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194> Je vois partir d'une petite
maison très modeste un couple de personnes. D'un petit escalier extérieur descend
une très jeune mère avec, entre ses bras, un bébé dans un lange blanc .
195> Je reconnais, c'est notre
Maman. C'est toujours elle, pâle et blonde, agile et si gentille en toutes
ses démarches. Elle est vêtue de blanc, avec un manteau d'azur pâle qui
l'enveloppe. Sur la tête un voile blanc. Elle porte son Bébé avec tant de
précautions. Au pied du petit escalier, Joseph l'attend auprès
d'un âne gris. Joseph est habillé de marron clair, aussi bien pour l'habit
que pour le manteau. Il regarde Marie et lui sourit. Quand
Marie arrive près de l'âne, Joseph se passe la bride sur le bras gauche, et
prend pour un moment le Bébé qui dort tranquille pour permettre à Marie de
mieux s'installer sur la selle. Puis, il lui rend Jésus et ils se mettent en marche.
Joseph marche à côté de Marie en tenant toujours la monture par la bride et
en veillant qu'elle marche droit et sans trébucher. Marie tient Jésus sur son
sein et, par crainte que le froid ne puisse Lui nuire, elle étend sur Lui un
pli de son manteau. Ils parlent très peu, les deux époux, mais ils se
sourient souvent.
La route qui n'est pas un modèle du genre se déroule à travers une campagne
que la saison a dépouillée. Quelque autre voyageur se rencontre avec les deux
ou les croise, mais c'est rare.
Puis voici des maisons qui se découvrent et des murs qui enserrent une ville.
Les deux époux entrent par une porte, puis commence le parcours sur le pavé
très disjoint de la ville. La marche devient beaucoup plus difficile, soit à
cause du trafic qui fait arrêter l'âne à tout moment, soit parce que sur les
pierres et les crevasses qui les interrompent il a de continuelles secousses
qui dérangent Marie et l'Enfant.
La route n'est pas plane : elle monte bien que légèrement. Elle est
étroite entre les hautes maisons aux entrées aussi étroites et basses et aux
rares fenêtres sur la rue. En haut, le ciel se montre avec tant de morceaux
d'azur de maison à maison ou de terrasse à terrasse. En bas sur la rue, il y
a des gens qui crient et croisent, d'autres personnes à pied ou à âne, ou
conduisant des ânes chargés et d'autres, en arrière d'une encombrante
caravane de chameaux. À un certain endroit passe avec beaucoup de bruits de
sabots et d'armes une patrouille de légionnaires romains qui disparaissent
derrière une arcade qui enjambe une rue très étroite et pierreuse.
Joseph tourne à gauche et prend une rue plus large et plus belle. J'aperçois
l'enceinte crénelée que je connais déjà tout au fond de la rue.
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196> Marie descend de l'âne près de
la porte où se trouve une sorte d'abri pour les ânes. Je dis "abri"
parce que c'est une espèce de hangar ou mieux d'abri couvert jonché de paille
avec des piquets munis d'anneaux pour attacher les quadrupèdes. Joseph donne
quelque argent à un garçon qui est accouru, pour acheter un peu de foin et il
tire un seau d'eau a un puits rudimentaire situé
dans un coin, pour la donner à l'âne.
Puis,
il rejoint Marie et ils entrent tous deux dans l'enceinte du Temple. Ils se
dirigent d'abord vers un portique où se trouvent ces gens que Jésus fustigea
plus tard vigoureusement : les marchands de tourterelles et d'agneaux et
les changeurs. Joseph achète deux blanches colombes. Il ne change pas
d'argent. On se rend compte qu'il a déjà ce qu'il faut.
Joseph et Marie se dirigent vers une porte latérale où on accède par huit
marches, comme on dirait qu'ont toutes les portes, en sorte que le cube du
Temple est surélevé au-dessus du sol environnant. Cette porte a un grand hall
comme les portes cochères de nos maisons en ville, pour en donner une idée,
mais plus vaste et plus décoré. La il y a à droite et à gauche deux sortes
d'autels c'est-à-dire deux constructions rectangulaires dont au début je ne
vois pas bien a quoi elles servent. On dirait des bassins peu profonds car
l'intérieur est plus bas que le bord extérieur surélevé de quelques
centimètres.
Je ne sais si c'est Joseph qui a appelé : voila qu'accourt un prêtre.
Marie offre les deux pauvres colombes et moi qui comprends leur sort, je
détourne mon regard. J'observe les ornements du très lourd portail, du
plafond, du hall. Il me semble pourtant voir, du coin de l’œil, que le prêtre
asperge Marie avec de l'eau, Ce doit être de l'eau, car je ne vois pas de
tache sur son habit. Puis, Marie, qui, en même temps que les colombes avait donné au prêtre une petite poignée de monnaie
(j'avais oublié de le dire), entre avec Joseph dans le Temple proprement dit,
accompagnée par le prêtre.
Je regarde de tous côtés. C'est un endroit très orné. Sculptures à têtes
d'anges avec rameaux et ornements courent le long des colonnes, sur les murs
et le plafond. Le jour pénètre par de longues et drôles fenêtres, étroites,
sans vitres naturellement et disposées obliquement sur le mur. Je suppose que
c'est pour empêcher d'entrer les averses.
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197> Marie s'introduit jusqu'à un certain
endroit, puis s'arrête. À quelques mètres d'elle il y a d'autres marches et
au-dessus une autre espèce d'autel au-delà duquel il y a une autre
construction.
Je m'aperçois que je croyais être dans le Temple et au contraire j'étais au
dedans des bâtiments qui entourent le Temple proprement dit, c'est-à-dire le
Saint, et au-delà duquel il semble que personne, en dehors des prêtres, ne
puisse entrer. Ce que je croyais être le Temple n'est donc qu'un
vestibule fermé qui, de trois côtés, entoure le Temple où est renfermé le
Tabernacle. Je ne sais si je me suis très bien expliquée, mais je ne suis pas
architecte ou ingénieur.
Marie offre le Bébé, qui s'est éveillé et tourne ses petits yeux innocents
tout autour, vers le prêtre, avec le regard étonné des enfants de
quelques jours. Ce dernier le prend sur ses bras et le soulève à bras tendus,
le visage vers le Temple en se tenant contre une sorte d'autel qui est
au-dessus des marches. La cérémonie est achevée. Le Bébé est rendu à sa Mère
et le prêtre s'en va.
Il y a des gens, des curieux qui regardent. Parmi eux se dégage un petit
vieux, courbé qui marche péniblement en s'appuyant sur une canne, Il doit
être très vieux, je dirais plus qu'octogénaire. Il s'approche de Marie et lui
demande de lui donner pour un instant le Bébé. Marie le satisfait en
souriant.
C'est Siméon, j'avais toujours cru qu'il appartenait à la caste
sacerdotale et au contraire, c'est un simple fidèle, à en juger du moins par
son vêtement. Il prend l'Enfant, l'embrasse. Jésus lui sourit avec la
physionomie incertaine des nourrissons. Il semble qu'il l'observe
curieusement, parce que le petit vieux pleure et rit à la fois et les larmes
font sur sa figure des dessins emperlés en s'insinuant entre les rides et
retombant sur la barbe longue et blanche vers laquelle Jésus tend les
mains : C'est Jésus, mais c'est toujours un petit bébé et, ce qui remue
devant lui, attire son attention et lui donne des velléités de se
saisir de la chose pour mieux voir ce que c'est. Marie et Joseph sourient, et
aussi les personnes présentes qui louent la beauté du Bébé.
J'entends les paroles du saint vieillard et je
vois le regard étonné de Joseph, l'émotion de Marie, les réactions du petit
groupe des personnes présentes, les unes étonnées et émues aux paroles du vieillard , les
autres prises d'un fou rire. Parmi ces derniers se trouvent des hommes barbus
et de hautains membres du Sanhédrin qui hochent la tête. Ils regardent Siméon
avec une ironique pitié.
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198> Ils doivent penser que son
grand âge lui a fait perdre la tête. Le sourire de Marie s'éteint en une plus
vive pâleur, lorsque Siméon lui annonce la douleur. Bien qu'elle sache, cette
parole lui transperce l'âme .
Marie s'approche davantage de Joseph pour trouver du réconfort; elle serre
passionnément son Enfant sur son sein et, comme une âme altérée, et le boit
les paroles d'Anne qui, étant femme, a pitié de la souffrance de Marie et
lui promet que l'Éternel adoucira l'heure de sa douleur en lui communiquant
une force surnaturelle : "Femme, Celui qui a donné le Sauveur à son
peuple ne manquera pas de te donner son ange pour soulager tes pleurs. L'aide
du Seigneur n'a pas manqué aux grandes femmes d'Israël et tu es bien plus que
Judith et que Yaël. Notre Dieu te donnera un cœur d'or très pur pour résister
à la mer de douleur par quoi tu seras la plus grande Femme de la création, la
Mère. Et toi, Petit, souviens-toi de moi à l'heure de ta mission."
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