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268> Jésus est avec
les apôtres et ils sont tous là, ce qui montre que Judas Iscariote, son œuvre accomplie, a rejoint ses compagnons. Ils
sont assis à table dans la maison de Capharnaüm. C'est le soir. La lumière du
jour qui meurt entre par la porte et par les fenêtres grandes ouvertes,
laissant voir la transformation de la pourpre du crépuscule en un rouge
violet foncé irréel, qui s'effrange à ses bords en recroquevillements
d'une couleur violet ardoise qui passe au gris. Cela me fait penser à une
feuille de papier qu’on a jetée sur le feu, qui s'allume comme le charbon sur
lequel on l'a jetée, mais qui, à ses bords, après la flambée, se
recroqueville et s'éteint en une couleur de plomb bleuâtre qui finit en un
gris perle presque blanc.
"Ce sera de la chaleur" dit
sentencieusement Pierre en
montrant le gros nuage qui couvre l'occident de ces couleurs. "De la
chaleur, pas d'eau. C'est du brouillard, pas un nuage. Moi, cette nuit, je
dors dans la barque pour être plus au frais."
"Non. Cette nuit nous allons au milieu
des oliviers, J'ai besoin de vous parler; Maintenant Judas est revenu. C'est
le moment de parler. Je connais un endroit aéré. Nous y serons bien.
Levez-vous et allons-y."
"C'est loin ?" demandent-ils
en prenant leurs manteaux.
"Non, très proche. A un jet de pierre de
la dernière maison. Vous pouvez laisser les manteaux. Cependant prenez
l'amadou et un briquet pour y voir en rentrant."
Ils sortent de la chambre du haut et
descendent l'escalier après avoir salué le maître de maison et sa femme qui
prennent le frais sur la terrasse. Jésus tourne résolument le dos au lac et,
après avoir traversé le pays, fait deux ou trois cent mètres parmi les
oliviers d'une première petite colline qui se trouve en arrière du pays. Il
s'arrête sur une butte qui, par sa situation dégagée et libre d'obstacles,
profite de tout l'air dont on peut jouir en cette nuit de chaleur étouffante.
"Assoyons-nous et prêtez-moi attention.
L'heure est venue pour vous d'évangéliser. Je suis à peu près au milieu de ma
vie publique pour préparer les cœurs à mon Royaume. C'est le moment que mes
disciples aussi prennent part à la préparation de ce Royaume. Les rois
agissent ainsi quand ils ont décidé la conquête d'un royaume.
269> D'abord ils
enquêtent et fréquentent les personnes pour se rendre compte des réactions et
les gagner à l'idée qu'ils poursuivent. Puis ils développent la préparation
de l'entreprise en envoyant des éclaireurs sûrs dans les pays à conquérir. Et
ils les envoient de plus en plus nombreux jusqu'à ce que soit connu le pays
dans toutes ses particularités géographiques et morales. Puis, après cela, le
roi achève son œuvre en se proclamant roi du pays et en se faisant couronner.
Et il coule du sang pour y arriver, car les victoires coûtent toujours du
sang..."
"Nous sommes prêts à combattre pour Toi
et à verser notre sang" promettent unanimement les apôtres.
"Je ne verserai d'autre sang que celui
du Saint et des saints."
"Tu veux commencer la conquête par le
Temple en faisant irruption à l'heure des sacrifices ?..."
"Ne divaguons pas, amis. L'avenir, vous
le connaîtrez en son temps. Mais ne frémissez pas d'horreur. Je vous assure
que je ne bouleverserai pas les cérémonies par la violence d'une irruption.
Pourtant elles seront bouleversées et il y aura un soir où la terreur
empêchera les prières rituelles. La terreur des pécheurs. Mais Moi, ce
soir-là, je serai en paix. En paix, en mon esprit et en mon corps. Une paix
totale, bienheureuse..."
Jésus regarde, un par un, ses douze et c'est
comme s'il regardait à douze reprises la même page et y lisait à douze
reprises la parole qui y est inscrite : incompréhension. Il sourit et
poursuit.
"J'ai donc décidé de vous envoyer pour
pénétrer plus avant et plus à fond que je ne pourrais le faire, Moi tout
seul. Cependant entre ma manière d'évangéliser et la vôtre, il y aura des
différences imposées par la prudence, dont je dois user pour ne pas vous
exposer à de trop grandes difficultés, à des dangers trop sérieux pour votre
âme et aussi pour votre corps, et pour ne pas nuire à mon œuvre. Vous n'êtes
pas encore assez formés pour pouvoir aborder n'importe qui sans dommage pour
vous ou pour lui, et vous êtes encore moins héroïques, au point de défier le
monde par l'Idée en allant au devant des vengeances du monde.
Aussi dans vos tournées, vous n'irez pas me
prêcher parmi les gentils et n'entrerez pas dans les villes de samaritains,
mais vous irez vers les brebis perdues de la maison d'Israël. Il y a encore
tant à faire parmi elles, car en vérité je vous dis que les foules qui vous
paraissent si nombreuses autour de Moi sont la centième partie de celles qui,
en Israël, attendent encore le Messie et ne le connaissent pas et ne savent
pas qu'il est vivant. Portez-leur la foi et la connaissance de ma personne.
Sur votre chemin, prêchez en disant : "
270> Le Royaume des Cieux est proche". Que
ce soit la base de ce que vous annoncez. Appuyez sur elle votre prédication.
Vous avez tant entendu parler par Moi du Royaume ! Vous n'avez qu'à
répéter ce que je vous ai dit. Mais l'homme, pour être attiré et convaincu
par les vérités spirituelles, a besoin de douceurs matérielles comme s'il
était un éternel enfant qui n'étudie pas une leçon et n’apprend pas un métier
s'il n'est pas alléché par une douceur de la mère ou d'une récompense du
maître d'école ou du maître d'apprentissage. Moi, afin que vous ayez le moyen
que l'on vous croie et qu'on vous recherche, je vous accorde le don du
miracle..."
Les apôtres, sauf Jacques d'Alphée et Jean, bondissent debout, criant, protestant, s'exaltant,
chacun suivant son tempérament.
Réellement, pour se pavaner à l'idée de faire
un miracle, il n'y a que l'Iscariote qui, avec l'inconscience d'une
accusation fausse et intéressée, s'écrie : "Il était temps pour
nous de le faire pour que nous ayons un minimum d'autorité sur les
foules !"
Jésus le regarde, mais ne dit rien. Pierre et
le Zélote qui sont en train de dire : "Non,
Seigneur ! Nous ne sommes pas dignes d'une si grande chose ! Cela
revient aux saints", interloquent Judas auquel Le Zélote dit :
"Comment te permets-tu de faire un reproche au Maître, homme sot et
orgueilleux ?" et Pierre : "Le minimum ? Et que
veux-tu faire de plus que le miracle ? Devenir Dieu, toi aussi ?
As-tu la même démangeaison que Lucifer ?"
"Silence" intime Jésus, et il
poursuit : "Il y a une chose qui est plus que le miracle et qui
convainc également les foules et avec plus de profondeur et de durée :
une vie sainte. Mais, vous en êtes encore loin et toi, Judas, plus loin que
les autres. Mais laissez-moi parler, car c'est une longue instruction.
Allez donc, guérissant les infirmes,
purifiant les lépreux, ressuscitant les morts du corps et de l'esprit, car le
corps et l'esprit peuvent être également infirmes, lépreux, morts. Et vous
aussi sachez comment on s'y prend pour opérer le miracle : par une vie
de pénitence, une prière fervente, un désir sincère de faire briller la
puissance de Dieu, une humilité profonde, une charité vivante, une foi enflammée,
une espérance qui ne se trouble pas pour les difficultés d'aucune sorte. En
vérité, je vous dis que tout est possible à celui qui possède en lui ces
éléments. Même les démons s'enfuiront au Nom du Seigneur prononcé par vous,
si vous avez en vous ce que j'ai dit. Ce pouvoir vous est donné par Moi et
par notre Père. Il ne s'achète pas à prix d'argent. Seule notre volonté
l'accorde et seule une vie juste le maintient. 271> Mais comme il vous est donné gratuitement,
donnez-le gratuitement aux autres, à ceux qui en ont besoin. Malheur à vous,
si vous rabaissez le don de Dieu en le faisant servir à remplir votre bourse.
Ce n'est pas votre puissance, c'est la puissance de Dieu. Usez-en, mais n'en
faites pas votre propriété en disant : "Elle m'appartient".
Comme elle vous est donnée, elle peut vous être enlevée. Il y a un instant
Simon de Jonas a dit à Judas de Simon : "As-tu la même démangeaison
que Lucifer ?" Il a donné une juste définition. Dire :
"Je fais ce que Dieu fait parce que je suis comme Dieu" c'est
imiter Lucifer. Et son châtiment est connu. Comme est connu ce qui arriva aux
deux du paradis terrestre qui mangèrent le fruit défendu, à l'instigation de
l'Envieux qui voulait mettre des autres malheureux en son Enfer, en plus des
anges rebelles qui déjà y étaient, mais aussi par leur démangeaison
personnelle de parfait orgueil. L'unique fruit de ce que vous faites, qu'il
vous est permis de prendre, ce sont les âmes que, par le miracle, vous
conquerrez au Seigneur et qui doivent Lui être données. Voilà votre argent,
rien d'autre. Dans l'autre vie vous jouirez de ce trésor.
Allez sans richesses. Ne portez sur vous ni
or, ni argent, ni pièces monnaie dans vos ceintures, pas de sacs de voyage
avec deux ou plusieurs vêtements, ni sandales de rechange, ni bâton de
voyage, ni armes. Car, pour le moment, vos visites apostoliques seront
courtes, et à chaque veille de sabbat nous nous retrouverons et vous pourrez
changer vos vêtements humides de sueur sans avoir à emporter de vêtements de
rechange. Pas besoin de bâton car le chemin est plus doux et ce qui sert sur
les collines et les plaines est bien différent de ce qui sert dans les
déserts et sur les hautes montagnes. Pas besoin d'armes. Elles sont bonnes
pour les hommes qui ne connaissent pas la sainte pauvreté et qui ignorent le
divin pardon. Mais vous n'avez pas de trésors à garder et à défendre des
voleurs. Le seul à craindre, l'unique larron pour vous, c'est Satan. Et lui
se vainc par la constance et la prière, pas avec les épées et les poignards.
Si l'on vous offense, pardonnez. Si on vous dépouille de votre manteau,
donnez aussi votre vêtement. Restez même tout à fait nus par douceur et
détachement des richesses, vous ne scandaliserez pas les anges du Seigneur,
ni non plus l'infinie chasteté de Dieu, car votre charité vêtirait d'or votre
corps nu, la douceur ferait office de ceinture et le pardon à l'égard du
voleur vous donnerait un manteau et aussi une couronne royale. Vous seriez
donc mieux vêtus qu'un roi. Et non pas d'étoffes corruptibles, mais de
matière incorruptible.
272> N'ayez pas de préoccupations pour votre
nourriture. Vous aurez toujours ce qui convient à votre condition et à votre ministère
car l'ouvrier mérite la nourriture qu'on lui apporte. Toujours. Si les hommes
n'y pourvoyaient pas, Dieu pourvoirait aux besoins de son ouvrier. Je vous ai
déjà montré que, pour vivre et pour prêcher, il n'est pas nécessaire d'avoir
le ventre plein de la nourriture que l'on a ingurgitée. C'est la destinée des
animaux immondes dont là mission est celle de s'engraisser pour qu'on les tue
et qu'ils engraissent les hommes. Mais vous, vous ne devez engraisser votre
esprit et celui des autres que de nourritures qui apportent la sagesse. Et la
Sagesse se dévoile à un esprit que n'obscurcit pas l'excès de nourriture et à
un cœur qui se nourrit de choses surnaturelles. Vous n'avez jamais été aussi
éloquents qu'après votre retraite sur la montagne. Et vous ne mangiez alors
que l'indispensable pour ne pas mourir. Et pourtant, à la fin de la retraite,
vous étiez forts et joyeux comme jamais. N'est-ce pas vrai, peut-être ?
Dans toute ville ou localité où vous
entrerez, informez-vous qu'il y ait qui mérite de vous accueillir. Non parce
que vous êtes Simon ou Judas ou Barthélemy ou Jacques ou Jean et ainsi de
suite, mais parce que vous êtes les envoyés du Seigneur. Quand bien même vous
seriez des rebuts, des assassins, des voleurs, des publicains, maintenant repentis
et à mon service, vous méritez le respect parce que vous êtes mes envoyés. Je
dis plus encore. Je dis : malheur à vous si vous vous présentez comme
mes envoyés et si vous êtes intérieurement abjects et insatanisés.
Malheur à vous ! L'enfer c'est encore peu pour récompenser votre
duperie. Mais même si vous étiez ouvertement des envoyés de Dieu et
secrètement des rebuts, des publicains, des voleurs, des assassins, ou même
si les cœurs avaient des soupçons à votre égard, presque une certitude, on
doit encore vous donner honneur et respect parce que vous êtes mes envoyés.
L’œil, de l'homme doit dépasser l'intermédiaire, et voir l'envoyé et le but,
voir Dieu et son œuvre au-delà de l'intermédiaire trop souvent défectueux. Ce n'est que dans les cas de fautes graves
qui blessent la foi des cœurs, que Moi présentement, puis mes successeurs,
devront décider de couper le membre corrompu. En effet il n'est pas permis
qu'à cause d'un prêtre qui est un démon, les âmes des fidèles se perdent. il
ne sera jamais permis, pour cacher les plaies qui naîtraient dans le corps
apostolique, de permettre qu 'y restent des corps
gangrenés qui éloignent les fidèles par leur aspect répugnant et les
empoisonnent par leur puanteur démoniaque.
273> Vous prendrez donc
des renseignements sur la famille dont la vie est la plus correcte, là où les
femmes savent rester à part, et où les mœurs sont intègres. Vous entrerez là
et y demeurerez jusqu'à votre départ de la localité. N'imitez pas les
faux-bourdons qui, après avoir sucé une fleur, passent à une autre plus
nourrissante. Vous, que vous soyez pris en charge par des gens qui vous
offrent bon gîte et bonne table, ou par une famille qui n'est riche que de
vertus, restez où vous êtes. Ne cherchez jamais ce qui est le mieux pour le
corps qui périt, mais au contraire donnez-lui toujours ce qu'il y a de pire,
en réservant tous les droits à l'esprit. Et, je vous le dis parce qu'il est
bien que vous le fassiez, donnez, dès que vous pouvez le faire, la préférence aux pauvres pour votre séjour.
Pour ne pas les humilier, en souvenir de Moi qui suis et reste pauvre, et qui
me fais gloire d'être pauvre, et aussi parce que les pauvres sont souvent
meilleurs que les riches. Vous trouverez toujours des pauvres qui sont justes
alors que vous aurez rarement l'occasion de trouver un riche sans injustice.
Vous n'avez donc pas l'excuse de dire : "Je n'ai trouvé de bonté
que chez les riches" pour justifier votre désir de bien-être.
En entrant dans une maison, saluez avec mon
salut qui est le plus doux qui soit. Dites : "La paix soit avec
vous, la paix soit dans cette demeure" ou bien : "Que la paix
vienne dans cette maison". En effet, vous, envoyés de Jésus et de la Bonne
Nouvelle, vous portez avec vous la paix, et votre venue daris un endroit est
pour y apporter la paix. Si la maison en est digne, la paix viendra et
demeurera en elle; si elle n'en est pas digne, la paix reviendra vers vous.
Cependant, efforcez-vous d'être pacifiques pour que vous ayez Dieu pour Père.
Un père aide toujours. Et vous, aidés par Dieu, ferez et ferez bien toutes
choses.
Il peut arriver aussi, et même certainement
il arrivera, qu'il y aura une ville ou une maison qui ne vous recevra pas, où
les gens ne voudront pas écouter vos paroles, vous chasseront, vous
tourneront en dérision ou même vous poursuivront à coups de pierres comme des
prophètes ennuyeux. Et alors vous aurez plus que jamais besoin d'être
pacifiques, humbles, doux, dans votre manière de vivre. Autrement, en effet,
la colère prendra le dessus et vous pécherez en scandalisant ceux que vous
devez convertir et en augmentant leur incrédulité. Alors que si vous acceptez
avec paix l'offense de vous voir chassés, ridiculisés, poursuivis, vous
convertirez par la plus belle prédication: la prédication silencieuse de la
vraie vertu. 274> Vous retrouverez un jour les ennemis
d'aujourd'hui sur votre chemin, et ils vous diront : "Nous vous
avons cherchés, parce que votre manière d'agir nous a persuadés de la Vérité
que vous annoncez. Veuillez nous pardonner et nous accueillir comme
disciples. Car nous ne vous connaissions pas, mais maintenant nous vous
connaissons pour saints et, si vous êtes saints, vous devez être les envoyés
d'un saint, et nous croyons maintenant en Lui". Mais en sortant de la
ville ou de la maison où vous n'avez pas été accueillis, secouez jusqu'à la poussière de vos sandales
pour que l'orgueil et la dureté de ce lieu ne s'attache même pas à vos
semelles. En vérité je vous dis : "Au jour du Jugement, Sodome et
Gomorrhe seront traitées moins durement que cette ville".
Voici que je vous envoie comme des brebis
parmi les loups. Soyez donc prudents comme les serpents et simples comme les
colombes. Car vous savez comment le monde, qui en vérité compte plus de loups
que de brebis, agit même avec Moi qui suis le Christ. Moi, je puis me
défendre par ma puissance, et je le ferai jusqu'à ce que ce soit l'heure du
triomphe temporaire du monde. Mais vous, vous n'avez pas cette puissance, et
vous avez besoin d'une plus grande prudence et de simplicité. Donc plus de
sagacité pour éviter présentement les prisons et les flagellations. En vérité
vous, pour le moment, malgré vos protestations que vous voudriez donner votre
sang pour Moi, vous ne supportez même pas un regard ironique ou coléreux.
Puis viendra le temps où vous serez forts comme des héros contre toutes les
persécutions, plus forts que des héros, d'un héroïsme inconcevable pour le
monde, inexplicable, et qu'on qualifiera de ''folie". Non, ce ne sera
pas de la folie ! Ce sera l'identification de l'homme avec l'Homme-Dieu,
par la force de l'amour, et vous saurez faire ce que j'aurai déjà fait. Pour
comprendre cet héroïsme, il faudra le voir, l'étudier et le juger d'un point
de vue ultra-terrestre. Car c'est une chose surnaturelle qui dépasse toutes
les limites de la nature humaine. Mes héros seront des rois, des rois de
l'esprit, éternellement rois et héros…
En ce temps-là, ils vous arrêteront en
mettant la main sur vous, ils vous traîneront devant les tribunaux, devant
les chefs et les rois pour qu'ils vous jugent et vous condamnent pour ce qui
est un grand péché, aux yeux du monde, d'être les serviteurs de Dieu, les
ministres et les tuteurs du Bien, les maîtres des vertus. Et à cause de cela
vous serez flagellés et punis de mille façons jusqu'à subir la mort. Et vous
rendrez témoignage de Moi devant les rois, les présidents de tribunaux, les
nations, confessant par votre sang que vous aimez le Christ, le Vrai Fils du
Vrai Dieu. 275> Quand vous serez dans leurs mains, ne vous mettez pas en peine
de ce que vous devez répondre et de ce que vous aurez à dire. N'ayez alors
aucune peine sauf l'affliction à l'égard des juges et des accusateurs que
Satan dévoie au point de les rendre aveugles pour la Vérité. Les paroles à
dire vous seront données à ce moment-là. Votre Père vous les mettra sur les
lèvres, parce que, alors, ce ne sera pas vous qui parlerez pour convertir à
la Foi et professer la Vérité, mais ce sera l'Esprit de votre Père qui
parlera en vous.
Alors le frère donnera la mort à son frère,
le père à son fils, les fils se dresseront contre leurs parents et les feront
mourir. Non, ne vous évanouissez pas et ne vous scandalisez pas !
Répondez-moi. Pour vous, quel est le plus grand crime : de tuer un père,
un, frère, un enfant ou Dieu Lui-même ?"
"Dieu, on ne peut le tuer" dit
sèchement Judas Iscariote.
"C'est vrai. C'est un Esprit qu'on ne
peut saisir" confirme Barthélemy. Et les autres, tout en se taisant, sont du même avis.
"Moi, je suis Dieu et Chair" dit
calmement Jésus.
"Personne ne pense à te tuer"
réplique l'Iscariote.
"Je vous en prie: répondez à ma
question."
"Mais il est plus grave de tuer
Dieu ! Cela s'entend !"
"Eh bien : Dieu sera tué par
l'homme, dans sa Chair d'Homme-Dieu et dans l'âme de ceux qui tueront
l'Homme-Dieu. Donc, comme on arrivera à ce crime sans que son auteur en
éprouve de l'horreur, on en arrivera pareillement au crime des pères, des
frères, des fils, contre les fils, les frères, les pères. Vous serez haïs de
tous, à cause de mon Nom, mais celui qui aura persévéré jusqu'à la fin sera
sauvé. Et quand ils vous persécuteront dans une
ville, fuyez dans une autre, non par lâcheté, mais pour donner le temps à
l'Église du Christ qui vient de naître, d'arriver à l'âge, non plus d'un bébé
faible et incapable, mais à l'âge de la majorité où elle sera capable
d'affronter la vie et la mort sans craindre la Mort. A ceux auxquels l'Esprit
conseillera de fuir, qu'ils fuient. Comme j'ai fui quand j'étais tout petit. En vérité, dans la vie de mon Église se
répéteront toutes les vicissitudes de ma vie d'homme. Toutes. Depuis
le mystère de sa formation à l'humilité des premiers temps, jusqu'aux
troubles et aux embûches qu'amènera la férocité des hommes, jusqu'à la
nécessité de fuir pour continuer à exister, depuis la pauvreté, et le travail
assidu, jusqu'à beaucoup d'autres choses que je vis actuellement, que je
souffrirai par la suite, avant d'arriver au triomphe éternel. 276> Pour ceux, au contraire,
auxquels l'Esprit conseille de rester, qu'ils restent, car s'ils tombent
morts, ils vivront et seront utiles à l'Église. Car c'est toujours bien ce
que l'Esprit de Dieu conseille.
En vérité je vous dis que vous ne finirez
pas, vous et vos successeurs, de parcourir les rues et les villes d'Israël
avant que vienne le Fils de l'Homme. Car Israël, à cause de son redoutable
péché, sera dispersé comme la balle saisie par un tourbillon, et répandu sur
toute la terre. Et des siècles et des millénaires, l'un après l'autre et
davantage se succéderont avant qu'il soit de nouveau rassemblé sur l'aire d'Arauna le Jébuséen.[1]
Toutes les fois qu'il essaiera, avant l'heure marquée, il sera de nouveau
pris par le tourbillon et dispersé, parce qu'Israël devra pleurer son péché
pendant autant de siècles qu'il y a de gouttes qui pleuvront des veines de
l'Agneau de Dieu immolé pour les péchés du monde. Et mon Église devra aussi
elle, qui aura été frappée par Israël en Moi et en mes apôtres et disciples,
ouvrir ses bras de mère et chercher à rassembler Israël sous son manteau
comme une poule le fait avec ses poussins qui se sont écartés. Quand Israël
sera tout entier sous le manteau de l'Église du Christ, alors je viendrai.
Mais cela c'est l'avenir. Parlons des temps
qui ne vont pas tarder de venir.
Rappelez-vous que le disciple n'est pas plus
que le Maître, et le serviteur plus que le Maître qui commande. Il suffit pas
conséquent au disciple d'être comme le Maître et c'est déjà un honneur immérité,
et le serviteur comme celui qui le commande et c'est déjà de la bonté
surnaturelle de vous accorder qu'il en soit ainsi.
S'ils ont appelé Belzébuth le Maître de
maison, comment appelleront-ils ses serviteurs ? Et les serviteurs pourront-ils
se révolter si le Maître ne se révolte pas, ne hait, ni ne maudit, mais calme
dans sa justice continue ses œuvres, en remettant le jugement à un autre
moment quand... après avoir tout essayé pour les persuader, il aura constaté
en eux l'obstination dans le Mal ? Non. Les serviteurs ne pourront pas
faire ce que leur Maître ne fait pas, mais plutôt l'imiter en pensant qu'eux
sont aussi des pécheurs, alors que Lui était sans péché.
Ne craignez donc pas ceux qui vous
appelleront : "démons", Il arrivera un jour où la vérité sera
connue et on verra alors qui était le "démon". Vous ou eux. Il n'y a
rien de caché qui ne doive être révélé, ni rien de secret qui ne doive être
connu.
277> Ce que je vous dis
maintenant dans l'obscurité et en secret, car le monde n'est pas digne de
connaître toutes les paroles du Verbe, n'en est pas encore digne et ce n'est
pas l'heure de le dire aussi aux indignes, vous, quand ce sera l'heure que
tout doive être connu, dites-le en plein jour, criez du haut des toits ce que
maintenant je vous dis tout bas m'adressant davantage à votre âme qu'à votre
oreille. Car alors le monde aura été baptisé par le Sang et Satan aura contre
lui un étendard grâce auquel le monde pourra, s'il le veut, comprendre les
secrets de Dieu, alors que Satan ne pourra nuire qu'à ceux qui désirent la
morsure de Satan et la préfèrent à mon baiser. Mais huit parties du monde sur dix ne
voudront pas comprendre. Seule la minorité voudra savoir tout pour suivre
tout ce qu'est ma Doctrine. Peu importe. Comme on ne peut séparer ces deux
parties saintes de la masse injuste, prêchez aussi du haut des toits ma
Doctrine, prêchez-la du haut des montagnes, sur les mers sans bornes, dans
les entrailles de la terre. Quand bien même les hommes ne l'écouteraient pas,
les divines paroles seront recueil- lies par les oiseaux et les vents, les
poissons et les flots, et les entrailles de la terre en garderont l'écho pour
le dire aux sources, aux minéraux, aux métaux', et tous en jouiront car eux
aussi ont été créés par Dieu pour servir d'escabeau à mes pieds et être une
joie pour mon cœur. " Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne
peuvent tuer l'âme, mais craignez seulement celui qui peut envoyer votre âme
à la perdition et, au Jugement Dernier, la réunir au corps ressuscité pour
les jeter dans les feux de l'Enfer. Ne craignez pas. Est-ce que peut-être on
ne vend pas deux passereaux pour un sou ? Et pourtant, sans la permission du
Père, pas un d'eux ne tombera malgré tous les pièges de l'homme'. Ne craignez
donc pas. Vous êtes connus de mon Père. Il connaît le nombre de cheveux que
vous avez sur la tête. Vous avez plus de valeur qu'un grand nombre de
passereaux !
Et je vous dis que celui qui me reconnaîtra
devant les hommes, je le reconnaîtrai, Moi, devant mon Père qui est aux
Cieux, Mais celui qui me reniera devant les hommes, Moi aussi, je le renierai
devant mon Père. Reconnaître, ici, veut dire suivre et mettre en pratique;
renier veut dire abandonner mon chemin par lâcheté, par la triple
concupiscence, ou par un calcul mesquin, par affection humaine envers un des
vôtres qui m'est opposé. Parce que cela se produira.
Ne pensez pas que je sois venu établir la
concorde sur la terre et à travers la terre. Ma Paix est plus élevée que les
paix faites par calcul pour se tirer d'affaire jour après jour. Je ne suis
pas venu apporter la paix mais le glaive. Le glaive tranchant pour couper les
lianes qui retiennent dans la boue et ouvrir les chemins aux vols du
surnaturel. 278> Je suis donc venu séparer le fils du père,
la fille de la mère, la bru de la belle-mère. Car je suis celui qui règne et
qui a tous les droits sur ses sujets. Car personne n'est plus grand que Moi
quand il s'agit des droits sur les affections. Car c'est en Moi que tous les
amours se centralisent et se subliment : Moi je suis Père, Mère, Époux,
Frère, Ami et je vous aime comme tel, et comme tel je dois être aimé. Et
quand je dis : "Je veux", il n'y a pas de lien qui puisse
résister et la créature est mienne. C'est Moi qui l'ai créée avec le Père,
c'est par Moi-même que je la sauve et Moi j'ai le droit de la posséder.
En vérité, les ennemis de l'homme ce sont les
hommes, en plus des démons; et les ennemis de l'homme, du chrétien, ce seront
ceux de sa famille par leurs lamentations, leurs menaces ou leurs
supplications. Qui donc désormais aimera son père et sa
mère plus que Moi, n'est pas digne de Moi, qui aime son fils ou sa fille plus
que Moi, n'est pas digne de Moi. Celui qui ne prend pas sa croix
quotidienne, complexe, faite de résignation, de renoncement, d'obéissance,
d'héroïsme, de douleurs, de maladies, de luttes, de tout ce que manifeste la
volonté de Dieu ou une épreuve qui vient de l'homme, et ne me suit pas avec
elle, n'est pas digne de Moi. Celui qui tient compte de la vie de la terre
plus que de la vie spirituelle, perdra la vraie Vie. Celui qui aura perdu la
vie de la terre par amour pour Moi la retrouvera, éternelle et bienheureuse.
Celui qui vous reçoit, Me reçoit. Celui qui
me reçoit, reçoit Celui qui m'a envoyé. Celui qui reçoit un prophète en tant
que prophète, recevra une récompense proportionnée à la charité qu'il donne
au prophète. Celui qui reçoit un juste en tant que juste, recevra une
récompense proportionnée à la charité qu'il donne au juste. Et cela parce que
celui qui, dans un prophète reconnaît un prophète, c'est signe qu'il est
prophète lui aussi, c'est-à-dire très saint, parce que l'Esprit de Dieu le
tient dans ses bras; et celui qui aura reconnu un juste comme juste, prouve
que lui-même est juste, car les âmes qui se ressemblent se reconnaissent. A
chacun donc il sera donné selon sa justice.
Mais à qui aura donné même un seul calice
d'eau pure à un de mes serviteurs, fût-il même le plus petit - et sont des
serviteurs de Jésus tous ceux qui le prêchent par une vie sainte, et peuvent
l'être les rois comme les mendiants, les sages comme ceux qui ne savent rien,
les vieillards comme les tout petits, car à tous les âges et dans toutes les
classes on peut être mes disciples - 279> qui donc aura donné
à un de mes disciples ne serait ce qu'un calice d'eau en mon nom et parce que
c'est mon disciple, en vérité je vous dis qu'il ne perdra pas sa récompense.
J'ai parlé. Maintenant prions et allons à la
maison. Vous partirez à l'aube et ainsi : Simon de Jonas avec Jean,
Simon le Zélote avec Judas Iscariote, André avec Mathieu, Jacques d'Alphée
avec Thomas, Philippe avec Jacques de Zébédée, Jude, mon frère, avec
Barthélemy. Ainsi pour cette semaine. Puis je vous donnerai un nouvel ordre.
Prions."
Et ils prient à haute voix...
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