"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

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 8.530 - Un'altra notte di peccato di Giuda Iscariota.

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Mardi 13 novembre 29 (18 Kisleu)
Nobé


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 Je suis le Sauveur et je ne chasse personne


- Jésus attend Judas 481

- Judas monologue en cherchant le briquet 482

- Dialogue de Judas avec Jésus : Il ment effrontément 483

- Discours (Un malade qui ne veut pas guérir) 483

- Discours (Ouvre-moi ton cœur, je t'aime) 484

- Jésus ne chasse personne 485

Accueil >> Plan du site >> Sommaire du Tome 7

 

7.227.
Jésus attend Judas de Kériot qui est luxurieux


481> Nobé toute entière dort encore. C'est la première lueur du jour. L'aube, dans les lueurs apaisées de l'hiver, est d'une délicatesse de teintes irréelles. Ce n'est pas la lumière vert argentée des aubes d'été qui s'affirme si rapidement et se change en or pâle et ensuite en un rouge de plus en plus accentué. Mais un vert jade, nuancé d'un gris bleu très léger, l'indique à l'orient par un petit demi-cercle, bas à la limite de l'horizon : un point d'une luminosité voilée, et pour ainsi dire lasse, comme celle de la pâle flamme du soufre allumé derrière un rideau de fumée blanchâtre. Et elle hésite à s'allonger sur le ciel encore gris tout en étant serein et avec encore des étoiles qui regardent le monde. Elle hésite à repousser la grisaille pour faire place à sa précieuse couleur de pâle jade et au pur cobalt du ciel palestinien. Elle paraît, timide et frileuse, s'arrêter à la limite de l'orient. Elle s'y attarde encore, dilatant insensiblement son demi-cercle de luminosité sulfureuse et à peine diluée de vert pâle en une couleur blanche mêlée d'un souvenir de jaune, quand elle se trouve annulée par un rosé subit qui dégage le ciel du dernier voile de la nuit et le rend net et précieux comme un baldaquin de satin couleur de saphir, et un feu s'allume au bout de l'horizon comme si un mur venait de tomber découvrant une fournaise ardente. Mais est-ce du feu ou un rubis allumé par un feu caché ? 482> Non, c'est le soleil qui émerge : le voici. À peine pointe-t-il de la courbe de l'horizon que déjà il a trouvé moyen de peindre de corail rosé un flocon de nuages et de changer en diamants les gouttes de rosée à la cime des arbres à feuilles persistantes. Un grand rouvre, à l'extrémité du village, a un voile de diamants sur ses feuilles bronzées tournées vers l'orient. Elles semblent autant de claires étoiles qui palpitent dans les branches de ce géant dont la cime plonge dans l'azur. Peut-être dans la nuit des étoiles sont descendues trop bas sur le village pour murmurer des secrets célestes aux habitants de Nobé, ou peut-être pour consoler par leur lumière pure l'Homme qui éveillé marche silencieusement là-haut, sur la terrasse de Jean.

Oui, parce que seul, dans Nobé endormie, Jésus est éveillé et il arpente la terrasse de la maisonnette, les bras croisés sous son manteau qui le couvre tout entier étroitement pour le défendre du froid et qui Lui sert aussi de capuchon, Jésus, chaque fois qu'il arrive à un bout de la terrasse, regarde au dehors, en se penchant pour voir la rue qui passe par le centre du village; la rue est encore à demi obscure, vide, silencieuse. Et puis il reprend sa marche en avant et en arrière, en avant et en arrière, lentement, en silence, la plupart du temps la tête penchée, méditatif, observant parfois le ciel de plus en plus lumineux et les couleurs vagues de l'aube et de l'aurore, ou suivant du regard le vol frémissant du premier passereau réveillé par la lumière qui quitte la tuile hospitalière d'un toit voisin pour descendre becqueter au pied du vieux pommier de Jean et puis s'envole de nouveau, après avoir vu Jésus, avec un cip-cip effrayé qui réveille les autres oiseaux nichés ça et là.

D'un enclos arrive un bêlement de brebis qui se perd en tremblant dans l'air. De la rue vient un bruit de pas pressés.

Jésus se penche pour regarder, et puis il court vivement par le petit escalier, entre dans la cuisine obscure et referme la porte derrière Lui.

Les pas se rapprochent, résonnent maintenant dans le jardin à côté de la maison; s'arrêtent devant l'entrée de la cuisine, une main essaie la serrure, se rend compte que la clef n'y est pas, actionne alors le verrou que l'on peut remuer du dehors aussi bien que de l'intérieur, une voix dit en même temps : "Quelqu'un serait-il déjà levé ?" Une main encore ouvre la porte avec précaution sans la faire grincer. La tête de Judas de Kériot passe par l'ouverture... Il regarde... Obscurité complète. Froid. Silence.

483> "Ils ont laissé la porte ouverte... Et pourtant... Elle me paraissait fermée... Du reste, chose sans importance !... On ne vole pas les pauvres, et en est-il de plus misérables que nous... Hé !... Mais espérons que... cela ne dure pas ainsi. Où est ce maudit briquet ?... Je ne le trouve pas... Si je réussis à allumer le feu... c'est que je suis rentré tard, oui, vraiment trop tard... Mais où peut-il être ? Il y a trop de mains à le toucher. Sur le foyer ? Non... Sur la table ? Non... Sur les bancs ? Non... Sur l'étagère ?... Non plus... Cette porte vermoulue grince quand on l'ouvre... Bois vermoulu... gonds rouillés... Tout est vieux, moisi, horrible ici. Ah ! pauvre Judas ! Et il n'y est pas... Il me faudra vraiment entrer chez le vieux..." Tout en parlant, il est allé en tâtant, ça et là, invisible dans l'ombre, prudent comme un voleur ou un oiseau de nuit pour éviter les obstacles qui pourraient faire du bruit... Il se heurte contre un corps et il a un cri d'épouvante étouffé.

"Ne crains pas. C'est Moi. Et le briquet est dans ma main. Le voici. Allume" dit Jésus paisiblement.

"Toi, Maître ? Que faisais-tu ici seul, dans le noir, dans le froid... Il y aura beaucoup de malades certainement aujourd'hui après le sabbat et deux jours de temps pluvieux, mais ils ne seront pas ici si tôt. Eux se mettent en marche des villes voisines seulement maintenant, car ce n'est seulement qu'à présent que l'on comprend qu'aujourd'hui il ne pleuvra pas. Le vent de la nuit a déjà essuyé les routes."

"Je le sais, mais allume. Il ne convient pas à des gens honnêtes de parler ainsi dans les ténèbres, mais c'est bon pour des voleurs, des menteurs, des luxurieux et des assassins. Les complices de mauvaises actions aiment les ténèbres. Moi, je ne suis le complice de personne."

"Moi non plus, Maître. Je voulais préparer un bon feu et c'est pour cela que je me suis levé de bonne heure... Que dis-tu, Maître ? Tu as murmuré entre tes lèvres et je n'ai pas compris."

"Allume donc."

"Ah !... J'ai vu ainsi qu'il fait beau. Mais il fait froid. Tous auront plaisir à trouver un bon feu... Tu t'es levé en m'entendant remuer ici ou à cause du vieux qui... Il a encore ses douleurs ?... Voilà, finalement ! L'amadou et le briquet paraissaient humides, au point qu'ils ne voulaient pas faire d'étincelle... Ils sont trempés..."

Une petite flamme se lève de la mèche d'une lampe, petite, tremblante... mais suffisante pour voir les deux visages : le visage pâle du Christ, le visage brun et imperturbable de Judas.

"Maintenant j'allume le feu... Tu es pâle comme un mort. Tu n'as pas dormi ! Et à cause de ce vieillard ! Tu es trop bon."

484> "C'est vrai. Je suis trop bon. Avec tout le monde, même avec ceux qui ne le méritent pas. Mais le vieillard le mérite. C'est un homme honnête, un cœur fidèle. Pourtant ce n'est pas pour lui que j'ai veillé, mais pour un autre. C'est vrai. L'amadou et le briquet étaient humides, mais ce n'était pas à cause d'un bol renversé ou d'un autre liquide répandu accidentellement, mais à cause de mes larmes qui sont tombées dessus. C'est vrai. Il fait beau mais froid, et le vent a ressuyé les routes et vers l'aube, pourtant, la rosée est tombée. Touche mon manteau, il en est humide... Et puis l'aube est venue pour montrer le temps serein, la lumière est venue pour montrer une place vide, et le soleil de l'aurore est venu pour faire briller la rosée sur les feuilles et les larmes sur les cils. C'est vrai. Aujourd'hui il y aura beaucoup de malades, mais ce n'était pas eux que j'attendais. Je t'attendais toi. Car c'est pour toi que j'ai veillé toute la nuit. C'est pour toi que, ne pouvant rester enfermé ici pour t'attendre, je suis monté sur la terrasse pour jeter au vent mon appel, pour montrer aux étoiles ma douleur, à l'aurore mes larmes. Ce n'est pas le vieillard malade mais le jeune dévoyé, le disciple qui fuit le Maître, l'apôtre de Dieu qui préfère l'égout au Ciel et le mensonge à la Vérité, qui m'ont tenu debout toute le nuit pour t'attendre. Et quand j'ai entendu tes pas, je suis descendu ici... pour t'attendre encore. Non plus ta personne qui maintenant m'était proche et errait avec des mouvements de voleur dans la cuisine obscure, mais ton sentiment... J'ai attendu une parole... Et tu n'as pas su la dire quand tu m'as senti debout contre toi. Celui auquel tu es en train de vendre ton esprit ne t'a donc pas averti que je savais ? Mais non ! Il ne pouvait t'avertir ni te suggérer la seule parole que tu pouvais, que tu devais dire, si tu avais été un juste. Et il t'a suggéré des mensonges que je ne demandais pas, inutiles, offensants plus encore que ta fugue nocturne. Il te les a suggérés en ricanant, content de t'avoir fait descendre un autre degré et de m'avoir donné une autre douleur. C'est vrai. Il viendra beaucoup de malades, mais le plus grand malade ne viendra pas à son Médecin. Et le Médecin lui-même est malade de douleur pour ce malade qui ne veut pas guérir. C'est vrai. Tout est vrai. Même que j'ai murmuré un mot que tu n'as pas compris. Après ce que je t'ai dit, tu le devines ?"

485> Jésus a parlé à voix basse, mais si incisive et si douloureuse et en même temps si sévère que Judas, qui aux premiers mots était souriant, bien droit, effronté, tout près de Jésus, s'est peu à peu retiré et rétracté comme si chaque mot avait été un coup, alors que Jésus s'est toujours plus redressé, vraiment Juge et vraiment tragique dans son attitude douloureuse.

Judas, bloqué maintenant entre une huche et le coin du mur, murmure : "Mais... Je ne sais..."

"Non ? Eh bien je te le dis, car je ne crains pas de dire ce qui est vrai. Menteur ! Voilà ce que je t'ai dit. Et si on supporte encore l'enfant menteur parce qu'il ne sait pas la portée d'un mensonge et qu'on lui enseigne à ne plus en dire, chez un homme on ne le supporte pas, et chez un apôtre, disciple de la Vérité elle-même, il provoque le dégoût. Un dégoût total. Voilà pourquoi je t'ai attendu toute la nuit et pourquoi j'ai pleuré en mouillant la table là où était le briquet, et ensuite j'ai pleuré en veillant et en t'appelant de toute mon âme à la lumière des étoiles, voilà pourquoi je suis trempé par la rosée comme l'amant des Cantiques [1]. Mais c'est inutilement que ma tête est couverte de rosée et les boucles de mes cheveux des gouttes de la nuit; c'est inutilement que je frappe à la porte de ton âme et que je lui dis : "Ouvre-moi, car je t'aime, bien que tu ne sois pas immaculée". Et même c'est justement parce qu'elle est tachée que je veux entrer en elle et la purifier. C'est justement parce qu'elle est malade que je veux entrer pour la guérir. Fais attention, Judas ! Prends garde que l'Époux ne s'éloigne, et pour toujours, et que tu ne puisses plus le trouver... Judas, tu ne parles pas ?..."

 "Il est trop tard pour parler, désormais ! Tu l'as dit : je te dégoûte. Chasse-moi..."

"Non. Les lépreux eux-mêmes me dégoûtent, mais j'en ai pitié et s'ils m'appellent, j'accours et je les purifie. Ne veux-tu pas être purifié ?"

"Il est trop tard... et c'est inutile. Je ne sais pas être saint. Chasse-moi, te dis-je."

"Je ne suis pas l'un de tes amis pharisiens qui appellent immondes une infinité de choses et les fuient ou les chassent durement alors qu'ils pourraient les purifier par la charité. Je suis le Sauveur et je ne chasse personne..."

Un long silence. Judas reste dans son coin. Jésus appuie son dos à la table et fatigué, souffrant, semble se soutenir grâce à elle... Judas lève la tête. Il le regarde hésitant et murmure : "Et si je te quittais, que ferais-tu ?"

"Rien. Je respecterais ta volonté, en priant pour toi. Pourtant à mon tour, je te dis que même si tu me quittes, c'est désormais trop tard."

486> "Pour quoi, Maître ?"

"Pour quoi ? Tu le sais comme Moi... Allume le feu, maintenant. On marche au-dessus. Étouffons le scandale ici, entre nous. Pour tous, nous aurons eu un court sommeil... et nous aurons été réunis par un désir de chaleur... Mon Père !..."

Et pendant que Judas approche la flamme aux branches déjà mises sur le foyer et souffle pour allumer des copeaux, Jésus lève les mains au-dessus de sa tête et puis s'en presse les yeux...

 



[1] Cantique 5,2