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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
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Samedi 9 février 30 (17
Adar)
- Barthélemy
comprend les enfants 123 - Les pleurs de
ces derniers 124 - Reproches de
Judas à Jésus 124 - Pierre
s'éloigne sur une île 126 - Discute du cas
de Judas avec d'autres apôtres 126 - Il fait des
jeux avec les enfants 127 - Chant de
psaumes 127 - Un exemple
d'obéissance à imiter 127 - Comprendre
spirituellement les choses 128 - Judas : Jésus connaît-il tout ? 129
- Jésus vient
enlever l'amertume des choses 130 - Le saut sur
l'île paisible de la spiritualité 130 - Discours (Le
souvenir du paradis perdu 131 - Le retour à
Dieu) 132 - Dieu est aussi
le Père des samaritains 133 - Judas avait
oublié de transmettre leur invitation 134 - Pierre console
le plus jeune des enfants 134 - Réunir tout le
monde dans l'amour 135 |
Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 8 |
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123> "Levez-vous et allons le long du torrent. Comme des
hébreux hors de leur patrie et dans des endroits où il n'y a pas de
synagogues, nous allons célébrer le sabbat entre nous. Venez, mes
enfants..." dit Jésus aux apôtres oisifs dans le jardin de la
maison, et il tend la main aux trois pauvres enfants qui sont groupés dans un
coin. Ils accourent avec
une joie timide sur leurs petits visages précocement pensifs d'enfants qui
ont vu des choses plus grandes qu'eux, et les deux plus grands mettent leur
petite main dans celles de Jésus. Mais le plus petit veut être pris dans
les bras, et Jésus le contente en disant au plus grand : "Tu vas rester
à côté de Moi et tu tiendras mon vêtement comme hier. Mais Isaac est trop las
et trop petit pour aller tout seul..." L'enfant boit le sourire de Jésus
et accepte se contentant de marcher près de Jésus comme un petit homme. "Donne-moi
l'enfant, Maître. Tu dois être encore fatigué d'hier, et Ruben souffre de ne pas te
donner la main..." dit Barthélemy, et il va Lui
prendre l'enfant qui s'attache au cou de Jésus. "Il est têtu
comme toute sa race !" s'écrie Judas Iscariote. "Non. Il est effrayé.
Tu ne comprends rien aux enfants. Les petits sont ainsi. Quand ils sont
affligés ou effrayés, ils cherchent un refuge auprès du premier qui leur a
souri et qui les a réconfortés" réplique Barthélemy et, ne pouvant
prendre dans ses bras le plus petit, donne la main au plus grand, après avoir
caressé ses cheveux et lui avoir souri paternellement. 124> Ils sortent de la maison où il ne reste que la femme et vont au-delà du village en suivant le
torrent. Elles sont belles ses rives couvertes d'herbe nouvelle et
constellées des fleurs des prés. L'eau est limpide et babille entre les rochers,
et bien qu'elle soit peu abondante, elle fait entendre des notes de harpe et
bruit en se brisant contre les cailloux plus gros épars sur le fond sableux,
ou en s'insinuant entre les découpures de quelque île minuscule couverte de
roseaux. Des arbres près de la rive les oiseaux s'envolent avec des trilles
joyeux ou bien se posent sur une branche en plein soleil et chantent leurs
premières chansons printanières, ou descendent gracieux et vifs pour chercher
des insectes et des vers dans le sol, ou pour boire près des rives. Deux
tourterelles sauvages prennent leur bain dans une anse de la rive et se
becquettent en roucoulant, puis s'envolent en emportant dans leurs becs un
flocon de laine laissé par quelque brebis sur une branche d'aubépine qui
fleurit au sommet. "Elles font
ainsi pour faire leur nid, dit le plus grand des enfants. Elles ont sûrement
des tourtereaux..." Il baisse la tête, bas, très bas, et après avoir
esquissé un léger sourire aux premières paroles, il pleure sans bruit en
essuyant ses yeux avec sa main. Barthélemy le prend dans ses bras, comprenant la
blessure que les deux tourterelles ont faite en s'occupant de leurs nids, et
Barthélemy soupire avec sa bonne âme de père de famille. L'enfant pleure sur
son épaule et l'autre, le second, voyant ces larmes, se met à pleurer à son
tour, imité par le troisième qui appelle son père de sa petite voix d'enfant
qui commence à parler. "Aujourd'hui, ce
sera cela notre prière du sabbat ! Tu aurais pu les laisser à la maison ! La
femme est plus indiquée que nous dans ces cas et..." observe
l'Iscariote. "Mais si elle ne
fait que pleurer elle aussi ! Comme du reste j'ai bonne envie de le faire moi
aussi... Car ce sont des choses... qui font pleurer..." lui répond Pierre en prenant dans ses
bras le second enfant. "Oui, ce sont
des choses qui font pleurer, c'est vrai. Et Marie de Jacob, pauvre vieille affligée, n'est pas
très capable de consoler..." confirme le Zélote. "Nous aussi, il
ne semble pas que l'on y réussisse beaucoup. Le seul qui pouvait les
consoler, c'était le Maître, et il ne l'a pas fait." "Il ne l'a pas
fait ? Et que devait-il faire de plus ? Il a persuadé les larrons. Il a fait
plusieurs milles avec les enfants dans les bras, il s'est occupé d'avertir
leurs parents..." 125> "Toutes choses secondaires. Lui qui est Celui qui
commande même à la mort pouvait, ou plutôt devait, descendre au
bercail et ressusciter le berger. Il l'a bien
fait pour Lazare qui n'était utile à personne ! Ici, un père, et de plus
un veuf, des enfants qui restent seuls... Cette résurrection s'imposait. Je
ne te comprends pas, Maître..." "Et nous, nous
ne comprenons pas toi qui es si irrespectueux..." "Paix, paix !
Judas ne comprend pas. Il n'est pas le seul à ne pas comprendre les raisons
de Dieu, et les conséquences du péché. Toi aussi, Simon
de Jonas, tu ne comprends pas pourquoi les innocents doivent souffrir.
Ne jugez donc pas Judas de Simon qui ne comprend pas
pourquoi l'homme n'est pas ressuscité. Si Judas réfléchissait, lui qui me
reproche toujours d'aller seul et au loin, il comprendrait que je ne pouvais
aller si loin... En effet le bercail était dans la plaine de Jéricho, mais
au-delà de la ville, vers le gué. Qu'auriez-vous dit si j'avais été au loin
au moins pendant trois jours ?" "Tu pouvais
commander par ton esprit au mort de ressusciter." "Es-tu plus
exigeant que les pharisiens et les scribes qui ont voulu la preuve d'un mort
déjà décomposé pour pouvoir dire que je ressuscite réellement les morts
?" "Mais eux le
voulaient parce qu'ils te haïssent. Moi, je le voudrais parce que je t'aime
et que je voudrais te voir écraser tous tes ennemis."
"Est-ce que par
hasard eux, qui sont comme moi tes disciples, ont détruit les vieux arbres
?" "Ils les ont au
moins beaucoup taillés et beaucoup greffés. Toi, tu ne l'as pas fait. Tu n'as
même pas regardé avec attention s'ils méritaient la greffe, la taille, ou
s'il fallait les enlever. Tu es un jardinier imprévoyant, Judas." "Seulement pour
mon âme cependant, car pour les jardins je sais m'y prendre." "Tu sais t'y
prendre. Pour toutes les choses de la Terre, tu sais faire. Je voudrais te
voir capable de la même façon pour les choses du Ciel." 126> "Mais ta lumière devrait faire d'elle-même toutes sortes
de prodiges en nous ! N'est-elle pas bonne, peut-être ? Si elle fertilise le
mal et lui donne de la force, alors elle n'est pas bonne, et c'est sa faute
si nous ne devenons pas bons." "Parle pour toi,
ami. Moi je ne trouve pas que le Maître ait rendu plus fortes mes tendances
mauvaises" dit Thomas. "Et moi non
plus." "Ni moi"
disent André et Jacques de Zébédée. "Et puis pour
moi, sa puissance m'a délivré du mal et elle m'a refait à neuf. Pourquoi
parles-tu ainsi ? Est-ce que tu réfléchis à ce que tu dis ?" demande Matthieu. Pierre est sur le
point de parler, mais il préfère s'en aller, et il se met à marcher vivement
avec l'enfant à son cou en imitant le balancement d'une barque pour le faire
rire et, en passant, il prend par un bras le Thaddée et lui crie : "Allons là-bas dans cette
île ! Elle est remplie de fleurs comme une corbeille. Venez, Nathanaël, Philippe, Simon, Jean... Un bon saut et on y est. Le torrent ainsi
divisé n'est plus que deux ruisseaux de chaque côté de l'île..." Et il
saute le premier en posant le pied sur un affleurement de sable large de
quelques mètres, couvert d'herbe comme une prairie, couvert des premières
fleurs qui y forment un tapis, au milieu duquel se trouve un seul peuplier
grand et élancé dont la cime ondule à une brise légère. Ceux qu'il a appelés
le rejoignent lentement, suivis ensuite par ceux qui étaient plus près de
Jésus qui reste en arrière pour parler avec l'Iscariote. "Mais il n'a pas
encore fini celui-là ?" demande Pierre à son frère. "Le Maître est
en train de travailler son cœur" répond André. "Eh ! il est
plus facile de faire pousser des figues sur cet arbre que de faire naître la
justice dans le cœur de Judas." "Et dans son
intelligence" renchérit Matthieu. "Il est sot
parce qu'il veut l'être, et en ce qu'il veut" dit le Thaddée. "Il souffre
parce qu'il n'a pas été choisi pour évangéliser. Moi, je le sais"
explique Jean. "Mais pour
moi... Si lui veut aller à ma place... Je n'y tiens pas vraiment à y aller
!" s'exclame Pierre. "Personne de
nous n'y tient, mais lui, si. D'autre part mon Frère ne veut pas l'envoyer.
Ce matin, je Lui en ai parlé car j'avais compris l'humeur de Judas et d'où
elle venait. Mais Jésus m'a dit : "C'est justement parce qu'il a le cœur
si malade que je le garde près de Moi. Ce sont ceux qui souffrent et sont
faibles qui ont besoin d'un médecin et de quelqu'un qui les soutienne". 127> "Oui !... C'est bien !... Venez, mes enfants. Maintenant
nous prenons ces beaux roseaux et nous en faisons des barquettes. Voyez comme
elles sont belles ! Et à l'intérieur, en guise de pêcheurs, nous mettons ces
fleurettes. Regardez si elles ne ressemblent pas à des têtes, avec un
couvre-chef blanc et rouge... Ici nous faisons le port, et ici, voilà les
maisonnettes des pêcheurs... Maintenant nous attachons les barques avec ces
herbes fines, et vous les faites aller sur l'eau, ainsi... et puis vous les
tirez sur la rive après la pêche... Vous pouvez aussi faire le tour de
l'île... attention aux écueils, eh !..." Pierre est admirable de
patience. Il a travaillé avec son couteau des morceaux de roseaux, en les
taillant d'un nœud à l'autre et en les découvrant d'un côté pour transformer
les roseaux en barquettes, il a mis pour servir de pêcheurs des pâquerettes
encore en boutons, il a creusé dans le sable un port lilliputien et fait des
maisonnettes avec le sable humide et, atteint son but d'amuser les enfants, il
s'assoit satisfait en murmurant : "Pauvres enfants !..." Jésus met le pied sur
l'île justement quand les deux enfants commencent leur jeu et il les caresse
en déposant à terre le plus petit qui s'associe au jeu de ses frères.
Les enfants, qui
s'étaient éloignés avec leurs barquettes, suspendent le gazouillis de leurs
voix et leurs jeux et s'approchent en entendant chanter ces hommes. Ils
écoutent avec attention, les yeux fixés sur Jésus qui pour eux est tout, et
puis, avec l'esprit d'imitation des enfants, ils prennent la même posture que
ceux qui prient et essaient de suivre le chant en fredonnant l'air, car ils
ne connaissent pas les paroles des psaumes. Jésus abaisse sur eux ses yeux et
il les regarde avec un sourire qui encourage le chant des petites voix
innocentes. Se sentant approuvés, ils reprennent courage... Le chant des psaumes
prend fin. Jésus s'assoit sur l'herbe et commence à parler : "Quand les
rois d'Israël, celui de Joram et celui de Juda, se
réunirent pour combattre le roi de Moab et s'adressèrent pour demander
conseil au prophète Élisée, celui-ci répondit à l'envoyé du roi : 128> "Si je n'avais
pas de respect pour Josaphat, roi de Juda, je ne
t'aurais même pas regardé. Mais maintenant, amenez-moi un joueur de
lyre". Et pendant que le harpiste jouait, Dieu parla à son prophète pour
commander de faire creuser plusieurs fossés dans le torrent à sec, afin qu'il
s'emplisse d'eau pour les hommes et les bêtes. Et à l'heure du sacrifice du
matin, le torrent, sans qu'il y eût du vent ou de la pluie, s'emplit comme le
Seigneur l'avait dit [1]. Quelles sont selon
vous les leçons de cet épisode ? Parlez !" Les apôtres se
consultent entre eux. Les uns disent : "Dieu ne parle pas quand le cœur
est troublé. Élisée veut calmer son indignation, venue de se voir en face le
roi d'Israël, pour pouvoir entendre Dieu." D'autres disent de leur côté
: "C'est une leçon de justice. Élisée, pour ne pas punir le roi de Juda
innocent, sauve même le coupable." D'autres encore : "C'est une
leçon d'obéissance et de foi. Ils creusèrent les fossés pour obéir à un
commandement stupide en apparence, et avec foi ils attendirent l'eau, bien
que le ciel fût serein et sans vent."
"Alors Élisée
n'avait pas la charité puisqu'il était troublé." "Élisée est du
temps de la Justice. Il faut savoir transporter au temps de la Charité les épisodes
anciens et les voir non pas à la lumière des foudres, mais à celle des
astres. Vous appartenez au temps nouveau. Pourquoi donc si souvent êtes-vous
plus irascibles et plus troublés que ceux des temps anciens ? Dépouillez-vous
du passé. Je le répète, même s'il ne plaît pas à Judas de l'entendre répéter.
Déracinez, taillez, greffez, plantez de nouveaux arbres. Renouvelez-vous,
creusez les fossés de l'humilité, de l'obéissance, de la foi. Ces rois surent
le faire et ils étaient, deux contre un, pas de Juda et ils n'entendirent pas
Dieu, mais le prophète de Dieu leur répéter les volontés du Très-Haut. Ils
seraient morts de soif par suite du manque d'eau s'ils n'avaient pas su
obéir. Ils obéirent et l'eau remplit les fossés qu'ils avaient creusés et non
seulement ils échappèrent à la soif, mais ils vainquirent les ennemis. Je
suis l'Eau de la Vie. Creusez des fossés dans vos cœurs pour pouvoir Me
recevoir. Et maintenant, écoutez, je ne fais pas de longs discours. Je vous
donne des pensées pour que vous les méditiez. 129> Vous serez toujours comme ces enfants, et même moins qu'eux
car eux sont innocents et que vous ne l'êtes pas, et donc elle est plus
trouble en vous la lumière spirituelle si vous ne vous habituez pas à méditer.
Vous écoutez toujours et ne retenez jamais, car votre intelligence est en
sommeil au lieu d'être active. Écoutez donc. Quand la Sunamite
perdit son fils, elle voulut aller trouver le prophète bien que son mari lui
dit que ce n'était pas le premier du mois et que ce n'était pas le sabbat.
Mais elle savait qu'elle devait y aller car certaines choses ne souffrent pas
de retard. Et parce qu'elle sut comprendre spirituellement les choses, elle
eut son fils ressuscité [2]. Que dites-vous de
ce fait ?" "Que c'est un
reproche pour moi à propos du sabbat" dit l'Iscariote. "Tu vois donc, ô
Judas, que quand tu veux, tu sais comprendre ? Ouvre donc ton esprit à la
justice." "Oui... mais tu
n'as pas violé le sabbat pour ressusciter l'homme." "J'ai fait
davantage. J'ai empêché la ruine, la mort de ces enfants, la vraie mort, et
j'ai rappelé aux voleurs que..." "Oh ! attends
pour te consoler d'avoir fait quelque chose ! Moi, je ne crois pas qu'ils
t'aient obéi..." "Si le Maître le
dit..." "Élisée lui-même
dans le récit de la Sunamite dit : "Le
Seigneur l'a tenu secret". On ne sait pas donc toujours tout des
prophètes" réplique l'Iscariote. "Notre Frère est
plus qu'un prophète" observe le Thaddée.
"Et dans quel
esprit ? Pour te donner la paix, pour te donner un conseil, pour te donner du
tourment ?" demande Jésus. "Mais... Je ne
saurais. Je me le demande et..." "Et tu sembles
troublé même en te le demandant" dit Thomas. "Moi ?
Certainement la perplexité trouble toujours..." "Que de
subtilités ! Moi, je ne me pose pas tant de questions. Je crois sans tant
chercher à connaître et je ne suis pas du tout angoissé ni troublé. Mais
laissons parler le Maître. Elle ne me plaît pas à moi cette leçon. Dis-nous
une belle parabole, Maître. Elle plaira aussi aux enfants" dit Pierre. 130> "J'ai encore une chose à demander. Celle-ci : que signifie
pour vous la farine qui enlève l'amertume à la soupe des fils des prophètes ?
[3]" C'est un profond
silence qui répond à la question. "Et quoi ? Vous
ne savez pas répondre ?" "Peut-être la
farine absorbe l'amertume..." dit Matthieu, peu sûr de lui. "Tout aurait été
amer, même la farine." "Par un miracle
du prophète qui ne voulait pas mortifier le serviteur" suggère Philippe.
"Aussi. Mais pas
pour cela seulement." "Le Seigneur voulut
faire briller la puissance du prophète, même sur les choses matérielles"
dit le Zélote. "Oui, mais ce
n'est pas encore la juste signification. Les vies des prophètes anticipent ce
qui sera dans la plénitude des temps : dans mon temps. Ils font voir
mon jour terrestre sous des symboles et des figures. Donc..." Silence. Ils se
regardent. Puis Jean baisse la tête, son visage s'enflamme et il sourit. "Pourquoi ne
dis-tu pas ce que tu penses, Jean ? lui demande Jésus. Ce n'est pas manquer à
l'amour que de parler, puisque tu ne le fais pas pour mortifier
quelqu'un." "Je pense que
cela veut dire ceci. Au temps de la faim de la Vérité et de la disette de la
Sagesse, celui où tu es venu, tous les arbres sont retournés à l'état sauvage
et ont donné des fruits amers, immangeables, comme empoisonnés pour les fils
des hommes, qui de cette façon les cueillent en vain et les préparent en vain
pour s'en nourrir. Mais la Bonté de l'Eternel t'envoie Toi, farine de grain
de choix, et Toi, par ta perfection, tu enlèves le poison de toute nourriture
en leur rendant leur bonté première, et en rendant bons de nouveau les arbres
des Écritures, que les siècles ont dénaturés, et les palais des hommes que la
concupiscence a corrompus. Dans ce cas, Celui qui commande d'apporter la
farine et la verse dans la soupe amère c'est ton Père et Toi tu es la farine
qui se sacrifie afin de se faire nourriture pour les hommes. Et après que tu
auras été consommé, il n'y aura plus rien d'amer dans le monde, car tu auras
rétabli l'amitié avec Dieu. Je puis m'être trompé." "Non, tu ne t'es
pas trompé. C'est le symbole." "Oh ! et comment
as-tu fait pour y penser ?" demande Pierre étonné. 131> C'est Jésus qui lui
répond : "Je te le dis avec tes paroles mêmes de tout à l'heure : un beau saut, et l'on est sur l'île paisible de la spiritualité. Mais
il faut avoir le courage de faire le saut, en abandonnant la rive, le monde.
Sauter sans se demander s'il y a quelqu'un qui peut rire de la gaucherie de
notre saut ou se moquer de notre simplisme de préférer au monde un îlot
solitaire. Sauter sans avoir peur de se blesser, ou de se mouiller, ou d'être
déçu. Quitter tout pour se réfugier en Dieu. S'établir sur l'île séparée du
monde, et en sortir uniquement pour distribuer, à ceux qui sont restés
sur la rive, les fleurs et les eaux pures recueillies dans l'île de l'esprit,
où il y a un arbre unique : celui de la Sagesse. En restant près de lui, loin
des bruits fracassants du monde, on en saisit toutes les paroles et on
devient maître en sachant être disciple. Cela aussi est un symbole. Mais
maintenant nous allons raconter une belle parabole pour les enfants. Venez
ici, tout près." Les trois enfants
vont si près qu'ils s'assoient bonnement sur ses jambes, Jésus les entoure de
ses bras et il commence à raconter : Mais voilà que dans
cette belle île fleurie, au milieu de toutes les bêtes et de toutes les
plantes, entra en rampant un serpent différent de ceux qui avaient été créés
par Dieu et qui étaient bons, sans dents venimeuses, sans férocité dans les
replis de leur corps flexible. Même ce serpent s'était vêtu d'une peau aux
couleurs de gemmes comme celle des autres. Il s'était même fait plus beau que
ceux-ci, au point de paraître un grand collier de roi qui avançait en
glissant au milieu des arbres splendides du Jardin. Il alla s'enrouler autour
d'un arbre qui s'élevait au milieu du Jardin, un bel arbre solitaire,
beaucoup plus grand que celui-ci, et couvert de feuilles et de fruits
merveilleux. Et le serpent paraissait un bijou autour du bel arbre, et il
brillait au soleil, et tous les animaux le regardaient, car personne ne se
souvenait de l'avoir vu créer, ni de l'avoir vu avant ce moment. Mais
personne ne s'en approchait. 132> Tous, au contraire, s'éloignaient de l'arbre maintenant qu'il
avait le serpent autour de son tronc. Seuls l'homme et la
femme s'en approchèrent, la femme avant l'homme parce qu'elle était charmée
par cette chose luisante qui brillait au soleil et remuait sa tête, semblable
à une fleur à moitié éclose. Elle écouta ce que disait le serpent et désobéit
au Seigneur et fit désobéir Adam. Ce fut seulement après avoir désobéi qu'ils
virent le serpent pour ce qu'il était et qu'ils comprirent leur péché, car
désormais ils avaient perdu l'innocence du cœur. Et ils se cachèrent pour
échapper à Dieu qui les cherchait, et ensuite ils mentirent à Dieu qui les
interrogeait. Alors Dieu mit des
anges à la limite du Jardin et en chassa les hommes. Ce fut comme si les
hommes étaient jetés de la rive tranquille de l'Eden dans les fleuves remplis
d'eau comme quand arrivent les crues du printemps. Mais Dieu laissa pourtant
dans le cœur de ceux qui étaient chassés le souvenir de leur destinée
éternelle, c'est-à-dire du passage au beau Jardin, où ils entendaient la voix
aimante de Dieu, au Paradis où ils auraient joui complètement de Dieu. Et
avec ce souvenir, Il leur laissa le saint aiguillon de remonter vers le lieu
perdu, par une vie de justice. Mais, mes enfants,
vous avez expérimenté tout à l'heure que tant que la barque descend en
suivant le courant, sa marche est facile alors que, quand elle le remonte,
elle a du mal à rester en surface, à ne pas être bousculée par l'eau, à ne
pas faire naufrage au milieu des herbes et du sable ou des pierres du cours
d'eau. Si Simon Pierre n'avait pas attaché vos barquettes avec les joncs de
la rive, vous les auriez perdues toutes, comme il est arrivé à Isaac parce qu'il a lâché le jonc. La même chose arrive
aux hommes jetés sur les courants de la Terre, Ils doivent rester toujours entre
les mains de Dieu, en Lui confiant leur volonté qui est comme le jonc, aux
mains du bon Père qui est dans les Cieux et qui est le Père de tous et
spécialement des innocents, et ils doivent avoir l'œil vigilant pour éviter
les herbes et les joncs, les pierres, les tourbillons et la boue, qui
pourraient retenir, briser, ou engloutir la barque de leur âme en arrachant
le fil de la volonté qui les tient unis à Dieu. Car le Serpent, qui n'est
plus dans le Jardin, est maintenant sur la Terre, et cherche justement à
faire naufrager les âmes, cherche à les empêcher de remonter par l’Euphrate,
le Tigre, le Géhon et le Phison
au Grand Fleuve qui court dans le Paradis éternel et alimente les arbres de
la Vie et du Salut, qui portent les fruits perpétuels dont jouiront tous ceux qui ont su remonter le courant pour se réunir à Dieu et ses
anges sans avoir jamais plus à souffrir de rien." 133> "Maman disait
cela aussi" dit le plus grand des enfants. "Oui, elle le
disait" gazouille le plus petit. "Tu ne peux pas
le savoir. Moi si, parce que je suis grand. Mais si tu dis des choses qui ne
sont pas vraies, tu n'entreras pas dans le Paradis." "Cependant le
père disait qu'il n'y avait rien de vrai" objecte le cadet. "Parce que lui
ne croyait pas au Seigneur de maman." "Il n'était pas
samaritain, ton père ?" demande Jacques d'Alphée. "Non, il était d'un
autre endroit. Mais maman était samaritaine et nous sommes samaritains car
elle nous voulait comme elle. Et elle nous parlait du Paradis et du Jardin,
mais pas si bien que Toi. Moi, j'avais peur du serpent et de la mort car
maman disait que le serpent c'était le diable et parce que le père disait que
la mort finit tout. À cause de cela, j'étais si malheureux d'être seul et je
disais aussi qu'il est inutile d'être bon désormais, car, quand il y avait le
père et la mère, on les faisait heureux par notre bonté, mais maintenant il
n'y avait plus personne à qui faire plaisir par notre bonté. Maintenant, au
contraire, je sais... et je serai bon. Je n'enlèverai jamais mon fil des
mains de Dieu de peur d'être emporté par les eaux de la Terre." "Mais maman, elle
est allée en haut ou en bas ?" demande perplexe le second enfant. "Que veux-tu
dire, mon enfant ?" demande Matthieu. "Je dis : où
est-elle ? Est-elle allée au fleuve du Paradis éternel ?" "Espérons-le,
mon enfant. Si elle était bonne..." "C'était une samaritaine..."
dit avec mépris l'Iscariote. "Et alors, il
n'y a pas de Paradis pour nous, parce que nous sommes samaritains ? Alors,
nous n'aurons pas Dieu, nous ? Lui l'a appelé "Le Père de tous". À
moi, orphelin, il me plaisait dépenser que j'ai encore un Père... Mais s'il
n'y en a pas pour nous..." et attristé, il baisse la tête. "Dieu est le
Père de tous, mon enfant. Est-ce que, par hasard, je t'ai moins aimé parce
que tu es samaritain ? Je t'ai disputé aux larrons, et je te disputerai au
démon, de la même façon que je lui disputerais le petit fils du Grand Prêtre
du Temple de Jérusalem, si lui ne considérait pas comme un opprobre que le
Sauveur sauve son enfant [5]. Et même je te
dispute encore plus, parce que tu es seul et malheureux. Il n'y a pas de différence
pour Moi entre l'esprit d'un juif et celui d'un samaritain. Et d'ici peu, il n'y aura plus de séparation entre la Samarie et la
Judée, car le Messie aura un peuple unique qui portera son nom et dans lequel
seront tous ceux qui l'aimeront." 134> "Moi, je
t'aime, Seigneur. Mais me portes-tu auprès de ma mère ?" dit le plus
grand des trois enfants. "Tu ne sais pas
où elle est. Il a dit cet homme qu'il y a seulement lieu d'espérer..."
dit le cadet. "Moi je ne le
sais pas, mais le Seigneur le sait. Il a su où nous étions et nous au
contraire nous ne savions même pas où nous étions." "Avec des
larrons... Ils voulaient nous tuer..." La terreur revient sur le petit
visage du cadet. "Les larrons étaient
comme des démons, mais Lui nous a sauvés parce que nos anges l'ont
appelé." "La maman aussi,
les anges l'ont sauvée. Moi je le sais car je la rêve toujours." "Tu es un
menteur, Isaac. Tu ne peux la rêver. Tu ne t'en souviens pas." Le petit pleure en
disant : "Non. Non. Moi je la rêve. Je la rêve moi..." "Ne traite pas
ton frère de menteur, Ruben. Son âme peut bien
voir sa mère car le bon Père des Cieux peut permettre à l'orphelin de la
rêver et de la connaître partiellement, comme Il nous permet de le connaître
Lui-même. Car de cette connaissance limitée, vient une bonne volonté de le
connaître parfaitement, chose que l'on obtient en étant toujours très bons.
Et maintenant, allons. Le sabbat s'est sanctifié car nous avons parlé de
Dieu." Il se lève et entonne d'autres psaumes. Des gens d'Ephraïm
s'approchent en entendant le chœur, et ils attendent avec respect la fin du
psaume pour saluer, et ils disent à Jésus : "Tu as préféré venir ici,
plutôt qu'avec nous ? Tu ne nous aimes donc pas ?" "Personne de
vous ne m'avait invité. Je suis donc venu ici avec mes apôtres et les
enfants." "C'est vrai.
Mais nous croyions que ton disciple t'avait dit notre désir." Jésus regarde Jean et
Judas. Et Judas répond : "J'ai oublié de le dire hier, et aujourd'hui,
avec ces enfants, je n'y ai plus pensé." 135> Jésus, pendant ce
temps, quitte la petite île et passe le bras d'eau minuscule pour aller près
de ceux d'Ephraïm. Les apôtres le suivent alors que les enfants
s'attardent à délier les deux barquettes de roseau qui restent, et à Pierre
qui les questionne, ils expliquent : "Nous voulons les garder pour nous
rappeler la leçon." "Et moi ? Je l'ai
perdue ! Et je ne me souviendrai pas, et je n'irai pas au Paradis" dit
en pleurant le plus petit. "Attends ! Ne
pleure pas. Je te fais tout de suite une barquette. Bien sûr. Toi aussi tu
dois te rappeler la leçon. Eh ! il faudrait que tous nous en fassions une
avec son jonc attaché à la proue, pour nous rappeler. Ce serait plus utile
pour nous, hommes, que pour vous, enfants ! Hélas !" et Pierre taille et
fait la barquette avec son jonc, il prend dans ses bras, en une seule
brassée, les trois enfants et il saute le ruisseau pour aller près de Jésus. "Ce sont eux
?" demande Malachie d'Ephraïm. "Ce sont
eux." "Et ils sont de Sichem ?" "C'est ce que
disait le pastoureau : que ses parents étaient des campagnes." "Pauvres enfants
! Mais si les parents ne venaient pas, que ferais-tu ?" "Je les
garderais avec Moi. Mais ils viendront." "Ces larrons...
Ne viendront-ils pas eux aussi ?" "Ils ne
viendront pas, mais n'ayez pas de crainte pour eux. Même s'ils venaient...
C'est Moi qui les volerais et non pas eux qui vous voleraient. Je leur ai
déjà enlevé leurs quatre proies et j'espère avoir arraché un peu de leur âme
au péché, au moins pour l'un d'eux.[6]" "Nous t'aiderons
pour ces enfants. Tu nous le permettras cela." "Oui. Et ce
n'est pas parce qu'ils sont de votre région, mais parce que ce sont des
innocents et l'amour pour les innocents est le chemin qui conduit rapidement
à Dieu." "Mais Toi seul
ne fais pas de distinction entre innocents et innocents. Un juif n'aurait pas
recueilli ces petits samaritains, ni non plus un galiléen. Nous ne sommes pas
aimés. Et le manque d'amour pour nous ils l'ont aussi pour ceux qui ne savent
même pas encore ce que c'est que d'être samaritain et juif. Et cela est
cruel." "Oui. Mais il
n'en sera plus ainsi quand on suivra ma Loi. Tu le vois, Malachie ? Ils sont
dans les bras de Simon Pierre, de mon frère, et de Simon le Zélote. Aucun
d'eux n'est samaritain, ni père. Et pourtant tu ne serres pas tes enfants
contre ton cœur avec autant d'amour que le font mes disciples pour les
orphelins de Samarie. 136> Voilà quelle est
l'idée messianique : réunir tout le monde dans l'amour. C'est la
vérité de l'idée messianique. Un seul peuple sur la Terre sous le sceptre du
Messie. Un seul peuple dans le Ciel sous le regard d'un seul Dieu," |
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Ils s'éloignent... en
parlant, vers la maison de Marie de Jacob. |
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[2] La femme de Chounem (ou sunamite) qui hébergeait
Élisée à chaque passage dans sa ville. Son fils, né d'une prédiction d'Élisée
mourut. 2Rois 4,19-37