Témoignage des historiens
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Deux sources
principales confortent cet épisode :
L'écrivain romain
Macrobe
[1] qui dans ses Saturnales (II, 4.11), rapporte que l’empereur
Auguste aurait été indigné du procédé : "Ayant appris que, parmi les
enfants de deux ans et au-dessous qu'Hérode, roi des Juifs, avait fait massacrer
en Syrie, était compris le propre fils de ce roi, il dit – "Il vaut
mieux être le porc (hys) d'Hérode que son
fils (huios)."
Certains rationalistes, et notamment Voltaire, arguant que
Macrobe est un écrivain païen du 4ème siècle après JC, le soupçonnent
d'influence chrétienne et rejettent ce témoignage. Selon eux, ce massacre ne
s'appliquerait qu'à l'assassinat d'un des fils d'Hérode, voire qu'il ne
serait qu'inventé par l'apologie chrétienne.
Il semble douteux que le seul assassinat d'un des fils d'Hérode
ait pu écœurer l'empereur au point qu'une de ses phrases entre dans
l'histoire. Ces mœurs étaient, hélas, monnaie courante à l'époque et Hérode
n'était pas à son coup d'essai.
La confusion nous semble venir plutôt de la proximité
d'évènements qui, quatre siècles plus tard, se confondront dans les sources
utilisées par Macrobe : en l'an -4, Hérode cumula en effet le massacre
d'Antipater, l'un de ses enfants (un de plus) et le massacre des innocents.
Cette attitude correspond bien à la paranoïa d'un Hérode
finissant. Sur le point de mourir, très peu de temps après, et craignant que
sa mort ne fut pas assez pleurée, il convia tous les notables de tout le
territoire et les enferma dans l'hippodrome de Jéricho. Il ordonna de les
tuer après sa mort. L'ordre ne fut heureusement pas exécuté. On ne peut donc
trouver anormale la paranoïa qui le pousse à massacrer des enfants.
Un certain Méthodien qui dans sa
chronique, aurait aussi conforté ce massacre. Cette source est citée par le
Bienheureux Jacques de Voragine dans sa "Légende Dorée". Cette œuvre
très célèbre du 13ème siècle est une recension de très nombreuses sources de
l'époque. Malheureusement nous n'avons pas pu encore trouver à quoi Jacques
de Voragine faisait allusion.
Concordances de détails
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Ain Karem
"La tradition du massacre des Innocents qui aurait frappé Ain Karem est renforcée par la découverte en 1885 de deux
fosses funéraires romaines vénérées à l’époque Byzantine avec une inscription
en grecque : "Salut ! martyrs de Dieu !". Épiphane,
moine à Constantinople à la fin du 8e siècle, témoigne lui aussi :
"Près de la Ville Sainte, à 6 milles environ, du côté ouest, deux
grottes contiennent les restes des saints Innocents tués par Hérode."
L’époque Byzantine ne nous laisse aucune autre tradition sur le
village".
Remarques : Ain Karem est considéré
comme le lieu temporaire d'habitation d'Élisabeth et de Jean-Baptiste.
Bethléem est situé au sud de Jérusalem.
Importance du massacre
Certains estiment que le village de Bethléem
ne devait comporter que de 800 à 2.000 habitants à l'époque. Ils en déduisent
que le massacre n'a du toucher que 20 à 30 enfants. Certaines de ces analyses
sont contemporaines des visions reçues par Maria Valtorta. Par exemple
"Jésus en son temps" de l'académicien Daniel-Rops publié en
1944/45. Pourtant le texte de Maria Valtorta mentionne explicitement plus de
mille enfants tués dans la ville et autant dans la campagne. Si on tient
compte de l'exagération du narrateur, traumatisé par le fait et enclin donc à
l'exagération, on se trouve quand même dans un massacre de quelques centaines
d'enfants et non quelques dizaines.
Dans sa dictée du 28 février 1947, Jésus
précise d'ailleurs : "À propos du nombre des saints Innocents qui ont péri
dans le massacre d’Hérode :
"Entre ceux de Bethléem et ceux des
campagnes, leur nombre s’élève à trois cent vingt. Et je précise encore que,
parmi eux, ceux de Bethléem furent cent quatre vingt-huit, tandis que ceux
des campagnes battues dans un vaste rayon par les envoyés d’Hérode pour
exterminer les nouveau-nés furent cent trente-deux. Parmi ces tués, il y eut
soixante-quatre petites filles, que les sicaires n’ont pas identifiées comme
telles, car ils tuèrent dans l’obscurité, la confusion et la frénésie d’agir
vite, avant que quoi que ce soit n’intervienne pour mettre fin au massacre."
Mort d'Hérode le grand
Hérode le grand serait mort, selon certains, à la Pâque de -4
avant JC. C'est l'hypothèse dominante. D'autres retiennent une date
ultérieure. Jean Aulagnier - et c'est ce que nous
reproduisons - date la fuite en Égypte de novembre -4, et donc la mort
d'Hérode le grand à une date ultérieure, le 22 mars de l'an -3.
La contestation
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Notes
de Voltaire contre Macrobe
"Quelques
esprits faibles, ou faux, ou ignorants, ou fourbes, ont prétendu trouver dans
l’antiquité des témoignages du massacre des enfants qu’on suppose égorgés par
l’ordre d’Hérode, de peur qu’un de ces enfants nés à Bethléem n’enlevât le
royaume à cet Hérode, âgé de soixante et dix ans, et attaqué d’une maladie
mortelle. Ces défenseurs d’une si étrange cause ont trouvé un passage de
Macrobe dans lequel il est dit : « Lorsque Auguste apprit qu’Hérode, roi des
Juifs en Syrie, avait compris son propre fils parmi les enfants au-dessous de
deux ans qu’il avait fait tuer: « Il vaut mieux, dit-il, être le cochon
d’Hérode que son fils. »
Ceux qui
abusent ainsi de ce passage ne font pas attention que Macrobe est un auteur
du Ve siècle, et par conséquent qu’il ne pouvait être regardé par les
chrétiens de ce temps-là comme un ancien.
Ils ne
songent pas que l’empire romain était alors chrétien, et que l’erreur
publique avait pu aisément tromper Macrobe, qui ne s’amuse qu’à raconter de
vieilles historiettes. Ils auraient dû remarquer qu’Hérode n’avait point
alors d’enfant de deux ans.
Ils
pouvaient encore observer qu’Auguste ne put dire qu’il valait mieux être le
cochon d’Hérode que son fils, puisque Hérode n’avait point de cochon.
Enfin on
pouvait aisément soupçonner qu’il y a une falsification dans le texte de
Macrobe, puisque ces mots, pueros quos infra binatuns Herodes jussit interfici (les enfants au-dessous de deux ans
qu’Hérode fit tuer), ne sont pas dans les anciens manuscrits.
On sait
assez combien les chrétiens se sont permis d’être faussaires pour la bonne
cause. Ils ont falsifié, et maladroitement, le texte de Flavius
Josèphe; ils ont fait parler ce pharisien déterminé, comme s’il eût reconnu
Jésus pour messie. Ils ont forgé des Lettres de Pilate, des Lettres de Paul à
Sénèque et de Sénèque à Paul, des Écrits des apôtres, des vers des Sibylles.
Ils ont supposé plus de deux cents volumes. Il y a eu de siècle en siècle une
suite de faussaires. Tous les hommes instruits le savent et le disent, et
cependant l’imposture avérée prédomine. Ce sont des voleurs pris en flagrant
délit, à qui on laisse ce qu’ils ont volé".