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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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3ème semaine de juin 29
- Jésus et
Thomas au travail dans l'atelier 304 -
La fillette, symbole des futures converties 306 -
Jésus apprend au Zélote comment peinturer 306 -
Discours (Le peintre et le travail des âmes) 308 -
Marie à instruit Aurea avec deux paraboles 310 -
Aurea voudrait rester avec Marie 311 -
Une merveille de voir Marie et Aurea 311 |
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304> Le rustique foyer de l'atelier est allumé, après tant de temps
qu'il ne servait plus. L'odeur de la colle qui bout dans un récipient se mêle
à l'odeur caractéristique de la sciure et des rubans qui viennent d'être
faits ou qui tombent encore au pied de l'établi. Jésus travaille avec
entrain pour transformer des planches avec la scie et la raboteuse, en pieds
de chaises, en tiroirs et autres objets. Des meubles, les modestes meubles de
la petite maison de Nazareth, ont été apportés dans l'atelier. La huche qui a
besoin d'être réparée, un des métiers de Marie, deux tabourets, une échelle de jardin, un petit coffre et la porte du four, je crois,
rongée en bas peut-être par les rats. 305> Jésus travaille à réparer ce que l'usage et
la vétusté ont abîmé. Thomas, de son côté, avec tout un outillage de petits
instruments d'orfèvre, qu'il a certainement sorti de son sac qui se trouve
sur sa couchette qui comme celle du Zélote est contre le mur, travaille d'une
main légère sur des feuilles d'argent. Les coups de son petit marteau sur le
burin produisent un son argentin qui se fond dans le bruit plus fort des
instruments de travail dont se sert Jésus. De temps à autre, ils
échangent quelques mots et Thomas est si heureux d'être là avec le Maître et
à son travail d'orfèvre - et en effet il le dit - que dans les pauses du
dialogue, il sifflote tout doucement. De temps en temps, il lève les yeux et
réfléchit. L'air absorbé, il fixe les murs enfumés de la pièce. Jésus le remarque et
lui dit : "Tu tires l'inspiration de ces murs noircis,
Thomas ? Il est vrai que ce qui leur a donné cet aspect, c'est le long
travail d'un juste, mais il ne me semble pas que cela puisse donner des
motifs à un orfèvre..." "Non, Maître, en
fait un orfèvre ne peut, avec un riche métal, rendre la poésie de la sainte
pauvreté... Pourtant il peut avec son métal imiter les belles choses de la
nature et ennoblir ainsi l'or et l'argent en reproduisant avec eux les
fleurs, les feuilles qui existent dans la création. Moi, c'est à ces fleurs,
à ces feuilles que je pense et pour m'en rappeler l'aspect, je m'immobilise
ainsi, les yeux tournés vers les murs, mais ce que je vois en réalité ce sont
les bosquets et les prairies de notre patrie, les feuilles légères, les
fleurs qui ressemblent à des coupes ou à des étoiles, le port des tiges et
des feuillages..." "Tu es un poète,
alors, un poète qui chante dans le métal ce que chante un autre en écrivant
sur le parchemin." "Oui. En effet
l'orfèvre est un poète qui inscrit sur le métal les beautés de la nature,
mais notre travail, artistique et beau, ne vaut pas le tien qui est humble et
saint, car le nôtre sert à la vanité des riches, alors que le tien sert à la
sainteté de la maison et à l'utilité des .pauvres." "Tu parles bien,
Thomas" dit le Zélote, qui se montre sur le seuil qui donne sur le
jardin, en vêtement court, les manches retroussées, avec, par devant, un
vieux tablier, et à la main un pot de peinture. Jésus et Thomas se
retournent pour le regarder en souriant. Et Thomas répond : "Oui,
je dis bien. Pourtant je veux que pour une fois le travail de
l'orfèvre serve à orner une... chose bonne, sainte..." 306> "Quoi ?" "Un secret. Il y
a si longtemps que j'y pense. Depuis que nous avons été à Rama que je porte
avec moi un petit outillage d'orfèvre en attendant ce moment... Et ton
travail, Simon ?" "Oh ! moi,
je ne suis pas un parfait artiste comme toi, Thomas. C'est la première fois
que je tiens un pinceau dans les mains et mes peintures sont imparfaites bien
que j'y mette toute ma bonne volonté. Aussi j'ai commencé par les endroits
les plus... humbles... pour me faire la main,.. et je t'assure que ma
maladresse a fait rire de bon cœur la fillette. Mais j'en suis content !
Elle renaît d'heure en heure à une vie sereine et il faut cela pour effacer
le passé et la rendre toute nouvelle pour Toi, Maître." "Hé ! mais
peut-être Valeria ne cédera pas..." dit
Thomas. "Oh ! que
veux-tu que cela lui importe de l'avoir ou non ? Si elle la gardait,
c'était pour ne pas la laisser perdue dans le monde et sûrement ce serait
bien que la fillette fût sauvée pour toujours et en tout, pour l'esprit
surtout. N'est-ce pas, Maître ?" "C'est vrai. Il
faut beaucoup prier pour cela. Cette créature est simple et réellement bonne
et, élevée dans la Vérité, elle pourrait donner beaucoup. Elle tend
instinctivement à la Lumière." "Bien sûr !
Elle n'a pas de réconfort sur la Terre... et elle le cherche au Ciel, la
malheureuse ! Moi, je crois que quand ta Bonne Nouvelle pourra être
annoncée par le monde, les premiers à l'accueillir et les plus nombreux
seront justement les esclaves, ceux qui n'ont aucun réconfort humain et se
réfugieront dans tes promesses pour le trouver... Et je dis que s'il me
revient justement l'honneur de t'annoncer, j'aurais un amour spécial pour ces
malheureux..." "Et tu feras
bien, Thomas" dit Jésus. "Oui. Mais
comment les approcheras-tu ?" "Oh!
Je serai orfèvre pour les dames et... maître pour leurs esclaves. Un orfèvre
entre dans les maisons des riches ou leurs serviteurs viennent dans sa
maison... et je travaillerai... Deux métaux : ceux de la Terre pour les
riches... et ceux de l'esprit pour les esclaves." "Que Dieu te
bénisse pour tes projets, Thomas. Persévère dans cette intention..." "Oui, Maître." "Eh bien,
maintenant que tu as répondu à Thomas, viens avec moi, Maître... pour voir
mon travail et me dire ce que je dois peindre maintenant. Des
choses humbles encore car je suis un garçon très incapable." 307> "Allons,
Simon..." et Jésus pose ses outils et sort avec le Zélote... Ils
reviennent après un moment et Jésus lui montre l'escalier du jardin : "Peins-le.
La peinture rend le bois imperméable et le conserve plus longtemps, outre
qu'il le rend plus beau. C'est comme la protection et l'embellissement de
vertus sur le cœur de l'homme. Il peut être brut, grossier... mais lorsque
les vertus le revêtent, il devient beau, agréable. Tu vois, pour obtenir une
belle peinture et réellement efficace, il faut tant de soins. Pour commencer :
prendre avec attention ce qu'il faut pour la former, à savoir un récipient
débarrassé de terre ou de restes de vieilles peintures, de bonnes huiles et
de bonnes couleurs, et les mélanger avec patience, les travailler et en faire
un liquide qui ne soit ni trop épais ni trop liquide. Ne pas se lasser de
travailler jusqu'à ce que le plus petit grumeau soit dissous. Cela fait,
prendre un pinceau, un pinceau qui ne perde pas ses soies, qu'elles ne soient
ni trop dures ni trop souples, que le pinceau soit bien débarrassé de toute
ancienne couleur, et avant d'appliquer la peinture débarrasser le bois des
rugosités, des croûtes d'ancienne peinture, de la boue, de tout, et puis,
avec ordre, d'une main assurée, en allant toujours dans le même sens, étendre
avec patience, avec beaucoup de patience, la peinture. En effet sur la même
planche, il y a des résistances différentes. Sur les nœuds, par exemple, la
peinture reste plus lisse, c'est vrai, mais sur eux la peinture se fixe mal
car le bois la repousse. Par contre, sur les parties molles du bois la
peinture se fixe tout de suite, mais généralement les parties molles sont
moins lisses et alors il peut se former des boursouflures ou des rainures...
Voilà alors que l'on doit réparer en appliquant soigneusement la main pour
étendre la couleur. Et puis il y a dans les vieux meubles des parties neuves
comme cette marche, par exemple, et pour ne pas faire voir que le pauvre
escalier est rapiécé, mais très vieux, il faut faire en sorte que la marche
neuve soit pareille aux anciennes... Voilà, ainsi !" Jésus, qui est
penché au pied de l'escalier, parle tout en travaillant... Thomas, qui a quitté
ses burins pour venir voir de près, demande : "Pourquoi as-tu
commencé par le bas plutôt que par le haut? Ne valait-il pas mieux faire le
contraire ?" "Cela semblerait
préférable, mais ne l'est pas. En effet le bas est plus abîmé et amené à
s'abîmer en reposant sur la terre. Il faut donc qu'il soit travaillé
plusieurs fois : 308> une première couche, puis une seconde, puis une troisième s'il est besoin... Et pour ne pas
rester à rien faire pendant que le bas sèche, pour qu'il puisse recevoir une
nouvelle couche, peindre pendant ce temps le haut puis le milieu de
l'escalier." "Mais en le
faisant, on peut tacher ses vêtements et abîmer les parties déjà peintes." "Avec de
l'adresse on ne se tache pas et on n'abîme rien. Tu vois ? On fait
ainsi. On serre ses vêtements et on se tient à l'écart. Ce n'est pas par
dégoût de la peinture, mais pour ne pas abîmer la peinture qui est délicate
parce que fraîchement appliquée" et Jésus, les bras levés, peint
maintenant le haut de l'escalier.
Aussi que ce soit en
nous ou en ceux que nous aimons comme nos disciples, quand on remarque que se
dégradent, se délavent les vertus qui servent à défendre notre moi, il
faut tout de suite y parer par un travail assidu, patient jusqu'à la fin de
la vie, pour pouvoir s'endormir dans la mort avec une chair et un esprit
dignes de la résurrection glorieuse.
309> Puis commencer le travail, avec ordre, avec réflexion. Ne pas
sauter d'un endroit à l'autre sans un motif sérieux. Ne pas aller un peu dans
un sens un peu dans un autre. On se fatiguerait moins, c'est vrai, mais la
peinture serait irrégulière. C'est ce qui arrive dans les âmes désordonnées.
Elles présentent des endroits qui sont parfaits, puis à côté, voilà des
déformations, des couleurs différentes… Insister sur les endroits qui
prennent mal la peinture, sur les nœuds : défauts de la matière ou des
passions déréglées, mortifiés oui, par la volonté semblable à une raboteuse
qui les a péniblement lissés, mais qui restent pour faire résistance comme un
nœud amputé, mais pas détruit. Et ils trompent quelquefois parce qu'ils
paraissent bien couverts de vertus alors qu'il n'y a qu'une mince couche qui
a vite fait de tomber. Attention aux nœuds des concupiscences. Faites en
sorte qu'ils soient recouverts à plusieurs reprises par la vertu pour qu'ils
ne ressortent pas en souillant le nouveau moi. Et sur les parties
molles, celles qui prennent facilement la peinture, mais la reçoivent
capricieusement avec des boursouflures et des rayures, passer plusieurs fois
la peau de poisson pour lisser, lisser, lisser pour passer une ou plusieurs
couches de peinture afin que ces parties aussi soient lisses comme un émail
compact. Et attention à ne pas surcharger. Un excès de zèle dans les vertus
fait que la créature se révolte, bouillonne et s'écaille au premier choc.
Non. Ni trop, ni trop peu. Une juste mesure dans le travail sur soi et sur
les créatures faites de chair et d'âme.
Me
comprenez-vous ? Et des coutumes faites-en des moyens de pénétration. Ne
détruisez pas brutalement. Vous n'auriez pas tout de suite ce qu'il faut pour
construire. Mais remplacez tout doucement ce qui ne doit pas rester
dans un converti, avec charité, patience, ténacité. Et ne craignez pas de
vous corrompre en touchant avec vos vêtements les parties basses,
matérielles, de ceux dont vous soignez l'esprit. Avec prudence pour ne pas
ruiner au lieu de construire. Vivez dans votre moi nourri de Dieu,
enveloppé par les vertus, allez-y avec délicatesse surtout quand vous devez
vous occuper du moi spirituel très sensible d'autrui, et certainement
vous réussirez à faire, même des êtres les plus méprisables, des êtres dignes
du Ciel." "Quelle
belle parabole tu nous as dite ! Je veux l'écrire pour Margziam !"
dit le Zélote. "Et pour moi
qu'il faut faire toute belle pour le Seigneur" dit lentement, en
cherchant les mots, Aurea qui depuis un moment est,
les pieds nus, debout sur le seuil du jardin. "Oh ! Aurea ! Tu nous écoutais ?" demande Jésus. "Je t'écoutais.
C'est si beau ! Ai-je mal fait ?" "Non, fillette.
Il y a longtemps que tu es ici ?" "Non. Et je
regrette car je ne sais pas ce que tu as dit avant. Ta Mère m'a envoyé te
dire que c'est bientôt l'heure du repas. On va défourner le pain. J'ai appris
à le faire, moi... Comme c'est beau ! Et j'ai appris à blanchir la
toile, et sur le pain et la toile, ta Mère m'a fait deux autres paraboles." 311> "Ah ! oui ? Que t'a-t-elle dit ?"
"N'irais-tu pas
volontiers avec Myrta et Noémi ?" "Je préférerais
ici... Mais pourtant... même avec elles. Mais pas avec les romains, non, non,
Seigneur..." "Prie,
fillette !" dit Jésus en mettant sa main sur les cheveux couleur de
miel blond. "As-tu appris la prière ?"
"Dieu veut ton
bien." "Oui ? Tu
le dis ? Alors, je n'ai plus peur... Je sens que je resterai en
Israël... pour connaître de plus en plus ce Père qui est mien... Et... à être
la première disciple de Gaule, ô mon Seigneur !" "Ta foi sera
exaucée parce qu'elle est bonne. Allons…" Et ils sortent tous pour se
laver au bassin sous la source, alors qu'Aurea
rejoint en courant Marie, et l'on entend les deux voix féminines, la voix de
Marie qui s'exprime avec une parfaite aisance, celle incertaine de l'autre
qui cherche ses mots, puis des rires pétillants pour quelque erreur de
langage que Marie corrige doucement... "Elle apprend
vite et bien, la fillette" observe Thomas. "Oui, elle est
bonne et pleine de bonne volonté." "Et puis !
Elle a ta Mère pour maîtresse !... Satan lui-même ne lui résisterait
pas !..." dit le Zélote. Jésus soupire sans
parler... "Pourquoi
soupires-tu ainsi, Maître ? Je n'ai pas bien parlé ?"
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"Mais pas nous,
hein ?" dit Thomas. "Pas vous...
Allons..." Ils entrent
dans la maison et la vision prend fin. |
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