|
"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
||
|
Vendredi 9
novembre 29 (14 Kisleu)
- On travaille dans le jardin du vieux
Jean 474 - Le calme qui précède la tempête 475 - Judas apporte des plantes au vieux
Jean 477 - Les miracles, preuves de sainteté ?
477 - Les possessions diaboliques cachées 478 - Judas insiste sur son cadeau au vieux
Jean 479 - Qui rappelle son passé et désire la
mort 480 - Jésus l'invite à accepter la volonté
de Dieu 481 |
Accueil >> Plan du site >> Sommaire du Tome 7 7.226. |
||
|
474> Ce sont de froides et sereines journées d'hiver. Sur le sommet
de la petite montagne sur laquelle est construite Nobé, le vent ne manque
pour ainsi dire jamais, tempéré pourtant par le soleil qui, de l'aurore au
coucher du soleil, caresse de ses rayons les maisons et les jardins où
verdoient les légumes d'hiver : de petits jardins à l'abri des maisons, aux
petits parterres verts de légumes, et d'autres de la couleur de la terre
quand elle est bien nourrie, parterres nus, déjà prêts pour ensemencer les
légumes. L'œil, en regardant tout autour, là où il ne voit pas la grisaille
des oliviers ou les rangées serpentines et squelettiques des vignes
dépouillées, voit de petits champs labourés, déjà ensemencés de céréales qui
vont germer aux premières tiédeurs du précoce printemps palestinien, attiédi
par le soleil. Je dirais presque que dans les journées sereines, telles que
celle que je contemple, on sent déjà une tiédeur printanière, une tiédeur
germinative, au point que sur les amandiers en espaliers sur les murs des
maisons, se gonflent les bourgeons sur les branches qui, il y a quelques
jours, étaient tout à fait arides. Des bourgeons qui sortent tout juste sur
les branches sombres, sombres encore eux aussi, mais qui déjà attestent que
la vie monte, que le réveil est proche dans le tronc robuste. Dans le petit jardin
de Jean, à l'arrière de la maison, il y a une petite
bande de terre cultivée, alors que sur un côté elle est ombragée par un
noyer. Et dans la petite bande s'élève justement un gros amandier, peut-être
plus vieux que le maître, si bien adossé à la maison qu'il a dû, sur une
bonne partie du tronc, envoyer ses branches seulement de trois côtés, empêché
qu'il était sur le quatrième par le mur de la maisonnette. Mais plus haut
l'arbre s'ébouriffe en un entrelacement de branches qui, quand elles seront
en fleurs, devront faire une nuée légère au-dessus de la pauvre terrasse, une
précieuse tente plus belle qu'un baldaquin royal. Pour ne pas rester
oisifs, Jésus et les apôtres
travaillent sous le soleil qui réjouit et réchauffe. En habits courts, ceux
qui s'y entendent en menuiserie et en serrurerie réparent ou font de nouveaux
outils et des cadres. D'autres binent le terrain, rechaussent des légumes
transplantés, renforcent une haie de roseaux secs et d'aubépine verte qui
font de deux côtés une clôture au petit jardin, ou bien taillent l'amandier
et le noyer et lient des sarments de vigne que le vent de l'hiver a détachés.
475> J'ai remarqué que là où est Jésus, on n'est
jamais oisif. Lui, tout le premier, enseigne la beauté du travail manuel,
quand sont suspendus les travaux d'évangélisation. Aujourd'hui aussi Jésus
travaille avec ses cousins pour réparer une
porte dont le bas était pourri et dont la serrure était à moitié détachée. De
leur côté, Philippe et Barthélemy travaillent avec des
cisailles et des faucilles sur de vieux arbres fruitiers, pendant que les
pêcheurs bricolent avec des cordages et de vieilles couvertures, certains
faisant des réparations très... masculines, d'autres installant des anneaux
et des poulies, peut-être dans l'intention de créer, sur la terrasse, un
vélarium utile en été. "Tu seras très
bien ici, Élise" promet Pierre en se penchant du
muret de la terrasse pour parler à la vieille disciple qui file de la laine,
assise contre le mur ensoleillé. "Oui. Quand la
vigne sera attachée et l'amandier arrangé, ce sera vraiment un bon endroit en
été" dit Philippe entre ses dents car il a dans la bouche des
joncs avec lesquels il lie les sarments aux échalas. Jésus lève la tête
pour regarder, alors qu'Élise la lève pour
regarder le Maître et elle dit : "Qui sait si nous serons ici en
été..." "Pourquoi ne
devrait-on pas y être, femme ?" demande André. "Mais... je ne
sais pas... Je ne fais plus de projets depuis que... Depuis que j'ai vu que
tous mes pronostics se terminaient par un tombeau." [1] "Oh ! mais le Maître
devrait mourir pour que nous ne soyons plus ici ! Désormais le Maître a
choisi ce lieu pour domicile. N'est-ce pas, Maître ?" demande Thomas. "C'est vrai.
Mais c'est vrai aussi ce que dit Élise..." répond Jésus en travaillant
avec le rabot le côté de la porte qu'il répare. "Mais tu es
jeune et surtout en bonne santé !" "On ne meurt pas
seulement de maladie" dit encore Jésus. "Qui parle de mort
? dit Barthélemy. Toi, Maître ? Pour Toi ?... Vraiment, depuis quelque temps,
la rancœur semble calmée. Regarde : personne ne nous trouble plus. Ils savent
que nous sommes ici. Hier même nous les avons rencontrés en revenant de la
ville avec les achats et ils ne nous ont pas troublés." "Oui, nous
aussi, alors que nous allions à travers les villages voisins pour annoncer
que tu es ici. Mais aucun ennui. Et pourtant, nous avons rencontré Elchias et Simon, et puis Sadoc et Samuel, et encore Nahum justement avec Doras [2]. Et même ils nous
ont salués. N'est-ce pas, Jacques ?" dit Jean en s'adressant à son frère. 476> "Oui. Il faut
convenir que Judas de Kériot a vraiment bien
travaillé alors qu'en notre cœur nous le critiquions. Une
fois revenus ici, plus d'ennuis ! Les faits ont confirmé ses paroles. Il
semble que l'on soit revenu aux beaux temps de "La Belle Eau" [3]. Au début de ce
temps... Oh ! si c'était vrai !" dit Jacques de Zébédée. "Si cela pouvait
être vrai !" dit Pierre en soupirant. "Le temps n'est
pas toujours serein quand le tonnerre ne gronde pas" dit
sentencieusement Élise en faisant tourner son fuseau. "Que voudrais-tu
dire par là ?" demande Pierre. "Je dis que
parfois une grande paix, dans un lieu exposé aux bourrasques, est le prélude
d'une tempête plus dangereuse que jamais. Tu devrais le savoir, toi qui es
pêcheur." "Hé ! je le
sais, femme ! Le lac est parfois un immense bassin plein d'huile bleue. Mais
presque toujours, quand la voile pend et que l'eau est ainsi immobile, une
tempête est proche, et des plus mauvaises. Vent de bonace, vent de tombeau
pour les navigateurs." "Hum ! Oui.
C'est pour cela que si j'étais à votre place, je me défierais de tant de
paix. Trop de paix !" "Mais alors ! Si
pendant qu'il y a la guerre on souffre parce qu'il y a la guerre, et que
quand il y a la paix on souffre parce qu'il peut venir une guerre plus
cruelle encore, quand est-ce que l'on a la joie ?" demande Thomas. "Dans l'autre
vie. Ici la douleur est toujours prête." "Oh ! comme tu
es lugubre, femme ! Il est bien éloigné mon temps de joie, alors ! Je suis un
des plus jeunes ! Réjouis-toi, Barthélemy, tu es plus près
d'en jouir. Toi et le Zélote" plaisante
Jacques de Zébédée. [4] "Lugubre et
rusée, femme ! Ah ! les femmes âgées ! Mais elles devinent parfois. Même ma
mère, quand elle dit à l'un de nous : "Attention ! Tu es en chemin pour
faire une sottise pour tel et tel motif" elle devine toujours" dit
Thomas qui se penche pour gratter la terre. "Les femmes sont
malignes ou fourbes plus que des renards. Nous ne valons rien, nous, en
comparaison, pour comprendre certaines choses que l'on voudrait qu'elles ne
comprennent pas" dit Pierre sentencieusement. "Toi, tais-toi.
Tu es tombé sur une femme qui te croirait même si tu lui disais
que le Liban s'est fait de beurre. Ce que tu dis est loi pour elle. Elle
écoute, croit et se tait" dit André à son frère. "Oui... mais sa mère compte aussi pour elle et pour cent autres
femmes. Quel serpent !" Tout le monde rit, y
compris Élise et le vieil homme qui aide les jeunes à biner. 477> Rentrent le Zélote, Mathieu et Judas de Kériot. "Tout est fait,
Maître. Nous sommes las ! Quelle longue tournée. Mais demain, je me repose.
Ce sera votre tour demain" dit l'Iscariote à ceux qui piochaient le
terrain, et il va vers eux en prenant une pioche pour travailler. "Mais si tu es
fatigué, pourquoi travailles-tu ?" lui demande Thomas. "Parce que j'ai
des jeunes plantes à planter. Cet endroit est pelé comme le crâne d'un vieux
et c'est dommage" dit-il sentencieusement en enfonçant la pioche dans le
sol par d'énergiques coups de pieds. "Ce n'était pas
ainsi au bon vieux temps ! Mais, ensuite... Trop de choses sont mortes, et
pour moi, ce n'était pas la peine que je travaille à les refaire. Je suis
vieux et plus que vieux, j'étais désolé" répond le vieillard. "Mais quels
trous fais-tu ! C'est bon pour des arbres, pas pour de jeunes plantes, comme
tu dis" observe Philippe qui descend après avoir lié les vignes. "Quand un arbre
est jeune, c'est toujours une petite plante. Telles sont les miennes. Le
temps est favorable. Celui qui me les a données me l'a assuré. Sais-tu qui,
Maître ? Ce parent d'Elchias qui est cultivateur; et il cultive bien.
Un verger ! Et des oliviers ! Il était en train de renouveler une partie de
l'oliveraie. Je lui ai dit : "Donne-moi de ces plantes". "Pour
qui ?" a-t-il demandé. "Pour un petit vieux de Nobé qui nous donne
l'hospitalité. Elles serviront à me faire pardonner tous les scandales que je
lui ai donnés." "Non, mon
garçon. Ce n'est pas par les plantes mais par une bonne conduite que cela
peut arriver. Et avec Dieu. Moi... moi je regarde, prie et pardonne. Mais mon
pardon... Pourtant je te suis reconnaissant pour les plantes... Bien que...
Crois-tu que je pourrai en manger les fruits ?" "Pourquoi pas ?
Il faut toujours espérer. Et même vouloir triompher... Et alors on
triomphe." "On ne triomphe
pas de la vieillesse ! Et je ne le désire pas." "De beaucoup
d'autres choses aussi on ne triomphe pas. S'il suffisait de vouloir pour
posséder ! Moi, j'aurais mes fils" soupire Élise.
"Je dis que vous
avez tous raison, chacun de son côté. Toi en disant que le miracle est
toujours une preuve de sainteté : généralement il en est ainsi, et encore en
disant qu'il ne faut pas juger pour ne pas se tromper. Mais eux aussi avaient
raison de soupçonner d'autres sources pour ce que l'homme avait fait
d'extraordinaire." "Quelles sources
?" demande l'Iscariote. "Des sources
ténébreuses. Il y a des créatures déjà adoratrices de Satan, car elles ont le
culte de l'orgueil, qui pour s'imposer aux autres se vendent elles-mêmes au
Ténébreux, afin de l'avoir pour ami" lui répond Jésus. "Mais est-ce
possible ? N'est-ce pas une légende des pays païens que l'homme puisse faire
des contrats avec le démon ou des esprits infernaux ?" demande Jean
stupéfait. "C'est possible.
Pas comme on le raconte dans les légendes païennes, pas avec de l'argent ou
des contrats matériels, mais en adhérant au Mal. mais en choisissant, en se
donnant soi-même au Mal afin d'avoir une heure de triomphe quelconque. En
vérité je vous dis que ceux qui se vendent au Maudit, pour arriver à leur
but, sont plus nombreux qu'on ne croit." "Et ils
réussissent ? Ils ont vraiment ce qu'ils demandent ?" demande André. "Pas toujours et
pas tout. Mais ils ont quelque chose."
"Tellement... et
rien, si l'homme était saint. Mais c'est que bien souvent l'homme est de
lui-même un démon. Nous combattons les possessions évidentes, bruyantes,
tapageuses. De celles-ci, tout le monde s'en rend compte... Elles sont... peu
agréables aux gens de la famille ou de la ville, et se présentent surtout
sous des formes matérielles. L'homme est toujours frappé par ce qui est
lourd, ce qui choque ses sens. Ce qui est immatériel et perceptible seulement
pour l'immatériel : raison et esprit, il ne le remarque pas, et même s'il le
remarque, il ne s'en soucie pas, surtout si cela ne lui nuit pas. Ces possessions cachées échappent donc à
notre pouvoir d'exorcistes ! Et elles sont les plus dommageables, car elles
travaillent sur la partie la plus choisie, avec la partie la plus choisie et
sur d'autres parties choisies : de raison à raison,
d'esprit à esprit. Ce sont comme des miasmes corrupteurs, impalpables qu'on
ne remarque pas jusqu'au moment où la fièvre avertit celui qui en est frappé
qu'il est atteint."
"Satan aide pour
finir d'asservir. Dieu le laisse
faire, car de cette lutte entre le Haut et le Bas, entre le Bien et
le Mal, émerge la valeur de la créature. La valeur et la volonté. Il le
laissera toujours faire, même après que je me serai élevé. Mais alors Satan
aura contre lui un ennemi bien grand et l'homme aura une amie bien
puissante." "Qui ? Qui
?" "La Grâce." "Oh ! bien !
Alors pour ceux de notre temps, sans la grâce, il sera plus facile d'être
asservis, mais la chute sera aussi moins grave" dit l'Iscariote, toujours
en bêchant. "Non, Judas, le
jugement sera le même." "C'est une chose
injuste alors, car si nous sommes moins aidés, par conséquent nous devrions
être moins condamnés." "Tu n'as pas
tous les torts" dit Thomas. "Au contraire il
a tort, Thomas. Car nous d'Israël, nous avons déjà tant de foi, d'espérance,
de charité, et tant de lumières de Sagesse que nous ne pouvons avoir l'excuse
de l'ignorance. Vous, ensuite, vous qui avez déjà la Grâce pour votre
Maîtresse depuis presque trois années, vous serez déjà jugés comme ceux du
temps nouveau" dit Jésus en appuyant beaucoup sur les mots et en
regardant Judas qui a levé la tête et qui, tout pensif, fixe le vide. Puis Judas de Kériot
hoche la tête, comme s'il concluait son raisonnement intérieur, et en
enfonçant de nouveau sa pioche dans le sol, il demande : "Et celui qui
se donne ainsi au démon, que devient-il ?" "Un démon."
"Un démon ! De
cette façon si moi, par exemple, pour affirmer que ton contact donne un
pouvoir surnaturel, je faisais des choses... que tu critiques, je serais un
démon ?..." "Tu Tas
dit." "J'espère bien
que tu ne les fais pas pourtant" dit André presque épouvanté. 480> "Moi
? Ah ! Ah ! Je plante les arbustes pour notre vieillard" et il court vers l'autre côté du jardin et revient avec cinq plantes
que la terre qui enveloppe les racines rend sûrement pesantes. [5] "Mais es-tu venu
de Beteron avec cette charge
sur les épaules ?" demande Pierre. "D'au-delà de Gabaon, devrais-tu dire !
C'est là que se trouvent en partie les vergers de Daniel. Quelle terre magnifique. Regardez
!..." et il effrite entre ses doigts la terre qui enveloppe les racines,
puis il détache le lacet qui tient les cinq tigelles déjà grosses comme le
bras. Deux seulement ont à leur extrémité un peu de feuillage, et c'est un
feuillage d'olivier. "Voilà, celui-ci pour Jésus, et l'autre pour Marie,
qui sont la paix du monde. Je les plante les premiers car je suis un homme de
paix. Ici... et là" et il les place aux deux extrémités de la petite
bande de terre. "Et ici un pommier, jeune et bon comme celui de l'Eden,
pour te rappeler, ô Jean, que toi aussi tu viens d'Adam et que tu ne
dois pas t'étonner si... je puis être pécheur. Attention, toi, au Serpent...
Et ici... Non, ici, ce n'est pas bien. Là, sur le devant, près du mur, ce
jeune figuier. Comment se fait-il qu'il n'y ait pas un figuier dans le
jardin, quand ici ils poussent comme du chiendent ? Et au trou du milieu,
nous allons mettre ce jeune amandier. Il apprendra du centenaire la puissance
de la production. Voilà qui est fait ! Ton petit jardin sera beau à
l'avenir... et en le regardant tu te souviendras de moi." "Je me
souviendrais quand même de toi, car tu as été ici avec le Maître. Tout me
parlera de ce temps. Et en regardant les choses, je dirai : "Comme un
fils, Lui a voulu remettre en ordre ma maison !" Pourtant... si je
pouvais avoir une volonté différente de celle qui peut-être est déjà inscrite
au Ciel, je voudrais ne pas avoir à me rappeler ce temps si beau pour moi,
plus beau que quand ces arbres, maintenant vieux, étaient jeunes et que moi
j'étais jeune et aussi mon épouse, et qu'ici ma petite fille jouait ... et
que j'avais plaisir à soigner le pommier et le grenadier, le figuier et la
vigne, car avides étaient les menottes de ma fille et il était beau de voir
mon épouse assise à l'ombre verte des arbres pour tisser ou pour filer...
Depuis... ma fille est partie... et si oublieuse !... Malade et puis morte
mon épouse... Pour qui et pourquoi soigner ce qui autrefois était beau ? Et
tout est mort, sauf les deux vieux qui se souviennent de mon enfance. Je
voudrais mourir avant d'avoir à me souvenir et alors qu'ici il y a une femme
juste comme l'était Lia. Je te remercie pour les plantes, pour le travail,
pour tout. Je vous remercie tous. Mais je prie mon Seigneur d'arracher ma
vieille plante de cette terre avant que se couche cette heure de paix pour le
vieux Jean..." |
|||
|
481> |
|||
[1] Élise a perdu, coup sur
coup, son mari et ses deux fils.
[3] Début de la vie
communautaire. C'est aussi le lieu d'un enseignement magistral sur les Dix
Commandements – Cf. 2.85 et suivants
[4] Les deux apôtres les
plus âgés.
Voir le descriptif