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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
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lundi 25 février 30 (4 Wé-Adar)
- Arrivée à
Sichem de faux disciples de Jésus 196 - Leur discours
(Garder Jésus sur le Garizim) 197 - Les Sichémites les accueillent avec confiance 197 - Claudia arrive
à Éphraïm 198 - Elle va
trouver Jésus sur son île 198 - Si Jésus ne
cherche pas les honneurs... 199 - N'a-t-il pas
perdu son pouvoir ? 199 - Guérison de
l'esclave muet de Claudia 199 - L'esclave,
reçu en cadeau, est affranchi 201 - Une Claudia
pensive et des légionnaires ahuris 202 |
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196> La place principale de Sichem. En elle met une
note printanière la frondaison nouvelle des arbres qui, en double rangée le
long du carré que forment les murs des maisons, la contournent en formant une
sorte de galerie. Le soleil joue avec les feuilles tendres des platanes en
formant sur le terrain des broderies de lumières et d'ombres. Le bassin, au
milieu de la place, est une plaque d'argent sous le soleil. 197> Des gens parlent ça et là en groupes et discutent de leurs
affaires. Quelques-uns, apparemment des étrangers, car tout le monde se
demande qui ils sont, entrent dans la place, observent, et accostent le
premier groupe qu'ils trouvent. Ils saluent, on les salue, avec étonnement.
Mais quand ils disent : "Nous sommes des disciples du Maître de
Nazareth", toute défiance tombe et il y a qui va prévenir les autres
groupes, alors que ceux qui sont restés disent : "Est-ce Lui qui vous
envoie ?" "C'est Lui. Une
mission très secrète. Le Rabbi est en grand danger. Personne ne l'aime plus
en Israël et Lui, qui est si bon, dit que vous au moins Lui restiez
fidèles." "Mais c'est ce
que nous voulons ! Que devons-nous faire ? Que veut-il de nous ?"
"Vous parlez
bien. Nous ferons ce que vous dites. Nous irons le trouver..." 198> "Oh ! faites attention ! Qu'il ne s'aperçoive pas que
nous vous l'avons suggéré !" "Ne craignez pas
! Ne craignez pas ! Nous saurons faire. Bien sûr ! Nous ferons voir que les
samaritains, que l'on méprise, valent cent, mille juifs et galiléens pour
défendre le Christ. Venez. Entrez dans nos maisons, vous, les envoyés du
Seigneur. Ce sera comme si Lui entrait ! Il y a si longtemps que la Samarie
attend d'être aimée par les serviteurs de Dieu !" Ils s'éloignent, en
encadrant comme en triomphe, ces gens pour lesquels je ne crois pas me
tromper en les appelant émissaires du Sanhédrin et ils disent : "Nous voyons
qu'il nous aime, car c'est en quelques jours le second groupe de disciples
qu'il nous envoie, et nous avons bien fait de traiter les premiers avec
amour. C'est bien d'être aussi bons avec Lui à cause des petits enfants de
cette femme morte qui était des nôtres ! Lui nous connaît désormais..." Et ils s'éloignent,
heureux. Éphraïm toute entière s'est
déversée dans les rues pour voir le fait insolite d'un défilé de chars
romains qui la traversent. Il y a des chars nombreux et des litières
couvertes, escortées par des esclaves, précédées et suivies par des
légionnaires. Les gens se font des signes entendus et chuchotent. Le défilé,
arrivé à la route qui bifurque pour Béthel et Rama, se sépare en deux
parties, Restent arrêtés un char et une litière avec une escorte de soldats,
et le reste poursuit sa route. Le rideau de la litière s'écarte un instant et
une main de femme blanche et ornée de pierres précieuses fait signe de
s'approcher au chef des esclaves. L'homme obéit sans parler. Il écoute. Il
aborde un groupe de femmes curieuses et demande : "Où est le Rabbi de
Nazareth ?" "Dans cette
maison. Mais à cette heure, habituellement, il est près du torrent. Il y a
une petite île, là-bas, du côté des saules, là où se trouve le peuplier. Il
reste là pour prier des journées entières." L'homme revient et fait son
rapport. La litière se remet en route. Le char reste où il est. Les soldats
suivent la litière jusqu'au bord du torrent et ils barrent le chemin. La
litière s'en va seule le long du cours d'eau jusqu'à la hauteur de la petite
île qui, au cours de la saison, est devenue très boisée : c'est un fourré
impénétrable de verdure, surmonté par le fût et la chevelure argentée du
peuplier. Un ordre, et la litière passe le petit cours d'eau, où entrent les
porteurs avec leurs vêtements courts. Claudia Procula en descend avec une affranchie, et Claudia fait
signe à un esclave noir qui escorte la litière de la suivre. Les autres reviennent sur la rive. 199> Claudia, suivie des
deux, pénètre dans la toute petite île en se dirigeant vers le peuplier qui
domine au centre. Les hautes herbes étouffent le bruit des pas. Elle arrive
ainsi là où se trouve Jésus tout absorbé, assis au pied de l'arbre. Elle
l'appelle en s'avançant seule alors que d'un geste impérieux elle cloue sur
place là où elles sont restées ses deux personnes de confiance. Jésus lève la tête,
et se lève tout de suite en voyant la femme. Il la salue tout en restant
pourtant debout contre le tronc du peuplier. Il ne manifeste ni étonnement,
ni ennui ou indignation de l'intrusion. Claudia, après avoir
salué, expose tout de suite le sujet : "Maître, il est venu chez moi, ou
plutôt chez Ponce, certaines gens... [1] Je ne fais pas de
longs discours. Mais puisque je t'admire, je te dis, comme je l'aurais dit à
Socrate s'il avait vécu de nos jours, ou à quelque homme vertueux injustement
persécuté : "Moi, je n'ai pas beaucoup de pouvoir, mais je ferai ce que
je puis". Et pour l'instant je vais écrire où il m'est possible pour
qu'on te protège et pour qu'aussi on te rende... puissant. Il y a sur des
trônes ou dans de hautes situations tant de gens qui ne les méritent
pas..." "Domina, je ne
t'ai pas demandé d'honneurs ni de protections. Que le vrai Dieu te récompense
pour ta pensée. Mais donne tes honneurs et ta protection à ceux qui la
désirent vivement. Moi je n'y aspire pas." "Ah ! voilà !
C'est ce que je voulais ! Alors, tu es vraiment le Juste que je pressentais !
Et les autres, tes indignes calomniateurs ! Ils sont venus nous trouver
et..." "Inutile que tu
parles, ô domina. Je sais." "Sais-tu aussi
ce que l'on dit : qu'à cause de tes péchés tu as perdu tout pouvoir et que
c'est pour cela que tu vis ici, rejeté ?" "Cela aussi, je
le sais. Et je sais que cette dernière chose, tu l'as crue plus facilement
que la première, car ta mentalité païenne est capable de discerner la
puissance humaine ou la bassesse humaine d'un homme, mais tu ne peux encore
comprendre ce que c'est que le pouvoir de l'esprit. Tu es... désillusionnée
de tes dieux qui dans vos religions se manifestent en de continuelles
oppositions et avec un pouvoir si fragile, sujet à de faciles interdictions à
cause des désaccords entre eux. Et tu crois qu'il en est ainsi même du Dieu
vrai. Mais il n'en est pas ainsi. Tel j'étais quand tu m'as vu la première
fois guérir un lépreux et tel je suis maintenant. Et tel je serai quand je
semblerai tout à fait détruit. Celui-ci, c'est ton esclave muet, n'est-ce pas
?" 200> "Oui, Maître." "Fais-le
avancer."
"Domina, écoute.
Selon toi, est-il plus facile de conquérir seul un royaume ou de faire
renaître une partie du corps qui n'existe plus ?" "Un royaume, Maître.
La fortune aide les audacieux, mais personne, sauf Toi, ne peut faire
renaître un mort et rendre des yeux à un aveugle." "Et pourquoi
?" . . "Parce que...
Parce que Dieu peut tout faire." "Alors, pour
toi, je suis Dieu ?" "Oui... ou, du
moins, Dieu est avec Toi." "Est-ce que Dieu
peut être avec quelqu'un qui est mauvais ? Je parle du vrai Dieu, non de vos
idoles qui sont des délires de celui qui cherche ce dont il sent l'existence
sans savoir ce que c'est, et se crée des fantômes pour assouvir son
âme." "Non...
dirais-je. Non. Je ne dirais pas. Nos prêtres eux-mêmes perdent leur pouvoir
quand ils tombent dans une faute." "Quel pouvoir
?" "Mais... celui
de lire dans les signes du ciel et dans les réponses des victimes, dans le
vol, dans le chant des oiseaux. Tu sais... Les augures, les
haruspices..." "Je sais. Je
sais. Eh bien ? Regarde. Et toi lève la tête et ouvre la bouche, ô homme, qu'un cruel pouvoir humain a privé d'un don
de Dieu. Et par la volonté du Dieu vrai, unique, Créateur des corps parfaits,
aie ce que l'homme t'a enlevé." Il a mis son doigt
blanc dans la bouche ouverte du muet. L'affranchie curieuse ne sait pas rester là où
elle est, et elle s'avance pour regarder. Claudia est toute penchée pour
observer. Jésus enlève son
doigt en criant : "Parle, et sers-toi de la partie qui est née de
nouveau pour louer le Dieu vrai." 201> Et à l'improviste,
comme une sonnerie de trompette, d'un instrument jusqu'alors muet, répond un
cri, guttural, mais net : "Jésus !" et le noir tombe
par terre en pleurant de joie et il lèche, il lèche vraiment les pieds nus de
Jésus, comme pourrait le faire un chien reconnaissant. "Ai-je perdu mon
pouvoir, domina ? À ceux qui l'insinuent, donne cette réponse. Et toi,
lève-toi et sois bon en pensant combien je t'ai aimé. Je t'ai eu dans mon
cœur depuis les jours de Césarée. Et avec toi tous tes pareils, regardés
comme une marchandise, regardés comme inférieurs à des brutes alors qu'à
cause de votre conception vous êtes des hommes et égaux à César, peut-être
meilleurs par la volonté de votre cœur... Tu peux te retirer, domina, il n'y
a rien d'autre à dire." "Si. Il y a
autre chose. Il y a que j'avais douté... Il y a que moi, avec douleur, je
croyais presque à ce que l'on disait de Toi. Et pas seulement moi.
Pardonne-nous toutes, moins Valeria, qui a toujours
gardé sa conviction et même s'y ancre de plus en plus. Et accepte mon cadeau
: l'homme. il ne pourrait plus me servir maintenant qu'il a la parole, et
aussi mon argent." "Non. Ni l'un,
ni l'autre." "Tu ne me
pardonnes pas, alors !" "Je pardonne
même à ceux de mon peuple, doublement coupables de ne pas me reconnaître pour
ce que je suis. Et ne devrais-je pas vous pardonner à vous, vides comme vous
l'êtes de toute connaissance divine ? Voilà : j'ai dit que je n'acceptais pas
l'argent et l'homme. Maintenant je prends l'un et l'autre et avec l'un
j'affranchis l'autre. Je te rends ton argent parce que j'achète l'homme et je
l'achète pour le rendre à la liberté, pour qu'il aille dans son pays pour
dire qu'il est sur la Terre Celui qui aime tous les hommes, qu'il les aime
d'autant plus qu'il les voit plus malheureux. Prends ta bourse." "Non, Maître,
elle t'appartient. L'homme est libre aussi. Il est à moi, je te l'ai donné.
Tu le libères. Pas besoin d'argent pour cela." "Et alors... Tu
as un nom ?" demande-t-il à l'homme. "Nous
l'appelions Calliste, par dérision. Mais quand il fut pris..." "Peu importe.
Garde ce nom et rends-le vrai en devenant très beau dans ton esprit.
Va ! Sois heureux puisque Dieu t'a sauvé." Aller ! Le noir ne se
lasse pas de le baiser et de dire : "Jésus ! Jésus !" et il se met
encore le pied de Jésus sur la tête en disant : "Toi, mon seul
Maître." "Moi, ton vrai
Père. Domina, tu te chargeras de lui pour qu'il retourne dans son pays.
Sers-toi de l'argent pour cela et que le surplus lui soit donné. Adieu,
domina, et n'accueille plus jamais les voix des ténèbres. Sois juste et sache me connaître. Adieu, Calliste. Adieu,
femme." 202> Et Jésus met fin à
l'entretien et passe en sautant au-delà du torrent, du côté opposé à celui où
est arrêtée la litière, et il s'enfonce dans les buissons, les saules et les
roseaux. Claudia rappelle les
porteurs et pensive remonte dans la litière. Mais si elle garde le silence,
l'affranchie et l'esclave affranchi parlent pour dix, et les légionnaires
eux-mêmes perdent leur allure de statues devant le prodige d'une langue qui
est née de nouveau. Claudia est trop pensive pour commander le silence. À
moitié allongée dans la litière, le coude appuyé sur les oreillers, la tête
appuyée sur sa main, elle n'entend rien. Elle est absorbée. Elle ne
s'aperçoit même pas que l'affranchie n'est pas avec elle, mais parle comme
une pie avec les porteurs alors que Calliste parle avec les légionnaires qui,
s'ils gardent leurs rangs, ne gardent plus le silence. L'émotion est trop
grande pour qu'ils le fassent ! |
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En refaisant le
chemin, ils se trouvent à la bifurcation pour Béthel et Rama. La litière
quitte Éphraïm pour se joindre au reste du défilé. |
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