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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
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dans la nuit du mardi au mercredi
- Judas veut
renvoyer des visiteurs 166 - Mais Jean est
prêt à aller chercher le Maître 166 - On a cherché Jésus
partout 167 - N'ajouter foi
qu'à des disciples connus 168 - Manaën arrive
en visiteur nocturne 168 - Comment il
s'est approché d'ici 169 - La ruse de
Nique et celle de Marie-Madeleine 170 - Joseph et
Nicodème verront Jésus en secret 170 |
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166> La nouvelle que Jésus est à Éphraïm,
peut-être parce que les habitants eux-mêmes s'en sont vantés ou pour d'autres
motifs que j'ignore, doit s'être répandue car désormais nombreux sont ceux
qui viennent chercher Jésus, des malades pour la plupart, des affligés et
aussi des gens désireux de le voir. Je m'en rends compte car j'entends l'Iscariote dire à un groupe de pèlerins venus de
la Décapole [1] : "Le Maître
n'est pas là. Mais il y a Jean et moi, et c'est la
même chose. Dites donc ce que voulez et nous le ferons." "Mais vous ne pourrez
jamais enseigner ce que le Maître enseigne" objecte quelqu'un. "Nous sommes
d'autres Lui, homme. Souviens-t'en toujours. Mais
si tu tiens à entendre le Maître reviens avant le sabbat et retourne chez toi
après. Le Maître est maintenant un vrai maître. Il ne parle plus sur tous les
chemins, ni dans les bois, ni sur les rochers comme un vagabond, et à toute
heure comme un esclave. Il parle ici au sabbat comme il Lui convient. Et il
fait bien ! Pour ce que cela Lui a servi de s'épuiser de fatigue et d'amour
!" "Mais ce n'est
pas notre faute si les juifs..." "Tous ! Tous !
Aussi bien juifs que non juifs ! Vous avez été et serez tous pareils. Lui est
tout à vous. Vous rien pour Lui. Lui donne. Vous, vous ne donnez pas, même
pas l'aumône que l'on donne au mendiant." "Mais nous
l'avons l'offrande pour Lui. La voilà, si tu ne nous crois pas." Jean, qui s'est
toujours tu mais souffre visiblement, tout en regardant avec des yeux qui
supplient et réprimandent, ou mieux qui sollicitent, ne peut plus se taire.
Alors que Judas allonge déjà la main pour prendre l'offrande, il met une main
sur le bras de son compagnon pour le retenir et il lui dit : "Non,
Judas. Cela, non. Tu sais l'ordre du Maître" et il se tourne vers ceux
qui sont venus pour dire : Judas bougonne
quelque chose entre ses dents, mais ne contredit pas ouvertement. Il s'assoit
près du foyer allumé comme pour se désintéresser de la chose. "Vraiment...
nous n'avons pas un grand besoin. Mais nous avons su qu'il était ici, et nous
avons traversé le fleuve pour venir le voir. Mais si nous avons mal
fait..." "Non, frères. Ce
n'est pas mal de l'aimer et de le chercher, même si cela est difficile et
fatigant. Et votre bonne volonté aura sa récompense. Je vais annoncer au
Seigneur votre venue, et certainement Lui viendra. Mais si vraiment il ne
venait pas, je vous apporterai sa bénédiction." Et Jean sort dans le
jardin pour aller à la recherche du Maître. "Laisse ! J'y
vais, moi" dit Judas impérieusement et il se lève pour courir dehors. Jean le regarde aller
et n'objecte rien. Il rentre dans la cuisine où sont entassés les pèlerins.
Mais immédiatement il leur propose : "Voulons-nous
aller à la rencontre du Maître ?" "Mais si Lui ne
voulait pas..." "Oh ! ne donnez
pas d'importance à un malentendu, je vous en prie. Vous connaissez
certainement les raisons pour lesquelles nous sommes ici. Ce sont les autres
qui obligent le Maître à ces mesures de prudence, ce n'est pas la volonté de
son cœur. Lui a toujours les mêmes sentiments pour vous tous." "Nous le savons.
Les premiers jours, après la lecture du décret, ce fut toute une recherche
au-delà du Jourdain et dans les endroits où ils pouvaient penser qu'il se
trouvait : à Bethabara, comme à Béthanie, à Pella et à Ramoth-Galaad et aussi ailleurs.
Et nous savons qu'il en a été ainsi pour la Judée et la Galilée. Les maisons
de ses amis ont été très surveillées car... si ses amis et ses disciples sont
nombreux, nombreux aussi sont ceux qui ne le sont pas et qui croient servir
le Très-Haut en persécutant le Maître. Puis les recherches ont subitement
cessé et le bruit s'est répandu qu'il était ici." [2] 168> "Mais vous, de qui l'avez-vous su ?" "De ses
disciples." "Mes compagnons
? Où ?" "Non. Aucun
d'eux. D'autres. Nouveaux, car nous ne les avons jamais vus avec le Maître ni
avec des anciens disciples. Et même nous avons été étonnés que Lui ait envoyé
des inconnus pour dire où il était, mais ensuite aussi nous avons pensé qu'il
l'avait fait parce que les nouveaux n'étaient pas connus par les juifs comme
disciples." "Je ne sais pas
ce que vous dira le Maître, Mais je vous dis que dorénavant vous ne devez
ajouter foi qu'à des disciples connus. Soyez prudents. Tous ceux de cette
nation savent ce qui est arrivé au Baptiste..." [3] "Tu penses
que..." "Si Jean, haï
par une seule femme, fut pris et mis à mort, qu'en sera-t-il de Jésus
également haï par le Palais royal et le Temple, et par les pharisiens, et les
scribes, les prêtres et les hérodiens ? Soyez donc vigilants pour ne pas
avoir de remords... Mais le voilà qui vient. Allons à sa rencontre." C'est une nuit
profonde et sans lune, mais éclairée par les étoiles. Je ne pourrais dire
l'heure ne voyant pas la position de la lune ni à quelle phase elle en est.
Je vois uniquement que c'est une nuit sereine, Éphraïm toute entière est
disparue dans le voile noir de la nuit. Le torrent lui-même est une voix, pas
autre chose. Son écume et son scintillement disparaissent totalement sous la
voûte verte des arbres des rives qui interdisent même cette lumière, qui n'en
est pas une, qui vient des étoiles. Un oiseau de nuit se
lamente quelque part. Puis il se tait à cause d'un bruissement de feuillage
et un bruit de roseaux rompus qui se rapproche de la maison en suivant le
torrent et en venant du côté de la montagne. Puis une forme élancée et
robuste émerge de la rive sur le sentier qui monte vers la maison. Elle
s'arrête un moment comme pour s'orienter. Elle rase le mur en tâtant avec les
mains. Elle trouve la porte, l'effleure et la dépasse, tourne, toujours en
tâtonnant au coin de la maison, jusqu'à rejoindre l'entrée du jardin. Le
visiteur nocturne l'essaie, l'ouvre, la pousse, entre. Il rase les murs qui
donnent sur le jardin. Il reste perplexe devant la porte de la cuisine. Puis
il poursuit jusqu'à l'escalier extérieur, le monte à tâtons et s'assoit sur
la dernière marche, ombre noire dans l'ombre. 169> Mais là-bas, vers l'orient, la couleur du ciel nocturne : un
voile noir dont on remarque seulement qu'il est tel à cause des étoiles qui
le piquent, commence à changer de couleur, c'est-à-dire à prendre une couleur
que l'œil arrive à percevoir comme telle : un gris d'ardoise qui paraît un
brouillard épais et fumeux et qui est seulement une première clarté de l'aube
qui s'avance. Et c'est lentement le miracle journalier, toujours nouveau, de
la lumière qui revient. Le visiteur qui
s'était accroupi par terre, tout recouvert par un manteau foncé, remue, étend
les bras, lève la tête, rejette son manteau un peu en arrière. C'est Manaën. Vêtu comme un homme
quelconque, d'un lourd vêtement marron et d'un manteau assorti. Une étoffe
rude de travailleur ou de pèlerin, toute unie, sans boucles ni ceinture. Un
cordon de laine retient son habit à la taille. Il se lève, déploie sa
stature. Il regarde le ciel où la lumière qui avance permet de voir ce qui
l'entoure. En bas, une porte s'ouvre en grinçant. Manaën se penche sans faire
de bruit pour voir qui sort de la maison. C'est Jésus qui avec précaution
referme la porte et se dirige vers l'escalier. Manaën rentre un peu et
s'éclaircît la gorge pour attirer l'attention de Jésus qui lève la tête et
s'arrête au milieu de l'escalier. "C'est moi,
Maître. C'est Manaën. Viens vite car je dois te parler. Je t'ai
attendu..." chuchote-t-il et il se penche pour le saluer. Jésus monte les
dernières marches : "Paix à toi. Quand es-tu venu ? Comment ? Pourquoi
?" demande-t-il. "Je crois qu'à
peine était passé le chant du coq, quand j'ai mis pied ici. Mais j'étais dans
les buissons, là-bas au fond, depuis hier à la seconde veille." "Toute la nuit
dehors !" "Il n'y avait
pas moyen de faire autrement. Je devais te parler, à Toi seul. Je devais
connaître le chemin pour venir, la maison et n'être pas vu. Aussi je suis
venu de jour et je me suis caché là-haut. J'ai vu s'apaiser la vie dans la
ville. J'ai vu Judas et Jean rentrer à la maison, et même Jean est passé
presque à côté de moi avec sa charge de bois, mais il ne m'a pas vu, car
j'étais bien caché dans le fourré. J'ai vu, tant qu'il a fait assez clair
pour y voir, une petite vieille qui entrait et
sortait, et le feu qui brillait dans la cuisine, et je t'ai vu descendre de
là-haut quand le crépuscule était déjà terminé, et la porte se fermer. Alors
je suis venu à la lumière de la lune nouvelle et j'ai reconnu le chemin. Je suis
même entré dans le jardin. La porte est plus inutile que s'il n'y en avait
pas. 170> J'ai entendu vos voix, mais je devais
parler à Toi seul. Je suis reparti pour revenir à la troisième veille et être
ici. Je sais que tu te lèves habituellement avant le jour pour prier, et j'ai
espéré qu'aujourd'hui aussi tu le ferais. Je loue le Très-Haut qu'il en soit
ainsi." "Mais quel motif
de devoir me voir avec tant de difficultés ?"
"C'est vrai.
Mais comment Nique a-t-elle pu le faire savoir aux autres ?" "En allant à
Béthanie. Lazare n'y est pas, mais
les sœurs y sont. Il y a Marie. Et Marie est-elle
une femme à s'effrayer de quelque chose ? Elle s'est habillée comme peut-être
ne le fit pas Judith pour aller trouver le roi, et elle est allée au Temple,
publiquement avec Sara et Noémi, et puis à son
palais de Sion. Et de là elle a envoyé Noémi chez
Joseph avec ce qu'il fallait dire. Et pendant... qu'astucieusement les juifs
allaient chez elle ou envoyaient des gens pour... lui rendre honneur, la
petite vieille Noémi, en habits négligés, allait à Bézèta chez l'Ancien [4]. Nous nous sommes
mis d'accord pour m'envoyer moi, le nomade que personne ne soupçonne quand on
le voit chevaucher à toute allure de l'une à l'autre des résidences d'Hérode,
ici pour te dire que la nuit entre le vendredi et le sabbat Joseph et
Nicodème, venant l'un d'Arimathie l'autre de Rama avant le coucher du
soleil, se rencontreraient à Goféna et qu'ils
t'attendraient là. Je connais l'endroit et la route, et je viendrai ici le
soir pour te conduire. À moi, tu peux te fier, mais ne te fie qu'à moi,
Maître. Joseph recommande que personne ne connaisse notre rencontre. Pour le
bien de tous." "Même le tien,
Manaën ?" 171> "Seigneur... moi, je suis moi. Mais je n'ai pas à
sauvegarder des biens et des intérêts de famille comme Joseph." "Et cela
confirme mes dires que les richesses matérielles sont toujours un fardeau...
Mais dis bien à Joseph que personne ne connaîtra notre rencontre." "Alors je puis
aller, Maître. Le soleil est levé et tes disciples pourraient se lever."
"Va et que Dieu
soit avec toi. Et même je t'accompagne pour te faire voir l'endroit où nous
nous trouverons la nuit du sabbat..." |
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Ils descendent sans
bruit et sortent du jardin pour descendre tout de suite sur les rives du
torrent. |
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[1] Voir la carte de la Palestine
historique
[2] Système d'enquête efficace
? Information fournie par Judas ? On ne sait …
[3] Jean-Baptiste a été
attiré hors de la zone où il s'était réfugié puis capturé (cf. Tome 3, Chapitre 40, page 236)