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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta © Centro Editoriale Valtortiano |
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3ème
semaine
- Jésus et Thomas au travail dans l'atelier 304 - La fillette, symbole des futures converties 306 - Jésus apprend au Zélote comment peinturer 306 - Discours (Le peintre et le travail des âmes) 308 - Marie à instruit Aurea avec deux paraboles 310 - Aurea voudrait rester avec Marie 311 - Une merveille de voir Marie et Aurea 311 |
6.126. |
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304> Le rustique foyer de l'atelier est allumé, après tant de temps qu'il ne servait plus. L'odeur de la colle qui bout dans un récipient se mêle à l'odeur caractéristique de la sciure et des rubans qui viennent d'être faits ou qui tombent encore au pied de l'établi. Jésus travaille avec entrain pour transformer des planches avec la scie et la raboteuse, en pieds de chaises, en tiroirs et autres objets. Des meubles, les modestes meubles de la petite maison de Nazareth, ont été apportés dans l'atelier. La huche qui a besoin d'être réparée, un des métiers de Marie, deux tabourets, une 305> échelle de jardin, un petit coffre et la porte du four, je crois, rongée en bas peut-être par les rats. Jésus travaille à réparer ce que l'usage et la vétusté ont abîmé. Thomas, de son côté, avec tout un outillage de petits instruments d'orfèvre, qu'il a certainement sorti de son sac qui se trouve sur sa couchette qui comme celle du Zélote est contre le mur, travaille d'une main légère sur des feuilles d'argent. Les coups de son petit marteau sur le burin produisent un son argentin qui se fond dans le bruit plus fort des instruments de travail dont se sert Jésus. De temps à autre, ils échangent quelques mots et Thomas est si heureux d'être là avec le Maître et à son travail d'orfèvre - et en effet il le dit - que dans les pauses du dialogue, il sifflote tout doucement. De temps en temps, il lève les yeux et réfléchit. L'air absorbé, il fixe les murs enfumés de la pièce. Jésus le remarque et lui dit : « Tu tires l'inspiration de ces murs noircis, Thomas ? Il est vrai que ce qui leur a donné cet aspect, c'est le long travail d'un juste, mais il ne me semble pas que cela puisse donner des motifs à un orfèvre... » « Non, Maître, en fait un orfèvre ne peut, avec un riche métal, rendre la poésie de la sainte pauvreté... Pourtant il peut avec son métal imiter les belles choses de la nature et ennoblir ainsi l'or et l'argent en reproduisant avec eux les fleurs, les feuilles qui existent dans la création. Moi, c'est à ces fleurs, à ces feuilles que je pense et pour m'en rappeler l'aspect, je m'immobilise ainsi, les yeux tournés vers les murs, mais ce que je vois en réalité ce sont les bosquets et les prairies de notre patrie, les feuilles légères, les fleurs qui ressemblent à des coupes ou à des étoiles, le port des tiges et des feuillages... » « Tu es un poète, alors, un poète qui chante dans le métal ce que chante un autre en écrivant sur le parchemin. » «Oui. En effet l'orfèvre est un poète qui inscrit sur le métal les beautés de la nature, mais notre travail, artistique et beau, ne vaut pas le tien qui est humble et saint, car le nôtre sert à la vanité des riches, alors que le tien sert à la sainteté de la maison et à l'utilité des .pauvres. » « Tu parles bien, Thomas » dit le Zélote, qui se montre sur le seuil qui donne sur le jardin, en vêtement court, les manches retroussées, avec, par devant, un vieux tablier, et à la main un pot de peinture. Jésus et Thomas se retournent pour le regarder en souriant. Et Thomas répond : «Oui, je dis bien. Pourtant je veux que pour une 306> fois le travail de l'orfèvre serve à orner une... chose bonne, sainte... » « Quoi ? » « Un secret. Il y a si longtemps que j'y pense. Depuis que nous avons été à Rama que je porte avec moi un petit outillage d'orfèvre en attendant ce moment... Et ton travail, Simon ? » « Oh ! moi, je ne suis pas un parfait artiste comme toi, Thomas. C'est la première fois que je tiens un pinceau dans les mains et mes peintures sont imparfaites bien que j'y mette toute ma bonne volonté. Aussi j'ai commencé par les endroits les plus... humbles... pour me faire la main,.. et je t'assure que ma maladresse a fait rire de bon cœur la fillette. Mais j'en suis content ! Elle renaît d'heure en heure à une vie sereine et il faut cela pour effacer le passé et la rendre toute nouvelle pour Toi, Maître. » « Hé ! mais peut-être Valeria ne cédera pas... » dit Thomas. « Oh ! que veux-tu que cela lui importe de l'avoir ou non ? Si elle la gardait, c'était pour ne pas la laisser perdue dans le monde et sûrement ce serait bien que la fillette fût sauvée pour toujours et en tout, pour l'esprit surtout. N'est-ce pas, Maître ? » « C'est vrai. Il faut beaucoup prier pour cela. Cette créature est simple et réellement bonne et, élevée dans la Vérité, elle pourrait donner beaucoup. Elle tend instinctivement à la Lumière. » « Bien sûr ! Elle n'a pas de réconfort sur la Terre... et elle le cherche au Ciel, la malheureuse ! Moi, je crois que quand ta Bonne Nouvelle pourra être annoncée par le monde, les premiers à l'accueillir et les plus nombreux seront justement les esclaves, ceux qui n'ont aucun réconfort humain et se réfugieront dans tes promesses pour le trouver... Et je dis que s'il me revient justement l'honneur de t'annoncer, j'aurais un amour spécial pour ces malheureux... » «Et tu feras bien, Thomas» dit Jésus. «Oui. Mais comment les approcheras-tu ? » «Oh! Je serai orfèvre pour les dames et... maître pour leurs esclaves. Un orfèvre entre dans les maisons des riches ou leurs serviteurs viennent dans sa maison... et je travaillerai... Deux métaux : ceux de la Terre pour les riches... et ceux de l'esprit pour les esclaves. » « Que Dieu te bénisse pour tes projets, Thomas. Persévère dans cette intention... » « Oui, Maître. » « Eh bien, maintenant que tu as répondu à Thomas, viens avec moi, Maître... pour voir mon travail et me dire ce que je dois peindre 307> maintenant. Des choses humbles encore car je suis un garçon très incapable. » « Allons, Simon... » et Jésus pose ses outils et sort avec le Zélote... Ils reviennent après un moment et Jésus lui montre l'escalier du jardin : « Peins-le. La peinture rend le bois imperméable et le conserve plus longtemps, outre qu'il le rend plus beau. C'est comme la protection et l'embellissement de vertus sur le cœur de l'homme. Il peut être brut, grossier... mais lorsque les vertus le revêtent, il devient beau, agréable. Tu vois, pour obtenir une belle peinture et réellement efficace, il faut tant de soins. Pour commencer : prendre avec attention ce qu'il faut pour la former, à savoir un récipient débarrassé de terre ou de restes de vieilles peintures, de bonnes huiles et de bonnes couleurs, et les mélanger avec patience, les travailler et en faire un liquide qui ne soit ni trop épais ni trop liquide. Ne pas se lasser de travailler jusqu'à ce que le plus petit grumeau soit dissous. Cela fait, prendre un pinceau, un pinceau qui ne perde pas ses soies, qu'elles ne soient ni trop dures ni trop souples, que le pinceau soit bien débarrassé de toute ancienne couleur, et avant d'appliquer la peinture débarrasser le bois des rugosités, des croûtes d'ancienne peinture, de la boue, de tout, et puis, avec ordre, d'une main assurée, en allant toujours dans le même sens, étendre avec patience, avec beaucoup de patience, la peinture. En effet sur la même planche, il y a des résistances différentes. Sur les nœuds, par exemple, la peinture reste plus lisse, c'est vrai, mais sur eux la peinture se fixe mal car le bois la repousse. Par contre, sur les parties molles du bois la peinture se fixe tout de suite, mais généralement les parties molles sont moins lisses et alors il peut se former des boursouflures ou des rainures... Voilà alors que l'on doit réparer en appliquant soigneusement la main pour étendre la couleur. Et puis il y a dans les vieux meubles des parties neuves comme cette marche, par exemple, et pour ne pas faire voir que le pauvre escalier est rapiécé, mais très vieux, il faut faire en sorte que la marche neuve soit pareille aux anciennes... Voilà, ainsi ! » Jésus, qui est penché au pied de l'escalier, parle tout en travaillant... Thomas, qui a quitté ses burins pour venir voir de près, demande : « Pourquoi as-tu commencé par le bas plutôt que par le haut? Ne valait-il pas mieux faire le contraire ? » « Cela semblerait préférable, mais ne l'est pas. En effet le bas est plus abîmé et amené à s'abîmer en reposant sur la terre. Il faut donc qu'il soit travaillé plusieurs fois : une première couche, puis 308> une seconde, puis une troisième s'il est besoin... Et pour ne pas rester à rien faire pendant que le bas sèche, pour qu'il puisse recevoir une nouvelle couche, peindre pendant ce temps le haut puis le milieu de l'escalier. » « Mais en le faisant, on peut tacher ses vêtements et abîmer les parties déjà peintes. » « Avec de l'adresse on ne se tache pas et on n'abîme rien. Tu vois ? On fait ainsi. On serre ses vêtements et on se tient à l'écart. Ce n'est pas par dégoût de la peinture, mais pour ne pas abîmer la peinture qui est délicate parce que fraîchement appliquée » et Jésus, les bras levés, peint maintenant le haut de l'escalier.
Aussi que ce soit en nous ou en ceux que nous aimons comme nos disciples, quand on remarque que se dégradent, se délavent les vertus qui servent à défendre notre moi, il faut tout de suite y parer par un travail assidu, patient jusqu'à la fin de la vie, pour pouvoir s'endormir dans la mort avec une chair et un esprit dignes de la résurrection glorieuse.
309> Puis commencer le travail, avec ordre, avec réflexion. Ne pas sauter d'un endroit à l'autre sans un motif sérieux. Ne pas aller un peu dans un sens un peu dans un autre. On se fatiguerait moins, c'est vrai, mais la peinture serait irrégulière. C'est ce qui arrive dans les âmes désordonnées. Elles présentent des endroits qui sont parfaits, puis à côté, voilà des déformations, des couleurs différentes… Insister sur les endroits qui prennent mal la peinture, sur les nœuds : défauts de la matière ou des passions déréglées, mortifiés oui, par la volonté semblable à une raboteuse qui les a péniblement lissés, mais qui restent pour faire résistance comme un nœud amputé, mais pas détruit. Et ils trompent quelquefois parce qu'ils paraissent bien couverts de vertus alors qu'il n'y a qu'une mince couche qui a vite fait de tomber. Attention aux nœuds des concupiscences. Faites en sorte qu'ils soient recouverts à plusieurs reprises par la vertu pour qu'ils ne ressortent pas en souillant le nouveau moi. Et sur les parties molles, celles qui prennent facilement la peinture, mais la reçoivent capricieusement avec des boursouflures et des rayures, passer plusieurs fois la peau de poisson pour lisser, lisser, lisser pour passer une ou plusieurs couches de peinture afin que ces parties aussi soient lisses comme un émail compact. Et attention à ne pas surcharger. Un excès de zèle dans les vertus fait que la créature se révolte, bouillonne et s'écaille au premier choc. Non. Ni trop, ni trop peu. Une juste mesure dans le travail sur soi et sur les créatures faites de chair et d'âme.
Me
comprenez-vous ? Et des coutumes faites-en des moyens de
pénétration. Ne détruisez pas brutalement. Vous n'auriez pas tout de
suite ce qu'il faut pour construire. Mais remplacez tout doucement ce qui ne
doit pas rester dans un converti, avec charité, patience, ténacité.
Et ne craignez pas de vous corrompre en touchant avec vos vêtements les parties basses, matérielles, de ceux dont vous soignez l'esprit. Avec prudence pour ne pas ruiner au lieu de construire. Vivez dans votre moi nourri de Dieu, enveloppé par les vertus, allez-y avec délicatesse surtout quand vous devez vous occuper du moi spirituel très sensible d'autrui, et certainement vous réussirez à faire, même des êtres les plus méprisables, des êtres dignes du Ciel. » « Quelle belle parabole tu nous as dite ! Je veux l'écrire pour Margziam ! » dit le Zélote. « Et pour moi qu'il faut faire toute belle pour le Seigneur » dit lentement, en cherchant les mots, Aurea qui depuis un moment est, les pieds nus, debout sur le seuil du jardin. « Oh ! Aurea ! Tu nous écoutais ? » demande Jésus. « Je t'écoutais. C'est si beau ! Ai-je mal fait ? » « Non, fillette. Il y a longtemps que tu es ici ? » « Non. Et je regrette car je ne sais pas ce que tu as dit avant. Ta Mère m'a envoyé te dire que c'est bientôt l'heure du repas. On va défourner le pain. J'ai appris à le faire, moi... Comme c'est beau ! Et j'ai appris à blanchir la toile, et sur le pain et la toile, ta Mère m'a fait deux autres paraboles. » 311> « Ah ! oui ? Que t'a-t-elle dit ? »
« N'irais-tu pas volontiers avec Myrta et Noémi ? » « Je préférerais ici... Mais pourtant... même avec elles. Mais pas avec les romains, non, non, Seigneur... » « Prie, fillette ! » dit Jésus en mettant sa main sur les cheveux couleur de miel blond. « As-tu appris la prière ? »
« Dieu veut ton bien. » « Oui ? Tu le dis ? Alors, je n'ai plus peur... Je sens que je resterai en Israël... pour connaître de plus en plus ce Père qui est mien... Et... à être la première disciple de Gaule, ô mon Seigneur ! » « Ta foi sera exaucée parce qu'elle est bonne. Allons… » Et ils sortent tous pour se laver au bassin sous la source, alors qu'Aurea rejoint en courant Marie, et l'on entend les deux voix féminines, la voix de Marie qui s'exprime avec une parfaite aisance, celle incertaine de l'autre qui cherche ses mots, puis des rires pétillants pour quelque erreur de langage que Marie corrige doucement... « Elle apprend vite et bien, la fillette » observe Thomas. « Oui, elle est bonne et pleine de bonne volonté. » « Et puis ! Elle a ta Mère pour maîtresse !... Satan lui-même ne lui résisterait pas !... » dit le Zélote. Jésus soupire sans parler... « Pourquoi soupires-tu ainsi, Maître ? Je n'ai pas bien parlé ? »
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« Mais pas nous, hein ? » dit Thomas. « Pas vous... Allons... » Ils entrent dans la maison et la vision prend fin. |