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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
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vendredi 1er mars 30 (8 Wé-Adar)
- Jésus va par
les champs 202 - Une fillette
lui apporte des fleurs 203 - Il dépose la
fillette et salue les femmes 204 - Il découvre un
paquet de chiffons et d'os 204 - C'est un
malheureux chassé du village voisin 205 - Jésus demande
du lait à un berger 205 - Fait boire le
malheureux 205 - Qui reprend
des forces 206 - Et raconte sa
quête du Rabbi 206 - Grâce à Hermastée il croit en Jésus Fils de Dieu 207 - Il pense
parler à un disciple de Jésus 208 - Il est guéri
et reconnaît Jésus 208 - Jésus
l'investit de deux missions 209 - Le miraculé
fait à Judas l'éloge d'Hermastée 210 - Le blé et la
terre sont meilleurs que les hommes 211 - Discours
(L'amour fraternel est sans distinction de race et de fortune) 211 |
Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 8 8.25 |
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202> Il s'est passé plusieurs jours. Je dis cela car je vois que
les grains, qui dans les dernières visions mesuraient à peine un empan, après les dernières pluies et le beau
soleil qui leur a succédé, ont beaucoup grandi et se préparent à former des
épis. Un vent léger fait onduler les tiges encore tendres des blés. La brise
joue avec les frondaisons nouvelles des arbres fruitiers les plus précoces
qui, à peine les fleurs sont-elles tombées ou alors que des pétales voltigent
et tombent, ont déjà ouvert leurs petites feuilles d'émeraude clair, tendres,
brillantes, belles comme tout ce qui est vierge et nouveau. Plus tardives,
les vignes sont encore nues et noueuses, mais sur les sarments enchevêtrés,
d'un tronc à l'autre, les bourgeons ont déjà rompu la sombre enveloppe qui
les enserrait et, encore clos, ils font voir déjà le duvet gris argent, nid
des futurs pampres et des vrilles nouvelles. Les festons ligneux et
serpentins des vignobles semblent s'assouplir et prendre une grâce nouvelle. 203> Le soleil, déjà chaud, commence son travail de coloris et de distillation des arômes végétaux, et pendant qu'il peint de
teintes plus vives ce qu'hier était encore pâle, il échauffe, et ainsi dégage
des sillons, des prés en fleurs, des champs de céréales, des jardins et des
vergers, des bosquets, des murs, du linge étendu à sécher, les nuances
diverses des odeurs, pour en faire une unique symphonie olfactive qui durera
tout l'été pour s'éteindre dans une violente odeur de moût dans les cuves où
les raisins pressés se changent en vin [1]. Tout un concert de
chants d'oiseaux dans les feuillages, des moutons et des béliers qui brament
doucement dans les troupeaux. Des chants d'hommes sur les pentes, les rires
des enfants et les sourires des femmes. C'est le printemps. La nature aime,
et l'homme jouit de l'amour de la nature qui demain le rendra plus riche, et
il jouit de ses amours qui s'allument plus vifs dans ce réveil serein. Plus
aimée lui paraît son épouse, plus protecteur paraît l'homme à sa compagne et
plus chers à tous les deux les enfants qui, maintenant sourire et travail,
seront demain dans la vieillesse, sourire encore et protection pour les vieux
qui déclinent. Jésus passe à travers les
champs qui montent et descendent en suivant les dénivellations de la montagne.
Il est seul. Vêtu de lin, car il a donné à Samuel son dernier vêtement de laine, mais avec un
léger manteau d'un bleu plutôt vif, jeté sur une seule épaule puis mollement
enroulé sur le corps et qu'il retient avec son bras sur la poitrine. Le pan
jeté sur le bras ondule légèrement sous le vent très doux qui parcourt la
terre et sur sa tête ondule sa chevelure qui brille au soleil. Il passe, et
là où il y a des enfants, il se penche pour caresser les petites têtes
innocentes et écouter leurs petites confidences, pour admirer ce qu'ils
accourent pour Lui montrer comme si c'était un trésor. Une fillette qui
trébuche encore en courant, tant elle est petite, et s'empêtre dans une robe
trop longue pour elle qu'elle a héritée, peut-être d'un petit frère un peu
plus âgé, s'amène. C'est tout un sourire qui éclaire ses yeux et découvre les
petites incisives entre ses lèvres rosés. Elle tient un bouquet de
marguerites [2], un gros bouquet
dans ses deux mains, autant que peuvent en tenir des menottes si tendres et
si petites, et elle lève son trophée en disant : "Tiens ! C'est pour Toi. Pour maman,
ce sera après. Un baiser, ici !" et elle frappe avec ses menottes,
désormais libérées du bouquet que Jésus a pris avec des paroles d'admiration
et de remerciements, la petite bouche. 204> Elle se tient, la
tête renversée, se tendant sur ses pieds déchaussés jusqu'à en perdre presque
l'équilibre, dans la vaine tentative d'allonger sa minuscule
personne jusqu'au visage de Jésus. Il rit en la prenant dans ses bras et va
avec elle, accroupie là-haut, comme un oiseau sur un grand arbre, vers un
groupe de femmes qui lavent des toiles neuves dans les eaux limpides d'un
ruisseau afin de les étendre ensuite pour qu'elles blanchissent au soleil. Les femmes penchées
sur l'eau se redressent pour saluer, et l'une d'elles dit en souriant :
"Tamar t'a dérangé... Mais
elle est là depuis l'aurore à cueillir des fleurs avec la secrète espérance
de te voir passer. Elle ne m'en a pas donné une seule, car elle voulait
d'abord te les donner." "Elles me sont
plus chères que les trésors des rois, car elles sont innocentes comme les
petits et données par une petite, innocente comme les fleurs." Il donne
un baiser à la fillette en la déposant par terre et la salue : "Que
vienne à toi la grâce du Seigneur." Il salue les femmes et continue son
chemin en saluant les agriculteurs ou les bergers qui le saluent depuis les
champs ou les prés. Il semble se diriger
vers en bas, du côté qui mène vers Jéricho, mais ensuite il revient en
arrière pour prendre un autre sentier qui monte de nouveau vers les montagnes
au nord d'Éphraïm. Ici le sol, bien exposé et à l'abri des vents du nord, a
des moissons plus belles. Le sentier entre les deux champs a d'un côté des
arbres à fruits à des distances presque régulières et les bourgeons des
prochains fruits sont déjà comme autant de perles le long des branches. Une route qui descend
du nord vers le midi coupe le sentier. Ce doit être une route assez
importante car, au croisement, elle a une de ces pierres miliaires dont les
romains se servent avec une inscription sur la face septentrionale : "Neapoli" [3] et sous ce nom —
gravé en grand avec les caractères lapidaires des latins, forts comme
eux-mêmes — et en caractères beaucoup plus petits à peine marqués dans le
granit : "Sichem"; sur la face occidentale : "Silo-Jérusalem"; et sur le
côté tourné vers le midi : "Jéricho". Du côté du
levant, il n'y a pas de nom. Mais on pourrait dire que s'il n'y a pas de nom
de ville, il y a un nom de malheur humain. En effet, par terre, entre la
pierre miliaire et le fossé qui côtoie la route, comme pour toutes les routes
entretenues par les romains, creusé pour l'écoulement des eaux dans les temps
de pluies, il y a un homme tout recroquevillé, un paquet de chiffons et d'os,
peut-être mort. Jésus se penche sur
lui quand il le découvre au milieu des herbes du bord de la route que les
ondées de printemps ont rendues luxuriantes. Il le touche et
l'appelle : "Homme, qu'as-tu ?" 205> Un gémissement Lui
répond. Mais le tas de chiffons remue, se tourne, et un visage squelettique,
qui pourrait être celui d'un mort, apparaît. Deux yeux fatigués, souffrants
et languissants, regardent avec étonnement Celui qui est penché sur sa
misère. Il cherche à s'asseoir en s'appuyant au sol avec ses mains
squelettiques, mais il est si faible que sans l'aide de Jésus il ne le
pourrait pas. Jésus l'aide en
appuyant son dos contre la pierre miliaire et il lui demande : "Qu'as-tu
? Es-tu malade ?" "Oui." Un
"oui" très faible. "Mais comment
as-tu pu te mettre en voyage, tout seul, dans cet état ? N'as-tu personne
?" L'homme fait signe
que si, mais il est trop faible pour répondre. Jésus regarde autour
de Lui. Il n'y a personne dans les champs, c'est un endroit vraiment désert.
Au nord, presque au sommet d'une colline, une poignée de maisons; à l'ouest,
dans la verdure de la pente qui en gravissant d'autres mamelons se change de
champs en prairies et bosquets, il y a des pâtres au milieu d'un troupeau de
chèvres agitées. Jésus abaisse de nouveau les yeux sur l'homme. Il lui
demande : "Si je t'aidais, te sens-tu capable d'aller à ce village
?" L'homme secoue la
tête et deux larmes coulent sur ses joues si flétries qu'elles en paraissent
rugueuses comme s'il était âgé, alors que sa barbe noire montre qu'il est
jeune encore. Il rassemble ses forces pour dire : "Ils m'ont chassé...
Peur de la lèpre... Je ne suis pas... Et je meurs... de faim." Il meurt
de faiblesse. Il se met un doigt dans la bouche et il en sort une bouillie verdâtre
: "Regarde... J'ai mastiqué du grain... mais il est encore en
herbe." "Je vais trouver
ce berger. Je vais t'apporter du lait tiède. J'aurai vite fait." Et en
courant presque, il se dirige là où se trouve le troupeau, à environ deux
cents mètres au-dessus de la route. Il rejoint le berger,
lui parle, lui indique où se trouve l'homme. Le berger se tourne pour
regarder, indécis, se demandant s'il doit écouter la demande de Jésus. Puis
il se décide. Il détache de sa ceinture l'écuelle de bois qu'il porte comme tous
les bergers, et il trait une chèvre pour donner une tasse pleine à Jésus, qui
descend avec précaution la pente, suivi d'un enfant qui était avec le berger.
Le voici de nouveau
près de l'affamé. Il se met à genoux près de lui, lui passe un bras derrière
les épaules pour le soutenir et approche le bol, où le lait écume encore, de
ses lèvres. Il lui fait boire de petites gorgées, puis il pose le bol sur le
sol en disant : "Pour l'instant, c'est assez. Tout en une fois cela
te ferait du mal. Laisse ton estomac se ranimer en absorbant le lait que je
t'ai donné." 206> L'homme ne proteste
pas. Il ferme les yeux et se tait, observé par l'enfant tout étonné. Après un moment,
Jésus lui offre de nouveau le bol pour qu'il boive plus longuement, et il
fait ainsi avec des pauses de plus en plus courtes, jusqu'à ce que le lait
soit fini. Il rend le bol à l'enfant et le congédie. L'homme se ranime
lentement. Il cherche avec des mouvements encore incertains à se rendre
présentable. Il a un sourire de reconnaissance en regardant Jésus qui s'est
assis sur l'herbe près de lui. Il s'excuse : "Je te fais perdre du
temps." "Ne t'afflige
pas ! Ce n'est jamais du temps perdu le temps que l'on emploie à aimer ses
frères. Quand tu iras mieux, nous parlerons." "Je vais mieux.
La chaleur revient dans mes membres, et la vue... J'ai cru que j'allais
mourir ici... Mes pauvres enfants ! J'avais perdu tout espoir... Et jusqu'à
présent, j'en avais eu tant !... Si tu n'étais pas venu, Toi, je serais
mort... ainsi... sur une route ..." "Cela aurait été
très triste, c'est vrai. Mais le Très-Haut a regardé son fils et l'a secouru.
Repose-toi un peu." L'homme obéit pendant
un moment, puis il rouvre les yeux et dit : "Je me sens revivre. Oh ! si
je pouvais aller à Éphraïm !" "Pourquoi ?
As-tu là quelqu'un qui t'attend ? Es-tu de là ?" "Non. Je suis
des campagnes de Jabnia, près de la Grande
Mer, mais je suis allé en Galilée, le long du rivage, jusqu'à Césarée. Je suis allé ensuite à Nazareth car je suis malade ici
(il se frappe l'estomac) d'un mal que personne n'a su guérir et qui m'empêche
de travailler la terre. Et je suis veuf avec cinq enfants... Quelqu'un de nos
régions, car je suis originaire de Gaza, né d'un père philistin et d'une mère
syro-phénicienne. Un des nôtres, qui suivait le Rabbi de Galilée, est venu
avec un autre parmi nous, pour nous parler de ce Rabbi. Moi aussi je l'ai
entendu et quand je me suis senti si malade, j'ai dit : "Je suis syrien
et philistin, une ordure pour Israël. Mais Hermastée disait que le Rabbi
de Galilée est bon autant que puissant, et moi, je le crois et je vais le
trouver". Et à peine venu un meilleur temps, j'ai laissé les enfants à
la mère de ma femme, j'ai rassemblé le peu de ressources que j'avais, car la
maladie en avait absorbé beaucoup, et je suis venu pour chercher le Rabbi.
Mais l'argent s'épuise vite en voyage, surtout quand on ne peut pas manger de
tout... et séjourner dans les auberges quand les douleurs m'empêchaient de
marcher. 207> À Sephoris j'ai vendu mon âne
car je n'avais plus d'argent pour moi et pour donner au Rabbi ce qui Lui est
dû. Je pensais qu'une fois guéri, j'aurais pu manger de tout en route et
revenir bientôt à la maison et là, par le travail dans mes champs et
d'autres, refaire ma situation... Mais le Rabbi n'est pas à Nazareth, ni à
Capharnaüm. Sa Mère me l'a dit. Elle m'a
dit : "Il est en Judée. Cherche-le chez Joseph de Sephoris à Bézéta ou au Gethsémani. Ils sauront te dire
où il est". Je suis revenu en arrière à pied. Le mal grandissait et
l'argent diminuait. À Jérusalem, où l'on m'avait envoyé, j'ai trouvé des
hommes mais pas le Rabbi. Ils m'ont dit : "Oh ! ils l'ont chassé depuis
longtemps. Il est maudit par le Sanhédrin. Il s'est enfui, nous ne savons
où". Moi... je me suis senti mourir... comme aujourd'hui. Et même plus
qu'aujourd'hui. Je suis allé demander à des centaines de gens à travers la
ville et dans les campagnes. Personne ne savait. Certains pleuraient avec
moi. Plusieurs m'ont frappé. Puis un jour que je m'étais mis à mendier en
dehors des murs du Temple, j'ai entendu deux pharisiens qui disaient :
"Maintenant que l'on sait que Jésus de Nazareth est à Éphraïm..."
Je n'ai pas perdu de temps et, faible comme j'étais, je suis venu jusqu'ici
en mendiant mon pain, de plus en plus déchiré et de plus en plus malade. Et
n'étant pas au courant, je me suis trompé de route... Aujourd'hui je viens
d'ici, de ce village. Il y avait deux jours que je ne mangeais que du fenouil
sauvage [4] et que je mâchais de
la chicorée [5] et du grain en herbe.
Ils m'ont cru lépreux à cause de ma pâleur et m'ont chassé à coups de
pierres. Je ne demandais que du pain et que l'on m'indique la route pour Éphraïm...
Je suis tombé ici... Mais je voudrais aller à Éphraïm. Je suis si près du but
! Peut-il se faire que je ne l'atteigne pas ? Je crois au Rabbi. Je ne suis
pas Israélite, mais Hermastée ne l'était pas non
plus, et Lui l'aimait pareillement. Est-il possible que le Dieu d'Israël
appesantisse sa main sur moi pour se venger des fautes de ceux qui m'ont
engendré ?" "Le Dieu vrai
est le Père des hommes, juste, mais bon. Il récompense celui qui a la foi et
ne fait pas payer aux innocents des fautes qui ne sont pas les leurs. Mais
pourquoi as-tu dit que quand tu as entendu dire que la demeure du Rabbi était
inconnue, tu t'es senti mourir plus qu'aujourd'hui ?" "C'est parce que
j'ai dit : "Je l'ai perdu avant de l'avoir trouvé"." "Ah ! à cause de
ta santé !" "Non. Pas pour
cela seulement. Mais parce que Hermastée disait de
Lui certaines choses, et il me semblait que si je l'avais connu, je n'aurais
plus été une ordure." 208> "Tu crois donc que Lui est le Messie ?" "Je le crois. Je
ne sais pas bien ce que c'est que le Messie, mais je crois que le Rabbi de
Nazareth est le Fils de Dieu." Jésus a un sourire tout
lumineux quand il demande : "Et es-tu certain que s'il l'est, il va
t'exaucer toi, incirconcis ?" "J'en suis
certain car Hermastée le disait. Il disait :
"Lui est le Sauveur de tous. Pour Lui, il n'est pas question d'hébreux
ou d'idolâtres, mais seulement de créatures à sauver, car le Seigneur Dieu i'a envoyé pour cela". Plusieurs riaient. Moi, j'ai
cru. Si je peux Lui dire : "Jésus, aie pitié de moi" il m'exaucera.
Oh ! si tu es d'Éphraïm, conduis-moi à Lui. Peut-être es-tu un de ses
disciples..." Jésus sourit toujours
plus et lui conseille : "Essaie de me demander à Moi, que je te
guérisse..." "Tu es bon,
homme. Près de toi, il y a tant de paix. Oui, tu es bon comme... comme le
Rabbi Lui-même, et certainement Lui t'aura donné le pouvoir du miracle car
pour être bon comme tu l'es, tu ne peux être que l'un de ses disciples. Je
les ai tous trouvés bons ceux qui se sont donnés pour tels. Mais qu'il ne
soit pas offensant pour Toi, si je te dis que tu pourras même guérir les
corps, mais pas les âmes. Et je voudrais que celle-là aussi fût guérie, comme
c'est arrivé à Hermastée. Devenir un juste... Et
cela, le Rabbi seul peut le faire. Je suis pécheur en plus que d'être malade.
Je ne veux pas voir mon corps guéri pour le voir mourir un jour, et l'âme
avec lui. Je veux vivre. Hermastée disait que le
Rabbi est la Vie de l'âme et que l'âme qui croit en Lui vit pour toujours
dans le Royaume de Dieu. Conduis-moi au Rabbi. Sois bon ! Pourquoi souris-tu
? Peut-être penses-tu que je suis audacieux de vouloir la guérison sans
pouvoir donner une obole ? Mais une fois guéri je pourrai encore cultiver la
terre. J'ai de très beaux fruits. Que le Rabbi vienne à la saison des fruits
et je le paierai en Lui donnant l'hospitalité aussi longtemps qu'il
voudra." "Qui t'a dit que
le Rabbi veut de l'argent ? Hermastée ?" "Non. Au
contraire, lui disait que le Rabbi a pitié des pauvres et qu'il les secourt
les premiers. Mais c'est ce qu'on fait avec tous les médecins et ... et avec
tous, en somme." "Mais pas avec
Lui, je te l'assure. Et je te dis que si tu sais pousser ta foi jusqu'à
demander ici le miracle, et à le croire possible, tu l'auras." 209> "Tu dis la
vérité ?... En es-tu certain ? Bien sûr, si tu es un de ses disciples, tu ne peux mentir ni te tromper. Et bien que je regrette de ne pas
voir le Rabbi... je veux t'obéir... Peut-être Lui, persécuté comme il
l'est... ne veut pas qu'on le voie... il ne se fie plus à personne. Il a
raison, mais ce ne sera pas nous qui serons sa ruine. Ce seront les vrais
hébreux... Pourtant, voilà. Je dis ici (il se met à genoux avec beaucoup de
peine) : 'Jésus, Fils de Dieu, aie pitié de moi !' "
L'homme a une sorte
d'éblouissement, c'est-à-dire une lumière imprévue. Il comprend — je ne sais
si c'est par ouverture de son intelligence ou par une sensation physique, ou
par les deux choses en même temps — il comprend qui est Celui qu'il a devant
lui et il pousse un cri si aigu que le pâtre, descendu vers la route,
peut-être pour voir, hâte sa marche. L'homme est par
terre, le visage dans l'herbe, et le pâtre dit en le montrant avec sa
houlette : "Il est mort ? Il faut autre chose que du lait quand
quelqu'un est fini !" et il hoche la tête. L'homme entend et il
se dresse debout, fort, en bonne santé. Il crie : "Mort ? Je suis guéri
! Je suis ressuscité. C'est Lui qui l'a fait. Je ne souffre plus de la faim,
ni des douleurs de la maladie. Je suis comme au jour de mes noces ! Oh !
Jésus béni ! Et comment ne t'ai-je pas reconnu plus tôt ?! Ta pitié aurait dû
me dire ton nom ! La paix que je sentais près de Toi ! J'ai été sot. Pardonne
à ton pauvre serviteur !" et il se jette de nouveau par terre en
adorant. Le pâtre abandonne
ses chèvres et s'en va en courant et en sautant vers le petit village. Jésus s'assoit près
de l'homme guéri et lui dit : "Tu m'as parlé d'Hermastée
comme d'un mort. Tu connais donc sa fin. Je ne veux qu'une chose de toi : que
tu viennes avec Moi à Éphraïm et que tu racontes sa fin à quelqu'un qui est
avec Moi. Puis je t'enverrai à Jéricho chez une femme disciple pour qu'elle t'aide pour le voyage de
retour." "J'irai si tu le
veux, mais maintenant que je suis sain je n'ai plus peur de mourir en route.
Même l'herbe peut me nourrir et je n'ai pas honte de tendre la main car ce
n'est pas d'une manière crapuleuse mais pour une juste fin que j'ai dépensé
mon avoir." "Je le veux. Tu
lui diras que tu m'as vu et que je l'attends ici, que désormais elle peut
venir et que personne ne l'importunera. Sauras-tu dire cela ?" "Je le saurai.
Ah ! pourquoi te haïssent-ils. Toi, si bon ?" 210> "Parce que beaucoup d'entre eux ont en eux un esprit qui
les y pousse. Allons." Jésus se met en route
pour Éphraïm, et l'homme le suit avec assurance. Seule sa grande maigreur
rappelle sa maladie et ses privations passées. Pendant ce temps du
petit village descendent beaucoup de personnes qui crient et gesticulent.
Elles appellent Jésus, Lui disent de s'arrêter. Jésus ne les écoute pas, mais
au contraire il marche plus vite, et eux le suivent... Le voilà de nouveau
dans le voisinage d'Éphraïm. Les cultivateurs qui se préparent à rentrer dans
leurs maisons, car le soleil va se coucher, le saluent en regardant l'homme
qui est avec Jésus. D'un sentier débouche
Judas de Kériot. Il sursaute,
surpris, en Voyant le Maître. Mais Jésus ne manifeste aucune surprise. Seulement
il s'adresse à l'homme et lui dit : "C'est un de mes disciples.
Parle-lui d'Hermastée."
"Tu as entendu
?" demande Jésus à Judas. [7] "J'ai entendu.
Mais ne lui avais-tu pas dit qu'il t'aurait servi et qu'il aurait eu une
longue vie ?" 211> "Ce n'est pas exactement cela que j'ai dit. Le temps qui
s'est passé offusque ta pensée. Mais ne m'a-t-il pas peut-être servi en
évangélisant en pays de mission et n'a-t-il pas eu une longue vie ? Quelle
plus longue vie que cette conquête de celui qui meurt au service de Dieu ?
Longue et glorieuse." Judas a ce petit rire
étrange qui me choque tellement et il ne réplique rien. Pendant ce temps ceux
du petit village se sont joints à plusieurs d'Éphraïm et parlent avec eux en
montrant Jésus. Jésus commande à
Judas : "Accompagne l'homme à la maison et finis de le restaurer. Il
partira après le sabbat qui commence déjà." Judas obéit et Jésus
reste seul et il marche lentement en se penchant pour observer les tiges des
blés qui commencent à former des épis. Des hommes d'Éphraïm
Lui demandent : "Il est beau ce blé, n'est-ce pas ?" "Beau, mais pas
différent de celui des autres régions." "Certainement,
Maître. C'est toujours du blé ! Et il doit forcément être pareil." "Vous le dites ?
Alors le blé est meilleur que les hommes. En effet, pourvu qu'il soit semé
comme il faut, il donne le même fruit ici qu'en Judée ou en Galilée, ou,
disons, dans les plaines le long de la Grande Mer. Les hommes au contraire ne
donnent pas le même fruit. Et la terre aussi est meilleure que les hommes.
Parce que, quand on lui confie une semence, elle est bonne pour elle, sans
faire de différence que la semence vienne de la Samarie ou de la
Galilée."
"Pourquoi ?...
Tout à l'heure, un homme a demandé un pain, par pitié, aux portes d'un village.
Et on l'a chassé, les gens, le croyant de quelque endroit de Judée. Chassé à
coups de pierres et au cri de "lépreux" qu'on lui attribuait à
cause de sa maigreur, mais qui était dit à cause de sa provenance. Et cet
homme a failli mourir de faim sur la route. Donc les gens de ce village, ces
gens-là qui vous ont envoyé pour m'interroger et qui voudraient venir à la
maison où je réside pour voir le miraculé, sont plus mauvais que le blé et la
terre parce qu'ils n'ont pas su, bien que je les travaille depuis longtemps,
donner le même fruit qu'a donné cet homme qui n'est ni juif, ni samaritain,
qui ne m'avait jamais vu ni entendu, mais qui a accueilli
les paroles d'un de mes disciples et a cru en Moi sans me connaître. 212> Et parce qu'ils sont
plus mauvais que ces terres, puisqu'ils ont repoussé l'homme parce qu'il
était d'une autre semence. Maintenant ils voudraient venir pour satisfaire
leur faim de curiosité, eux qui n'ont pas su satisfaire la faim de quelqu'un
qui n'en pouvait plus. Dites à ces gens que le Maître ne satisfera pas cette
curiosité inutile. Et apprenez tous la grande loi de l'amour, sans laquelle
vous ne pourriez jamais me suivre. Ce n'est pas l'amour pour Moi, ce n'est
pas cela seulement qui sauvera vos âmes, mais l'amour de ma doctrine. Et ma doctrine
enseigne l'amour fraternel sans distinction de race, ni de fortune. Qu'ils
s'en aillent donc ces gens au cœur dur qui ont affligé mon cœur, et qu'ils se
repentent s'ils veulent que je les aime. Car, rappelez-vous-le tous, si je
suis bon je suis juste aussi, si je ne fais pas de différence et si je vous
aime autant que les autres de Galilée et de Judée, cela ne doit pas vous
rendre sottement orgueilleux d'être des préférés, et la permission de faire
le mal en ne craignant pas mes reproches. Je donne des louanges ou je fais
des reproches, selon que la justice le veut, à mes parents et à mes apôtres
comme à toute autre créature, et dans mes reproches il y a de l'amour. Car je
le fais parce que je veux la justice dans les cœurs pour pouvoir récompenser
un jour celui qui l'a pratiquée. Allez-le-leur rapporter et que la leçon
donne ses fruits en tous." |
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Jésus s'enveloppe
dans son manteau et se dirige rapidement vers Éphraïm en laissant ses
interlocuteurs qui s'en vont, plutôt penauds, répéter les paroles du Maître
aux gens du petit village qui n'ont pas eu pitié. |
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[1] À noter que Maria Valtorta sent aussi les odeurs.
[2] Fleurs attestées en
Palestine
[3] Selon Maria Valtorta,
Sichem serait donc déjà rebaptisée "Neapolis" (Nouvelle ville)
avant sa destruction puis sa recontruction en 72.
[4] Le fenouil sauvage
abondant dans ces régions, a des particularité sédative, mais aussi diurétique
et laxative qui ont du accentuer la maigreur de l'homme de Jabnia.
[5] Il peut s'agir de deux
sortes de chicorée : la chicorée épineuse (Cichorium spinosum), plutôt maritime ou la chicorée sauvage (Cichorium intybus)
[6] Eloul
= Août pour l'année 29
[7] Judas avait remis en
cause la fidélité d'Hermastée : Tome 8,
Chapitre 17, Page 147/148