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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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Mardi 23
octobre 29 (26 Boul)
- Au matin Jésus passe par le Temple 384
- Puis incognito rencontre l'aveugle-né
guéri 385 - Qui le reconnaît et l'adore 387 - Jésus dénonce les pharisiens 388 - Discours (Je suis la Porte et le
Berger) 388 - Discussion sur la nature du Messie 390
- Discours (Je suis le véritable
Messie 391 - Je suis le bon Pasteur 392 - Il y aura un seul Bercail) 393 - Sidonia dit Bartolmaï suivra Jésus 394 |
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384> Jésus, entré dans la ville par la Porte d'Hérode, est
en train de la traverser pour se diriger vers le Tiropéon
et le faubourg d'Ophel. [1] "Nous allons au
Temple ?" demande l'Iscariote. "Oui." "Attention à ce
que tu fais !" disent plusieurs pour l'avertir. "Je ne m'y
arrêterai que le temps de la prière." "Ils vont te
retenir." "Non. Nous
allons entrer par les portes du septentrion et nous sortirons par les portes
du midi et ils n'auront pas le temps de s'organiser pour me nuire. À moins
qu'il n'y ait toujours derrière Moi quelqu'un qui me surveille et me
dénonce." Personne ne réplique,
et Jésus avance vers le Temple qui apparaît en haut de sa colline comme une
sorte de spectre dans la lumière verte jaunâtre d'un sombre matin d'hiver, où
le soleil qui se lève n'est guère qu'un souvenir qui s'obstine à rester
présent cherchant à s'ouvrir un passage dans le lourd amas de nuages. Vain
effort ! La splendeur joyeuse de l'aurore est réduite à un reflet pâle d'un
jaune irréel qui ne se diffuse pas mais est taché de teintes de plomb veiné
de vert. Et sous cette lumière les marbres et les ors du Temple apparaissent
pâles, tristes, je dirais lugubres, comme des ruines qui émergent d'une zone
de mort. 385> Jésus le regarde
intensément en montant vers l'enceinte et il regarde les visages des
voyageurs matinaux. La plupart sont d'humbles gens :
jardiniers, bergers avec les animaux de boucherie, serviteurs ou ménagères
qui vont au marché. Tous ces gens marchent silencieusement, enveloppés dans
leurs manteaux, un peu penchés pour se défendre de l'air piquant du matin.
Même les visages semblent plus pâles que ne le sont d'ordinaire les visages
des gens de cette race. C'est la lumière étrange qui les rend ainsi verdâtres
ou presque couleur de perle dans l'encadrement des étoffes colorées des
manteaux dont le vert, le violet vif, le jaune intense ne peuvent guère
envoyer des reflets rosés sur les visages. Certains saluent le Maître, mais
sans s'arrêter; ce n'est pas l'heure favorable. Des mendiants, il n'y en a
pas encore pour jeter leurs cris lamentables aux carrefours ou sous les
auvents qui couvrent les rues à chaque pas. L'heure et la saison contribuent
pour Jésus à la liberté d'aller sans obstacle. Les voilà à
l'enceinte : ils entrent et vont dans l'Atrium des Israélites. Ils prient
pendant qu'un son de trompettes, d'argent je dirais à cause de leur timbre,
annonce certainement quelque chose d'important en se répandant dans les
collines et pendant que se répand un suave parfum d'encens qui empêche de
sentir les autres odeurs moins agréables que l'on peut sentir sur le sommet
du Moriah, c'est-à-dire la perpétuelle, je dirais
la naturelle odeur des chairs égorgées et consumées par le feu, de farine
brûlée, d'huile enflammée qui stagne toujours là-haut, plus ou moins forte,
mais toujours présente à cause des holocaustes continuels. Ils s'en vont dans
une autre direction et commencent d'être remarqués par les premiers qui
accourent au Temple, par ceux qui lui appartiennent, par les changeurs et les
marchands qui sont en train de monter leurs comptoirs ou leurs enclos. Mais
ils sont trop peu nombreux, et leur surprise est telle qu'ils ne savent pas
réagir. Ils échangent entre eux des paroles d'étonnement : "Il est revenu
!" "Il n'est pas
allé en Galilée comme on disait." "Mais où
était-il caché, qu'on ne le trouvait nulle part ?" "Il veut
vraiment les braver." "Quel sot
!" "Quel saint
!" et ainsi de suite selon la mentalité de chacun. Jésus est déjà hors
du Temple et il descend vers la rue qui va vers Ophel,
quand au croisement des chemins qui vont vers Sion, il tombe sur
l'aveugle-né, guéri
depuis peu, qui chargé de paniers pleins de pommes parfumées s'en va
allègrement, en plaisantant avec d'autres jeunes également chargés, qui vont
dans un sens opposé au sien. 386> Peut-être que pour le jeune homme la rencontre passerait
inaperçue étant donné qu'il ignore le visage de Jésus et ceux des apôtres.
Mais Jésus n'ignore pas le visage du miraculé, et il l'appelle. Sidonia, dit Bartolmaï
se retourne et il regarde, interrogateur, cet homme de grande taille, et
majestueux malgré la simplicité de son vêtement, qui l'appelle par son nom en
se dirigeant vers une ruelle. "Viens ici"
ordonne Jésus. Le jeune homme
s'approche, sans poser son fardeau regarde du coin de l'œil Jésus et, croyant
avoir à faire à un amateur de pommes, il Lui dit : "Mon maître les a
déjà vendues, mais il en a encore si tu en veux. Elles sont belles et bonnes,
arrivées hier des vergers de Saron. Et si tu en achètes beaucoup tu auras une
forte remise, car..." Jésus lève la main
droite en souriant pour arrêter la faconde du jeune homme et il lui dit :
"Je ne t'ai pas appelé pour acheter des pommes, mais pour me réjouir
avec toi et bénir avec toi le Très-Haut qui t'a fait une grâce." "Oh ! Oui ! je
ne cesse de le faire, à la fois pour la lumière que je vois et pour le
travail que je puis faire, pour aider mon père et ma mère. J'ai fini par
trouver un bon maître. Il n'est pas hébreux, mais il est bon. Les hébreux ne
voulaient pas de moi car... car ils savent que j'ai été chassé de la
synagogue" dit le jeune homme en posant ses paniers par terre. "Ils t'ont
chassé ? Pourquoi ? Qu'as-tu fait ?" "Moi rien. Je te
l'assure. C'est le Seigneur qui a fait. Le sabbat Lui m'a fait trouver cet
homme dont on dit qu'il est le Messie et Lui m'a guéri, comme tu vois. Et
c'est pour cela qu'ils m'ont chassé." "Alors Celui qui
t'a guéri ne t'a pas rendu du tout un bon service" dit Jésus pour le
tenter. "Ne le dis pas
homme ! C'est un blasphème de ta part ! Avant tout il m'a montré que Dieu
m'aime, puis il m'a donné la vue... Tu ne sais pas ce que c'est que
"voir" car tu as toujours vu. Mais quelqu'un qui n'avait jamais vu
! Oh !... C'est... Ce sont toutes les choses que l'on a avec la vue. Moi, je
te dis que quand j'ai vu, là-bas près de Siloé, j'ai ri et pleuré, mais de
joie, hein ! J'ai pleuré comme je n'avais jamais pleuré dans mon malheur. Car
j'ai compris alors combien il était grand et combien était bon le Très-Haut.
Et puis je peux gagner ma vie et par un travail convenable. 387> Et puis...—c'est ce
que j'espère plus que tout, que me donne le miracle que j'ai eu — et puis
j'espère pouvoir rencontrer l'homme qui se dit Messie et son disciple qui
m'a..." "Et que
ferais-tu, alors ?" "Je voudrais le
bénir Lui et son disciple. Et je voudrais dire au Maître, qui doit venir
vraiment de Dieu, de me prendre pour son serviteur." "Comment ? À
cause de Lui, tu es anathème, tu as du mal à trouver du travail, tu peux même
être puni davantage, et tu veux le servir ? Tu ne sais pas qu'ils sont tous
persécutés ceux qui suivent Celui qui t'a guéri ?" "Hé ! je le sais
! Mais c'est le Fils de Dieu, comme on le dit entre nous. Bien que ceux de
là-haut (et il montre le Temple) ne veulent pas qu'on le dise. Et cela ne
vaut-il pas la peine de tout quitter pour le servir ?" "Tu crois donc
au Fils de Dieu et à sa présence en Palestine ?" "J'y crois. Mais
je voudrais le connaître non seulement par l'intelligence mais avec tout
moi-même. Si tu sais qui il est et où il se trouve, dis-le-moi, pour que
j'aille à Lui et que je le voie et que je croie complètement en Lui et que je
le serve." "Tu l'as déjà
vu, et il n'est pas nécessaire que tu ailles à Lui. Celui que tu vois en ce
moment et qui te parle, c'est le Fils de Dieu."
Puis tout redevient
comme avant, sauf le jeune homme qui maintenant est par terre, la figure dans
la poussière, et qui adore en disant : "Je crois, Seigneur, mon Dieu
!" "Lève-toi, Je
suis venu dans le monde pour apporter la lumière et la connaissance
de Dieu et pour éprouver les hommes et les juger [3]. Ce temps qui est le
mien est un temps de choix, d'élection, et de sélection. 388> Je suis venu pour
que ceux qui sont purs de cœurs et d'intention, les humbles, les doux, ceux
qui aiment la justice, la miséricorde, la paix, pour que ceux qui pleurent et
que ceux qui savent donner aux diverses richesses leur valeur réelle et
préférer les spirituelles aux matérielles, trouvent ce à quoi leur esprit
aspire, et pour que ceux qui étaient aveugles, parce que les hommes ont élevé
des murailles épaisses pour empêcher la Lumière, c'est-à-dire la connaissance
de Dieu, voient clair, et pour que ceux qui se croient voyants deviennent
aveugles..." "Alors tu hais
une grande partie des hommes et tu n'es pas bon, comme tu dis l'être. Si tu
l'étais, tu chercherais à ce que tous voient clair et que ceux qui y voient
déjà ne deviennent pas aveugles" interrompent certains pharisiens qui
sont arrivés de la rue principale et se sont approchés avec d'autres,
prudemment, par derrière le groupe apostolique.
"Nous sommes
peut-être, nous aussi de ces aveugles ?" "Si vous l'étiez
et cherchiez à voir, vous ne seriez pas fautifs. Mais c'est parce que vous
dites : "Nous y voyons", et ensuite ne voulez pas voir que vous
péchez. Votre péché demeure parce que vous ne cherchez pas à voir tout en
étant des aveugles," "Et que devons-nous
voir ?" "La Voie, la
Vérité, la Vie. Un aveugle-né, comme l'était celui-ci, peut toujours avec son
bâton trouver la porte de sa maison et y entrer parce qu'il la connaît. Mais
si on l'amenait dans d'autres endroits, il ne pourrait entrer par la porte de
la nouvelle maison parce qu'il ne saurait pas où elle se trouve et il se
heurterait contre les murs. Le temps de la Loi
nouvelle est venu. Tout se renouvelle et un monde nouveau, un nouveau peuple,
un nouveau royaume se lèvent. 389> Maintenant ceux du temps
passé ne connaissent pas tout cela. Eux connaissent leur temps. Ils
sont comme des aveugles amenés dans un nouveau pays où se trouve la maison
royale du Père, mais de laquelle ils ne connaissent pas l'emplacement.
Quand quelqu'un vient
donner aux brebis de Dieu d'autres indications, ou cherche à les dévoyer en
les amenant à d'autres demeures et d'autres chemins, ce n'est pas le bon
Berger, mais un faux berger. Et de même celui qui n'entre pas par la porte du
bercail, mais cherche à y entrer par un autre endroit en sautant par dessus
la clôture, n'est pas le berger mais un voleur et un assassin qui y entre
avec l'intention de voler et de tuer, pour que les agneaux qu'il prend
n'aient pas de voix pour se plaindre et n'attirent pas l'attention des
gardiens et du berger. Et aussi parmi les brebis du troupeau d'Israël, des
faux bergers cherchent à s'insinuer pour les faire sortir des pâturages, loin
du vrai Berger. Et ils y entrent, disposés à les arracher au troupeau par la
violence, et à l'occasion ils sont disposés aussi à les tuer et les frapper
de tant de manières, pour les empêcher de parler et de dire au Berger les
ruses des faux bergers et de crier vers Dieu de les protéger contre leurs
adversaires et les adversaires du Berger.
"Israël ne
serait-il plus le royaume de Dieu ?" "Israël est le
lieu d'où le peuple de Dieu doit s'élever à la vraie Jérusalem et au Royaume
de Dieu." "Et le Messie
promis, alors ? Ce Messie que tu affirmes être, il ne doit donc pas rendre
Israël triomphant, glorieux, maître du monde, en assujettissant à son sceptre
tous les peuples et en se vengeant, oh ! en se vengeant férocement de tous
ceux qui l'ont assujetti depuis qu'il est peuple ? Rien de cela n'est vrai,
alors ? Tu nies les prophètes ? Tu traites de sots nos rabbis ? Tu..." "Le royaume du
Messie n'est pas de ce monde. C'est le Royaume de Dieu, fondé sur l'amour.
Il n'est rien d'autre. Le Messie n'est pas le roi des peuples et des armées,
mais le roi des esprits. C'est du peuple élu que viendra le Messie, de la
souche royale, et surtout de Dieu qui l'a engendré et envoyé. C'est par le
peuple d'Israël qu'a commencé la fondation du Royaume de Dieu, la
promulgation de la Loi d'amour, l'annonce de la Bonne Nouvelle dont parle le
prophète. Mais le Messie sera Roi du monde, Roi des rois, et son Royaume
n'aura pas de limites ni de frontières, ni dans le temps, ni dans l'espace.
Ouvrez les yeux et acceptez la vérité." "Nous n'avons
rien compris à ton radotage. Tu dis des paroles qui n'ont pas de sens. Parle
et réponds sans paraboles. Es-tu, oui ou non, le Messie ?" "Et vous n'avez
pas encore compris ? C'est pour cela que je vous ai dit que je suis la Porte
et le Berger. Jusqu'à présent, personne n'a pu entrer dans le Royaume de Dieu
parce qu'il était muré et sans issue, mais
maintenant je suis venu, et la porte d'entrée est faite." "Oh ! d'autres
ont dit qu'ils étaient le Messie, et on les a reconnus ensuite pour des
voleurs et des rebelles, et la justice humaine a puni leur rébellion. Qui
nous assure que tu n'es pas comme eux ? Nous sommes las de souffrir et de
faire souffrir au peuple la rigueur de Rome, grâce à des menteurs qui se
disent rois et qui poussent le peuple à la révolte ! [5]" 391> "Non. Elle n'est pas exacte votre phrase. Vous ne voulez
pas souffrir, cela est vrai. Mais que le peuple souffre, vous n'en souffrez pas.
C'est si vrai, qu'à la rigueur de ceux qui nous dominent, vous ajoutez votre
rigueur, en opprimant le menu peuple par des dîmes exagérées et par beaucoup
d'autres choses. Qui vous assure que je ne suis pas un malandrin ? Mes
actions. Ce n'est pas Moi qui rends lourde la main de Rome, mais au
contraire, puisqu'il m'arrive de la rendre plus légère en conseillant
l'humanité à ceux qui nous dominent et la patience à ceux qui sont dominés.
Au moins cela." C'est l'avis de
beaucoup de gens. En effet maintenant l'auditoire a beaucoup augmenté et ne
cesse de croître au point que le trafic en est gêné sur la grande rue, et que
les gens refluent tous dans la ruelle, sous les voûtes de laquelle les voix
se répercutent. Ils approuvent Jésus en disant : "Bien dit pour les
dîmes, c'est vrai ! Lui nous conseille la soumission et aux romains la
pitié." Les pharisiens, comme
toujours, s'aigrissent à cause des approbations de la foule et ils deviennent
encore plus mordants dans le ton avec lequel ils s'adressent au Christ :
"Réponds, sans tant de paroles, et prouve que tu es le Messie."
Savez-vous ce que
sont les loups ? Ce sont les passions mauvaises, les vices que les faux
bergers eux-mêmes ont enseigné au troupeau, en les pratiquant eux les
premiers. Et savez-vous ce que sont les bosquets des idoles ? Ce sont les
propres égoïsmes devant lesquels trop de gens brûlent de l'encens. Les deux
autres choses n'ont pas besoin d'être expliquées, car le sens des mots n'en
est que trop clair. Mais que les faux bergers agissent ainsi, c'est logique.
Ce ne sont que des voleurs qui viennent pour dérober, tuer et détruire les
brebis, pour les amener hors du bercail dans de faux pâturages, ou les
conduire dans de faux bercails qui ne sont que des abattoirs. Mais celles qui
viennent vers Moi sont en sécurité, et elles pourront sortir pour aller à mes
pâturages ou rentrer pour venir à mes repos et devenir robustes et grasses
avec des sucs de sainteté et de santé. Car je suis venu pour cela : pour que
mon peuple, mes brebis, jusqu'ici maigres et affligées, aient la vie et une
vie abondante, une vie de paix et de joie. Et c'est tellement ma volonté, que
je suis venu pour donner ma vie, afin que mes brebis aient la Vie pleine et
abondante des fils de Dieu.
Et j'ai d'autres brebis, mais elles ne sont
pas de ce Bercail. Aussi elles ne me connaissent pas pour ce que je suis, et
beaucoup ignorent que j'existe et qui je suis. Brebis qui à beaucoup d'entre
vous semblent pire que des boucs sauvages et que vous jugez indignes de connaître
la Vérité et d'avoir la Vie et le Royaume. Et pourtant, il n'en est pas
ainsi. Le Père les veut aussi celles-là, et je dois donc les approcher, me
faire connaître, faire connaître la Bonne Nouvelle, les conduire à mes
pâturages, les rassembler. Et elles aussi écouteront ma voix, et elles
finiront par l'aimer. Et il y aura un seul Bercail sous un seul Pasteur, et
le Royaume de Dieu sera formé sur la Terre, prêt à être transporté et
accueilli dans les Cieux, sous mon sceptre et mon signe et mon vrai Nom.
Jésus tourne ses yeux
extatiques brillants de pleurs sur les visages tournés vers Lui et un sourire
tremble sur ses lèvres, un sourire tellement spiritualisé dans un visage
spiritualisé, qu'un frisson secoue la foule qui se rend compte du ravissement
du Christ en une vision béatifique et son désir d'amour de la voir accomplie.
Il se ressaisit. Il ferme un instant les yeux pour cacher le mystère que voit
son esprit et que l'œil pourrait trop trahir. Et il reprend :
394> Ensuite, je la reprendrai. Mais avant je la donnerai pour que tu aies la vie et ton Sauveur pour
ta propre vie. Et je la donnerai de sorte que tu t'en repaisses, me changeant
de Pasteur en pâturage et en source qui donneront nourriture et boisson, non
pas pour quarante années comme pour les hébreux dans le désert, mais pour
tout le temps de l'exil à travers les déserts de la Terre. Personne, en
réalité, ne m'enlève la vie. Ni ceux qui en m'aimant de tout eux-mêmes
méritent que je m'immole pour eux, ni ceux qui me l'enlèvent à cause d'une
haine sans mesure et d'une sotte peur. Personne ne pourrait me l'enlever si
de Moi-même, je ne consentais pas à la donner et si le Père ne le permettait
pas, pris tous les deux d'un délire d'amour pour l'Humanité coupable. C'est
de Moi-même que je la donne, et j'ai le pouvoir de la reprendre quand je veux
car il n'est pas convenable que la Mort puisse l'emporter sur la Vie. C'est
pour cela que le Père m'a donné ce pouvoir, et même que le Père m'a commandé
de le faire. Et par ma vie, offerte et consumée, les peuples deviendront un
Peuple unique : le mien, le Peuple céleste des fils de Dieu, pour séparer
dans les peuples les brebis des boucs et pour que les brebis suivent leur
Pasteur dans le Royaume de la Vie éternelle." Jésus, qui
jusqu'alors a parlé à haute voix, s'adresse à voix basse à Sidonia dit Bartolmaï, toujours
resté devant Lui avec à ses pieds son panier de pommes odorantes, et il lui
dit : "Tu as tout oublié pour Moi. Maintenant tu vas certainement être
puni et perdre ta place. Tu vois ? Je t'apporte toujours de la souffrance. Pour
Moi, tu as perdu la synagogue, et maintenant tu vas perdre ton
maître..." "Et qu'est-ce
que je m'en fais si je te possède Toi ? Toi seul as de la valeur pour moi. Et
je quitte tout pour te suivre, pourvu que tu me le permettes. Laisse-moi
seulement porter ces fruits à leur acheteur et puis je suis à Toi." "Allons
ensemble. Puis nous irons chez ton père, car tu as un père et tu dois
l'honorer en lui demandant sa bénédiction." "Oui, Seigneur,
tout ce que tu veux. Pourtant, instruis-moi beaucoup car je ne sais rien, pas
même lire et écrire puisque j'étais aveugle." "Ne t'en
préoccupe pas. Ta bonne volonté te servira d'école." |
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Et il s'éloigne pour
revenir sur la rue principale, pendant que la foule commente, discute, se
querelle même, hésitant entre les avis opposés qui sont toujours les mêmes :
Jésus de Nazareth est-il un possédé ou un saint ? Les gens, en désaccord,
discutent pendant que Jésus s'éloigne [7]. |
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[1] La vallée du Tyropeon (Tyroepeon) est une
vallée proche du quartier populaire d'Ophel. Il y passait
un aqueduc amenant l'eau des "piscines de Salomon". Voir le plan de Jérusalem.
[2] L'archivolte est la
bande de moulure qui suit la courbe d'une arcade. La nielle désigne le décor
que l'on fait en creux dans une orfèvrerie et que l'on remplie d'un émail noir.
Je ne connais pas la traduction architecturale du terme.
[3] Affirmation qui – à première
lecture – pourrait sembler en contradiction avec la phrase de Jean 3,17
"Dieu n'a pas envoyé son Fils pour juger le monde, mais pour que le monde
soit sauvé par lui". Elle est cependant tout à fait cohérente avec
l'ensemble des phrases de Jésus sur ce sujet.
[5] Peu de temps avant la
naissance de Jésus, Judas le galiléen, fils d'Ézéchias, s'empara de l'arsenal
de Séphoris en se proclamant roi. Il fallut que Varus,
légat de Syrie, arrive avec deux légions (12.000 hommes) pour mâter la
rébellion. Il fit crucifier 2.000 juifs. En l'an 6, Judas le gaulanitide, mi-brigand, mi-messie, souleva une partie du
pays avant de périr sous les coups d'une répression inexorable.
[6] David