté de vous amener le petit berger.
Devrai-je connaître la défaite avec des cœurs droits, ayant vaincu le crime
?..." 158> "C'est que... Nous sommes quatre frères et il y a déjà
trente-sept enfants dans la maison..." "Et là où
trente-sept passereaux trouvent leur nourriture, parce que le Père des Cieux
leur fait trouver le grain, est-ce que quarante ne le trouveront pas ? Est-ce
que par hasard la puissance du Père ne pourra pas procurer la nourriture à
trois autres, ou plutôt quatre, de ses fils ? Est-ce que cette divine
Providence est limitée ? Est-ce que l'Infini aura peur de féconder davantage
vos semences, vos arbres et vos brebis, pour qu'il y ait suffisamment de pain,
d'huile, de vin, de laine et de viande pour vos enfants et les quatre autres
pauvres petits restés seuls ?" "Ils sont trois,
Maître !" "Ils sont
quatre. Le pastoureau est orphelin lui aussi. Pourriez-vous, si Dieu vous
apparaissait ici, soutenir que votre pain est tellement mesuré que vous ne
pouvez nourrir un orphelin ? La pitié pour l'orphelin est commandée par le
Pentateuque..." "Nous ne le
pourrions pas, Seigneur. C'est vrai. Nous ne serons pas inférieurs aux
voleurs. Nous donnerons le pain, le vêtement et le logement même au petit
berger, et par amour pour Toi." "Par amour. Par
amour total : pour Dieu, pour son Messie, pour votre sœur, pour votre
prochain. Voilà l'hommage et le pardon qu'il faut donner à votre sang ! Non
pas un froid tombeau pour sa poussière. Le pardon c'est la paix. Paix pour
l'esprit de l'homme qui a péché. Mais ce ne serait qu'un pardon mensonger,
tout extérieur, sans aucune paix pour l'esprit de la morte, votre sœur et
mère de ces petits si, à la juste expiation de Dieu s'unissait, pour la
tourmenter, de savoir que ses enfants paient, innocents qu'ils sont, pour son
péché. La miséricorde de Dieu est infinie, mais unissez-y la vôtre pour
donner la paix à la morte." "Oh ! Nous le
ferons ! Nous le ferons ! À personne ne se serait soumis notre cœur, mais à
Toi, ô Rabbi, qui es passé un jour parmi nous pour semer une semence qui
n'est pas morte et qui ne mourra pas." "Amen ! Voilà
les enfants..." Jésus les montre sur le bord du torrent qui se dirigent
vers la maison, et il les appelle.. Ils laissent la main
des apôtres et accourent en criant : "Jésus ! Jésus !" Ils entrent,
montent l'escalier, arrivent sur la terrasse et s'arrêtent intimidés devant
tant d'étrangers qui les regardent. 159> "Viens Ruben, et toi Élisée, et toi Isaac. Eux sont les frères
de votre mère, et ils sont venus vous prendre pour vous joindre à leurs
enfants. Voyez comme est bon le Seigneur ? C'est
vraiment comme cette colombe de Marie de Jacob que nous avons vue avant-hier
donner la becquée à un petit qui n'était pas le sien, mais celui de son frère
mort. Lui vous recueille et vous donne à eux pour qu'ils aient soin de vous
et que vous ne soyez plus orphelins. Allons ! Saluez vos parents." "Le Seigneur
soit avec vous, seigneurs" dit timidement le plus grand en regardant par
terre, et les deux plus petits lui font écho. "Celui-ci
ressemble beaucoup à la mère, et aussi cet autre, mais celui-là (le plus
grand) c'est tout à fait le père" observe un parent. "Mon ami, je ne
crois pas que tu sois assez injuste pour faire une différence d'amour à cause
d'une ressemblance de visage" dit Jésus. "Oh ! non. Cela
non. J'observais... et je réfléchissais... Je ne voudrais pas qu'il ait aussi
le cœur du père." "C'est un enfant
encore tendre. Ses simples paroles trahissent pour sa mère un amour bien plus
vif que tout autre amour." "Il les tenait
pourtant mieux que nous ne croyions. Ils sont bien vêtus et bien chaussés. Il
avait peut-être fait fortune..." "Mes frères et
moi nous avons des vêtements neufs car Jésus nous a habillés. Nous n'avions
ni chaussures ni manteaux, nous étions tout à fait comme le berger" dit
le second qui est moins timide que le premier. "Nous te
dédommagerons de tout, Maître" répond un parent et il ajoute : "Joachim de Sichem avait les offrandes
de la ville, mais nous y joindrons encore de l'argent..." *Non, je ne veux pas
d'argent. Je veux une promesse. Une promesse d'amour pour eux que j'ai
arrachés aux larrons. Les offrandes... Malachie, prends-les pour les pauvres
que tu connais et fais-en une part à Marie de Jacob, car sa maison est bien
misérable." "Comme tu le
veux. S'ils sont bons nous les aimerons." "Nous le serons,
Seigneur. Nous savons qu'il faut l'être pour retrouver notre mère et remonter
le fleuve, jusqu'au sein d'Abraham et ne pas enlever des mains de Dieu le
filin de notre barque pour ne pas être emportés par le courant du démon"
dit Ruben tout d'un trait. "Mais que dit
l'enfant ?" "C'est une
parabole qu'il a entendue de Moi. Je l'ai
dite pour consoler leurs cœurs et donner à leurs esprits une ligne de
conduite. Les enfants l'ont retenue et ils l'appliquent à toutes leurs
actions. Familiarisez-vous avec eux pendant que je parle à ceux de
Sichem..." 160> "Maître, encore un mot. Ce qui nous a étonnés chez les
larrons, c'est qu'ils nous ont prié de dire au Rabbi, qui avait avec Lui les
enfants, de leur pardonner d'avoir mis autant de temps pour venir, en
considérant que toutes les routes ne leur étaient pas ouvertes et que la
présence d'un enfant avec eux empêchait de longues marches à travers les
gorges sauvages." [1] "Tu entends,
Judas ?" dit Jésus à l'Iscariote qui ne réplique pas. Et puis Jésus s'isole
avec ceux de Sichem, qui Lui arrachent la promesse d'une visite, si brève
qu'elle soit, avant la grande chaleur de l'été. Et pendant ce temps ils
racontent à Jésus des choses de la ville et comment ceux qui ont eu leurs
âmes ou leurs corps guéris se souviennent de Lui. |
|||
|
Pendant ce temps
Judas et Jean s'efforcent de familiariser les enfants avec leurs parents... |
|||
[1] La région est quadrillée
par une opération policière de grande envergure (voir le
chapitre précédent)