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"L'Évangile tel qu'il m'a été
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Vigilance de l’âme pour
conserver la grâce - Le refus de la grâce - Considérations sur le but des
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de juin 1943 Catéchèse du 7 juin 1943 Accès
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RETOURS AUX FICHES |
52> Tout d’abord, je veux vous remercier ici d’avoir charitablement
pensé de m’apporter la copie de la supplication et d’avoir eu la bonté
d’accepter mon feuillet avec tant de bienveillance [1]. 53> Mais ce n’est pas
“ma” supplication. De moi, il n’y a que le travail d’écriture. L’idée n’est
pas de moi. Je ne suis pas assez sublime pour savoir tirer de mon cœur des
pensées de pardon si surhumaines.
Quand la
“voix” me dit [2] : “Tu n’es rien; par
toi-même, tu ne serais jamais capable de réussir quoi que ce soit”, j’en suis
tout à fait persuadée. Je ne me fais pas d’illusions sur ma chair méprisable
et sur ma nature spirituelle embryonnaire. Je sais que la première est folle
comme un poulain au printemps, et l’autre est tellement embryonnaire qu’elle
n’est qu’une faible esquisse. Par conséquent, j’encourage ma faiblesse et je
freine ma matière avec la croix du Christ. Seulement agrippée
au Christ crucifié puis-je tenir mon âme droite, et seulement en clouant ma
chair avec des clous mortificateurs bien rivés puis-je la garder là,
subjuguée, impuissante à commettre ses folies. Ne disons
donc pas “ma supplication”. Elle est d’un Autre. Je ne dois pas m’approprier
ce qui n’est pas à moi. Je m’en enorgueillirais, me mentant à moi-même, au
monde et à Dieu. Si ces paroles ont servi — et elles ne peuvent pas ne pas
avoir servi parce qu’elles venaient d’une zone de lumière, et quelle lumière
! — rendons-en grâce à Dieu et c’est tout.
Vous pensez bien que je ne voudrais pas perdre cette béatitude
par ma faute ! C’est elle qui m’empêche de sentir la morsure des vicissitudes
humaines qui me frappent et la double morsure des souvenirs qui m’assaillent.
Tout coule sur moi, tout se jette sur moi comme eau, flot, lame, mais aussi
longtemps que dure ma présente béatitude, je suis comme un bloc de cristal
sur lequel tout glisse sans laisser de trace, sans pouvoir pénétrer.
Qu’y a-t-il d’extraordinaire à l’aimer maintenant qu’il
m’aime si sensiblement ? À moins d’avoir le cœur de Judas, celui
qui se sent aimé aime. Mais le plus haut amour est celui qui sait continuer
d’aimer même s’il croit ne plus être aimé. Quand on agit ainsi avec les
humains, on n’en tire jamais profit, ou bien rarement. Mais avec le bon Dieu,
on peut être sûr qu’une période encore plus intense d’amour s'ensuivra, parce
que Dieu nous récompense toujours après nous avoir éprouvés, si nous avons su
rester fidèles. “Je continue à te parler de la grâce [3], laquelle donne la vie de l’esprit. Lorsque Dieu créa le premier homme, il lui insuffla, en plus de
la vie de la matière, jusque-là inanimée, la vie de l’esprit. Autrement il n'aurait
pu dire qu’il vous avait créés à son image et à sa ressemblance. Aucun d’entre vous ne
peut imaginer la perfection de cette première créature. Seulement nous,
pouvons voir, dans l’éternel présent qu’est notre éternité, la perfection de
l’œuvre royale de notre intelligence créatrice. Si Adam avait su rester roi
tel que nous l’avions fait, avec pouvoir sur toute chose et dépendant de
Dieu seul, d’une dépendance de fils bien-aimé, sa semence aurait été une
semence de perfection perpétuelle. Mais un vaincu veillait pour tirer
sa vengeance. 55> Maria, toi qui dis
que de ton cœur ne pourraient sortir spontanément des pensées de pardon parce que ta nature
humaine t’inspire un esprit de vengeance et que tu sais
pardonner uniquement par égard pour moi, as-tu déjà pensé que ce fut cet
esprit de vengeance qui vous a ruinés, vous enfants d’Adam, et qui m’a
envoyé, moi, Fils de Dieu, sur la croix ? Lucifer - le plus beau parmi
les êtres que j’ai créés - au fond du gouffre où il était tombé, laid pour
l’éternité à la suite de sa révolte blasphématoire contre son Créateur, était
assoiffé de vengeance. Au premier péché d’orgueil, il joignit ainsi une
interminable série de crimes, se vengeant pendant les siècles des siècles. Et
son premier acte de vengeance eut pour objet mes créatures Adam et Ève. Sa dent empoisonnée mit le signe de
sa bestialité dans la perfection de ma création, lui communiquant son propre
appétit de luxure, de vengeance, d’orgueil. Et depuis, votre esprit lutte en
vous contre le venin de l’infernale morsure. Il arrive très
rarement que l’esprit l’emporte sur la chair et le sang, et qu’il donne un
nouveau saint à la Terre et au Ciel. Quelquefois, l’esprit vit péniblement,
avec des périodes de léthargie pendant lesquelles c’est comme s’il était
mort; vous vivez et agissez alors comme des êtres privés de lumière, de ma
Lumière. D’autres fois l’esprit est littéralement tué par la créature qui
déchoit volontairement de son trône de fille de Dieu et devient pire qu’une
brute. Elle devient démon, fille de démon.
La loi
de ceux qui portent le signe de la Bête est en opposition à ma Loi. Dans l’une domine la
chair qui engendre les œuvres de la chair. Dans l’autre domine l’esprit qui
engendre les œuvres de l’esprit. Là où l’esprit domine est le règne de
Dieu; là où domine la chair est le règne de Satan. L’infinie
miséricorde qui anime la Triade a donné à votre esprit tous les secours
nécessaires pour dominer. Elle a donné le sacrement qui enlève le signe
de la Bête dans votre chair de fils d’Adam et qui y imprime mon signe. Elle a
donné ma parole de Vie, elle m’a donné, moi, Maître et Rédempteur, elle a
donné mon sang dans l’Eucharistie et sur la croix, elle a donné le Paraclet,
Esprit de vérité. 56> Mais où sont ceux et
celles qui savent tendre à la vie de l’esprit et se rendre dignes
d’accueillir en eux l’infusion vitale du Consolateur, lequel vient avec tous
ses dons, mais souhaite pour trône un esprit qui le désire, prêt à le
recevoir ? Non, le monde n’en veut pas de cet Esprit qui rend justes et bons.
Le monde veut le pouvoir à n’importe quel prix, la richesse à n’importe quel
prix, la satisfaction des sens à n’importe quel prix, toutes les joies
terrestres à n’importe quel prix; il rejette l’Esprit Saint, blasphème
contre lui et conteste sa vérité, se pare d’habits prophétiques en disant
des paroles qui ne sortent pas du sein de la Très Sainte Trinité mais de
l’antre de satan. Et
cela n’est pas et ne sera pas pardonné. Jamais. Et que ce ne soit pas
pardonné vous pouvez le voir. Dieu se retire dans le haut des Cieux parce
que les humains repoussent son amour et vivent pour et dans la chair. Voilà
les causes de votre ruine et de notre silence. Les tentacules de Satan
sortent des profondeurs; sur Terre, les humains se proclament dieux et
blasphèment contre le vrai Dieu; là-haut, le Ciel se ferme. Et c’est
encore dommage parce qu’en se refermant, il retient les foudres que vous
méritez. Une nouvelle
Pentecôte trouverait les cœurs plus durs et plus souillés qu’une pierre
embourbée dans un étang de boue. Restez donc dans la boue que vous avez
voulue, en attendant qu’un commandement, contre lequel il n’y a pas de
révolte, vous en tire pour vous juger et séparer les enfants de l’esprit de
ceux de la chair. 57> Pour qui est-ce que
je souffre ? Quelle est l’âme qui
a besoin de cette agonie pour guérir, pour espérer, pour revenir à
toi ? Je ne le saurai jamais ici-bas, mais je suis convaincue qu’elle existe
et que je dois boire cette coupe amère à des fins d’expiation. Je le fais
volontiers même si mes larmes sillonnent mes joues. Mais laisse-moi pleurer
sur ton cœur, car s’il est doux d’aimer sur lui, il est doux d’y souffrir. Toutes les tristesses
viennent par vagues. Tu les connais sans que j’aie à les énumérer, et tu sais
aussi bien que moi ce qui se cache derrière cet écran noir qui veut
m’envelopper. Je ferme les yeux pour ne pas le voir. Je fais comme les
enfants qui ont peur dans l’obscurité. Et ce soir je suis vraiment comme une
pauvre petite fille seule dans un lieu sans lumière. Chaque coin est un nid
d’ombres qui assument des formes terrifiantes. Si je ferme bien les yeux
après t’avoir regardé fixement comme on regarde le soleil, il ne reste que
ton image sur le fond de ma rétine; si je me serre très fort contre toi, je
ne sens plus la solitude autour de moi dont peuvent surgir tant de dangers.
Je sens tes bras qui m’entourent et même si je pleure, je n’ai plus peur.
Oui, aide-moi, mon
bon Maître. Ne me laisse pas tomber. Toute la douleur que tu voudras,
Seigneur, mais toujours près de toi. Je sais, je crois que c’est pour un bien
que je souffre ce tourment moral; je sais, j’espère qu’il n’est pas sans
quelque utilité; je sais que si je souffre paisiblement, sur ton cœur, la
paix restera en moi et la hargne du démon ne pourra la troubler. Je te dis
donc : me voici, par amour pour toi, prête à faire ta volonté... 58> Pas plus tard que ce
matin, je disais que ma présente béatitude m’empêchait de sentir la morsure
des vicissitudes humaines. Au contraire, ce soir j’ai senti l’âcre nécessité
de l’heure. Et j’en ai souffert beaucoup. Si j’avais souffert seule, ma
souffrance aurait été spasmodique. Mais sachant bien qu’aucun être humain ne
pouvait me consoler, je me suis adressée à toi avec foi. Tu les veux, ces
actes de foi aimante, compensation de tous les manques d’amour qui te nient.
Et tu récompenses aussitôt l’âme généreuse en lui donnant le réconfort. Maintenant j’ai
appris, et je viens tout de suite me réfugier en toi; je ne me contente pas
de te prier, je pousse mon audace plus loin et je me jette dans tes bras. Tu
es mon Dieu, mais tu es aussi mon Frère et Epoux, et je peux donc, en plus de
te prier, t’étreindre pour ne pas me sentir si seule face à un avenir triste
pour tous, mais plein d’inconnues encore plus pénibles pour moi. |
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Tiens-moi ainsi pendant
tout ce mois si triste, tiens-moi ainsi jusqu'à la mort. Même si tu ne me
parles pas, il me suffit que tu me laisses rester ainsi sur ton cœur.
Souviens-toi, Seigneur, de ton agonie, et pour ta toute petite hostie, sois
l’Ange qui console... |
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[1] Elle s’adresse au père
Migliorini; il s’agit de la supplication du 5 juin (Supplication à Notre-Dame
des Douleurs)
[2] Dans la dictée du 28
mai.
[3] Suite de la dictée du 6
juin
[4] Cette assertion, et d’autres
semblables que nous rencontrerons, semble contredire ce qui a été maintes fois
affirmé, à savoir, que Maria Valtorta écrivait directement dans les cahiers,
d’un seul jet, sans se relire ou corriger.
Marta Diciotti, que nous
avons interpellée à ce sujet, a précisé que Maria reçut une première série de
cahiers du père Migliorini pour y écrire les mémoires de sa vie. Une fois
l’Autobiographie terminée, Maria voulait remettre, avec les sept cahiers
remplis, ceux qu’elle n’avait pas utilisés; mais le père voulut les lui
laisser. Peu de temps après, Maria commençait à noter les dictées sur ces
cahiers vierges, et le père Migliorini dut bientôt lui en fournir d’autres,
qu’elle utilisait en écrivant parfois même sur les gardes et auxquels elle
ajoutait même des feuillets. Comme elle devait garder le lit, elle écrivait en
tenant sur les genoux un écritoire que l’auteur avait elle-même soigneusement
doublé d’étoffe dont elle avait aussi fait une poche intérieure où elle
rangeait son cahier pendant les pauses.
Marta Diciotti, ainsi que
d’autres témoins, ne se souvient pas si Maria Valtorta écrivait aussi au hasard
des circonstances pour ensuite recopier les notes sur son cahier (voir par
exemple le 21 juin). Mais elle suppose que Maria ait pu à l’occasion procéder
ainsi, peut-être au début, ayant pu être surprise par la “voix” qui lui
ordonnait d’écrire, ou ne prévoyant pas l’immensité de sa mission d’écrivain.
Ajoutons que parfois on a
l’impression que l’auteur utilise le terme “copier” en voulant dire “écrire après
avoir écouté”, presque comme si elle se souvenait d’une dictée déjà reçue (voir
par exemple l’annotation qui accompagne la date du 8 juin, le début de la
dictée du il juin et le 15 juin). D’intéressantes explications sur la façon
dont elle reçoit les dictées sont fournies par Maria Valtorta elle-même dans
les textes du 3 et du 4 novembre.