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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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Dimanche 14
octobre 29 (17 Boul)
- Jésus s'arrête à regarder des ruines
344 - Discours (La ruine qui attend
Israël 346 - Qui n'a pas voulu accueillir son
Messie 347 - Malheureux Israël !) 347 |
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344> Je ne sais en quel
lieu se trouve Jésus. Certainement dans les montagnes et dans un
endroit abandonné après avoir été détruit ou bien par quelque cataclysme ou
bien par des opérations de guerre. Et je dirais qu'il s'agit plutôt de ces
dernières, car les ruines des maisons montrent même des traces de flammes,
dans les voûtes protégées de l'eau et encore visibles dans l'entrelacement
des ronces, lierres et autres plantes grimpantes ou parasites qui ont poussé
un peu partout. 345> Les larges feuilles
peluchées d'une plante, dont je ne connais pas le nom, mais que j'ai
remarquée aussi en Italie, couvrent entièrement une ruine qui paraît une
petite montagne escarpée. Plus loin, un mur resté debout et tout seul pour
contempler les ruines de la maison écroulée, est envahi par des câpriers et
des pariétaires, et du parapet ajouré, de ce qui était une terrasse, pendent
les branches d'une clématite qui ondulent au vent comme une chevelure
défaite. Une autre maison dont l'intérieur est écroulé, mais dont les murs
extérieurs sont encore debout, ressemble à un énorme vase à fleurs qui au
lieu de tiges de fleurs contient des arbres qui ont poussé spontanément dans
l'espace où étaient primitivement les appartements. Une autre, restée en
partie debout avec des marches, ressemble à un autel préparé pour une
cérémonie et tout orné de verdure. En haut de cette ruine, un peuplier, grêle
et élancé, paraît demander au ciel le pourquoi de pareil malheur. Et d'une
maison à l'autre, d'une ruine à l'autre, des arbres fruitiers obstinés et
dégénérés, devenus sauvages, dominés par le reste de la végétation ou la
dominant, nés de fruits tombés, tordus ou droits, rampants, sortis du trou
d'un mur, d'un puits desséché, font penser à un bois enchanté. Des oiseaux et
des pigeons, sortant des crevasses des ruines, se jettent avidement sur les
alentours où autrefois il y avait certainement des champs cultivés et où
maintenant ils trouvent un enchevêtrement de vesces dures, desséchées par le
soleil, qui ouvrent leurs cosses pour laisser tomber leurs semences qui
pousseront au printemps, de zizanie et d'ivraie. Les pigeons chassent avec de
féroces coups d'aile les oiseaux plus petits qui cherchent quelque grain de
mil ou de chanvre sorti de je ne sais quelle semence lointaine, qui au cours
des années s'est perpétuée dans les champs incultes par un ensemencement
spontané. Les oiseaux, spécialement les moineaux bagarreurs, qui se vengent
en arrachant les maigres épis d'un mil misérable pour les emporter vers leurs
nids, s'envolent péniblement, tout courbés sous le poids et l'embarras de la
panicule. Jésus n'a pas seulement avec Lui les apôtres, mais aussi un bon
groupe de disciples dont Cléophas
et Hermas d'Emmaüs, fils du vieux chef de synagogue Cléophas [1], et Étienne. Il y a
aussi des hommes et des femmes, comme s'ils étaient venus de quelque village
pour inviter Jésus à aller chez eux, ou bien comme s'ils l'avaient suivi, après
son passage dans leur village. 346>
Jésus, en traversant l'endroit couvert de ruines, s'arrête souvent pour
regarder, et il s'arrête définitivement quand d'un endroit plus élevé il peut
dominer cet entrelacement de ruines et de végétation où la vie est uniquement
représentée par des pigeons, certainement autrefois doux et apprivoisés, et
maintenant devenus sauvages et féroces. Les bras croisés, la tête un peu
penchée, il contemple et plus il regarde, plus il devient pâle et triste. "Pourquoi restes-tu ici, Maître ? Le lieu t'afflige, on le
voit. Ne t'arrête pas à contempler. Je me repens de t'avoir fait passer par
ici, mais le chemin était plus court" dit Cléophas
d'Emmaüs. "Oh ! Je ne regarde pas ce que vous voyez !" "Et quoi donc, Seigneur ? Peut-être tu revois l'événement
passé ? Certes ce fut effrayant. C'est le système de Rome..." dit
l'autre d'Emmaüs [2]. "Et cela devrait faire réfléchir. Voyez tous. Ici il y
avait une ville, pas grande, mais belle. Il y avait plus de demeures riches
que d'humbles maisons. Et ils appartenaient à des riches ces lieux qui
maintenant sont des bois sauvages, et ils appartenaient à des riches ces
champs stériles couverts de ronces, d'ivraie, d'orties... Il y avait alors de
beaux vergers et des champs couverts de moissons. Et les maisons étaient
belles alors, avec des jardins pleins de fleurs, et des puits, et des
fontaines où se baignaient les pigeons et où jouaient les enfants. Ils
étaient heureux tous les habitants de cet endroit, et la félicité ne les a
pas rendus justes. Ils ont oublié le Seigneur et ses paroles... Et voilà !
Mais des visages et des visages... dont beaucoup ne sont pas
encore nés... et je vois des ruines et
des ruines, et des ronces et des vignes sauvages, et des vesces sauvages
qui couvrent les terres de la Patrie... Et tout cela parce que l'on n'a pas
voulu accueillir le Seigneur. J'entends les pleurs des petits enfants
épuisés, plus malheureux que ces oiseaux auxquels Dieu pourvoit encore par un
minimum de secours pour leur garder la vie, alors que ces petits seront
privés de tout secours, victimes du châtiment général, languissants sur le sein
desséché des mères, mourant de privations et de douleurs et d'une épouvante
sans nom. Et j'entends les lamentations des mères pour leurs enfants morts de
faim sur leurs seins. 347> Et les lamentations
des épouses qui n'ont plus d'époux, des vierges capturées pour servir aux
plaisirs des vainqueurs, des hommes envoyés en captivité après avoir connu
toutes les hontes de la guerre, et des vieillards qui ont assez vécu pour
voir accomplie la prophétie de Daniel [3]. Et
j'entends la voix infatigable d'Isaïe dans le souffle de ce vent parmi les
ruines, dans la plainte des pigeons au milieu des décombres : "C'est
avec des mots barbares, en une langue étrangère que le Seigneur parlera à ce
peuple auquel Il avait dit : 'C'est ici mon repos. Restaurez celui qui est fatigué;
c'est mon soulagement " [4]. Mais eux n'ont pas voulu écouter. Non. Il n'ont pas voulu, et
le Seigneur n'a pas pu trouver de repos parmi son peuple. Celui qui est
fatigué, qui s'est épuisé à parcourir ses contrées et à enseigner, guérir,
convertir, réconforter, ne trouve pas de repos, mais la persécution. Pas de
soulagement, mais des embûches et la trahison. Le Fils n'est qu'un avec le
Père.
Voici, voici de nouveau la voix d'Isaïe dans le vent du soir,
plus redoutable que le cri de l'oiseau de mort, redoutable presque comme
celle qui résonna au Jardin Terrestre pour la condamnation des deux
coupables, et — oh ! terrible chose ! — et qui n'est plus unie cette voix du
Prophète comme alors à la promesse d'un pardon, comme alors ! Non. Il n'y a
pas de pardon pour ceux qui méprisent Dieu, pour ceux qui disent : "Nous
avons fait alliance avec la Mort, nous avons conclu un pacte avec l'Enfer.
Les fléaux, quand ils viendront, ne viendront pas sur nous car nous avons mis
notre espérance dans le Mensonge et nous serons protégés par lui qui est
puissant" [6]. Voici, voici Isaïe
qui répète ce qu'il a entendu du Seigneur : "Voici que pour le fondement
de Sion, Je placerai une pierre angulaire, élue, précieuse... Et Je pèserai
le jugement et mesurerai la justice, et la grêle détruira l'espérance dans le
Mensonge, et les eaux bouleverseront les abris, et elle sera détruite votre
alliance avec la Mort et il n'existera plus votre pacte avec l'Enfer. 348> Quand il passera tempétueux le fléau, il vous bouleversera,
chaque fois il vous bouleversera et à toute heure, et il n'y aura que les
châtiments pour vous faire comprendre la leçon" [7]. Malheureux Israël ! Comme ces champs où il ne persiste que la vesce
aride et l'ivraie amère, et où il n'y a plus de grain, ainsi sera Israël, et
la Terre qui n'a pas voulu Dieu n'aura pas de pain pour ses enfants, et ses
enfants qui n'ont pas voulu accueillir Celui qui était fatigué, frappés,
devenus sauvages, comme des galériens à la rame, s'en iront, esclaves de ceux
qu'ils méprisaient comme inférieurs. Vraiment Dieu battra ce peuple
orgueilleux sous le poids de sa justice et le brisera avec le brisoir de son
jugement... Voilà ce que je vois dans ces ruines. Des ruines ! Des ruines !
Au septentrion, au midi, à l'orient et à l'occident, et surtout au centre,
dans le cœur, où la ville coupable sera changée en une fosse putride..."
Et des larmes lentement descendent le long du visage pâle de
Jésus qui lève son manteau pour se cacher le visage, ne laissant découverts
que ses yeux dilatés par la douloureuse vision. |
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Et il reprend son chemin, alors que ceux qui l'accompagnent
hésitent à parler, glacés d'épouvante... |
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[1] Je pense qu'il y a une
inversion dans la prise de note, car je ne connais que Cléophas,
fils de Cléophas. Hermas est le notable d'Emmaüs.
J'écrirais la phrase ainsi : " mais aussi un bon groupe de disciples dont
Hermas d'Emmaüs et Cléophas, fils du vieux chef de
synagogue Cléophas, et Étienne."
[2] Probablement une
séquelle de la conquête de la Palestine par les armées de Pompée, il y a donc
environ 80 ans. Notamment des représailles qu'entrepris Gabinius
après la révolte d'Aristobule. (Cf. Flavius Josèphe :
La guerre des juifs, Livre 1, VII, § 5 et 6)