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265> Après sa condamnation,
Jésus reste ainsi, gardé par les soldats attendant la croix, pas plus d'une
demie heure, peut-être encore moins aussi. Puis Longin, chargé de présider
l'exécution, donne ses ordres.
Mais avant que Jésus soit conduit dehors, sur le chemin, pour recevoir la croix
et se mettre en marche, Longin l'a regardé deux ou trois fois avec une
curiosité déjà nuancée de compassion et, avec le coup d'œil de quelqu'un
habitué à certaines choses, il s'approche de Jésus avec un soldat et Lui
offre pour le désaltérer une coupe de vin, je crois, car il coule d'une vraie
gourde militaire un liquide d'un blond rosé clair. "Cela te fera du
bien. Tu dois avoir soif et dehors, il y a du soleil, et la route est
longue."
Mais Jésus répond : "Que Dieu te récompense de ta pitié, mais ne te
prive pas."
"Mais moi, je suis sain et fort. ...Toi... Je ne me prive pas... Et puis
volontiers je le ferais dans ce cas pour te réconforter... Une gorgée... pour
me montrer que tu ne hais pas les païens."
Jésus ne refuse plus et boit une gorgée de la boisson. Il a les mains déjà
déliées, comme il n'a plus le roseau ni la chlamyde et il peut le faire
Lui-même. Ensuite il refuse, bien que la boisson fraîche et bonne devrait
soulager la fièvre qui déjà se manifeste dans les traces rouges qui s'allument
sur ses joues pâles et sur ses lèvres sèches et gercées.
"Prends, prends. C'est de l'eau et du miel. Cela soutient, désaltère...
Tu me fais pitié... oui... pitié... Ce n'était pas Toi qu'il fallait tuer
d'entre les hébreux... Hélas !... Moi, je ne te hais pas... et je chercherai
à ne te faire souffrir que le nécessaire."
Mais Jésus ne recommence pas à boire... Il a vraiment soif... La soif
terrible de ceux qui ont perdu du sang et des fiévreux... Il sait que ce
n'est pas une boisson narcotinisée et il boirait volontiers. Mais il
ne veut pas moins souffrir. Mais je comprends, comme je comprends ce que
je dis grâce à une lumière intérieure que, plus que l'eau au miel, le
réconforte la pitié du romain.
"Que Dieu te rende en bénédictions ce soulagement" dit-il ensuite.
Et il a encore un sourire... un sourire déchirant avec sa bouche enflée,
blessée, qu'il remue difficilement aussi parce que entre le nez et la
pommette droite est fortement enflée la forte contusion du coup de bâton
qu'il a reçu dans la cour intérieure après la flagellation.
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266> Arrivent les deux larrons
encadrés chacun par une décurie de soldats. C'est l'heure de partir. Longin
donne les derniers ordres.
Une centurie est disposée sur deux rangs distants de trois mètres l'un de
l'autre, et elle sort ainsi sur la place où une autre centurie a formé un
carré pour repousser la foule afin qu'elle ne gêne pas le cortège. Sur la
petite place, se trouvent déjà des hommes à cheval : une décurie de cavalerie
avec un jeune gradé qui les commande et avec les enseignes. Un soldat à pied
tient par la bride le cheval moreau du
centurion. Longin monte en selle et va à sa place à deux mètres en avant des
onze cavaliers.
On apporte les croix : celles des deux larrons sont plus courtes. Celle de
Jésus est beaucoup plus longue. Je dis que la pièce verticale n'a pas moins
de quatre mètres. Je la vois apportée déjà formée.
J'ai lu à ce sujet, quand je lisais... c'est-à-dire il y a des années, que la
croix fut formée en haut du Golgotha et que le long du chemin les condamnés
portaient seulement les deux poteaux sur leurs épaules. C'est possible, mais
moi, je vois une vraie croix bien formée, solide, avec les bras parfaitement
encastrés dans la pièce principale et bien renforcée par des clous et des
boulons. En fait, si on réfléchit qu'elle était destinée à soutenir le poids
appréciable qu'est le corps d'un adulte et à le soutenir même dans les
convulsions finales, appréciables aussi, on comprend qu'elle ne pouvait être
montée sur le sommet étroit et incommode du Calvaire.
Avant de donner la croix à Jésus, on Lui passe au cou l'écriteau avec la
mention "Jésus le Nazaréen Roi des Juifs". La corde qui le soutient
s'emmêle dans la couronne qui se déplace et griffe là où il n'y a pas déjà de
griffures et pénètre en de nouveaux points en donnant une douleur nouvelle et
en faisant de nouveau couler du sang. Les gens rient d'une joie sadique,
insultent, blasphèment.
Maintenant ils sont prêts, et Longin donne l'ordre de marche : "D'abord
le Nazaréen, derrière les deux larrons; une décurie autour de chacun, les
sept autres décuries sur les ailes et comme renfort, et le responsable sera
le soldat qui fait frapper à mort les condamnés".
Jésus descend les trois marches qui amènent du vestibule sur la place. Et il
apparaît tout de suite avec évidence que Jésus est dans des conditions de
grande faiblesse. Il vacille en descendant les trois marches, gêné par la
croix qui repose sur son épaule toute écorchée, par l'écriteau qui se déplace
devant Lui et dont la corde scie le cou, par les balancements qu'imprimé au
corps la longue pièce de la croix qui saute sur les marches et
sur les aspérités du sol.
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267> Les juifs rient de le voir
comme un homme ivre qui tâtonne et ils crient aux soldats: "Poussez-le.
Faites-le tomber. Dans la poussière le blasphémateur !"
Mais les soldats font seulement ce qu'ils doivent faire, c'est-à-dire
ordonnent au Condamné de se mettre au milieu du chemin et de marcher. Longin
éperonne son cheval et le cortège se met lentement en mouvement.
Longin voudrait aussi faire vite en prenant le chemin le plus court pour
aller au Golgotha car il n'est pas sûr de la résistance du Condamné. Mais la
pègre déchaînée — et l'appeler ainsi, c'est encore un honneur — ne veut pas
de cela. Ceux qui ont été les plus rusés sont déjà en avant, au carrefour où
la route bifurque pour aller d'un côté vers les murs, de l'autre vers la
ville. Ils s'agitent, crient quand ils voient Longin prendre la direction des
murs. "Tu ne dois pas ! Tu ne dois pas ! C'est illégal ! La Loi dit que
les condamnés doivent être vus par la ville où ils ont péché !" Les
juifs, qui sont à la queue du cortège, comprennent que par devant on essaie
de les frustrer d'un droit et ils unissent leurs cris à ceux de leurs
collègues.
Par amour de la paix, Longin prend la route qui va vers la ville et en
parcourt un tronçon. Mais il fait signe aussi à un décurion de venir près de
lui (je dis décurion parce que c'est un gradé mais c'est peut-être quelqu'un
que nous appellerions son officier d'ordonnance) et il lui dit doucement
quelque chose. Celui-ci revient en arrière au trot, et à mesure qu'il rejoint
le chef de chaque décurie il transmet l'ordre. Ensuite il revient vers Longin
pour dire que c'est fait. Enfin il rejoint sa place primitive dans le rang
derrière Longin.
Jésus avance haletant. Chaque trou de la route est un piège pour son pied qui
vacille et une torture pour ses épaules écorchées, pour sa tête couronnée
d'épines sur laquelle descend à pic un soleil exagérément chaud qui de temps
à autre se cache derrière un rideau de nuages de plomb, mais qui, même caché,
ne cesse pas de brûler. Jésus est congestionné par la fatigue, par la fièvre
et par la chaleur. Je pense que même la lumière et les cris doivent le
tourmenter. Et s'il ne peut se boucher les oreilles pour ne pas entendre ces
cris déchaînés, il ferme à demi les yeux pour ne pas voir la route éblouissante
de soleil... Mais il doit aussi les rouvrir parce qu'il bute contre les
pierres et contre les trous et chaque fois qu'il bute, c'est une
douleur car il remue brusquement la croix qui heurte la couronne, qui se
déplace sur l'épaule écorchée, élargit la plaie et augmente la douleur.
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268> Les juifs ne peuvent plus le
frapper directement; mais il arrive encore quelques pierres et quelques coups
de bâton, les premières spécialement dans les petites places remplies par la
foule, les seconds au contraire dans les tournants, dans les petites rues où
l'on monte et descend des marches tantôt une, tantôt trois, tantôt davantage,
à cause des dénivellations continuelles de la ville. Là, nécessairement, le
cortège ralentit et il y a toujours quelque volontaire qui défie les lances
romaines pour donner un nouveau coup au chef d'œuvre de torture qu'est
désormais Jésus.
Les soldats le défendent comme ils peuvent. Mais même en le défendant ils le
frappent parce que les longs manches des lances, brandies en aussi peu
d'espace, le heurtent et le font buter. Mais arrivés à un certain point les
soldats font une manœuvre impeccable et, malgré les cris et les menaces, le
cortège dévie brusquement par un chemin qui va directement vers les murs, en
descendant, un chemin qui abrège beaucoup la route vers le lieu du supplice.
Jésus halète toujours plus. La sueur coule sur son visage en même temps que
le sang qui coule des blessures de la couronne d'épines. La poussière se
colle sur ce visage trempé et le maculent de taches étranges, car il y a
aussi du vent maintenant. Des coups de vent syncopés à longs intervalles où
retombe la poussière que la foule a soulevée en tourbillons, qui amènent des
détritus dans les yeux et dans la gorge.
À la Porte Judiciaire sont déjà entassés quantité de gens, ceux qui,
prévoyants, se sont choisis de bonne heure une bonne place pour voir. Mais un
peu avant d'y arriver, Jésus a déjà failli tomber. Seule la prompte
intervention d'un soldat, sur lequel Lui va presque tomber, empêche Jésus
d'aller par terre. La populace rit et crie : "Laissez-le ! Il disait à
tous : "Levez-vous". Qu'il se lève Lui, maintenant..."
Au-delà de la porte, il y a un torrent et un petit pont. Nouvelle fatigue
pour Jésus d'aller sur ces planches disjointes sur lesquelles rebondit plus
fortement le long bois de la croix. Et nouvelle mine de projectiles pour les
juifs. Les pierres du torrent volent et frappent le pauvre Martyr...
Alors commence la montée du Calvaire. Un chemin nu, sans un brin d'ombre,
avec des pierres disjointes, qui attaque directement la montée.
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269> Ici aussi, à l'époque
où je lisais, j'ai lu que le Calvaire n'avait que quelques mètres de hauteur.
Possible. Ce n'est certainement pas une montagne. Mais c'est une colline, et
certainement pas plus basse qu'est par rapport à Lungami le mont aux Croix,
là où se trouve la basilique de Saint Miniato à Florence. On dira : "Oh
! c'est peu de chose !" Oui, pour quelqu'un qui est sain et fort c'est
peu de chose. Mais il suffit d'avoir le cœur faible pour sentir si c'est peu
ou beaucoup !... Je sais qu'après avoir eu le cœur malade, même alors qu'il
s'agissait d'une manière bénigne, je ne pouvais gravir cette pente sans
souffrir beaucoup et je devais m'arrêter à chaque instant, et je n'avais pas
de fardeau sur les épaules. Et je crois que Jésus avait le cœur très malade
surtout après la flagellation et la sueur de sang... et je ne contemple rien
autre que ces deux chose ?
Jésus
éprouve donc une douleur aiguë dans la montée et avec le poids de la croix
qui, longue comme elle est, doit être très lourde.
Il trouve une pierre qui dépasse et, épuisé comme il l'est, il lève trop peu
le pied, il bute et tombe sur le genou droit réussissant pourtant à se
relever à l'aide de la main gauche. La foule pousse des cris de joie... Il se
relève, il avance de plus en plus courbé et haletant, congestionné,
fiévreux...
L'écriteau, qui cahote devant Lui, Lui gêne la vue et son long vêtement,
maintenant qu'il avance courbé, traîne par terre par devant et gêne sa
marche. Il bute de nouveau et tombe sur les deux genoux, en se blessant de
nouveau là où il est déjà blessé, et .la croix qui échappe de ses mains et
tombe, après Lui avoir frappé fortement le dos, l'oblige à se pencher pour la
relever et à peiner pour la mettre de nouveau sur ses épaules. Pendant qu'il
le fait on voit nettement sur son épaule droite la plaie faite par le
frottement de la croix, qui a ouvert les plaies nombreuses de la flagellation
et en a fait une seule qui transsude de l'eau et du sang, de sorte que la
tunique est toute tachée à cet endroit. Les gens applaudissent même, heureux
de ces chutes si mauvaises.
Longin incite à se hâter, et les soldats, à coups de plat de dague, invitent
le pauvre Jésus à avancer. On reprend la marche avec une lenteur de plus en
plus grande malgré tous les efforts.
Jésus semble tout à fait ivre tant sa marche est chancelante et il heurte
tantôt l'un tantôt l'autre des deux rangs de soldats, occupant toute la
route. Les gens le remarquent et crient : "Sa doctrine Lui est montée à
la tête. Vois, vois comme il titube !" Et d'autres, qui ne sont pas du
peuple, mais des prêtres et des scribes, ricanent : "Non ! Ce
sont les festins dans la maison de Lazare qui encore Lui montent à la tête.
Ils étaient bons ? Maintenant mange notre nourriture..." et
d'autres phrases semblables.
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270> Longin, qui se tourne de temps
en temps, a pitié et commande une halte de quelques
minutes. Et il est tellement insulté par la populace que le centurion ordonne
aux troupes de charger. Et la foule lâche, devant les lances qui brillent et
menacent, s'éloigne en criant et en descendant ça et là sur la montagne.
C'est ici que je revois sortir de derrière des décombres, peut-être de
quelque muret éboulé, le petit groupe des bergers.
Désolés, bouleversés, poussiéreux, déchirés, ils appellent à eux le Maître
par la force de leurs regards. Et Lui tourne la tête, les voit... Il les fixe
comme si c'était des visages d'anges, paraît se désaltérer et se fortifier de
leurs pleurs, et il sourit... On redonne l'ordre d'avancer et Jésus passe
juste devant eux et entend leurs pleurs angoissés. Il tourne avec difficulté
la tête de sous le joug de la croix et leur sourit de nouveau...
Ses réconforts... Dix visages... une halte sous le soleil brûlant...
Et puis, tout de suite, la douleur de la troisième chute complète. Et cette
fois, ce n'est pas qu'il bute. Mais il tombe par un soudain fléchissement de
ses forces, par une syncope. Il s'allonge en se frappant le visage sur les
pierres disjointes, restant dans la poussière, sous la croix retombée sur
Lui. Les soldats essaient de le relever. Mais comme il paraît mort, ils vont
le rapporter au centurion. Pendant qu'ils vont et viennent Jésus revient à
Lui, et lentement, avec l'aide de deux soldats dont l'un relève la croix et
l'autre aide le Condamné à se mettre debout, il reprend sa place. Mais il est
vraiment épuisé.
"Arrangez-vous pour qu'il ne meure que sur la croix !" crie la
foule.
"Si vous le faites mourir avant, vous en répondrez au Proconsul,
souvenez-vous-en. Le coupable doit arriver vivant au supplice" disent
les chefs des scribes aux soldats.
Ceux-ci les foudroient de leurs regards féroces mais, par discipline, ne
parlent pas.
Longin, cependant, a la même peur que les juifs que le Christ meure en route
et il ne veut pas avoir d'ennuis. Sans avoir besoin que quelqu'un le lui
rappelle, il sait quel est son devoir de préposé à l'exécution et il y
pourvoit. Il y pourvoit en désorientant les juifs qui sont déjà accourus en
avant par la route qu'ils ont rejointe de tous les côtés de la montagne en
suant, en se griffant pour passer à travers les buissons rares et épineux du
mont aride et brûlé, en tombant sur les détritus qui l'encombrent comme si
c'était un lieu de déblai pour Jérusalem, sans sentir d'autre peine que celle
de perdre un halètement du Martyr, un de ses regards douloureux, un geste même involontaire de souffrance, et sans d'autre peur que celle
de ne pas arriver à avoir une bonne place. Longin donne donc l'ordre de
prendre le chemin le plus long qui monte en lacets au sommet et qui pour cela
est beaucoup moins rapide.
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271> Il semble que ce soit un
sentier qui, à force d'être parcouru, soit devenu un chemin suffisamment
pratique. Ce croisement de chemin avec l'autre arrive environ à moitié de la
montagne. Mais je vois que plus haut, par quatre fois, la route directe se
trouve coupée par celle qui monte avec beaucoup moins de pente et qui par
compensation est beaucoup plus longue. Et sur cette route, il y a des gens qui
montent mais qui ne participent pas à l'indigne chahut des obsédés qui
suivent Jésus pour jouir de ses tourments : des femmes pour la plupart, en
pleurs et voilées, et quelques petits groupes d'hommes très peu nombreux en
vérité, plus en avant de beaucoup que les femmes, qui vont disparaître à la
vue quand, en continuant, le chemin fait le tour de la montagne. Ici le
Calvaire a une sorte de pointe faite en museau d'un côté alors que de l'autre
elle tombe à pic. Les hommes disparaissent derrière la pointe rocheuse et je
les perds de vue.
Les gens qui suivaient Jésus hurlent de rage. C'était plus beau, pour eux, de
le voir tomber. Avec des imprécations obscènes au Condamné et à ceux qui le
conduisent, ils se mettent en partie à suivre le cortège judiciaire et en
partie montent presque en courant par la route rapide pour se dédommager de
leur déception par une excellente place sur le sommet.
Les femmes, qui s'avancent en pleurant, se retournent en entendant les cris,
et voient que le cortège tourne de ce côté. Elles s'arrêtent alors en
s'adossant au mont, craignant d'être jetées en bas par les juifs violents.
Elles abaissent encore plus leurs voiles sur leurs visages et il y en a une
qui est complètement voilée comme une musulmane, ne laissant libres que ses
yeux très noirs. Elles sont vêtues très richement et ont pour les défendre un
vieil homme robuste dont, enveloppé dans son manteau comme il l'est, je ne
distingue pas le visage. Je ne vois que sa longue barbe plutôt blanche que
noire qui sort de son manteau foncé.
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Quand Jésus arrive à leur hauteur elles
sanglotent plus fort et se courbent en profondes salutations. Puis elles s'avancent
résolument. Les soldats voudraient les repousser avec leurs lances, mais
celle qui est couverte comme une musulmane écarte un instant son voile devant
l'enseigne arrivé à cheval pour voir ce que c'est que ce nouvel obstacle, et il donne l'ordre de la faire passer. 272> Je ne puis voir son visage ni son
vêtement, car elle a déplacé son voile avec la rapidité d'un éclair et son
habit est complètement caché par un manteau qui arrive jusqu'à terre, lourd, fermé
complètement par une série de boucles. La main, qui pour un instant sort de
dessous pour déplacer le voile, est blanche et belle, et c'est avec ses yeux
noirs l'unique chose que l'on voit de cette grande matrone certainement
influente puisque l'officier de Longin lui obéit ainsi.
Elles s'approchent de Jésus en pleurant et s'agenouillent à ses pieds pendant
que Lui s'arrête haletant... et pourtant il sait encore sourire à ces pieuses
femmes et à l'homme qui les escorte qui se découvre pour montrer qu'il est Jonathas.
Mais celui-ci, les gardes ne le font pas passer, seulement les femmes. L'une
d'elles est Jeanne de Chouza. Elle est plus défaite que
quand elle était mourante. De rouge, elle n'a que les traces de ses pleurs et
puis c'est tout un visage de neige avec ses doux yeux noirs qui, ainsi
brouillés comme ils le sont, sont devenus d'un violet foncé comme certaines
fleurs. Elle a dans les mains une amphore d'argent et l'offre à Jésus, mais
Lui refuse. D'ailleurs son essoufflement est si grand qu'il ne pourrait même
pas boire. De la main gauche, il s'essuie la sueur et le sang qui Lui tombe
dans les yeux, qui, coulant le long de ses joues rouges et de son cou par les
veines gonflées dans le battement essoufflé du cœur, trempe tout son vêtement
sur la poitrine.
Une autre femme, qui a près d'elle une jeune servante avec un coffret dans
les bras, l'ouvre, en tire un linge de lin très blanc, carré, et l'offre au
Rédempteur. Il l'accepte et comme il ne peut avec une seule main le faire par
Lui-même, la femme pleine de pitié l'aide, en faisant attention de ne pas
heurter la couronne, à le poser sur son visage. Jésus presse le linge frais
sur son pauvre visage et l'y tient comme s'il trouvait un grand réconfort.
Puis il rend le linge et parle : "Merci Jeanne,
merci Nique...
Sara...
Marcella...
Élise...
Lidia...
Anne...
Valeria...
et toi... Mais... ne pleurez pas... sur Moi... filles de... Jérusalem... mais
sur les péchés... les vôtres et ceux... de votre ville... Bénis... Jeanne...
de n'avoir...plus d'enfants... Vois... c'est une pitié de Dieu... de ne
pas... de ne pas avoir d'enfants... car... ils souffrent de... cela. Et toi
aussi... Élisabeth... Mieux... comme cela a été... que parmi les déicides...
Et vous... mères... pleurez sur... vos fils, car... cette heure ne passera
pas... sans châtiment... Et quel châtiment, s'il en est ainsi pour...
l'Innocent... Vous pleurerez alors... d'avoir conçu... allaité et... d'avoir encore... vos fils... Les mères... de ce moment-là...
pleureront parce que... en vérité, je vous le dis... qu'il sera heureux...
celui qui alors... tombera... sous les décombres... le premier. Je vous
bénis... Allez... à la maison... priez... pour Moi. Adieu, Jonathas...
éloigne-les..."
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273> Et au milieu d'un cri aigu de
pleurs féminins et d'imprécations juives, Jésus se remet en marche.
Jésus est de nouveau trempé de sueur. Les soldats aussi suent et les deux
autres condamnés, car le soleil de ce jour d'orage est brûlant comme la
flamme et le flanc de la montagne devenu brûlant lui aussi s'ajoute à la
chaleur du soleil. Que devait être l'effet de ce soleil sur le vêtement de
laine de Jésus, en contact avec les blessures des fouets, il est facile de
l'imaginer et d'en être horrifié... Mais Lui ne profère pas une plainte.
Seulement, bien que la route soit beaucoup moins rapide et n'ait pas ces
pierres disjointes, si dangereuses pour son pied qui traîne maintenant, Jésus
titube toujours plus fort, allant heurter un rang de soldats puis le rang
opposé, et fléchissant de plus en plus vers la terre.
Ils pensent supprimer cet inconvénient en Lui passant une corde à la taille
et en la tenant par les deux bouts comme si c'étaient des rênes. Oui, cela le
soutient, mais ne Lui enlève pas son fardeau. Au contraire, la corde en
heurtant la croix, la déplace continuellement sur l'épaule et la fait frapper
la couronne qui désormais a fait du front de Jésus un tatouage sanglant. De plus,
la corde frotte la taille où se trouvent tant de blessures et certainement
doit les ouvrir de nouveau. Aussi la tunique blanche se colore à la taille
d'un rosé pâle. Pour l'aider, ils le font souffrir plus encore.
Le chemin continue, il fait le tour de la montagne, revient presque en avant
vers la route rapide. Là se trouve Marie avec Jean. Je dirais que Jean l'a
amenée en cet endroit ombragé, derrière la pente de la montagne, pour qu'elle
se refasse un peu. C'est l'endroit le plus escarpé de la montagne. Il n'y a
que ce chemin qui la côtoie. Au-dessous la côte descend rapidement et
au-dessus la pente est aussi forte. À cause de cela les cruels la négligent.
Là il y a de l'ombre, car je dirais que c'est le septentrion, et Marie,
adossée comme elle l'est à la montagne, est à l'abri du soleil. Elle se tient
debout appuyée au flanc de la montagne mais elle est déjà épuisée. Elle aussi
halète, pâle comme une morte dans son vêtement bleu très foncé, presque noir.
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274> Jean la regarde avec une
pitié désolée. Lui aussi a perdu toute trace de couleur et il est terreux,
avec deux yeux las et écarquillés, dépeigné, les
joues creusées comme s'il avait été malade. Les autres femmes : Marie et
Marthe de Lazare, Marie d'Alphée et de Zébédée, Suzanne de Cana, la maîtresse
de la maison et d'autres encore que je ne connais pas, sont au milieu du
chemin et elles regardent si le Sauveur arrive. Ayant vu que Longin arrive,
elles accourent près de Marie pour lui donner la nouvelle. Marie, soutenue
par le coude par Jean, se détache, majestueuse dans sa douleur, de la côte du
mont et se met résolument au milieu du chemin, en ne s'écartant qu'à
l'arrivée de Longin qui, du haut de son cheval, regarde la femme pâle et
celui qui l'accompagne, blond, pâle, aux doux yeux de ciel comme elle. Et
Longin hoche la tête pendant qu'il la dépasse suivi des onze cavaliers.
Marie essaie de passer entre les soldats à pied mais ceux-ci, qui ont chaud
et sont pressés, cherchent à la repousser avec leurs lances, d'autant plus
que du chemin pavé volent des pierres pour protester contre tant de pitié. Ce
sont encore les juifs qui lancent encore des imprécations à cause de l'arrêt
causé par les pieuses femmes et disent : "Vite ! Demain c'est Pâque. Il
faut tout finir avant le soir ! Complices qui méprisez notre Loi !
Oppresseurs ! A mort les envahisseurs et leur Christ ! Ils l'aiment ! Voyez
comme ils l'aiment ! Mais prenez-le ! Mettez-le dans votre Ville maudite !
Nous vous le cédons ! Nous n'en voulons pas ! Les charognes aux charognes !
La lèpre aux lépreux !"
Longin se lasse et éperonne son cheval,
suivi des dix lanciers, contre la canaille qui l'insulte et qui fuit une
seconde fois. C'est en le faisant qu'il voit une charrette arrêtée, montée
certainement des cultures maraîchères qui sont au pied de la montagne et qui
attend avec son chargement de salades que la foule soit passée pour descendre
vers la ville. Je pense qu'un peu de curiosité chez le Cyrénéen
et ses fils l'ont fait monter jusque là, car il n'était vraiment pas
nécessaire pour lui de le faire. Les deux fils, allongés sur le tas de
légumes, regardent et rient après les juifs en fuite. L'homme, de son côté,
un homme robuste sur les quarante-cinquante ans, debout près de l'âne qui
effrayé veut reculer, regarde attentivement vers le cortège.
Longin le dévisage. Il pense qu'il peut lui être utile et lui ordonne :
"Homme, viens ici." Le Cyrénéen fait semblant de ne pas entendre,
mais avec Longin on ne plaisante pas. Il répète l'ordre de telle façon que
l'homme jette les rênes à un de ses fils et s'approche du centurion.
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275> "Tu vois cet homme
?" lui demande-t-il, et en parlant ainsi, il se retourne pour indiquer
Jésus et il voit à son tour Marie qui supplie les soldats de la laisser
passer. Il en a pitié et crie : "Faites passer la
Femme." Puis il reprend à parler au Cyrénéen : "Il ne peut plus
avancer ainsi chargé. Tu es fort. Prends sa croix et porte-la à sa place
jusqu'à la cime."
"Je ne peux pas... J'ai l'âne... il est rétif... les garçons ne savent
pas le retenir."
Mais Longin lui dit : "Va, si tu ne veux pas perdre l'âne et gagner
vingt coups comme punition."
Le Cyrénéen n'ose plus réagir. Il crie aux garçons : "Allez vite à la
maison et dites que j'arrive tout de suite" et puis il va vers Jésus.
Il le rejoint juste au moment où Jésus se tourne vers sa Mère que seulement
alors il voit venir vers Lui, car il avance si courbé et les yeux presque
fermés comme s'il était aveugle, et il crie : "Maman !"
C'est la première parole depuis qu'il est torturé qui exprime sa souffrance.
Car dans cette parole, il y a la confession de tout et de toute sa terrible
douleur de l'esprit, du moral et de la chair. C'est le cri déchiré et
déchirant d'un enfant qui meurt seul, parmi les argousins et au milieu des
pires tortures... et qui arrive à avoir peur même de sa propre respiration.
C'est la plainte d'un enfant qui délire et que déchirent des visions de
cauchemar... Et il veut la mère, la mère parce que seul son frais baiser
calme l'ardeur de la fièvre, que sa voix fait fuir les fantômes, que son
embrassement rend la mort moins effrayante...
Marie porte la main à son cœur comme si elle
avait reçu un coup de poignard et vacille légèrement, mais elle se reprend,
hâte sa marche et en allant les bras tendus vers son Fils martyrisé, elle
crie : "Fils !" Mais elle le dit d'une telle manière que qui n'a
pas un cœur d'hyène le sent se fendre par cette douleur.
Je vois que même parmi les romains il y a un mouvement de pitié... et
pourtant ce sont des hommes d'armes habitués aux tueries, marqués de cicatrices
- Mais la parole : "Maman !" et "Fils !" sont toujours
les mêmes et pour tous ceux qui, je le répète, ne sont pas pires que des
hyènes, et sont dites et comprises partout, et soulèvent partout des flots de
pitié...
Le Cyrénéen a cette pitié... Il voit que Marie ne peut embrasser son Fils à
cause de la croix, et qu'après avoir tendu les mains, elle les laisse
retomber, persuadée de ne pouvoir le faire. Elle le regarde seulement,
essayant de sourire de son sourire martyr, pour le réconforter alors que ses
lèvres tremblantes boivent ses larmes. Lui, tordant la tête de sous le joug
de la croix, cherche à son tour à lui sourire et à lui
envoyer un baiser avec ses pauvres lèvres blessées et fendues par les coups
et la fièvre. Le Cyrénéen, à ce spectacle, se hâte d'enlever la croix et il
le fait avec la délicatesse d'un père, pour ne pas heurter la couronne et ne
pas frotter les plaies.
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276> Mais Marie ne peut baiser son
Fils... L'attouchement, même le plus léger, serait une torture sur les chairs
déchirées, et Marie s'en abstient. Et puis... les sentiments les plus saints
ont une pudeur profonde et ils veulent le respect ou du moins la compassion.
Ici, c'est la curiosité et surtout le mépris. Se baisent seulement leurs deux
âmes angoissées.
Le cortège se remet en marche sous la poussée des flots d'un peuple furieux
qui les presse, les sépare, en repoussant la Mère contre la montagne,
l'exposant au mépris de tout un peuple... Maintenant, derrière Jésus, marche
le Cyrénéen avec la croix. Et Jésus, libéré de ce fardeau, marche mieux. Il
halète fortement, portant souvent la main à son cœur comme s'il avait une
grande douleur, une blessure à la région sterno-cardiaque, et maintenant
qu'il le peut, n'ayant plus les mains liées, il repousse les cheveux tombés
en avant, tout gluants de sang et de sueur, jusque derrière les oreilles,
pour sentir l'air sur son visage congestionné, il délace le cordon du cou qui
le fait souffrir quand il respire... Mais sa marche est plus facile.
Marie s'est retirée avec les femmes. Elle suit le cortège une fois qu'il est
passé, et ensuite, par un raccourci, elle se dirige vers le sommet de la
montagne défiant les imprécations de la plèbe cannibale. Maintenant que Jésus
est libre, le dernier lacet de la montagne est assez vite parcouru et ils
sont proches de la cime toute remplie d'un peuple qui pousse des cris.
Longin s'arrête et il ordonne que tous, inexorablement, soient
repoussés plus bas, pour dégager la cime, lieu de l'exécution. Une moitié de
la centurie exécute l'ordre en accourant sur place et en repoussant sans
pitié tous ceux qui s'y trouvent, en se servant pour cela de leurs dagues et
de leurs lances. Sous la grêle des coups de plat et des bâtons les juifs de
la cime s'enfuient. Et ils voudraient se placer sur l'esplanade qui est
au-dessous. Mais ceux qui y sont déjà ne cèdent pas et parmi ces gens
s'allument des rixes féroces. Ils semblent tous fous.
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277> Comme je l'ai dit l'an
dernier, le Calvaire, à son sommet, a la forme d'un trapèze irrégulier,
légèrement plus haut d'un côté, à partir duquel la montagne descend
rapidement pour un peu plus de la moitié de sa hauteur. Sur cette petite
place on a déjà préparé trois trous profonds tapissés de briques ou
d'ardoises, creusés exprès, en somme. Tout près d'eux, il y a des pierres et
de la terre, prêtes pour butter les croix. D'autres trous, par contre, ont
été laissés pleins de pierres. On comprend qu'ils les vident d'une fois sur
l'autre selon le nombre de ceux qui servent.
Sous la cime trapézoïdale, du côté où la montagne ne descend pas, il y a une
sorte de plate-forme en pente douce qui forme une seconde petite place. De
celle-ci partent deux larges sentiers qui côtoient la cime, de sorte que
celle-ci est isolée et surélevée d'au moins deux mètres de tous les côtés.
Les soldats, qui ont repoussé la foule de la cime, apaisent, à coups
persuasifs de lances, les rixes et dégagent le chemin pour que le cortège
puisse passer sans encombre dans le bout de chemin qui reste, et ils restent
là à faire la haie pendant que les trois condamnés, encadrés par les cavaliers, et protégés en arrière par l'autre demi-centurie, arrivent au point où ils doivent
s'arrêter: au pied du plancher naturel, surélevé qui forme la cime du
Golgotha.
Pendant que cela arrive, j'aperçois les Marie et un peu en arrière d'elles
Jeanne de Chouza avec quatre autres des dames de tout à l'heure. Les autres
se sont retirées et elles doivent l'avoir fait par elles-mêmes car Jonathas
est là, derrière sa maîtresse. Il n'y a plus celle que nous appelons
Véronique et que Jésus a appelée Nique, et sa servante manque aussi et aussi
la dame toute voilée à laquelle les soldats obéirent. Je vois Jeanne, la
vieille qu'on appelle Élise, Anne et deux que je ne saurais identifier.
Derrière ces femmes et les Marie, je vois Joseph et Simon d'Alphée, et Alphée
de Sara avec le groupe des bergers. Ils ont lutté avec ceux qui voulaient les
repousser en les insultant, et la force de ces hommes, que multiplient leur
amour et leur douleur, s'est montrée si violente qu'ils ont vaincu en se
créant un demi-cercle libre contre les juifs lâches qui n'osent que lancer
des cris de mort et tendre leurs poings. Mais rien de plus, car les bâtons
des bergers sont noueux et lourds et la force et l'adresse ne manquent pas à
ces preux. Et je ne me trompe pas de parler ainsi. Il faut un vrai courage
pour rester aussi peu nombreux, connus comme galiléens ou fidèles au Galiléen,
contre toute une population hostile. L'unique point, de tout le Calvaire, où
on ne blasphème pas le Christ !
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278> Le mont, des trois côtés qui
descendent en pente douce vers la vallée, n'est qu'une fourmilière. La terre
jaunâtre et nue ne se voit plus, et sous le soleil qui va et vient, paraît un
pré fleuri de corolles de toutes les couleurs tant sont serrés les
couvre-chefs et les manteaux des sadiques qui le couvrent. Au-delà du torrent,
sur le chemin, une autre foule; au-delà des murs, une autre encore. Sur les
terrasses les plus proches, une autre. Le reste de la ville nu... vide...
silencieux. Tout est ici : tout l'amour et toute la haine. Tout le Silence
qui aime et pardonne, toute la Clameur qui hait et lance des imprécations.
Pendant que les hommes préposés à l'exécution préparent leurs instruments en
achevant de vider les trous, et que les condamnés attendent dans leur carré,
les juifs réfugiés dans le coin opposé aux Marie les insultent. Ils insultent
même la Mère : "À mort les galiléens ! À mort ! Galiléens ! Galiléens !
Maudits ! À mort le blasphémateur galiléen ! Clouez sur la croix même le sein
qui l'a porté ! Loin d'ici les vipères qui enfantent les démons ! À mort !
Purifiez Israël des femmes qui s'allient au bouc !..."
Longin, qui est descendu de cheval, se tourne et voit la Mère... Il ordonne
de faire cesser ce chahut. La demi-centurie, qui
était derrière les condamnés, charge la racaille et désencombre complètement
la seconde petite place, alors que les juifs s'échappent à travers la
montagne en s'écrasant les uns les autres. Les onze cavaliers descendent
aussi de cheval et l'un d'eux prend les onze chevaux en plus de celui du
centurion et les mène à l'ombre, derrière la côte de la montagne.
Le centurion se dirige vers la cime. Jeanne de Chouza s'avance, l'arrête.
Elle lui donne l'amphore et une bourse, et puis se retire en pleurant, pour
aller vers le coin de la montagne avec les autres.
Là-haut, tout est prêt. On fait monter les condamnés. Jésus passe encore une
fois près de la Mère qui pousse un gémissement qu'elle cherche à freiner en
portant son manteau sur sa bouche. Les juges la voient et rient et se moquent
d'elle.
Jean, le doux Jean, qui a un bras derrière les épaules de Marie pour la
soutenir, se retourne avec un regard féroce, son œil en est phosphorescent.
S'il ne devait pas protéger les femmes, je crois qu'il prendrait à la gorge
quelqu'un de ces lâches.
À peine les condamnés sont-ils sur le plateau fatal que les soldats entourent
la place de trois côtés. Il ne reste vide que celui qui surplombe.
Le centurion donne au Cyrénéen l'ordre de s'en aller et il s'en va de
mauvaise grâce cette fois et je ne dirais pas par sadisme, mais par amour, si
bien qu'il s'arrête près des galiléens en partageant avec eux les insultes
dont la foule prodigue au petit nombre de fidèles au Christ.
Les deux larrons jettent par terre leurs croix en blasphémant.
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